Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Le directeur de Chaillot écarté : la goujaterie au pouvoir

Publié le 02/11/2007 à 09h01

En matière de savoir vivre, la ministre de la culture, Christine Albanel, ne vaut pas mieux que son prédécesseur à ce poste, le non regretté Donnedieu de Vabres. Ce dernier avait jeté Marcel Bozonnet de la Comédie Française et Georges Lavaudant du théâtre de l’Odéon avec la politesse que l’on réserve à un Kleenex. Remerciés l’un comme l’autre. Sans grande concertation, sans un minimum de politesse ou simplement de respect.

C’est exactement ce que vient de faire l’ex patronne du château de Versailles en annonçant au directeur du théâtre de Chaillot, Ariel Goldenberg (sans l’avoir rencontré préalablement), qu’il ne serait pas renouvelé à son poste (à l’issue de son mandat qui vient à échéance en juin), quelques heures au plus avant d’annoncer le nom de ses successeurs, précisant que Chaillot allait changer de visage, délaissant le théâtre qui l’occupait depuis Jean Vilar pour se vouer à la danse. Et cela, sans annoncer la moindre porte de sortie pour l’infortuné Ariel Goldenberg.

Une goujate succède à un goujat. Car comment qualifier autrement de telles façons de procéder ? Aucun directeur d’un établissement culturel n’est propriétaire de son poste et il est normal qu’un mandat renouvelé une ou deux fois venant à échéance conduise à un changement. Il est bien que Georges Lavaudant sorte prendre l’air après ses années Odéon, il est juste que Bozonnet cède la place. Il n’est donc pas anormal qu’Ariel Goldenberg quitte Chaillot après des années de bons et loyaux services, mais pas comme ça ! Cet homme dont toute la profession vante les talents, le goût, le charme et les qualités gestionnaires, ce capitaine qui a su piloter sans casse le bateau fou qu’est le monstre Chaillot, cet ami des artistes du monde entier respecté par les plus grands est là mis sur le ban de touche comme un éclopé.

Tel un animal blessé, Ariel Goldenberg, depuis cette annonce ministérielle en fanfare, se tait. Les spectacles qu’il programme parlent pour lui. Il se trouve que le nouveau spectacle à l’affiche (à partir du 8 novembre), en fait un reprise pour cause de succès, tombe à pic. « Veillons et armons-nous en pensée » , tel est son titre. Opportun.



Jean-Louis Hourdin et François Chattot, ses fomenteurs, acteurs et maîtres d’oeuvre hantent les couloirs de Chaillot avec en bouche des textes de Büchner, « Le manifeste du parti communiste “ de Karl Marx et Friedrich Engels et ‘ le Manifeste’ en vers de Bertolt Brecht. Autant de lectures favorites de Christine Albanel, n’en doutons pas.

Mais, ô délice, le spectacle des deux compères offre en bonus une lecture du ‘ Journal officiel’ expliquant les fonctions des différents ministres du gouvernement en place (le spectacle a été créé en octobre 2005) et distille des textes de l’AGCS (Accord général sur le commerce et les services) La coïncidence est d’autant plus drôle que ce spectacle est hilarant, réjouissant, festif.

On ne saurait trop conseiller à la locataire de la rue de Valois de se rendre à Chaillot pour y veiller en pensée. En attendant, offrons-lui cette phrase du spectacle qu’elle ferait bien de méditer : ‘ aucun travailleur quelque soit son métier, ne peut plus ignorer la violence que certains imposent à tous, et, de ce fait, il doit changer obligatoirement sa façon de travailler et de vivre’ .

► ‘ Veillons et armons -nous en pensée’ , Théâtre national de Chaillot du 8 nov au 15 déc, 20h30 sf lun, dim 15h, 01 53 65 30 00, www.theatre-chaillot.fr

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  • Anonyme

    Quel ton ridicule ! bien sûr c’est normal de se faire virer ! dans le privé on ne prend pas trop de gants ! votre journaliste se fout de nous. Ne rentrez donc pas dans ce genre de polémique : Rue 89 est un média sérieux, pas un truc de petits copains.

    • Anonyme

      votre commentaire est scandaleux, monsieur de 10h11 ;
      soit vous avez mal lu, soit vous n’aimez pas le sujet du spectacle, soit vous appréciez Albanel et la défendez à tout prix.
      Même si dans le privé on « vire », ce n’est pas une excuse ; virer brutalement, c’est faire acte de dictature et de mépris ; c’est dans l’air du temps et vous cautionnez !

      Etel

    • Anonyme

      Quelle réponse ridicule.
      Tout homme a droit à des égards, qu’il soit petit ou grand, qu’il travaille dans le privé ou le public. Ce n’est pas en prenant comme exemple des pratiques très discutables dans le privé (et encore, dans certains secteurs, on en connaît qui parte avec un bon lot de stocks options) que l’on fait avancer la société. Lisez l’info sur le film « jai mal au travail ». Personnes n’est exempt de ce genre de pratique. Mais un gouvernement devrait donner un exemple, une voie à suivre. Croyez vous que c’est en copiant sur le privé et ses dérives que l’on montre l’exemple ?
      Il est toujours utile de parler des pratiques des gouvernements, et ce dans toutes les matières.

    • Anonyme

      à CA du 02/11/07 - 10h.11 Vous êtes stupide ou quoi d’autre ? ce n’est pas parce que dans le privé on se conduit mal que cela justifie les impolitesses du service public surtout quand il s’agit de virer (en fin de contrat je vous le concède) une personne à laquelle on n’a rien à reprocher bien au contraire. Quel bon et docile sarkozyste va-t-on nommer à sa place ? Et pourquoi substituer la danse au théâtre ? tout cela pue la combine et il va bientôt porter un masque à gaz 24h/24 ! suzb.

    • Anonyme

      Tout à fait d’accord ! Il est temps de faire le ménage à la culture. La république des copines est terminée.

  • Keloglan
    • Posté à 11h37 le 02/11/2007
    • Internaute 11536

    Rendre hommage à Ariel Goldenberg au moment où il sort de charge eût été le geste courtois qu’on attend de quelqu’un qui succède à André Malraux. Car les compliments auraient été adressés non au seul directeur de Chaillot mais à toute son équipe, à tous les artistes qui ont été invités sur cette scène, à tous les spectateurs qui ont consacré une soirée au théâtre de ce pays.

    J’hésite : « La folle de Chaillot », « Madame Sans-Gêne » ou « La précieuse ridicule » mais certes ni « Antigone » ni « Mère Courage ».

    • Anonyme répond à Keloglan

      Ah non ! Keloglan. Pas Madame Sans-Gêne ! celle-ci même blanchisseuse et cantinière avant que son mari ne devint Maréchal, avait plus de délicatesse. Pas auprès des « puissantes » he vous l’accorde. Mais il n’y aura bientôt plus que dans les couches « populaires » qu’il existera le respect de l’autre. Quoi qu’on disent certains.Suzb.

      • Keloglan
        • Posté à 17h43 le 02/11/2007
        • Internaute 11536

        D’accord au fond avec vous. La Maréchale « Madame Sans-Gêne » avait du coeur, elle, à défaut d’avoir de bonnes manières. Notre ministre de la Culture aurait-elle trop fréquenté Versailles, au point de croire que les moeurs des puissants du XVIIIème siècle envers le petit personnel sont encore de mise aujourd’hui ? On a bien fait de prendre et de démolir la Bastille, tout bien réfléchi...

         
        • Anonyme répond à Keloglan

          Vous savez, ce rapport que Mme Albanel a tenu à ne pas publier avant 2008, ce rapport qui fait état de 17.000 oeuvres d’art perdues, volées, ou tout simplement abandonnées aux ordures que Mme Albanel sous sa présidence avait confié aux administrations et autres ambassades étrangères ?
          On aimerait avoir apprendre que ces oeuvres d’art ont été dûment récupérées et réintégrées au patrimoine !
          On aimerait également avoir des nouvelles de la suite donnée au vandalisme de la toile « le pont d’Argenteuil » laissée à la garde du Musée d’Orsay et dont Mme Albanel a la charge.

          Décidément, partout où Mme Albanel passe, l’art trépasse.

        1 autres commentaires
    • Anonyme répond à Keloglan

      Rien d’étonnant dans tout ça. Albanel est manifestement une erreur de casting. Que connaît-elle à ce qu’il est convenu d’appeler le spectacle vivant ?
      Pas grand chose, à l’évidence. Ce ministère est depuis quelques années devenu le dépotoir où l’on place ceux
      qu’on ne sait pas où caser. Pas surprenant de la part d’un président dont les « références » culturelles sont Johnny et Clavier ! Triste quand même !
      Mario

  • Anonyme

    Avec Dati à la justice, Albanel à le culture, à qui le tour ? Quand cela ne plait pas, elles mutent, elles virent ! ça s’appelle Démocratie à la Sarkozy ! ! !

    Les Guignols de l’info, bientôt votre tour ? Les Humoriste de « gauche » plus d’endroit pour exercer votre métier ?

    Depuis le 6 mai au soir, et après un diner au fouquet’s, le « Yalta » du commerce, des finances, de la culture, de la justice, du sport, fait son oeuvre !

    La Démocratie vacille ! ! !

    Pascal du haut-poitou

    • Yifu66
      • Posté à 12h52 le 02/11/2007
      • Internaute 17698

      Ouf ! , Les Guignols de l’info sont sur une chaine privée ! Encore une petite place pour la critique !

      Sur France-Télévisions, il y a longtemps qu’ils auraient été virés !
      (Auraient-ils pu seulement exister ?)

  • Keloglan
    • Posté à 13h24 le 02/11/2007
    • Internaute 11536

    Mme Albanel souhaite consacrer Chaillot au ballet. Eric Vu-an, directeur du Ballet national de Marseille était invité au Claridge (voir Marianne de ce jour). On ouvre les paris ?

  • thélonious
    • Posté à 19h17 le 02/11/2007
    • Internaute 11749

    C’est le mot.

    La dite ministre deale avec un fournisseur d’accès à internet (free) son allégeance en matière de soumission à la loi pret-à-porter des industries du disque, en échange d’une faveur sur un autre dossier.

    A un autre niveau, bien plus grave, la police raffle à tout va, en toute illégalité (voir à ce propos le témoignage d’un flic dans libé d’aujourd’hui).
    On gare le bus, on controle tous les basanés qui passent, et hop, quand le bus est plein, la journée est faite.

    On juge les fous comme les autres, quand bien même le type ne peut d’aucune sorte répondre de son acte - ce qui constitue une régression de plus de 150 ans, soit dit en passant.

    Des exemples comme ça, il y en a à la pelle depuis quelques mois.
    Et ça moufte pas fort.

    Pourquoi se priver, dès lors. Décompléxés, qu’on vous dit !

  • J.Ch. Aschero
    • Posté à 14h37 le 03/11/2007
    • Internaute 21078

    Pour avoir travaillé dans l’audiovisuel du service public, je peux vous assurer que la façon qu’ont les nouveaux arrivants (arrivistes ?) de traiter leurs vassaux n’a rien à envier à la droite ! Rappelons-nous le pauvre Philippe Guilhaume, PDG d’Antenne 2 alors que Mme Tasca avait fait préparé les petits fours pour l’illustre Me Kiejman ! Contre qui le ministère fit donner les syndicats, et sur lequel on fit courir des ragots de pédophilie ! Souvenons de Guy Thomas, PDG de France 3, glosant au milieu d’une cour de journalistes, sur son personnel « d’incapables » ! Rappelons nous les cinq journalistes communistes (aucun ne l’est resté sitôt promu !), que chaque rédaction avait obligation d’engager. Et puisqu’il est question des théâtres, rappelons-nous de quelle façon leurs responsables ont été virés en 1981. (Cela dit, j’ai pour ma part été jeté par un directeur et un PDG très à droite, aujourd’hui en telle faveur que l’un des deux, qui pourtant fit s’écrouler les sondages de Radio France, est le Président du CSA !).
    Ce pour dire que droite ou gauche peu importe. Un cuistre reste un cuistre, et ceux qui parviennent au pouvoir le sont plus que d’autres, par la manière souvent misérable qu’ils ont eu d’accéder.

  • Anonyme

    l’auteur de cet article est-il bien l’ex journaliste de libé JP Tibodat ?
    Le non-regretté critique, à la fois ultrasnob et méprisant, qui descendait en flammes tout ce qui n’avait pas le bonheur de lui plaire ?
    j’ai beau ne pas apprécier Albanel et ses méthodes scandaleuses (beurk !), ce n’est pas à ce monsieur Tibodet de venir donner des leçons d’honnêteté intellectuelle.
    Le débat sur la culture est-il réservé à ce genre de réglements de comptes entre nains de jardin ?
    JP David

    • Meursault1968
      • Posté à 19h55 le 04/11/2007
      • Internaute 10254

      Amusant votre commentaire, chez JP David, si l’on en juge par son apport inestimable au débat. Mais surtout, votre définition du métier de « critique » (fonction qu’occupait ce « monsieur Thibaudat » à Libération me semble-t-il) qui semble ressortir de vos propos ne tient pas la route. Ne peut-on pas, en effet, ranger votre « Descendre en flammes tout ce qui n’avait pas le bonheur de lui plaire » dans le rayon « pléonasme » ?
      Devrait-on ne pas critiquer ce qui ne nous plait pas ? N’est-ce pas le métier de critique d’être... critique ? A votre décharge, sans doute avez-vous l’air du temps avec vous... ou l’air du jour. Prenez Drucker (vivement lundi), l’homme qui n’a jamais lu un mauvais livre et pour qui tout est formidable. Voilà un « critique » formidable, qui ne descend jamais rien, qui ne dit jamais de mal, parce que, n’est-ce pas, tout a le bonheur de lui plaire.

  • Anonyme

    c’est vrai, vous avez raison, mais entre un béni oui-oui et un serpent à sonnettes, ça revient finalement au même, non ?
    Ah ! que c’est dur d’être critique ! ! ! !

  • Anonyme

    quel papier prétentieux ! qu’est ce que ce type fait dans un media moderne ? ? à la retraite petit baudat !

  • Anonyme

    Arrêtons de parler forme, parlons fond. On nous supprime un Théâtre National, demain ce sera le Ministère de la Culture, après demain Cultures France. La culture n’était pas au centre des débats pendant la présidentielle, Sarkozy n’en a rien à battre, voir il s’en méfie. L’objectif du 1% du budget de l’Etat pour la culture n’est plus d’actualité... Et de main on défilera en chemises brunes et on regardera la télé réalité sans poser de question parce que moins il y a de culture, plus il y a de facisme !

  • Anonyme

    bououh ouh ! au secours ! des vilains fascistes arrivent !
    le grand méchant loup en chemise brune !
    alors c’est ça, « parler du fond » ?
    ça veut dire avoir la trouille, c’est ça ? ? ?
    bises
    Jojo-le-cultureux

    • Anonyme

      Cher Jojo le cultureux,
      Si tu trouves parfait que le budget d’Albanel se réduise comme peau de chagrin, que la culture ne soit plus un enjeu de la société française, grand bien te fasse, moi ça m’attriste...

  • Anonyme

    Alors, virer brutalement qqn, par surcroit professionnel remarquable, sans même lui proposer de faire bénéficier la collectivité de ses compétences en d’autres endroits, ça ne mériterait même pas une petite critique ? Et qui ose relever la chose est lui-même insulté ? Relisons Orwell, Gombrowicz, relisons De la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie, il y a urgence à comprendre pourquoi l’esprit de soumission nous submerge.
    Merci à des JP Thibaudat, Odile Quirot, d’avoir encore une pensée indépendante, parfois même insoumise.
    Jacques Rebotier

  • Anonyme

    bravo jacquot, tu defends bien tes potes
    jojo

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