Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Le festival de théâtre de rue commence, Aurillac est en rut

Publié le 23/08/2007 à 14h20


Le piano-macadam dans les rue d’Aurillac (J.-P. Thibaudat/Rue89).

Les rues d’Aurillac sont pleines. De mammifères en K-Way, de chiens sans laisse, d’artistes de tout poil, de pianos-macadam. Les rues d’Aurillac sont en rut. Le 22e Festival international de théâtre de rue s’est ouvert officiellement mardi midi, place de l’Hôtel-de-Ville, dans une cérémonie qui n’avait rien d’officiel.

Traversant une foule plus que nombreuse, une fanfare a joué une marche funèbre, en hommage aux intempéries du temps présent, avant de retrouver le ton guilleret des musiques de cirque, avec un kleenex offert par Fellini. Le maire d’Aurillac, du passé ne faisant pas table rase, a remonté le temps jusqu’à ce milieu des années 80 où des hurluberlus ont eu l’idée aussi belle que saugrenue de venir faire un théâtre de rue au cœur de l’Auvergne.

Ah, il en a parlé de sa région, le maire : « Volcanisons de la pensée ! “ , a-t-il éructé. Son discours avait été écrit par Jean-Marc Songy, le directeur iconoclaste du festival. Un autre, très applaudi, a fait la promo de ces artistes qui se dressent ‘ contre les assauts perfides des fossoyeurs de l’utopie’ , avant de laisser la parole au représentant du ministère des Affaires inutiles, accompagné de l’excellente Marguerite Pilchard, traductrice en espéranto visuel.

Il ne manquait que le président de la République, retenu sur le perron de l’Elysée par une meute de caméras. C’est en pensant à sa haine envers de tout ce qui vient de Mai 68 que l’inauguration s’est achevée... par une manifestation revival de Mai 68, mi-Sorbonne, mi-Woodstock, sur fond de soleil en carton baba cool avec des slogans célèbres (” Sous les pavés, la plage » ), parfois écrits en chinois ou en arabe, d’autres méconnus tel le beau « Ne changeons pas d’employeur, changeons l’emploi de la vie » , et enfin des slogans de circonstance : « Il pleut, tentons de vivre » , ou encore « Des trains de juifs, des avions d’émigrés » . Le ton était donné.

Un safari intime pour observer les mâles et les femelles

Avec la complicité des habitants du quartier d’Auringues et le renfort de collègues et de comédiens amateurs d’Aurillac, la compagnie Opera Pagaï propose un safari intime. Après avoir assisté à la conférence d’un éminent représentant du « conservatoire des comportements humains » , on part pour un safari nocturne, non pour tuer le tigre mais pour observer les comportements de ces étranges animaux que sont l’homme, dit le mâle, et la femme, dite la femelle.

Ils s’accouplent comme les chimpanzés dans la chambre du fond, s’engueulent comme les mouettes quand le petit n’a pas fait ses devoirs, le mâle s’observe tout nu et solitaire comme le fait le rhinocéros en se mirant au bord du fleuve, les jeunes femelles caquettent comme des poules autour d’une tasse de thé au gingembre.

Il arrive qu’un vieux mâle parle sur un banc à une jeune femelle, on appelle ça « la transmission » , c’est un « cas rare » nous dit le panneau scientifique accroché à l’entrée du site d’observation –il y en a des dizaines le long d’un parcours qui, de pavillon en sous-bois et voitures, vous tient en haleine une bonne heure et demie. De « la mue nocturne » (le mâle qui se travestit en femelle) au « brame poétique » (le vieux mâle se penchant sur l’herbe sous laquelle il sera bientôt couché) en passant par « la toilette rituelle » , on fait le tour de la condition humaine en zone tempérée.

Tenez, voici Frédéric, un mâle égaré. Un drôle de type qui pleure et parle à un bout de plastique muni de petites touches et collé à son oreille. Sa femme l’a quitté pour un autre, il ne peut plus voir son môme, il essaie de recoller les morceaux avec son ex. Le panneau scientifique explique tout :

« Lorsqu’il est vaincu par un rival, l’éléphant va s’exiler au fond de la savane. L’homme, lui, est capable de parcourir des centaines de kilomètres, sans boire et sans manger, à la poursuite de la même femelle, pour une parade sans relâche, jusqu’à ce qu’elle succombe de nouveau. »

« Bramer, rugir, piailler, gueuler, ululer, glapir, clamer, s’époumoner, vagir... »

A l’autre bout de la ville, dans la cour du lycée Emile-Duclaux, les lascars de Kumulus, une des troupes phares du théâtre de rue, n’est pas prête à s’assagir dans les pantoufles de la reconnaissance. Ces primates se proposent de « bramer, rugir, piailler, gueuler, ululer, glapir, clamer, s’époumoner, vagir, tonitruer, vociférer, invectiver, brailler, protester, s’égosiller, dénoncer, hurler , provoquer » (c’est marqué dans le programme), et ils le font, cela s’appelle « Le Cri » .


La compagnie Kumulus à Aurillac (J.-P. Thibaudat/Rue89).

La France vue à travers l’œilleton du travail solitaire : petit artisan, commerçant, employé de banque. Boucher, joueuse de tennis, pharmacienne, militaire en mission ou artiste peintre, à chacun son étal. Le public va de l’un à l’autre écouter les uns et les autres ruminer leur vie jusqu’à la délirer. Le maître de cérémonie (et metteur en scène) Barthélémy Bompard organise des sauteries collectives.

A la fin, les acteurs ayant brûlé les cartouches de leur personnage se retrouvent ensemble pour chanter des slogans sarcastiques puis crier et faire crier le public. Au passage, on aura tancé quelques propos de Sarkozy sur les joies du travail.

Cinq cent spectacles dans le off

Dans « Fragments de paradis » , le spectacle de la compagnie Teatro del silencio concocté par son maître d’œuvre Mauricio Celedon, qui n’a rien oublié de son Chili pinochiste natal, on entend même la voix cassante et nerveuse du président de la République sur fond d’apocalypse.

Le paradis ici ressemble à l’enfer et quand la pluie se met de la partie, Dante, dont le spectacle est censé s’inspirer, jubile. Assis sur une bâche, le public en K-way d’Aurillac (plus rarement en parapluie dont la ville est pourtant la cité) n’a cure de la pluie. A peine sorti d’un spectacle payant, il s’arrête dans la rue devant un spectacle off. Il y en a cinq cents, là dans un recoin, ici sous un chapiteau. Et cela dure cinq jours, le temps d’un souffle.

Lundi, le festival n’était pas commencé qu’il battait déjà la campagne, avec des spectacles donnés en « préalable » dans les villages de la région, dont l’excellent spectacle de la Volière Dromesko dont on a déjà parlé.


Paraboles, spectacle de la compagnie Volière Dromesko (J.-P. Thibaudaut/Rue89).

C’est au Parapluie, vaste lieu de travail enfanté par le festival et qui accueille des groupes en résidence, que la compagnie off a mis au point « Paraboles » , soit une « pièce électrolyrique pour soprano et dispositif vidéo interactif » . Le spectacle a été présenté en avant-première à la veille du festival.

Tout n’est pas encore parfait, mais c’est une merveille aérienne, voire interstellaire, rigoureusement rêveuse. Imaginez six paraboles géantes se dressant dans la nuit comme des soucoupes volantes, et une soprano habillée en habit de lumière juchée sur une soucoupe renversée et dont la voix se répercute sur les paraboles, lesquelles renvoient son image démultipliée et décalée. Le scénario mérite encore d’être affiné, mais c’est déjà proprement sidérant. A suivre.

Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, jusqu’au 25 août.


La compagnie Kumulus dans les rues d’Aurillac (J.-P. Thibaudat/Rue89).

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  • Anonyme

    C’est pendant un précédent festival, à quelques km de là, que Jacques Lassalle m’avait raconté des souvenirs de vous !

  • ilotdyonisien
    • Posté à 16h25 le 23/08/2007
    • Internaute 12078

    Pour ceux que les soirées un peu (beaucoup) fraiches d’Aurillac rebute : allez à Chalon sur Saone : 3eme we de juillet (pour l’année prochaine donc) il y fait bien plus « chaud » et c’est les mêmes compagnies (à part une ou deux « résidentes »)

    à l’année prochaine

    • ras-la-patience
      • Posté à 23h46 le 23/08/2007
      • Internaute 10027

      essayer de piquer le public dess collègues n’est pas très élégant

      • ilotdyonisien
        • Posté à 10h27 le 24/08/2007
        • Internaute 12078

        Bonjour et pardon, TOUS les endroits où se montre la création théâtrale sont des beaux endroits. Je disais cela hier, car comme tous les ans, nous avons droit à l’article sur Aurillac et rien pour les autres (grands comme Chalon ou plus petits mais néanmoins très créatif comme Chatillon dans le 92)

        Alors, merci et bravo Aurillac pour votre festival, mais j’ai froid le soir chez vous Aurillac

  • Robert Marchenoir
    • Posté à 20h00 le 23/08/2007
    • Internaute 10196

    « Au passage, on aura tancé quelques propos de Sarkozy sur les joies du travail. » (Rue 89)

    Ce qui est tout de même le plus important.

    Il faut reconnaître que les activités sus-décrites sont assez loin de ressembler à quelque travail que ce soit.

    Théâtre de rue : l’une des pires inventions de la modernité.

    Théâtreux de rue : les rafler jusqu’au dernier ; à titre de clémence exceptionnelle, ne pas les faire périr dans d’atroces souffrances, mais les enfermer dans des caves et les obliger à exécuter des travaux utiles : additionner des colonnes de chiffres ; poser des briques ; faire la vaisselle. Le tout au son des discours de campagne de Sarkozy, diffusés nuit et jour par des enceintes de stade.

  • Anonyme

    Merci les festivals d’art dans la rue sont toujours pleins de couleurs et d’émotions, de découvertes au fil des rues, au fil des nuits... du vrai theâtre populaire... merci Aurillac, mais n’oubliez pas de venir nous voir à Morlaix, 29600 Finistère, où notre Festival des Arts dans la Rue déroule ses fééries, accrobaties, clowneries, guignoleries, début Août...2008
    Signé : Un horrible chauvin local !

  • pikasso02
    • Posté à 23h01 le 23/08/2007
    • Internaute 10134

    Le voyeurisme de l’art contemporain d’une Sophie Calle devient presque obligatoire ! Regarder là où autrefois il y avait sanction punitive. Si l’art, c’est cela ! Alors forniquez en public, ça sonnera plus juste. Sophie Calle a gagné. J’imagine bien les profs d’art plastique enseignant l’histoire de l’art à leurs élèves !

  • Anonyme

    juste un commentaire pour dire que je suis très décçu cette année de na pas pouvoir venir à un des meilleurs sinon le meilleur festival de rue de france que j’ai renommé « orgillac »
    certains diront ben oui voilà c’est ça le problème c’est comme à bayonne aux férias tout le monde est trop saoul le soir mais c’est ça la rue c’est ça la fete c’est un savant mélange du théatre , reflet de notre société et de ses acteurs/spectateurs : NOUS ! !
    longue vie à toi aurillac à ton square à tes scènes à ton marché à tes places à tes chapiteaux à tes chiens et leur maitres punk..et à tous les habitués ! !
    niko de la re !

  • Anonyme

    chacun cherche à tirer la couverture à soi : c’est moi qui est le plus beau festival ! ! ! veillons à ce que ce théâtre de rue reste assez ouvert pour qu’il ne se contente pas de faire et montrer ce qu’il a déjà montré et fait (ex : théatre del silencio ou générick vapeur) ou pour qu’il ne se contente pas d’être distrayant,et vienne faire office de majorettes contemporaines ! ! !

    Alain

  • Anonyme

    Le statut d’intermittent du spectacle coûte presque un milliard d’euros par an à l’assurance chômage.

    On est content de voir que ce n’est pas du fric jeté par les fenêtres. Grâce à l’argent des pauvres couill... pardon, je voulais dire : grâce à l’argent des salariés, on fait des manifestations aussi splendides que celle-ci.

    Et, en plus, on se permet de conchier la valeur-travail, alors même qu’on lui doit ses ressources, à hauteur d’un milliard par an. Un milliard pris aux travailleurs, répètons-le, c’est-à-dire à ceux-là même dont on se paie la tronche.

    Je serais curieux de savoir dans quel autre pays une masquarade d’un aussi mauvais goût serait simplement envisageable.

    Aucun, évidemment. D’une part parce que le statut d’intermittent du spectacle est unique au monde et, d’autre part, parce que plus personne sur terre n’est aujourd’hui autant à côté de ses pompes que la gauche française.

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