Le bazar des entreprises

Un blog de l'économiste Gilles Le Blanc, professeur à Mines ParisTech. Il décrypte la stratégie des entreprises, l'état de la concurrence, la (non) politique industrielle.

Le plan de relance de Sarkozy manque cruellement de vision

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 06/12/2008 à 15h57

La présentation du plan de relance de l’économie par le Président de la République ce jeudi laisse une impression paradoxale. On a entendu une série de mesures qui paraissent presque toutes utiles, importantes, nécessaires, et pourtant on ressent l’impression confuse que cela ne suffira pas et qu’il manque quelque chose.

Il me semble que ce ne sont ni le côté « catalogue » des aides, ni des volumes financiers insuffisants, ni encore l’absence de mesure phare qui posent problème, mais plutôt la nature hétéroclite de ce plan et son manque de direction politique claire et assumée.

Par rapport à l’Allemagne, qui choisit de privilégier l’investissement, ou au Royaume-Uni, qui mise sur la consommation par la baisse de la TVA, le plan français donne l’impression de proposer une synthèse en visant tous azimuts. Au risque de contradictions, d’incompréhensions et d’occasions ratées.

Des contraintes écologiques insuffisantes

Le point de départ recueillera un large consensus : il s’agit, face à la crise, de favoriser la transformation structurelle de notre économie sous le signe de l’innovation et de l’environnement. Malheureusement, le plan déroulé ensuite visant à stimuler (à juste titre) les investissements publics et privés nécessaires oublie en chemin ces objectifs affichés. La conditionnalité des aides à la poursuite de ces objectifs reste faible, voire inexistante.

Ainsi, à l’occasion des mesures destinées au logement (doublement du prêt à taux zéro dans le neuf, construction de nouveaux logements), l’aspect environnemental est complètement passé sous silence, alors qu’il s’agit à la fois d’un des principaux gisements de réduction des émissions et d’un formidable champ de nouvelles opportunités d’activités, de services et d’innovation pour les entreprises.

Pour l’automobile, la dimension « propre » exigée des véhicules pour bénéficier de la prime à la casse semble bien peu contraignante. Face aux 160 g de CO2/km annoncés par le Président, rappelons qu’en 2000 l’Union Européenne avait fixé à 120g/km l’objectif d’émission des véhicules neufs à atteindre en 2005 (au plus tard en 2010) ! Et que dans son suivi de cette mesure, la Commission évaluait que les constructeurs européens avaient, dans le cadre d’une démarche volontaire, atteint ce niveau de 160g/km en 2004 ! Première contradiction et occasion ratée.

On ne peut pas décréter l’investissement des entreprises

Reste, bien sûr, l’effort d’investissement supplémentaire annoncé dans les infrastructures. Au passage, on se demandera pourquoi il faut toujours attendre une période de crise pour lancer des investissements jugés maintenant par tous comme utiles et nécessaires. Mais au-delà, la stratégie d’investissement ne peut être considérée comme une réponse immédiate à l’urgence de la crise. L’effet de ces mesures va prendre du temps -plusieurs années- et elles paraissent abstraites aux yeux de beaucoup de monde. Or aujourd’hui règne un climat de méfiance, d’inquiétude, d’incertitude sur l’avenir, à la fois chez les consommateurs et les chefs d’entreprise.

Des annonces d’investissement ne peuvent prétendre créer à elles seules un choc de confiance et favoriser le retour à une vision plus positive de l’avenir. On ne décrète pas l’investissement privé en facilitant son financement ; il faut bien aussi que les entreprises décident d’investir effectivement. Or les dirigeants ne lanceront pas de nouveaux projets tant que leur appréciation de la situation, soit personnelle soit du marché et des comportements à venir des consommateurs, reste négative.

C’est pour cette raison que la distribution générale d’un chèque exceptionnel aux ménages (par exemple de 600 euros pour la moitié au-dessous du salaire médian et 300 euros pour l’autre moitié) aurait été une mesure intéressante. Immédiate, visiblement temporaire, et propre à la fois à stimuler la consommation mais aussi -et c’est sans doute le plus important- à rétablir un climat plus confiant.

Alors bien sûr, aider l’effort de recherche et développement par le crédit d’impôt recherche, améliorer la trésorerie des entreprises, construire de nouvelles infrastructures, tout cela est souhaitable et utile. Mais en l’absence de mesure directement tournée vers les ménages et les individus (salarié, consommateur, emprunteur…), le plan restera difficilement lisible et compréhensible par tous.

Privilégier la valeur ajoutée plutôt que la réduction des coûts

L’autre incompréhension et possible contradiction du discours tient à la stratégie de compétitivité des entreprises encouragée par les pouvoirs publics. En effet, depuis une vingtaine d’années, l’ajustement de l’industrie française aux défis concurrentiels posés par l’Europe, aux vagues d’innovation technique et à la mondialisation, s’est opéré essentiellement sur la variable main d’œuvre, par la réduction continue des emplois.

Or, on sent bien que ce modèle a trouvé aujourd’hui ses limites. Car contrairement à ce que le Président diagnostiquait (« manque d’investissement, manque de productivité, manque de compétitivité »), la productivité du travail dans l’industrie française est très élevée et n’a pas arrêté de croître à un rythme soutenu.

On ne peut espérer rester compétitif en pariant seulement sur de nouvelles hausses de productivité. Il faut bien changer de modèle et substituer à la quête forcenée de la réduction des coûts une stratégie de valeur ajoutée, reposant sur l’innovation, la qualité du travail, les savoir-faire, les marques…

En ce sens, le plan fait quelques pas dans la bonne direction en mettant en avant l’investissement, l’innovation, même si la vision reste très traditionnelle et matérielle. Or les éléments immatériels, qu’il s’agisse des marques, des capacités de recherche, de la formation des salariés, jouent désormais un rôle critique, surtout dans une stratégie de qualité et de valeur ajoutée.

Mais, plus fondamentalement, la démarche est brouillée par la mesure annoncée un peu après d’exonération totale des charges patronales pour toute nouvelle embauche d’une entreprise de moins de dix salariés. Car celle-ci revient à la lecture traditionnelle, qui voit dans un coût du travail trop élevé le principal problème de compétitivité des entreprises, et dans la réduction des charges la réponse publique la plus efficace.

En mêlant ainsi deux modèles de compétitivité, l’un fondé sur l’investissement et la qualité, l’autre sur un coût du travail réduit, le plan de relance brouille son message et ne fournit pas d’indication claire sur la vision économique de long terme privilégiée et soutenue par le gouvernement.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 17h02 le 06/12/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    La relance n’est que franco-française, alors qu’elle devrait profiter et se servir de l’effet de masse de l’Europe.
    Mais voila les européens au lieu de jouer collectif, et d’imposer leur masse, leur poids, préfèrent jouer personnel chacun dans leur coin, et chacun chez soi.
    c’est voué à l’ échec, un demi échec avec beaucoup de chance..

    l’union en Europe ne fait pas la force….aux us oui… en chine oui..

    disputons nous sur des broutilles, pendant que le tsunami arrive. (c’est bien européen…)

    d’après Jacques Attali, les pays si ils ne se rassemblent pas,et ne réagissent pas en front soudé, vont faire marcher la planche à billets.

    Peut-être que les porte-monnaies vont se transformer en brouettes.
    Après que l’économie grenouille ait voulu être plus grosse qu’un bœuf.
    il y a des miracles comme ça...

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 19h26 le 06/12/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Le rêve néo keynésien d’une reprise économique basée sur une refondation « écologique » des structures et sur la création de nouveaux marchés dans les pays émergents s’effiloche...

  • vol19
    • Posté à 21h02 le 06/12/2008
    • Internaute 13492

    Tous ces plans semblent peu partir de la problématique « Vers quel nouveau modèle de production, consommation, mode de vie, va t-on dans dix ans ? et lequel serait le plus adéquat par rapport à l’existant ? Donc, quels sont les investissements prioritaires ?

    Face à celà, il semble que nous avons un exemple de psychologie des peuples :

    - La logique des flux britanniques : stimuler le commerce (historiquement : commerce, finance, communication (langues),normes (droits de douane). En bons navigateurs, ils sauront sauter sur les opportunités selon les vents et les courrants qui se situront forcément dans le commerce. Pas un peuple maritime pour rien.

    - La logique anticipatrice et technique allemande : L’investissement, la prévision, la sécurité, la nature, le développement technique et technologique fiable... Assurément, les éoliennes et capteurs solaires ou maison zero énergie seront rapidement les mercédès ou les BMW de la gamme... et se développeront toutes les teckniks qui vont avec.

    - La logique “politique” et “globaliste” Française. L’Etat au “Centre”. “Penser globalement, agir localement”, tout est en lien, il faut agir partout... et surtout répondre aux deals des lobbies divers, forces sociopolitiques, et des enjeux politiques à venir. On brasse tout çà, pour que çà fasse impressionnant, et puis on aménagera au fur à mesure... On nommera un ministre pour celà...utile car ces administrations ne savent pas trop travailler ensemble...

    Qui sera le plus efficace à votre avis ?

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 19h34 le 08/12/2008
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « .....C’est pour cette raison que la distribution générale d’un chèque exceptionnel aux ménages (par exemple de 600 euros pour la moitié au-dessous du salaire médian et 300 euros pour l’autre moitié) aurait été une mesure intéressante. Immédiate, visiblement temporaire, et propre à la fois à stimuler la consommation mais aussi -et c’est sans doute le plus important- à rétablir un climat plus confiant. .... »

    ► N’importe quoi !
    Une relance dans le style de celle de 1981, qui a relancé les importations chinoises, et creusé le déficit dela France dans des proportions abyssales dont on ne s’est pas encore relevé aujourd’hui...
    Critiquer un plan de relance par ailleur qui présente ses faiblesses,
    mais le faire en avançant l’argument CO2 et la suggestion d’un chèque distribué à tous afin d’aider les ménages à s’acheter leur télé LCD pour leur Noel, c’est du n’importe quoi.

    La seule relance acceptable est dans les investissements, pas dans la consommation ou dans les charges de fonctionnement.

    Et si aujourd’hui les entreprises restent timorées, c’est parce que toute embauche se traduit par un code du travail d’une grande lourdeur, et par des charges salariales effrayantes (87% du net payé à l’employé doit être payé par l’employeur en charges diverses à l’URSSAF)

    Je ne m’affiche pas « économiste », mais ce que je vous avance m’apparait plus crédible que ces solutions sorties des chapeaux de ces économistes aux conceptions socialistes appliquées à l’économie de marché :

    - il faut augmenter la TVA,

    - baisser d’autant les charges salariales (actuellement, à 87% du net payé)

    - baisser les frais de fonctionnement de l’Etat (nombre de fonctionnaires)

    - auditer les centaines d’ Etablissements Publics divers, EPIC, EPA, EPLE, EPST, EPCSCP, EPCS, EPCC, EPCI, EPS, OPH, SDIS....
    dont certains sont des planques discrètes pour bras cassés...

    - remettre la retraite à 65 ans, quitte à aménager les dernières années afin que les séniors transmettent leur savoir aux juniors,

    - simplifier les démarches administratives pour créer une entreprise en France (modèle anglo-saxon)

    - fluidifier la fonction publique, permettre aux fonctionnaires de changer de poste, d’administration, voir d’aller dans le privé sans pénalisation.

    - Baisser le SMIC (sur lequel tous les salaires sont actuellement nivelés, ce qui ne favorise pas l’implication du salarié)

    - rendre le RMI telle une aide ponctuelle, et non pas pérenne et définitive

    - rendre gratuits les transports en commun de courte distance

    - relancer le logement locatif en abaissant la fiscalité, supprimant l’ISF et accélérant le règlement des conflits

    - respecter et faire respecter les délais de remboursement des dettes

    - casser le système lourdingue et bidonné des appels d’offres

    - gérer les carrières des fonctionnaires ( objectifs + bilan annuel)

    - audit systématique des collectivités locales

    - favoriser les réparations aux remplacements

    - s’appuyer sur un pool de séniors anciens chefs d’entreprise pour reprendre des entreprises en dépot de bilan, les relancer avec argent de l’Etat, et les réinjecter dans le privé.

    - réformer la fiscalité, faire en sorte que tout le monde paye l’impot, que chaque enfant compte pour une part entière non plafonnée, et que personne ne dépasse 30% d’IR. (la France a plus besoin d’attirer les riches que d’attirer les pauvres.. ce n’est pas un problème d’éthique, c’est un problème de pragmatisme économique...)

    - remettre en cause le droit du sol

    - retour réel au pays de tous les illégaux, sans papier ou simplement n’apportant par leur présence aucun élément positif au pays... ça n’a pas la prétention d’être moral ou immoral, c’est simplement amoral et efficace.

    - politique carcérale tournée vers la réinsertion et la fermeté :
    petits larçins immédiatement, systématiquement et sévèrement sanctionnés, peines de prison par isolement total, mais par pèriodes courtes.. réelles possibilité de réinsertiion offertes)

    - défense de la langue française (mais quel recul depuis 50 ans ! .. ! .. !)

    - arréter avec l’aide aux langues régionales

    - indépendance des établissements scolaires, de la maternelle à l’université.. ces établissements restent publics, mais à gestion au sein de l’établissement (recrutement, gestion du personnel, gestion des dépenses sous contrôle et cahier des charges publiques)

    - terminer définitivement avec les régimes spéciaux, régime fonctionnaire compris ; tout le monde doit être à la même enseigne, élus compris.

    - passer d’une retraite à répartition à une retraite à capitalisation.. création de fonds souverains gérant la retraite de tous.. avec solidarité au sein d’une même génération, sans pénaliser comme actuellement une génération au profit d’une autre.

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