Relance : pourquoi le plan français est-il moins complet que les autres ?
Si on le compare aux plans de relance des grands pays occidentaux, récemment amplifiés, celui que le gouvernement français a mis en route se distingue sur deux points : son montant global, significativement inférieur aux autres ; la nature des mesures proposées, qui visent l’investissement et les entreprises.
La semaine dernière, l’Allemagne a porté son effort à 50 milliards d’euros sur deux ans. Au Royaume-Uni, Gordon Brown a augmenté de 50% l’enveloppe initiale, qui atteindra 30 milliards livres sterling. Encore plus significativement, compte-tenu de leur rôle de locomotive, les contours du plan de relance se précisent aux Etats-Unis : un montant d’environ 800 milliards de dollars, une adoption prévue au Congrès en février, et une mesure phare, à savoir une baisse d’impôts de 1000 dollars pour 95% des contribuables.
Un plan français marqué par les faibles mesures sur le pouvoir d’achat
Ces plans de relance combinent deux types de mesures : des dépenses d’investissement (logement, transport, infrastructures) et des stimulations de la consommation et du pouvoir d’achat (baisse de la TVA au Royaume-Uni, baisse d’impôts aux Etats-Unis et de cotisations sociales en Allemagne, hausse de certains minima sociaux en Allemagne...). Cette combinaison obéit à une logique économique simple.
- Les dépenses d’investissement sont des actions à moyen et long terme, visant à stimuler l’activité, améliorer la compétitivité et ouvrir de nouvelles opportunités de croissance, en particulier en privilégiant une orientation environnementale.
- Les mesures de pouvoir d’achat recherchent pour leur part un impact immédiat le plus large possible (tous les consommateurs pour la baisse de la TVA, tous les salariés pour la baisse des cotisations sociales) pour soutenir la consommation, mais aussi –et c’est peut-être le plus important– rétablir un climat de confiance et dissiper l’inquiétude paralysante qui frappe depuis l’automne tous les pays. Ainsi le crédit d’impôt de 1000 dollars proposé par Obama, d’effet immédiat grâce à la retenue à la source, va au-delà de ce simple montant. Bénéficiant à des dizaines de millions de personnes, en particulier aux classes moyennes particulièrement touchées par la crise immobilière et économique, c’est également un geste fort de volontarisme politique signifiant « on s’occupe de vous, on ne va pas attendre passivement et en silence que les choses passent et que la crise se termine ».
En comparaison le plan français est marqué par la faiblesse des mesures portant sur le pouvoir d’achat et la consommation. A l’exception de la prime aux bénéficiaires du RSA, une décision bien entendu juste, nécessaire et utile, mais qui en se limitant à cette seule catégorie porte le risque d’accentuer la fracture et l’incompréhension au sein des ménages salariés modestes, particulièrement menacés par la crise et pourtant absents du plan. Et ce, alors que leur faible taux d’épargne garantit l’efficacité, sur le niveau de consommation, de mesures aidant leur pouvoir d’achat (baisse d’impôts ou relèvement de minima sociaux).
Contraintes héritées du paquet fiscal et hésitations politiques
Comment expliquer cette nouvelle « exception française » ? Deux éléments peuvent être avancés.
Le premier, d’ordre pratique, est l’absence de marge de manœuvre financière en raison de la contrainte budgétaire (déficit courant, dette publique) mais aussi et surtout des choix politiques de l’été 2007 avec la loi TEPA (bouclier fiscal, exonération des successions, baisse des charges sur les heures supplémentaires). D’un coût supérieur à 10 milliards d’euros en année pleine, ce bouquet de mesures fiscales prive l’Etat des moyens de lancer des initiatives nouvelles par exemple en direction de la consommation.
Mais, au-delà, il y a un problème de fond de politique économique et une hésitation sur le meilleur levier pour favoriser la croissance : consommation, investissement, débouchés commerciaux extérieurs ?
Entre une dépendance jugée trop forte de la consommation (artificiellement soutenue les années passées par l’endettement et la bulle immobilière), une ouverture croissante aux importations (dommage collatéral du modèle de l’économie « low-cost » et d’une attention uniquement portée sur les prix), une compétitivité extérieure en dégradation continue (au rythme du creusement inquiétant de notre déficit commercial) et un investissement des entreprises en baisse, le gouvernement n’a pas réussi à hiérarchiser les priorités, proposer sa vision de la dynamique de croissance à privilégier, et en déduire un ensemble d’actions cohérentes.
Au delà des débats byzantins sur les sommes réellement « neuves » débloquées par le plan de relance, c’est l’incertitude sur la politique économique choisie qui me semble le problème principal et l’explication des doutes qu’il suscite.
- 5694 visites
- 14 réactions










Les doutes grandissent sur la frénésie de réformes de Nicolas Sarkozy
(...) le temps
Sylvain Besson, Paris
Samedi 10 janvier 2009
Et une réforme de plus, une ! Vendredi, Nicolas Sarkozy a détaillé son projet de réorganisation des hôpitaux publics. La veille, il avait dû rassurer les psychiatres, déstabilisés par ses plans concernant la prise en charge des malades mentaux. Mercredi, il dévoilait une réforme de la procédure pénale, qui remplacerait le juge d’instruction par un « juge de l’instruction », chargé de superviser les enquêtes au lieu de les mener lui-même.
Passé les six mois frénétiques de sa présidence européenne, le chef de l’Etat a retrouvé le rythme des débuts : une annonce par jour, dans les domaines les plus divers et parfois improbables. On attend déjà la réforme du permis de conduire (mardi prochain), un mini-remaniement du gouvernement (peut-être mercredi) et des mesures pour restructurer la presse écrite (bientôt).
La stratégie est connue : il faut occuper le terrain, ne pas laisser l’opposition souffler, dicter en permanence son agenda. Sauf que, cette fois, la technique semble atteindre ses limites. Les médias français, dans l’une de ces analyses politico-psychologiques qu’ils affectionnent, se demandent si le président ne s’est pas lancé dans une fuite en avant, destinée à masquer le manque d’ambition et de direction des réformes.
Signe qui ne trompe pas : son vieil ennemi, Dominique de Villepin, est sorti de son silence hier pour pilonner la « dispersion » de Nicolas Sarkozy. « L’hyperactivité n’est pas suffisante, a déclaré l’ancien premier ministre. Il faut donc un président capable de hiérarchiser les problèmes et de se consacrer à l’essentiel. Faire des images, c’est une chose, mais je crois qu’on a besoin de temps en temps de se recaler à la réalité. »
(...)
Cette semaine, Nicolas Sarkozy a même revendiqué le terme d’« omniprésident » dont l’a affublé la presse : « Je préfère qu’on dise ça de moi plutôt que roi fainéant », a-t-il expliqué devant les parlementaires de son parti. Mais son intervention n’a guère impressionné l’assistance : « C’était très convenu », estime un proche d’un dirigeant de la majorité.
Le coup de mou de début d’année est un peu une habitude chez Nicolas Sarkozy. L’an dernier, une conférence de presse ratée, centrée sur le nébuleux concept de « politique de civilisation », avait précipité sa chute dans les sondages.
(..) : « Le problème n’est pas de faire beaucoup de réformes et de les faire vite, mais de les faire avec intensité et résultat, estime Hervé Mariton, un député qui fait figure de dissident au sein de la majorité. Un certain nombre d’entre nous le disent depuis le début du mandat, mais ça s’est aggravé et nous sommes plus nombreux à le penser. »
La crise financière est une autre source d’inquiétude. Nicolas Sarkozy a remporté la présidentielle de 2007 avec un programme d’inspiration essentiellement libérale. Aujourd’hui, il professe un « retour de l’Etat » qui fait grincer des dents une partie de la droite. Elle craint de voir réapparaître un vieux travers français : le président promet de réformer drastiquement les politiques publiques, avant d’y renoncer et de multiplier les dépenses destinées à acheter la paix sociale, ce qui creuse les déficits et la dette.
(...)




Partager