Le bazar des entreprises

Un blog de l'économiste Gilles Le Blanc, professeur à Mines ParisTech. Il décrypte la stratégie des entreprises, l'état de la concurrence, la (non) politique industrielle.

Relance : pourquoi le plan français est-il moins complet que les autres ?

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 11/01/2009 à 11h39

Si on le compare aux plans de relance des grands pays occidentaux, récemment amplifiés, celui que le gouvernement français a mis en route se distingue sur deux points : son montant global, significativement inférieur aux autres ; la nature des mesures proposées, qui visent l’investissement et les entreprises.

La semaine dernière, l’Allemagne a porté son effort à 50 milliards d’euros sur deux ans. Au Royaume-Uni, Gordon Brown a augmenté de 50% l’enveloppe initiale, qui atteindra 30 milliards livres sterling. Encore plus significativement, compte-tenu de leur rôle de locomotive, les contours du plan de relance se précisent aux Etats-Unis : un montant d’environ 800 milliards de dollars, une adoption prévue au Congrès en février, et une mesure phare, à savoir une baisse d’impôts de 1000 dollars pour 95% des contribuables.

Un plan français marqué par les faibles mesures sur le pouvoir d’achat

Ces plans de relance combinent deux types de mesures : des dépenses d’investissement (logement, transport, infrastructures) et des stimulations de la consommation et du pouvoir d’achat (baisse de la TVA au Royaume-Uni, baisse d’impôts aux Etats-Unis et de cotisations sociales en Allemagne, hausse de certains minima sociaux en Allemagne...). Cette combinaison obéit à une logique économique simple.

  • Les dépenses d’investissement sont des actions à moyen et long terme, visant à stimuler l’activité, améliorer la compétitivité et ouvrir de nouvelles opportunités de croissance, en particulier en privilégiant une orientation environnementale.
  • Les mesures de pouvoir d’achat recherchent pour leur part un impact immédiat le plus large possible (tous les consommateurs pour la baisse de la TVA, tous les salariés pour la baisse des cotisations sociales) pour soutenir la consommation, mais aussi –et c’est peut-être le plus important– rétablir un climat de confiance et dissiper l’inquiétude paralysante qui frappe depuis l’automne tous les pays. Ainsi le crédit d’impôt de 1000 dollars proposé par Obama, d’effet immédiat grâce à la retenue à la source, va au-delà de ce simple montant. Bénéficiant à des dizaines de millions de personnes, en particulier aux classes moyennes particulièrement touchées par la crise immobilière et économique, c’est également un geste fort de volontarisme politique signifiant « on s’occupe de vous, on ne va pas attendre passivement et en silence que les choses passent et que la crise se termine ».

En comparaison le plan français est marqué par la faiblesse des mesures portant sur le pouvoir d’achat et la consommation. A l’exception de la prime aux bénéficiaires du RSA, une décision bien entendu juste, nécessaire et utile, mais qui en se limitant à cette seule catégorie porte le risque d’accentuer la fracture et l’incompréhension au sein des ménages salariés modestes, particulièrement menacés par la crise et pourtant absents du plan. Et ce, alors que leur faible taux d’épargne garantit l’efficacité, sur le niveau de consommation, de mesures aidant leur pouvoir d’achat (baisse d’impôts ou relèvement de minima sociaux).

Contraintes héritées du paquet fiscal et hésitations politiques

Comment expliquer cette nouvelle « exception française » ? Deux éléments peuvent être avancés.

Le premier, d’ordre pratique, est l’absence de marge de manœuvre financière en raison de la contrainte budgétaire (déficit courant, dette publique) mais aussi et surtout des choix politiques de l’été 2007 avec la loi TEPA (bouclier fiscal, exonération des successions, baisse des charges sur les heures supplémentaires). D’un coût supérieur à 10 milliards d’euros en année pleine, ce bouquet de mesures fiscales prive l’Etat des moyens de lancer des initiatives nouvelles par exemple en direction de la consommation.

Mais, au-delà, il y a un problème de fond de politique économique et une hésitation sur le meilleur levier pour favoriser la croissance : consommation, investissement, débouchés commerciaux extérieurs ?

Entre une dépendance jugée trop forte de la consommation (artificiellement soutenue les années passées par l’endettement et la bulle immobilière), une ouverture croissante aux importations (dommage collatéral du modèle de l’économie « low-cost » et d’une attention uniquement portée sur les prix), une compétitivité extérieure en dégradation continue (au rythme du creusement inquiétant de notre déficit commercial) et un investissement des entreprises en baisse, le gouvernement n’a pas réussi à hiérarchiser les priorités, proposer sa vision de la dynamique de croissance à privilégier, et en déduire un ensemble d’actions cohérentes.

Au delà des débats byzantins sur les sommes réellement « neuves » débloquées par le plan de relance, c’est l’incertitude sur la politique économique choisie qui me semble le problème principal et l’explication des doutes qu’il suscite.

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  • marie 75
    • Posté à 12h08 le 11/01/2009
    • Internaute 3563

    Les doutes grandissent sur la frénésie de réformes de Nicolas Sarkozy
    (...) le temps
    Sylvain Besson, Paris
    Samedi 10 janvier 2009 

    Et une réforme de plus, une ! Vendredi, Nicolas Sarkozy a détaillé son projet de réorganisation des hôpitaux publics. La veille, il avait dû rassurer les psychiatres, déstabilisés par ses plans concernant la prise en charge des malades mentaux. Mercredi, il dévoilait une réforme de la procédure pénale, qui remplacerait le juge d’instruction par un « juge de l’instruction », chargé de superviser les enquêtes au lieu de les mener lui-même.

    Passé les six mois frénétiques de sa présidence européenne, le chef de l’Etat a retrouvé le rythme des débuts : une annonce par jour, dans les domaines les plus divers et parfois improbables. On attend déjà la réforme du permis de conduire (mardi prochain), un mini-remaniement du gouvernement (peut-être mercredi) et des mesures pour restructurer la presse écrite (bientôt).

    La stratégie est connue : il faut occuper le terrain, ne pas laisser l’opposition souffler, dicter en permanence son agenda. Sauf que, cette fois, la technique semble atteindre ses limites. Les médias français, dans l’une de ces analyses politico-psychologiques qu’ils affectionnent, se demandent si le président ne s’est pas lancé dans une fuite en avant, destinée à masquer le manque d’ambition et de direction des réformes.

    Signe qui ne trompe pas : son vieil ennemi, Dominique de Villepin, est sorti de son silence hier pour pilonner la « dispersion » de Nicolas Sarkozy. « L’hyperactivité n’est pas suffisante, a déclaré l’ancien premier ministre. Il faut donc un président capable de hiérarchiser les problèmes et de se consacrer à l’essentiel. Faire des images, c’est une chose, mais je crois qu’on a besoin de temps en temps de se recaler à la réalité. »

    (...)
    Cette semaine, Nicolas Sarkozy a même revendiqué le terme d’« omniprésident » dont l’a affublé la presse : « Je préfère qu’on dise ça de moi plutôt que roi fainéant », a-t-il expliqué devant les parlementaires de son parti. Mais son intervention n’a guère impressionné l’assistance : « C’était très convenu », estime un proche d’un dirigeant de la majorité.

    Le coup de mou de début d’année est un peu une habitude chez Nicolas Sarkozy. L’an dernier, une conférence de presse ratée, centrée sur le nébuleux concept de « politique de civilisation », avait précipité sa chute dans les sondages.
    (..) : « Le problème n’est pas de faire beaucoup de réformes et de les faire vite, mais de les faire avec intensité et résultat, estime Hervé Mariton, un député qui fait figure de dissident au sein de la majorité. Un certain nombre d’entre nous le disent depuis le début du mandat, mais ça s’est aggravé et nous sommes plus nombreux à le penser. »

    La crise financière est une autre source d’inquiétude. Nicolas Sarkozy a remporté la présidentielle de 2007 avec un programme d’inspiration essentiellement libérale. Aujourd’hui, il professe un « retour de l’Etat » qui fait grincer des dents une partie de la droite. Elle craint de voir réapparaître un vieux travers français : le président promet de réformer drastiquement les politiques publiques, avant d’y renoncer et de multiplier les dépenses destinées à acheter la paix sociale, ce qui creuse les déficits et la dette.
    (...)

    • tooms4444
      tooms4444 répond à marie 75
      p'tit con
      • Posté à 11h08 le 12/01/2009
      • Internaute 41634
        p'tit con

      « Aujourd’hui, il professe un “retour de l’Etat” qui fait grincer des dents une partie de la droite »

      Je doute beaucoup que quiconque, à droite en, particulier, soit dupe de ces discours de Tartarin de Tarascon.

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 12h21 le 11/01/2009
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    si l’on comprend bien :
    il n’y a pas un politique économique tranchée, et on tâtonne dans le noir, en espérant trouver une porte miraculeuse.
    on peut s’endetter fortement si l’on a une politique énergique, sure,
    mais là font fait encore confiance à des mécanismes qui viennent de prouver leur incompétence, quand ils sont livrés à eux-même.

    il n’y a pas que les prix dans l’économie, il y a la structure de production,d’exportation, de créativité, d’invention aussi..

    mais on focalise sur les prix, car derrière les prix il y a le consommateur, et derrière le consommateur l’électeur.
    Politique à court terme, qui mène droit dans le mur à moyen et long terme (les enfants payeront)..

    le doigt et la lune...

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h11 le 11/01/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Excellent article . Tout pour les banques et les entreprises , rien pour les salariés censés travailler plus , plus longtemps , plus vieux et y compris le dimanche pour un système qui détruit les emplois .

    Les créatures à la tête de l’Etat n’oublient pas qui les ont faites ( les banques et les gros entrepreneurs) et pour quelles réformes . Seuls les députés UMP et Droito-centristes paniquent un peu , ils sont obligés de se coltiner leurs électeurs sur les marchés et au bistrot le dimanche matin
    -Dis donc , René , bon diou de bon diou ! tu vas quand même pas voter cette réforme immonde ! Ton père avec qui j’ ai fait de la résistance , j’ te rappelle , doit se retourner dans sa tombe
    -Tu déconnes vraiment la , René ! On est pas prêt de revoter pour toi , c’ coup la , mon gars !

  • affreuxjojo
    • Posté à 12h34 le 11/01/2009
    • Internaute 29421

    Effectivement le plan de relance Français passe à coté des enjeux fondamentaux. La rémunération croissante du capital au détriment du travail à eu pour effet de dégager des masses monétaires colossales. Une partie a été consacrée à l’investissement productif. Ce mouvement n’a de sens sur le long terme que si les nouveaux biens et services produits par cet outil de production surdévellopé de cette façon rencontrent des débouchés solvables. C’est là que rien ne va plus. La crise majeure n’est absolument pas une crise de l’offre (pénurie) mais une crise des débouchés. Dans ces conditions, refinancer les entreprises pour qu’elles améliorent leur capacité de production ne résoud pas le problème, il l’amplifie !

  • yoye-2000
    yoye-2000
    se leve tard et travaille mou
    • Posté à 12h37 le 11/01/2009
    • Internaute 48274
      se leve tard et travaille mou

    En gros, si je comprends bien, c’est qu’une fois de plus notre DG a été grand visionnaire, qu’il l’a tellement été qu’il avait anticipé l’ampleur de la crise en lançant dès son élection un plan de relance baptisé TEPA, qui bien qu’ayant eu l’insigne avantage de montre le génie visionnaire de son initiateur a eu pour inconvénients majeurs :
    1. de s’adresser aux « riches » (ou dans le cadre, des heures sup’, de supposer que des heures sup seraient nécessaires)
    2. D’être tellement en avance que ce plan de relance qu’il tombe complètement à plat, c’est bien ça ? (est ce qu’on a une idée des bénéfices des loi TEPA ?).

    En d’autres termes, on pourrait aussi dire que l’incertitude sur les politiques économiques ne datent pas de la crise financière, mais est un peu la marque de fabrique de ce gouvernement, non ?

    Lien

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 13h45 le 11/01/2009
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Il me semble qu’un plan de relance à destination essentiellement des entreprises sans accompagnement pour les salariés moyens et qui n’a pour cible que le soutien des « fortunes » censées être les moteurs de l’économie, est voué à l’échec.

    Quant à l’endettement excessif du pays , qui en est à l’origine ?
    Les dépenses faites pour « maintenir » une certaine stabilité sociale, ou le manque à gagner dû aux diverses mesures d’allègement fiscal à destination des plus riches ?

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 15h04 le 11/01/2009
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout
  • Humain
    • Posté à 15h45 le 11/01/2009
    • Internaute 21387

    A ma connaissance il n’existe pas de plan Français !
    Sinon un plan de bonne intentions...

    Par ailleurs aux Etats Unis le Président Obama prévoit des réductions d’impôt de 300 $ milliards de dollars - dont 500 $ pour la plupart des personnes et 1000 $ pour les couples
    ...A la condition que l’un des époux soit employé !

    Autrement dit les plus pauvres sont écartés du maximum.
    (Encore faut-il je crois, que le Congrès approuve, et sauf erreur Obama n’a pas la majorité des deux tiers au congrès pour ce type de loi me semble-t-il)

    En Angleterre le plan Bancaire prévoit une participation de l’Etat dans les banques (nationalisation au moins pour un temps) ! !

    En France.... Qu’en est-il « effectivement » ?

  • gelu42
    • Posté à 22h06 le 11/01/2009
    • Internaute 23109

    Les fameuses réformes on en voit pas les bienfaits annoncés. Mais tout se passe bien pour sarkozy et sa bande de clic qui s’en foutent plein les poches. Il est en train de se faire aménager un nouvel avion qui va coûter 300 millions d’euros à la collectivité. Et partout, c’est des gens qui recomptent leur monnaie avant de passer la caisse des magasins et des difficultés de plus en plus grandes. La précarité partout qui se développe et la fracture entre les riches et les pauvres qui ne cesse d’augmenter. Et on nous bassine pour la fin de la pub sur le service public alors qu’il faudra encore payer une redevance plus lourde pour des émissions de plus en plus débiles là aussi des delarue qui s’en foutent plein les poches pour faire des émissions de merde qui montrent la misère des gens. Et les libertés qui diminuent et les gens qui sont de plus en plus fichés (edvige et compagnie). Vraiment depuis 2007 les choses vont plus mal et sarkozy est l’homme d’un clan celui des riches . Une honte pour la fonction de président de la République.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 02h52 le 12/01/2009
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Ben oui,« il » en a moins sous le talon, c’est sûr...
    Et puis l’exécutif voit à présent toute la politique qu’il annonçait voici quelques mois lui revenir comme un boomerang. Les « changements » sociétaux qu’il annonçait aussi à une cadence accélérée, sombrent dans l’incompréhension et le refus.
    En vérité cet executif ne sait pas quoi faire sinon continuer à favoriser certains cercles. Que voulez-vous qu’un « libéral » au pouvoir fasse en ce moment sinon racler les fonds de tiroir à des fins personnelles ?

  • tooms4444
    tooms4444
    p'tit con
    • Posté à 11h02 le 12/01/2009
    • Internaute 41634
      p'tit con

    En même temps, si les caisses sont vides (pour certains, j’entends)... autant être cohérent jusqu’au bout !
    Et CA, ça fout la trouille.

  • YoshiL7
    • Posté à 11h19 le 12/01/2009
    • Internaute 29840

    pourquoi le plan français est-il moins complet que les autres ?

    parce qu’on doit etre le seul pays à ne demander aucune réelle contrepartie aux milliards que l’Etat distribue...

  • Anonyme

    De toue façon, nous allons vers deux trous noirs , l’un est la déflation totale et l’autre ( si la « machine » repart ) est l’inflation voir hyperinflation a cause des milliards de milliards injectées par les banques centrales depuis presqu’ un an sans oublier la possibilité d’ une bonne petite guerre mondiale comme d’habitude. Ca va être dur : -(

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