Le bazar des entreprises

Un blog de l'économiste Gilles Le Blanc, professeur à Mines ParisTech. Il décrypte la stratégie des entreprises, l'état de la concurrence, la (non) politique industrielle.

Carottes et navets : la cuisine des chiffres du déficit et de la dette

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 21/05/2009 à 01h15

C'est reparti ! Alors qu'on vient (enfin) de constater officiellement en France ce que tout le monde sentait intuitivement, à savoir que la récession a débuté il y a un an et non fin 2008, on voir refleurir partout le niveau « terrifiant » de la dette publique par habitant : 20 300 euros !

Depuis le rapport Pébereau de 2005, cet indicateur est régulièrement avancé pour alerter le public des dangers d'un déficit budgétaire chronique et d'une accumulation de la dette du pays, qui atteint 68,1% du PIB en 2008. Le problème est que ces chiffres, loin d'orienter le nécessaire débat public et politique sur la dette, ne font qu'apporter de la confusion et des lectures biaisées.

On mélange en effet des carottes et des navets en comparant des stocks (la dette par habitant, la dette totale en valeur) avec des flux annuels (le salaire d'un habitant, la richesse produite mesurée par le PIB). Pourtant, chacun a l'expérience en discutant d'un projet immobilier chez son banquier d'un raisonnement en deux étapes : l'évaluation de sa capacité de remboursement selon ses salaires puis en fonction de la durée d'emprunt et du taux d'intérêt le chiffrage du montant du bien immobilier qu'il peut acquérir.

Comparer le total de la dette au PIB, c'est peu comme si on vous disait, en prenant le revenu médian des ménages de 3000 euros mensuels et les habituels 33% d'endettement, que vous devrez vous contenter d'un bien de… 12 000 euros !

On voit bien ici le biais introduit. En toute rigueur, il faudrait comparer séparément les flux d'une part -le remboursement de la dette avec la richesse créée- et les stocks d'autre part -le total de la dette avec la richesse totale détenue par les acteurs économiques du pays, c'est-à-dire le patrimoine national. Cette dernière variable n'est pas facile à estimer (il faut par exemple valoriser le patrimoine immobilier de l'Etat ou encore les infrastructures matérielles et immatérielles du territoire). Mais l'Insee évalue le patrimoine 2007 de la France à 12 500 milliards d'euros, ce qui représente environ 190 000 euros par habitant.

Une idéologie qui veut que l'équilibre du budget de l'Etat soit imposé par la constitution

De tels mélanges et confusions ne sont bien entendu ni maladroits ni innocents. Chez certains, ils s'inscrivent dans une idéologie qui combat par principe tout déficit public au point de proposer que l'équilibre du budget de l'Etat soit imposé par la constitution. Pour d'autres, il s'agit d'un moyen pédagogique permettant d'illustrer dans la population les enjeux des décisions budgétaires et de l'endettement. Enfin, pour le gouvernement, c'est le moyen de justifier le choix politique d'un plan de relance limité, en invoquant l'écrasante contrainte financière de l'endettement.

Mais que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ce n'est pas avec une approche biaisée qu'on peut espérer organiser utilement le débat. Tout dépend en effet de l'utilisation faite des sommes à la source du déficit et de la dette, et de leurs effets économiques. Les débats devraient se concentrer sur ces questions, en évitant les simplifications manichéennes.

En guise de conclusion, deux petits rappels historiques pour stimuler la réflexion.

Sur l'ampleur « acceptable » du déficit public d'abord. Lors d'auditions passionnantes organisées fin mars par le Congrès américain, les économistes spécialistes de la crise de 1929 ont souligné un aspect souvent ignoré du New Deal. La relance économique a été réelle mais limitée car le déficit budgétaire restait… limité ! Il a fallu attendre la guerre et qu'il dépasse 10% pour que l'économie retrouve son niveau antérieur et efface les effets de la grande crise.

Quant à l'impression d'accumulation irréversible de la dette et le fatalisme qu'inspirent souvent les chiffres cités au début : on a tendance à oublier que la croissance (forte) est un facteur qui peut rapidement changer la situation budgétaire, comme l'illustrent les deux mandats de Clinton. En seulement huit ans, les Etats-Unis passent d'un déficit de 4,5% du PIB à un excédent de 2% ! Bien sûr, les crises, les époques et les pays sont toujours uniques mais voilà du moins une réhabilitation par l'exemple du rôle persistant d'une politique économique de croissance.

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  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 07h55 le 22/05/2009
    • Internaute
      chasseur de gorille

    carottes et navets

    y en a plein la marmite,marque élysée

    mais bon vaut mieux apprendre un metier que vous pourrez exercer à l'étranger

    ou alors vous allez passer à la caisse les jeunes

    • YMB
      YMB answers to jmc06
      • Posté à 12h19 le 22/05/2009

      Sauf à relancer l'inflation... ce que, ayant 26 ans et étant endetté à 700 % de mon revenu annuel, j'espère qu'il se passera.

  • YMB
    YMB
    • Posté à 12h04 le 22/05/2009

    Un dernier rappel historique : en 1815, le Royaume-Uni était endetté à hauteur de 300 % du PIB britannique, ce qui ne l'a pas empêché de dominer tout le XIXe siècle.

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