Le bazar des entreprises

Un blog de l'économiste Gilles Le Blanc, professeur à Mines ParisTech. Il décrypte la stratégie des entreprises, l'état de la concurrence, la (non) politique industrielle.

Arrêtons d'opposer l'industrie et les services

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 01/10/2009 à 12h27

Dans Les Echos d'hier, Christian Poyau, l'ancien président de Croissance Plus, qualifie la suppression de la taxe professionnelle de « coup de poignard dans le dos des entreprises de services ». Cette image censée frapper les esprits est développée par l'argumentaire suivant : puisque seule l'imposition liée aux investissements est concernée, l'aménagement de la taxe professionnelle va profiter exclusivement à l'industrie.

Mais la part assise sur la valeur ajoutée demeure, ce qui pénalise les entreprises de services. Or la valeur ajoutée étant totalement liée à la masse salariale, cela va affecter négativement l'emploi, en augmentant un coût du travail déjà qualifié de « monstrueux ».

Cet exposé reprend la plupart des clichés habituels opposant l'industrie aux services. Mais ils ne correspondent pas du tout à la réalité économique. Il faut les critiquer car prolonger cette fracture artificielle est source de confusion et d'inefficacité. Pour l'illustrer, reprenons deux points clés à partir des comptes nationaux 2007 de l'Insee (dernières données complètes disponibles).

Première idée fausse : en raison de ses importants investissements, la part des salaires dans la valeur ajoutée serait plus faible dans l'industrie que dans les services. Une taxe assise sur la valeur ajoutée serait donc relativement plus pénalisante pour l'emploi dans les services.

A l'examen des chiffres, surprise : la part de la rémunération des salariés dans la valeur ajoutée (pour simplifier, on ne tient pas compte de la fraction allant de 1 à 10% selon les secteurs qui provient d'entreprises individuelles) s'élève à 63,5% dans l'industrie et à 50,2% dans les services marchands ! Si on examine les données par branches, on constate que ce taux varie dans l'industrie de 37,1% (énergie) à 75,6% (automobile). Dans les services marchands, l'intervalle va de 5,6% (activités immobilières) à 66,6% (services aux entreprises).

Certes le cas très particulier de l'immobilier (location) pèse sur le taux global des services. Mais si on ne tient pas compte de cette branche, alors la part des salaires dans la valeur ajoutée du reste des services marchands (commerce, transport, des activités financières, services aux entreprises et aux particuliers) est en moyenne 65,6%, soit un taux vraiment très voisin de l'industrie. La variation de ce taux selon la branches ou le secteur apparait plus forte et décisive qu'entre industrie et services.

Seconde idée reçue : l'investissement est une question exclusivement industrielle. C'est oublier les profondes mutations structurelles provoquées par le processus d'externalisation depuis les années 1980. Externalisation de tâches qui ne se limitent pas aux seuls services intensifs en main d'œuvre faiblement qualifiée et nécessitant peu d'investissement mais s'étendent désormais aux services financiers, de conseil, de gestion des ressources humaines, de R&D, de location d'équipements spécialisés (appareils électriques, mécaniques, de transport répondant à des besoins ponctuels d'une entreprise mais ne justifiant pas une acquisition permanente)…

Ce dernier exemple illustre combien les services ont également besoin d'investissements. Résultat : en 2007, la formation brute de capital fixe dans les services aux entreprises (qui regroupe l'essentiel des services externalisés) atteint 51,6 milliards €… et 43 milliards dans l'industrie ! Réduire la question de l'investissement au seul périmètre industriel oublie ainsi la moitié de l'effort des entreprises.

La discussion des enjeux de compétitivité de notre économie et de l'efficacité des politiques publiques mérite mieux que ces raccourcis trompeurs. Elle doit reposer sur une analyse des situations économiques et concurrentielles réelles des entreprises et s'affranchir une fois pour toutes de cette opposition éculée et fausse entre industrie et services.

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  • ysengrimus
    • Posté à 14h33 le 01/10/2009
    • Internaute

    L'ennui ce n'est pas l'investissement, mais bien l'investissement spéculatif... Ceux qui décident dans quoi investir sont payés grassement pour cultiver une spéculation qui, en fait, leur échappe et est plus forte qu'eux. C'est qu'il y a, en effet, spéculation et spéculation…

    Lien

    Choisissez votre sac de nœuds… Ces faux experts y peuvent bien peu.

    Pour un citoyen décisionnel en matière d'investissements.
    Paul Laurendeau

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 15h31 le 01/10/2009
    • Internaute
      non connue

    « la formation brute de capital fixe dans les services aux entreprises [...] atteint 51,6 milliards €… et 43 milliards dans l'industrie »
    Vous êtes sérieux dans votre argumentaire ?
    L'industrie est un domaine totalement sinistré en France. Ces chiffres ne font que le montrer. Et il ne vous a pas échappé que lorsqu'un contrat de prestation est négocié avec une entreprise externe, les investissements sont de plus en plus laissés aux frais du prestataire, ce qui est possible vu l'état du marché.

    D'autre part, si la part de masse salariale est si faible dans l'industrie, c'est aussi dû au fait qu'un prescripteur français de sous-traitance à l'étranger est mieux payé qu'un ouvrier français.
    Et la tendance est à la disparition de milliers d'ouvriers, au bénéfice de happy few qui seront prescripteurs.

    J'ai l'impression que vous connaissez mieux l'INSEE que l'usine...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h06 le 01/10/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    puisque seule l'imposition liée aux investissements est concernée, l'aménagement de la taxe professionnelle va profiter exclusivement à l'industrie.
    Il se fout de la gueule du monde ou il a jamais vu une société de service de sa vie ?
    Ancien président de « Croissance Plus ». Forcément avec un nom aussi naze et un concept aussi disniais, il sait pas ce que c'est le service, lui c'est le parasitisme...

    Alors on va faire simple pour monsieur, doit y avoir des médocs qu'il digère mal.
    Investissement dans une société de service, ça se traduit par :
    * projet à long terme : dix types qui bosse pendant deux ans pour inventer un nouveau truc, ça coute cher, très cher même.
    * qui dit nouveaux services, dit nouvelle maintenance.
    * agrandissement de la clientèle : donc recrutement, donc achat de matériel et de locaux.
    * formation : sans ça, on en reste à sortir les mêmes trucs pendant vingt ans et on finit avec une boite qui s'appelle « Croissance Plus »

    Opposer le service à l'industrie, c'est stupide.
    Le fabriquant de lait à besoin du fabriquant de fromage qui a besoin du vendeur de fromage. Et inversement, bien évidemment.
    J'ai du apprendre ça à 14 ans, en jouant à Settlers.
    Comme quoi j'ai mes chances comme patron d'une super société, genre « Décroissance Moins ».

  • anonyme2
    • Posté à 17h36 le 01/10/2009

    je me demande comment on créera des emplois dans les services à l'heure des mini robots personnels.

  • smurf
    • Posté à 23h38 le 01/10/2009

    Une bonne raison à ajouter pour ne pas opposer les 2. L'industrie fait vivre énormément d'entreprises de services.

    Par exemple, on pourrait citer les sociétés de restauration d'entreprise, de gardiennage, les sociétés de services informatiques sous-traitantes, les sociétés de nettoyage, les sociétés de transport (train, avion, location de voiture) par lesquelles voyagent des employés de l'industrie ; entreprises de formation professionnelle...

    il y a certainement de très nombreux autres exemples.

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