Le bazar des entreprises

Un blog de l'économiste Gilles Le Blanc, professeur à Mines ParisTech. Il décrypte la stratégie des entreprises, l'état de la concurrence, la (non) politique industrielle.

L'Union européenne, pas (encore) une puissance économique

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 13/02/2010 à 11h42

Le feu vert donné mardi par le Parlement européen à la nouvelle commission Barroso avec son cortège de belles déclarations ne peut faire oublier combien la dimension européenne a été mise à mal par la crise financière, économique et sociale des dix-huit derniers mois.

Certes, la pression imposée à la Grèce et la menace d’une extension à l’Irlande, l’Espagne et le Portugal, fournit une opportune occasion d’affirmer une solidarité entre pays européens et la volonté de résoudre ensemble les problèmes de déficit et de dette, sans en appeler au FMI.

Mais le principal souvenir du test imposé par la crise globale à l’Union européenne restera l’absence totale de coordination des plans de relance nationaux, la multiplication de mesures sectorielles de soutien aux dépens des voisins, la surenchère de déclaration martiales -mais isolées pour limiter et encadrer les excès du capitalisme.

Cacophonie environnementale

L’espoir mis dans le champ environnemental pour à la fois stimuler l’activité économique, l’investissement et l’emploi tout en luttant contre le réchauffement climatique l’illustre cruellement. Chaque pays doté d’une industrie automobile a lancé son plan pour inciter le (ou les) constructeur national à s’engager dans la voiture électrique, sans aucune envie de favoriser une stratégie européenne collective dans ce domaine.

Cette cacophonie débouche sur une multiplication de solutions, de formats, et de standards incompatibles, comme par exemple les prises de branchement pour recharger les batteries sur le réseau électrique (rappelant tristement les choix nationaux divergents d’écartement des rails des chemins de fer sur notre continent il y a plus de cent ans).

L’absence de l’Union européenne dans la résolution de la crise économique mondiale

Le plus frappant est sans doute que personne ne s’étonne lorsque, pour réfléchir, à l’occasion du changement d’année, aux perspectives économiques et l’après-crise, tous les regards se tournent vers les États-Unis et la Chine. Certes les États-Unis ont toujours le premier PIB du monde, tandis que la seconde met en avant des taux de croissance spectaculaires et le potentiel de 1,32 milliard d’habitants. Mais un rapide examen des chiffres souligne combien l’absence de l’Europe dans les débats prospectifs marque l’échec (ou l’épuisement) du projet économique européen.

En effet, l’Union européenne représente, si on additionne les PIB de ses membres, 30% de la richesse mondiale en 2008, contre 23% pour les États-Unis et 7% pour la Chine. En d’autres termes, l’économie de l’Europe pèse 1,3 fois plus que l’américaine et 4,3 fois plus que la chinoise. De plus, cette part relative est restée stable au long des quatre années précédentes, alors que celle des États-Unis reculait de six points. Certains avanceront que le PIB par habitant (mesuré en parité de pouvoir d’achat) demeure supérieur d’un tiers aux US qu’en Europe.

Mais l’Union rassemble 500 millions d’habitants, soit un espace de consommation très supérieur aux 300 millions d’américains. On pourrait multiplier les comparaisons.

Ainsi, en considérant les fameux investissements directs à l’étranger (dont les chiffres doivent être cependant utilisés avec précaution car ils incluent des flux financiers internes aux grandes entreprises globalisées), l’Union européenne a attiré au total chaque trimestre, ces deux dernières années, des montants 1,5 à 3 fois supérieurs qu’aux États-Unis et 4 à 7 fois plus élevés qu’en Chine, la référence sans cesse répétée d’attractivité.

L’Europe n’est pas une puissance économique

Ce que soulignent ces chiffres élémentaires à bien garder en tête, c’est que l’agrégat européen n’a pas de véritable sens. Si tel était le cas, alors à l’aube de 2010, tout le monde aurait dû avoir les yeux tournés vers l’Europe. Celle-ci n’a en réalité pas réussir à devenir une puissance économique, forte de la somme des économies de tous ses membres.

La mise en place d’un marché commun puis unique, de dispositifs de concurrence intégrés et, pour une partie des États, d’une monnaie commune, ne suffisent pas à ce qu’elle soit considérée comme le principal acteur économique.

Les raisons sont multiples et bien connues : absence de véritable politique économique coordonnée, de structure de gouvernement centralisant les choix de dépenses, d’investissement, de recherche et développement, mais aussi très faible européanisation du tissu d’entreprises -les grands groupes ayant privilégié l’expansion internationale hors Europe et les PME restant centrées sur les marchés domestiques et les donneurs d’ordre nationaux.

La route est donc longue pour que l’Europe devienne un atout économique bénéficiant à tous, mais c’est sans doute la seule condition pour que le beau projet des pères fondateurs surmonte l’enlisement bureaucratique et la méfiance populaire croissante.

Aller plus loin
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  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 11h47 le 13/02/2010
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    d’un coté on plaide pour une europe libéral, on s’aplatit devant le marché, on stigmatise ceux qui ne croient pas au liberalisme et d’un autre on regrette
    « absence de véritable politique économique coordonnée, de structure de gouvernement centralisant les choix de dépenses, .....)

    quand à la voiture electrique c’est déjà une vieille lune

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 11h55 le 13/02/2010
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Oui, l’Europe n’est pas une puissance économique, mais pour l’ être, il aurait fallu qu’elle fût d’abord une puissance politique...
    N’a t’on pas systématiquement sabordé toutes les tentatives allant en ce sens ?
    Ceux qui, par le monde, parlent anglais n’en voulant pas.

    • Naradamuni
      Naradamuni répond à spleenlancien
      sans
      • Posté à 13h55 le 13/02/2010
      • Internaute 30050
        sans

      Ceux qui, par le monde, parlent anglais n’en voulant pas ?

      Une blague ?

       :

      Le Prix International Charlemagne d’Aix-la-Chapelle !

      Charlemagne, souverain du premier empire européen, souvent qualifié de « Père de l’Europe », a donné son nom à la récompense européenne la plus importante de notre époque : le Prix International Charlemagne d’Aix-la-Chapelle.

      Ce dernier est décerné depuis 1950 à des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne.

      Il fut attribué à plus de 40 personnalités, Entre autre à Winston Churchill (1955), Henry A. Kissinger (1987), Tony Blair (1999), Bill Clinton (2000)... ! ! ! !
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      L’Europe est sous la coupe de Washington et nous le voyons tous les jours en attendant le traite transatlantique pour 2015 faisant un grand marche US-UE !
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      Quand à l’europe, elle passe d’abord par la décomposition des états qui la composent .
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  • thierry reboud
    • Posté à 12h02 le 13/02/2010
    • Internaute 20923

    Pour être plus juste, on pourrait écrire que l’Union européenne n’est pas (encore) une puissance : pas plus économique que politique.

    Je sais bien qu’on a longtemps considéré l’Allemagne comme un géant économique doublé d’un nain politique, mais justement : il me semble que la puissance politique de l’Allemagne trouvait précisément à s’exprimer dans la CEE de l’époque, notamment par le biais du couple franco-allemand. L’UE ne sera une puissance économique que lorsqu’elle sera capable de déterminer une politique économique, autrement dit une politique tout court.

    Et comme ce n’est pas du tout une perspective qui enchante les Britanniques, il y a des risques ou des chances (selon les points de vue) qu’on l’attende encore longtemps.

  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 12h04 le 13/02/2010
    • Internaute 84604
      fumiste

    L’idée de l’Europe des pères fondateurs s’est estompée lors de l’entrée du Royaume uni dans la CEE, puis complètement évanouie par les élargissements successifs.

    Que nous reste-t-il de notre souveraineté dont nous avons abandonné des pans entiers sans aucune contrepartie politique européenne réelle ?

    Cet agrégat ridicule est complètement ignoré des autres pays de la planète qui ne voient aucun interlocuteur légitime et crédible dans la nébuleuse administrative de Bruxelles qui ne pose pas de vraie gouvernance à l’Europe mais juste une série de guichets à l’image d’une agence de la sécurité sociale.

    Pire, son existence même a pour effet d’affaiblir le poids des pays qui la composent, qui se soucie aujourd’hui des Sarkozy, Brown, Merkel et autres Zapatero ?

    • Naradamuni
      Naradamuni répond à alberich
      sans
      • Posté à 14h06 le 13/02/2010
      • Internaute 30050
        sans

      L’idée de l’Europe des pères fondateurs ?
      Laquelle ?
      Merci.

      Son existence même a pour effet d’affaiblir le poids des pays qui la composent.
      Sa création passe d’abord par la décomposition des états qui la composent... la Grèce vient de passer sous sa coupe, les autres vont
      suivre !
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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 13h16 le 13/02/2010
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    L’Union européenne, pas (encore) une puissance économique

    tout va se jouer cette année ou à court terme...

    il va falloir choisir... se mouiller ou sortir.. fini les demies teintes, les on y est sans y être.

  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 13h23 le 13/02/2010
    • Internaute 73621
      (...)

    l’Europe
    est
    un
    grand
    marché
    qui
    fonctionne
    par
    le
    principe
    fondamental
    de
    la
    concurrence
    libre
    et
    non
    faussée

    « La route est donc longue pour que l’Europe devienne un atout économique bénéficiant à tous »
    tu l’as dit !

  • ON M RSA2012
    ON M RSA2012
    Touché en plein coeur
    • Posté à 14h09 le 13/02/2010
    • Internaute 85545
      Touché en plein coeur

    J’adore lire les analyses d’économistes qui se servent de leurs connaissances pour savoir quel chiffre va coller à la démonstration de leurs opinions politiques.

    Il y a quelques jours, nous avions l’ex prix Nobel de l’économie cuvée 2001 Stiglitz qui nous expliquait l’horreur prévisible de la crise en oubliant qu’il faisait partie des conseillers économiques qui ont permis cette crise

    Oublions également cet autre économiste nobélisé qui depuis a changé d’avis sur ces théories
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    Aujourd’hui, devons-nous nous féliciter de ne pas être comme les Etats-Unis, le pays le plus endetté du monde qui va devoir relancer la planche à billet pour faire baisser la valeur de sa dette ;) ?

    L’europe économique n’existe pas c’est pour cela que n’importe quel travailleur européen peut travailler dans un autre pays en pratiquant un dumping social

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    Merci de m’avoir fait encore rire. A quand la tournée ?

  • Troll-en-folie
    Troll-en-folie
    Parano chronique
    • Posté à 14h11 le 13/02/2010
    • Internaute 87214
      Parano chronique

    « La route est donc longue pour que l’Europe devienne un atout économique bénéficiant à tous »

    Comme si l’économie était faite pour bénéficier à tous. Parlez en aux millions de chômeurs actuels et aux millions à venir.

    L’économie, qui est maintenant mondiale, est au service d’une petite minorité, et ce n’est pas demain que ça changera.

    Tiens, un qui en a bien profité avec son presque million d’euros de frais de déplacements en 2009, c’est Barroso.

  • alfred le distrait
    • Posté à 14h44 le 13/02/2010
    • Internaute 28909

    L’Union Européenne est morte, et quand les peuples vont s’apercevoir qu’ils payent non seulement pour rien, mais qu’ils sont ruinés, ça va ruer dans les brancards... pas pour rien que le Traité de Lisbonne à établi la peine de mort dans son article 2, pour entre autre l’insurrection...
    Suffit de regarder : l’Allemagne colonise tout ce qu’elle veut, elle nous détruit, pour échapper à l’effondrement du système...les Allemands ont mis en place un système qui ressemble à s’y méprendre à la Russie version URSS...
    On sait comment cela va se terminer, si on chasse pas la classe économico-politique qui prétend nous gouverner...
    Sortons le plus vite possible de l’UE(art49) il y va de notre survie

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 16h24 le 13/02/2010
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    1/ « L’Union européenne, pas (encore) une puissance économique »
    - Jamais, Monsieur. Au train où c’est parti, l’UE ne sera JAMAIS une puissance économique. Juste une chieuse boursouflée placée là, sans qu’on ait demandé l’avis à ses populations ou refusé d’en tenir compte quand d’aucuns l’avaient fait négativement, pour contrecarrer toute tentative d’obstacle à l’hégémonie néolibérale privée.

    2/ « L’absence de l’Union européenne dans la résolution de la crise économique mondiale »
    - Quelle « résolution », Monsieur ? Avec quelle puissance inconnue ? À ce jour, aucune résolution n’a été prise par qui que ce soit, UE comme les autres. Tout part à vau-l’eau et personne, pas une puissance qui soit en mesure de remédier au désastre.

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 17h10 le 13/02/2010
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Dépenses 2009 pour les déplacements de Barosso, plus de 700000 € , voilà l’intérêt de l’Union Européenne actuellement !
    Une machine qui tourne à vide mais qui consomme beaucoup !

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 17h38 le 13/02/2010
    • Internaute 47359
      Retraité

    Avec les banques qui se retournent contre les états qui les ont sauvé, qui imposent des politiques de rigueur à ces mêmes états l’Europe économique va devenir l’horreur économique.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 22h47 le 13/02/2010
    • Internaute 29846
      menuisier

    Ah tiens, malgrè Lisbonne, l’Europe n’existerait toujours pas ?

    Le « rêve européen » est une fiction alors que la proximité des peuples est une réalité.

    Un exemple, parmis d’autres, du hiatus béant et contradictoire entre les politiques menées et les aspirations des peuples.

  • zorbeck
    • Posté à 09h08 le 14/02/2010
    • Internaute 9110

    Je suis d’accord avec la plupart des lamentations qui voient dans l’Europe un nain politique dirigeant un géant économique, mais il faudrait peut-etre d’abord le rappeler à ceux qui ont voté « non » à l’Europe. Car ceux-ci oublient généralement une chose, juste une : la situation économique actuelle n’est pas brillante, mais ce serait 10X pire sans l’Euro et sans une union économique et monétaire. Que ceux qui s’esclaffent aillent demander aux Islandais ce qu’ils pensent de la question...

    L’Euro nous a sauvé de déboires bien plus graves que ceux endurés jusque maintenant. Pour prendre un exemple didactique : sans l’Euro, quand Chirac a dit non à Bush au moment de l’invasion de l’Irak, que croyez-vous qu’il se serait passé sur le marché des changes ? Une spéculation forcenée sur le FF et un affaissement global de l’économie francaise avec à terme son cortège de chomeurs en plus. Et ce qui est en train de se passer actuellement est une spéculation monstre par les traders de la city qui amassent leurs milliards en spéculant contre l’Euro (short selling, swaps, ...) qui pour le moment tient le coup, mais pour combien de temps ? J’ai travaillé quelques années sur le forex et je vois renaitre l’espoir, pour les traders et les grandes banques qui les emploient, de se refaire une santé par l’éclatement de l’Euro et l’inévitable spéculation sur les monnaies dont ils faisaient jadis leurs choux gras. Ceux qui pensent que le retour au franc ou au drachme permettrait de sauver la mise feraient mieux de se renseigner sur la question, à moins évidemment qu’ils ne désirent redonner aux salles de marché un moyen facile de se refaire une santé sur leur dos.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 09h48 le 14/02/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Tiens au fait, les deux postes de députés européens revenant aux Français depuis l’application de Lisbonne, et non occupés, ont-ils été pourvus ?

  • sometrashbin
    sometrashbin
    ingénieur
    • Posté à 08h49 le 15/02/2010
    • Internaute 105190
      ingénieur

    La vocation première de la zone euro est de prévenir les risques de guerre entre pays membres, en favorisant les placement d’un pays au sein des autres pays.

    Elle représente une masse économique, mais pas une puissance.

    Dans un modèle, ce serait un atténuateur.

  • jma14
    • Posté à 11h34 le 15/02/2010
    • Internaute 31729

    « la méfiance populaire croissante » Si nous sommes méfiants c’est surtout par manque de transparence et d’information.

    Depuis l’élection d’un président européen, est-ce que la presse a parlé de lui ? Et bien non, silence complet. Par rapport à sa fonction et ce qu’il devrait représenter, c’est plutôt étrange.

    Petit test : quel est le nom du président européen ?

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