Le bazar des entreprises

Un blog de l'économiste Gilles Le Blanc, professeur à Mines ParisTech. Il décrypte la stratégie des entreprises, l'état de la concurrence, la (non) politique industrielle.

Réalité vs objectifs : les incohérences économiques du discours de Fillon

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 25/11/2010 à 12h01

Le discours de politique générale devant l’Assemblée nationale est un exercice solennel et attendu. François Fillon s’y livrait mercredi après-midi, trois ans et demi après son intervention similaire en 2007. L’occasion pour lui de dresser un bilan de l’action menée par le gouvernement qu’il dirige et d’indiquer ses priorités.

A première vue, l’exercice peut sembler bien superficiel :

  • un vote de confiance acquis d’avance ;
  • de nombreuses figures imposées (flatter la majorité parlementaire, critiquer l’opposition, citer quelques grands écrivains, ici Péguy et Hugo) ;
  • une évocation obligée mais toujours plus abstraite de « l’unité de la nation » et des « valeurs de la République ».

Mais au-delà de ce rituel théâtral et de l’absence d’annonces nouvelles, il est assez instructif d’écouter comment les objectifs sont formulés, les priorités établies, quels mots sont répétés ou absents, quelles justifications sont proposées aux choix mis en avant. J’en proposerai une rapide lecture dans le domaine (partiel car c’est un discours de politique générale) de la politique économique.

Rigueur, réduction de la dette, fin de toute relance

Le mandat principal reste celui de « moderniser la France » grâce à la réforme. On reste donc dans l’affichage de la volonté réformatrice de 2007 et d’un diagnostic des problèmes posé en termes d’obstacles et de rigidités à lever par la modernisation. A l’image de la première commission Attali dont l’objectif (surréaliste aujourd’hui et pourtant c’était il y a seulement trois ans) était de libérer la croissance, cette croissance cachée ne demandant qu’à s’exprimer mais était bloquée par une série de freins hérités du passé !

A cet objectif initial s’ajoute depuis 2008 celui de la gestion de la crise, que le chef du gouvernement traduit en trois impératifs :

  • lutte contre l’endettement ;
  • réduction des dépenses publiques ;
  • (enfin assumé) rigueur budgétaire.

Cette dernière est même élevée au rang de « vertu », au point qu’il est réaffirmé la volonté « d’inscrire dans la Constitution des principes garantissant la maîtrise des finances publiques ».

Alors que le ministre du Budget annonce cette année un déficit qui sera un record historique (et qui gonfle à lui seul en un an notre dette totale de 10%), l’opportunité d’un tel propos prête facilement à l’ironie. Reste qu’en termes macroéconomiques, l’orientation est nette et martelée : ce sera la rigueur, la réduction de la dette, la fin de toute relance (« il n’y aura plus de dépenses publiques supplémentaires pour relancer la croissance »), au risque souligné par de nombreux économistes de tuer la croissance future.

Cet écart entre les objectifs affichés et la réalité observable se répète en plusieurs occasions que le lyrisme obligé de l’exercice ne peut seul excuser.

Sur le diagnostic de la crise : le Premier ministre affirme au début de son discours, à rebours des nombreux propos passés de ses ministres sur l’après-crise, que celle-ci n’est pas finie : le risque de stagnation et le surendettement sont toujours là. Et pourtant, quelques minutes plus tard, il se réjouit : « la reprise est amorcée », « nous recommençons à créer des emplois ». Qu’en est-il alors, et sur quelle analyse sont fondées les priorités politiques à venir ?

Le pays de l’impossible ?

Même chose concernant la dénonciation d’une « illusion de puissance » qui nous ferait rêver plus beaux que nous sommes et ignorer les ajustements nécessaires. Mais sitôt ce salutaire rappel passé, voici que s’enchaîne l’affirmation que nous nous en sortons beaucoup mieux que les autres, que notre priorité dans le monde est d’agir par nous-mêmes librement, que notre politique industrielle doit se consacrer aux secteurs stratégiques (automobile, aéronautique, transports, énergie nucléaire), pour finir avec l’envolée lyrique d’une France qui reste « un foyer ardent dans la géographie du monde ».

Restent alors des affirmations qui semblent au cœur de la philosophie du gouvernement en matière de politique économique mais dont on peut légitimement douter qu’elle fournissent les résultats escomptés :

  • la rigueur et la réduction des dépenses en matière de finances publiques ;
  • la « flexisécurité » comme horizon de la politique de l’emploi, au moment où les exigences de formation, de qualité et de motivation de la main d’œuvre sont partout mises en avant comme des critères décisifs de compétitivité ;
  • le grand emprunt pour traiter de l’avenir et de l’investissement (c’est la seule fois où ce mot pourtant décisif sera prononcé !), alors qu’il s’agit d’un champ hors budget, donc en dehors du périmètre traditionnel historique des ministères et du gouvernement ;
  • la modernisation de la gouvernance des institutions avec un rôle affirmé des partenaires sociaux et du Parlement, quelques semaines après la réforme des retraites où l’une des critiques principales des organisations syndicales portait sur leur implication trop tardive et partielle, et une semaine après qu’un vote bloqué demandé par le ministre du Budget ait éliminé 39 amendements adoptés par la commission des Finances et votés en séance ;
  • une réduction du déficit volontariste pour atteindre 2% en 2014, ce qui serait une première dans notre pays (avec ou sans crise) depuis... 1991 !

En résumé, François Fillon affirmait que « notre pays reste celui de tous les possibles », ce qu’on veut tous croire et espérer. Il le démontre avec un discours de politique générale qui n’hésite pas à accumuler les contradictions et impossibilités manifestes.

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  • a déménagé le 17 décembre ....
    a déménagé le 17 décembre ....
    émophane stable. voir mode d' (...)
    • Posté à 12h04 le 25/11/2010
    • Internaute 130799
      émophane stable. voir mode d' (...)

    Sans incohérences il n’y a pas de politique.

  • tvargentine-
    • Posté à 12h58 le 25/11/2010
    • Internaute 17486

    Vous oubliez de préciser que la France a entreprise de grandes réformes avant et pendant la crise financière

    Loi de modernisation de l’économie,statut de l’auto entrepreneur (dont la France compte 500.000 auto entrepreneurs qui ,avec la reprise mondiale seront porteur de richesse et donc de rentrée fiscale)
    Loi TEPA,création du RSA,triplement du crédit impôt recherche...

    Je ne vais pas vous les sortir toutes car ,il est vrai que dans les médias ,nous sommes noyés par de l’anti-sarkozysme primaire indéxé sur des parts de marché publicitaire du web,qui apportent de nouveaux revenu à ces médias

    Le gouvernement à aussi apporter son soutien aux PME en renforçant massivement les moyens d’intervention d’Oséo (établissement public qui aide au financement et à l’innovation des entreprises). (Lien)

    Le gouvernement Fillon dirigé par le Président Nicolas Sarkozy à créé les conditions favorables à une forte croissance économique de la France ,quand la reprise mondiale sera présente

    Le discours de politique général n’apporte pas grand chose et il suffit de réécouter celui de Michel ROCARD en 1988 pour comprendre que celui de Mr Fillon n’est pas mauvais !

    Qui peut nous dire que la crise financière est terminée ?

    Qui peut affirmer que certains pays en Europe (rentrés récemment) ne vont pas connaitre le même sort que l’Irlande ?

    Voila quelques points à remettre en perspective

    Lien

    • pablico
      pablico répond à tvargentine-
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 14h26 le 25/11/2010
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      nous n’avons jamais entendu quelqu’un qui nous promet que son bilan, est négatif, ou va être négatif..

      a-t-on déjà vu un vendeur de voiture par exemple vous dire que la voiture qu’il vend est nulle ?

      a-t-on déjà vu une nouvel employé , dire qu’il va travailler comme un cochon ?

      donc ce genre de discours est complètement idiot et superfétatoire, quel que soit le bord qui le fait.

      On va toujours promettre des efforts suivis de lendemains qui chantent, d’un avenir radieux, d’un paradis presque parfait.....

      pour y parvenir, on risque fort d’être incohérent et même se contredire.. à moins d’avoir du génie..oratoire.

      –-

    • yabon
      yabon répond à tvargentine-
      Klingon
      • Posté à 14h22 le 25/11/2010
      • Internaute 98602
        Klingon

      « il suffit de réécouter celui de Michel ROCARD en 1988 pour comprendre que celui de Mr Fillon n’est pas mauvais ! »

      Tout est dit, n’en jetez plus, on comprend tout : Il a juste 22 ans de retard !

      Concernant les auto-entreprises, leur impact sur l’économie française est quasi nul. Et c’est super bien organisé, comme le reste : Lien

      La loi TEPA c’est en gros 5 à 8 milliards par an foutus par les fenêtres, et si ç’avait eu un impact sur la croissance ou sur le chômage, crise ou pas, ça se saurait.

      • Tmal
        Tmal répond à yabon
        Parti rider...
        • Posté à 14h44 le 25/11/2010
        • Internaute 112672
          Parti rider...

        Pfff c’est vraiment nul la télé argentine ! Encore pire que JPP (celui de TF1).

        C’est toujours la même chose, ils ne parlent jamais des vrais sujets. Les gauchistes, le PS, la gauche, les bobos, quand ce ne sont pas des louanges au gouvernement... Lassant à la longue.

        Pauvres argentins, on ne rend pas compte de la chance qu’on a en France.

         
        • yabon
          yabon répond à Tmal
          Klingon
          • Posté à 15h16 le 25/11/2010
          • Internaute 98602
            Klingon

          « Pauvres argentins, on ne rend pas compte de la chance qu’on a en France. »

          Je vous rassure : Ils ne sont pas tous comme ça.

          • Tmal
            Tmal répond à yabon
            Parti rider...
            • Posté à 16h35 le 25/11/2010
            • Internaute 112672
              Parti rider...

            Pauvres, par rapport à la télé argentine, j’entends...

        2 autres commentaires
  • karlM
    karlM
    Précaire
    • Posté à 13h03 le 25/11/2010
    • Internaute 21378
      Précaire

    Nos élites, assises sur des tas d’or, sont d’une débilité historique.

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 15h05 le 25/11/2010
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Comparaison n’est pas raison

    C’est toujours la même antienne qu’on nous ressert. Selon ce qui arrange, c’est tantôt une France à la ramasse tantôt une France qui se distingue.

    La France à la ramasse c’est celle qui doit adhérer aux « réformes » conduites pour son bien. Une France dépassée et qui est la seule à ne pas le savoir. La preuve ? Comparez avec les autres pays :
    - la France est le seul pays de la zone Euro dont les dépenses publiques dépassent 50% de la richesse produite ;
    - la France est le pays développé qui taxe le plus le travail. Et qui a les charges sociales les plus lourdes ;
    - la France doit rattraper son retard sur ses voisins européens pour le télétravail ;
    - en France, les syndicats freinent les réformes car ils ne sont pas représentatifs, ils sont divisés, corporatistes et accrochés aux « avantages acquis ». Ce qui n’est pas le cas des autres pays européens ;
    - la France est le pays occidental où les impôts sont les plus lourds ;
    - l’Irlande offre un exemple remarquable d’une politique de pactes sociaux sur la lutte contre le chômage, stables sur la durée (défense de rire) ;
    - « Les socialistes allemands ont supprimé l’ISF ». Outre le fait que l’affirmation soit fausse elle sonne comme un argument définitif. Une fin de non recevoir. Comment peut-on se soustraire à une telle pression de conformité. Si les Allemands le font, nous ne pouvons que le faire aussi. Sarkozy va même plus loin : en proposant de réaliser « un état des lieux comparatif des systèmes fiscaux français et allemand », ...
    - ou bien encore, avant l’annonce d’une grande concertation sur la réforme de la protection sociale lors de la déclaration de politique générale de F. Fillon le 24 novembre 2010, Roselyne Bachelot avait encore balancé le truc qui tue. Le truc qui est sensé la boucler à tous les opposants car après ça il n’y a plus rien à dire : Le « reste à charge » pour les assurés après remboursement de la sécurité sociale et de la complémentaire « a été de 9,4% en 2009 ».Un chiffre « quasi inégalé chez nos voisins européens » ;
    - aux États-Unis, en Allemagne, en Espagne, en Italie, la circulation est beaucoup plus libre entre le public et le privé qu’en France ;

    Et, enfin, des énoncés plus généraux et sans risque :
    - c’est le miracle chez ceux qui ont eu le courage de le faire ;
    - nous sommes les derniers à ne pas y avoir encore renoncé.

    La France qui se distingue c’est celle qui a la chance d’être conduite par une « caste qui assure ce qui se fait de mieux en matière de réformes réussies ». En fait de réformes réussies c’est l’art de tout tirer vers le bas jusqu’à l’alignement minimum de survie. Cette traction descendante étant présentée comme inéluctable, la seule et ultime chance de garder la tête hors de l’eau dans ce monde de naufrages. Ces derniers étant présentés comme des catastrophes naturelles auxquelles on ne peut que se soumettre. Lorsqu’on ne dispose pas ou plus d’argument convaincant on assène ce truc commode qui est sensé tuer : la comparaison pour prouver tout ou son contraire.

    Peu importe que ce ne soit pas toutes choses égales par ailleurs ; l’essentiel est de beurrer les lunettes.

    • Sixpatte-
      Sixpatte- répond à Jonas2
      Sur Mars
      • Posté à 16h38 le 25/11/2010
      • Internaute 77583
        Sur Mars

      Je me suis permis de te nazer parce que c’est pas les lunettes que l’on doit beurrer, mais bien les épinards.
      Et tu verras que bientôt ça sera les topinambours et les rutabagas avec de la margarine puis du saindoux, en attendant l’huile de vidange.
      Et je me rattrape en topant ton message du dessous, ça compense ?

      • Jonas2
        Jonas2 répond à Sixpatte-
        Les mouches ne me trouveront (...)
        • Posté à 17h43 le 25/11/2010
        • Internaute 19359
          Les mouches ne me trouveront (...)

        Six pattes pour un seul top ! Tu dois pas être trop fatigué...Pervers !
        Et l’huile de vidange n’y compte pas trop quand même avec la pénurie d’énergies fossiles

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 15h20 le 25/11/2010
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    (Edit) Fausse manip

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