Chez Benoist Apparu

Le blog de Benoist Apparu, député UMP de la Marne et adjoint au maire de Châlons-en-Champagne.

Enseignants-chercheurs : aucune raison de s'opposer !

Publié le 06/02/2009 à 03h19

Benoist Apparu, député UMP de la Marne et rapporteur de la loi LRU, s'étonne des réactions des syndicats et des dirigeants socialistes contre le décret sur les enseignants-chercheurs :

« Je veux rappeler que ce décret est la suite logique de la loi LRU (Libertés et responsabilités des universités) et notamment de son article 19 qui prévoit expressément que le conseil d'administration de l'université a le pouvoir de moduler les obligations de services des enseignants-chercheurs. A l'époque, les syndicats, notamment l'Unef, et les députés socialistes ne s'étaient pas insurgés contre cette disposition !

J'aimerais comprendre pourquoi ils appellent maintenant à manifester contre une mesure qu'ils ne dénonçaient pas il y a un an, et que certains d'entre eux défendaient. Cette mesure de souplesse avait déjà été envisagée en 1984. Il y a vingt-cinq ans.

Je veux rappeler, par exemple, qu'Alain Claeys, député PS et principal orateur du PS lors de la discussion de cette loi, a signé un rapport en 2006 qui prévoyait des dispositions plus contraignantes encore, et notamment la création d'un “contrat de service pluri-annuel entre l'université et chaque enseignant chercheur, prévoyant la répartition de son temps de travail entre enseignement, recherche et autres tâches”.

L'Unef a accepté cette loi sans jamais dénoncer cette modulation

Je rappelle aussi que l'Unef, après avoir obtenu gain de cause sur deux points (sans aucun lien avec ce décret), a accepté cette loi sans jamais dénoncer cette modulation. Ce décret est au cœur de la réforme de l'autonomie de l'université qui vise à coller au plus près des besoins réels et des aspirations des établissements.

Quelle est l'autonomie d'une université si elle ne dispose pas de la gestion de ses ressources humaines ? Comment accepter qu'un enseignant chercheur ne soit jugé et promu que sur ses activités de recherche et de présence devant les élèves, et jamais sur ses activités d'encadrement pédagogique, de suivi des étudiants, d'encadrement de ses équipes de recherche ou de son investissement de direction au bénéfice de son université ? Comment comprendre que la répartition entre activité de recherche et activité d'enseignement soit figée tout au long de la carrière d'un enseignant-chercheur, alors qu'il peut avoir besoin de plus de temps pour la recherche à un moment de sa carrière ou bien l'inverse ?

Ce décret a fait l'objet d'une longue et vaste écoute et concertation avec les personnels. Il a été adopté par le CTPEN (Comité technique pédagogique national). Toutes les précautions ont été prises pour écarter le risque d'arbitraire : impossibilité d'augmenter le service d'enseignement d'un enseignant-chercheur bien évalué sans son accord, une évaluation par les pairs, une proposition du Conseil National des Universités, un recours contre les décisions.

Aucun gouvernement n'a jamais autant fait pour l'université

La ministre s'est par ailleurs engagée à recevoir la communauté universitaire mercredi 11 février pour leur présenter une charte nationale de bonne application du décret. Toutes les garanties sont là.

Je tiens également à rappeler qu'aucun gouvernement n'a jamais autant fait pour l'université avec plus d'un milliard d'euros par an pendant cinq ans, avec des revalorisations salariales très fortes : de 12 à 25% d'augmentation de salaire pour les jeunes enseignants-chercheurs, des primes scientifiques et de responsabilité pédagogique pouvant aller jusqu'à 15 000 euros par an.

Il faut donc cesser de faire croire que notre majorité veut supprimer la liberté des enseignants-chercheurs. Nous voulons que la recherche française reprenne une place honorable dans la compétition mondiale, et ce n'est pas en s'opposant au moindre changement que l'on y parviendra.

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  • PhiPoePsy
    PhiPoePsy
    Etudiant-Chercheur
    • Posté à 15h30 le 06/02/2009
    • Expert
      Etudiant-Chercheur

    Votre dernière phrase est révélatrice : « Nous voulons que la recherche française reprenne une place honorable dans la compétition mondiale, et ce n'est pas en s'opposant au moindre changement que l'on y parviendra » : réduire la recherche aux concepts de « compétition », de « rentabilité » ou de « classement » est une perversion typiquement héritée du dogme capitalistique consistant à évider le contenu de savoir et de liberté en faveur des résultats chiffrés ! Ici, il en va de la survie de la réflexion critique et du développement de l'imaginaire...

  • Autre raleur
    • Posté à 16h25 le 06/02/2009

    Monsieur Apparu,

    Je suis maitre de conférence en mathématiques. Je pense faire partie de ces enseignants-chercheurs qui n'ont parait-il rien à craindre de cette réforme. J'y suis portant très fortement opposé. Je ne veux pas donner d'arguments trop idéologiques ni trop politiques. Je ne veux même pas approfondir le fait qu'une possibilité de modulation cumulée avec une diminution du nombre de postes semble plutôt indiquer un souci d'économie qu'un souci de favoriser la recherche ou de rendre plus attractives les carrières. Et, surtout, j'éviterai de parler du discours insultant et rempli de demi-vérités (un euphémisme) de Nicolas Sarkozy le 22 janvier.

    J'aimerais par contre (je suis sincère) connaître vos contre-arguments face à l'argument technique suivant (un argument parmi beaucoup d'autres). Je me permet de reproduire un billet que j'ai déjà posté il y a quelques temps sur ce site (et sur d'autres d'ailleurs).

    Résumé : sanctionner les chercheurs peu productifs rend-il la recherche plus efficace ? Je suis convaincu que non.

    Je pense que ce qui dérange beaucoup de personnes, c'est qu'il existe des chercheurs fonctionnaires qui ne cherchent plus (ça existe effectivement et c'est pénible) ainsi que des chercheurs fonctionnaires qui ont été recrutés à tort (ça existe aussi).

    Cependant (et c'est là le point délicat), imposer des évaluations régulières et détériorer les conditions de travail du chercheur en cas d'évaluation négative n'est pas une bonne solution pour la recherche (et donc pour le contribuable, qui finance tout cela).

    Admettons qu'il y ait 20% de chercheurs incompétents ou oisifs (c'est une surévaluation de ce que je vois autour de moi). Les 80% restants sont compétents et travailleurs. Si ces 80 % de chercheurs gardent leur travail et leurs moyens pour travailler même s'ils ne trouvent rien alors ils peuvent consacrer tout leur temps à faire de la bonne recherche. Grosso-modo une efficacité de 80%. Ce n'est pas 100%, mais peut-on faire mieux ?

    Admettons que vous cherchiez à régler le problème de ces oisifs ou incompétents. Vous décidez de baisser les financements des chercheurs les moins productifs. Vous décidez également de faire enseigner davantage les enseignants-chercheurs peu productifs (et donc de réduire le temps qu'ils peuvent consacrer à la recherche). Si vraiment ils ne produisent rien, vous les virez. Que se passe-t-il ?

    Les 80% des chercheurs précédents vont devoir « prouver qu'ils font de la recherche mieux que les autres » (ou, plus exactement, le faire croire). Et c'est très différent de « faire de la recherche ». Cela veut dire :

    - dès que le chercheur a une vague idée qui pourrait être publiée, il va le faire, même si l'idée n'est pas vraiment intéressante. Conséquence : perte de temps pour lui (rédiger un papier sexy avec une idée sans intérêt, ça prend du temps) ; perte de temps pour les arbitres des journaux auxquels il va soumettre ce papier (ce qui feront bien leur travail rejetteront le papier, cela leur prendra du temps ; les autres l'accepteront peut-être) ; perte du temps pour les chercheurs qui liront ensuite le papier publié en pensant y trouver des idées etc.

    - si vous avez une idée qui pourrait débloquer votre collègue de bureau, il est peut-être plus sage de ne pas la lui donner : il pourrait ainsi avoir une publication de plus et donc enseigner moins, vous condamnant à enseigner plus et donc à chercher moins…

    - si le chercheur doit choisir entre un projet intéressant (et donc dont il ne connait pas l'issu) et un projet qui aboutira avec certitude à une publication (et donc un projet inintéressant - au moins pour ma discipline, mais sans doute pour beaucoup d'autres) il aura tout intérêt à choisir le deuxième. Au mieux, il travaillera sur le premier pendant deux ans, puis, la date de l'évaluation approchant, il passera au deuxième sur les deux années suivantes s'il n'a pas aboutit (les deux dernières années sont donc perdues pour la recherche…).

    Pour améliorer l'efficacité de la recherche, vous pouvez ajouter une autre idée : réserver les financements à des projets séléctionnés. Conséquences :
    - vos chercheurs passent maintenant du temps à écrire des projets (il faut le faire soigneusement pour être sélectionné). Dans certaines disciplines, vous trouverez des chercheurs affirmant passer la moitié de leur temps à cela (chercher de l'argent).
    - les chercheurs les plus brillants passent de plus du temps à évaluer le projet des autres…

    Cumulez tous ces temps passés à prouver que l'on fait de la bonne recherche ou que l'on va faire de la bonne recherche. Constatez que cela n'est pas de la recherche. Demandez-vous maintenant si l'efficacité est supérieur à 80%. Je suis convaincu que non.

    J'espère sincèrement une réponse de votre part.

    Cordialement

  • désinscrit à sa demande
    • Posté à 20h06 le 06/02/2009

    Je reconnais le texte magistral que vous aviez écrit en réponse à des interrogations qui me tourmentaient. Bien que profane et disposant d'un QI somme toute assez bas, j'ose cependant vous poser quelques autres questions.
    1 Comment se fait-il qu'il y ait autant de chercheurs en sociologie alors que cette discipline me semble être d'un intérêt mineur pour l'avenir de notre pays ?
    2 Vous reconnaissez qu'il existe des chercheurs « incompétents » et vous en évaluez le pourcentage à environ 20%. Est-ce que le statut de fonctionnaire à vie dont bénéficient ces chercheurs ne provoque pas la stérilisation d'un nombre important de postes qui pourraient être occupés par de jeunes doctorants capables mais qui attendent désespérément au portillon ? Ne faudrait-il pas remettre en cause dans certains cas le statut de fonctionnaire ? Merci.

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