« Les bobines de mon film sont arrivées à Ramallah, sans moi »

Simone Bitton
Cinéaste
Publié le 09/10/2009 à 10h20

(De Jérusalem) Les bobines de « Rachel » sont arrivées à Ramallah ! Sans moi pour le moment, mais je les rejoindrai bientôt. Il faut savoir qu’en tant que citoyenne israélienne, je n’ai le droit de me rendre dans ville palestinienne de Cisjordanie. La raison officielle de cette interdiction relativement récente est sécuritaire : l’armée considère que tout civil israélien circulant dans une ville palestinienne est une cible ambulante de kidnapping ou d’assassinat. C’est arrivé, même si les cas sont très rares et se comptent sur les doigts d’une seule main en dix ans.

La seconde raison de cette interdiction, c’est bien sûr d’empêcher toute relation d’amitié ou de solidarité, et de transformer en délinquants les Israéliens de mon espèce, qui s’obstinent à vouloir montrer aux Palestiniens un autre visage que celui des soldats qui les assiègent et les humilient.

Ma double nationalité ne résout pas le problème car les ordinateurs de l’armée opèrent le recoupement entre passeports et les checkpoints sont informatisés. Expliquer que je suis invitée et attendue, qu’un public a déjà réservé ses places pour voir mon film et en débattre avec moi ne sert à rien et risque même d’énerver les soldats.

La solution existe, mais je me garderai bien de vous l’expliquer ici avant de l’avoir pratiquée avec succès (d’autant qu’il semblerait que parmi les lecteurs de ce blog, certains excités qui me traitent de noms d’oiseaux dans leurs commentaires répétitifs seraient fort capables de prévenir qui voudrait me coffrer).

J’irai à Ramallah, mais par précaution, je me suis séparée du film et j’ai fait appel à tout un réseau de bonnes volontés pour qu’il y arrive sans moi. Ainsi, au cas où je serai refoulée, retenue ou arrêtée, « Rachel » sera quand même projeté au théâtre Al Kasaba.


Le carton des bobines de Rachel (Simone Bitton)

Un long-métrage en 35 mm, c’est lourd (d’où le lumbago récurrent dont je vous parlais l’autre jour) ! Depuis lundi, ce fardeau est passé de mains en mains.

Tout d’abord, il m’a fallu « l’emprunter » au festival de Haïfa, qui en est responsable officiellement auprès de mon distributeur et doit d’ailleurs le renvoyer à Paris la semaine prochaine. J’ai bien sur expliqué pourquoi j’en avais besoin, et les gens du festival, de la directrice aux magasiniers, en passant par la responsable des copies (qui a plus de 150 films à gérer en dix jours), ont tout fait pour me faciliter les choses.


L’affiche du film « Rachel » de Simone Bitton (DR).

Dès lundi après-midi, le film qui avait été projeté dimanche soir était rembobiné, et les six boîtes emballées dans un vieux carton passe-partout auquel j’ai ajouté une grande affiche du film, et que j’ai fourré dans le coffre de la voiture d’une amie, direction Tel-Aviv où j’étais invitée à dîner. Le soir même, le carton a changé de coffre de voiture, et une autre amie l’a trimballé à Jérusalem où il m’a sagement attendu dans sa chambre d’amis.

Je suis arrivée moi-même à Jérusalem hier vers midi, j’ai récupéré le carton et l’ai emmené à l’hôtel American Colony, qui se trouve tout près de la ligne de démarcation -aujourd’hui invisible- entre Jérusalem-Est et Jérusalem-Ouest. Là, sur le parking de l’hôtel, m’attendait un ami diplomate. Ou plutôt, un diplomate que je ne connaissais pas auparavant, mais à qui j’ai expliqué mon problème et qui a accepté de le résoudre, devenant ainsi mon ami !

Dernier transbordement de coffre à coffre, et voilà « Rachel » en route vers le checkpoint de Kalandia, franchi sans encombre en début de soirée.

Je viens de parler au téléphone avec Khaled Elayyan, directeur du festival de cinéma de Ramallah : la copie est bien arrivée, l’affiche sera accrochée sur la façade du théâtre, les passants la verront, et comme elle est bien belle, cette affiche, j’espère qu’il y aura beaucoup de monde vendredi à la projection.

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  • far niente
    far niente
    l'art du bien vivre
    • Posté à 13h45 le 09/10/2009
    • Internaute 87351
      l'art du bien vivre

    Madame Bitton, je vous souhaite de réussir dans votre entreprise de faire dialoguer des Israéliens et des Palestiniens.

  • Robin2010
    Robin2010
    ingénieur
    • Posté à 18h48 le 09/10/2009
    • Internaute 92399
      ingénieur

    Madame BITTON,

    Je respecte énormément vos réalisations dans le domaine cinématographique. Mais je pense l’autodestruction et la haine de soi ne doivent pas être des valeurs...guidant nos actions...

    Comme vous je suis juif d’origine et je n’en ai pas honte. Comme vous je connais les 3000 ans d’histoire du peuple juif et comme vous je fais partie des juifs du magreb... Donc nos avons en commun entre autres la connaissance du fait que les juifs avaient un statut de sous-homme dans le monde musulman (statut de dhimmi) ou dans les ghettos en occident.

    Il est vrai que certains se satisfont d’être considérés comme des sous-hommes. D’accepter l’antisémitisme comme un mal nécessaire et inhérent aux fonctionnements des sociétés. D’autres dont je fais partie, préfère être des hommes libres et fiers. L’Etat d’Israêl représente cela pour de nombreux juifs à travers le monde. Il ne s’agit pas uniquement d’un état de 5 à 6 millions d’individus extrémistes irréductibles. Il s’agit du foyer de ceux qui se considèrent comme juif dan l’ensemble du monde. Cet état à moitié désertique et grand comme 2 à 3 départements subit la focalisation haineuse de plusieurs centaines de milions d’individus ce façon permanente. Ces derniers ne cachant pas leur instinct destructeur et haineux sans limites.

    Aussi je suis toujours très étonné de voir de nombreux membres du peuple juif contribuer à leur auto-destruction : historiens, archéologues, cinéaste, juge sud-africain, écrivains... Ceux-ci n’hésitent pas à dire qu’il n’y a pas de peuple juif, que les palestiniens sont en fait des juifs convertis à l’islam qui l’ont oublié, que Moîse n’a jamais existé, que les israëliens sont des terroristes inhumains, qu’il n’y pas de lien entre la terre de Palestine et les juifs...

    Avez-vous imaginé de retourner à un statut de dhimmi ?

    Le courage c’est de s’accepter comme on est. De ne pas chercher par haine de soi à refaire le monde. De ne pas se sauver d’Israel quand l’heure du service militaire a sonné. Le courage c’est de savoir se battre si nécessaire. Aussi sans être israelien je remercie ceux qui ont donné leur vie et parfois leur corps pour que les juifs du monde entier soient fiers et des hommes libres.

  • rrrobotom
    rrrobotom
    Sea lover
    • Posté à 21h38 le 09/10/2009
    • Internaute 70782
      Sea lover

    Bon courage chère Simone et surtout ne baisse pas les bras. Ne fais pas attention aux mauvaises langues. Saches que la majorité représentant souvent plus de 80% des populations est souvent silencieuse mais aussi sensibles aux événements racontés dans ton film. Dis donc si avec ce film sur une innocente dont la seule faute est d’avoir choisi d’informer de source et d’avoir voulu participer à sa manière à arrêter cette machine à tuer, tu as rencontré toutes ces difficultés, qu’adviendrait-il si tu te mets à faire un film sur ce médecin palestinien qui tous les matins part de gaza vers Israel pour soigner des israeliens et qui, en retournant chez lui après une dure journée de labeur, trouve que toute sa famille a disparu sous les décombres de sa maison bombardée par Tsahal. Drôle de récompense. Ce médecin continue à soigner des israéliens avec le même hargne et au même hôpital. Il y’a quand même des palestiniens différents de l’image que veulent leur donner des groupuscules extrémistes israéliens. Allez bonne chance Simone et au prochain film.

  • Pierre Haski
    Pierre Haski répond à leconcombrevert
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 10h54 le 10/10/2009
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    Pour que les choses soient claires, nous avons trouvé intéressant d’héberger ce blog de Simone Bitton parce son film Rachel apporte un regard pertinent sur le drame israelo-palestiniens et tous les micro-drames qui se déroulent sous cette appellation. Et il nous semblait particulièrement intéressant d’avoir le récit de Simone Bitton sur la présentation de son film aux publics israélien et palestinien, avec toutes les questions que pose le film sur l’occupation israélienne, le fonctionnement de l’armée dans un contexte à la fois démocratique et d’occupation, les limites et les naivetés de certains engagements solidaires... Bref, une partie de la problématique de cette région. Et personnellement, comme beaucoup de lecteurs visiblement, mais pas tous évidemment, je n’ai pas été déçu et j’attends la suite avec impatience. Merci Simone.

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