Allemagne : Merkel et Steinmeier, les duettistes qui s'aimaient trop

Alain-Xavier Wurst
Journaliste
Publié le 14/09/2009 à 17h30


Angela Merkel et Frank-Walter Steinmeier lors de leur débat télévisé le 13 septembre (Reuters)

(De Hamburg) On l’attendait tous, ce duel télévisé. A gauche, du moins sur le petit écran, Angela Merkel, à droite, Frank-Walter Steinmeier. La chancelière et le vice-chancelier, la patronne des chrétiens-démocrates (CDU) et le candidat social-démocrate (SPD) allaient en découdre dimanche soir. Mais voilà : ces deux-là s’aiment bien.

Et si on leur disait qu’au lendemain du 27 septembre, ils allaient reconduire la coalition gouvernementale qui les unit depuis quatre ans, ils signeraient volontiers des deux mains.

Les amateurs de sorties à la Ségolène, de propositions délirantes ou de chiffres venus de nulle part en auront été pour leurs frais. A vrai dire, personne ne s’attendait à des extravagances. Le débat fut policé et courtois, nous sommes entre gens de qualité -s’ils disent « flûte », c’est que ça va vraiment très mal. Voilà pour l’ambiance.

Face aux quatre journalistes, les candidats développent leurs arguments posément. En France, nos hommes et femmes politiques parlent beaucoup et longtemps, on a droit à des coups de gueules et puis après, on oublie tout. « Panem et circenses » (« du pain et des jeux ») en Allemagne, ça ne passe pas. Question de style. De public, aussi.

Un point pour Steinmeier, offensif sur la sortie du nucléaire

Depuis dimanche soir, tout le monde s’accorde sur un point : Frank-Walter Steinmeier s’en est bien tiré. Il sait que la meilleure défense est l’attaque, et prend d’entrée la chancelière à parti : il aurait souhaité mettre en place l’équivalent du smic, hélas, la CDU s’y est opposée. Ou bien sur le nucléaire.

L’Allemagne, au contraire de la France, n’a pas fait de l’énergie nucléaire une raison d’Etat et la population allemande, dans sa majorité, n’y est pas favorable. Steinmeier promet de sortir du nucléaire et reproche à Merkel de vouloir prolonger cette technologie dangereuse.

Une remarque qui n’est pas anodine. Outre des pannes à répétition dans plusieurs centrales du pays, les révélations sur le site de stockage de déchets nucléaires d’Asse, en Basse-Saxe, laissé pendant des années à l’abandon, font scandale depuis plusieurs mois.

Plus mordant, plus offensif, Steinmeier gagne en contours, là où ne l’attendait pas. Il se présente en homme d’Etat, mais n’oublie pas d’où il vient : n’est-il pas membre du parti social-démocrate depuis trente-cinq ans ?

Retrouver les brebis égarées du SPD, tentées par le radicalisme de « Die Linke »

Son discours résolument à gauche s’adresse aux brebis égarées du SPD, tentées par l’herbe grasse du parti « Die Linke », qui, par sa seule existence, rappelle au parti de Willy Brandt sa trahison envers le peuple de gauche.

Une trahison qui porte le nom « Agenda 2010 », du nom du programme proposé en 2003 par Gerhard Schröder, ayant pour but la réforme du système social et du marché du travail allemands - et dont le principal artisan était Steinmeier lui-même.

Ce n’est donc pas un hasard si Steinmeier s’applique tout au long du débat, que ce soit par exemple à propos des baisses d’impôts promises par Merkel ou de la politique de santé des chrétiens-démocrates, à agiter le spectre d’un gouvernement libéral-conservateur. Un des rares arguments dont il dispose pour faire le plein des voix sur sa gauche.

Mais personne n’est dupe. Si l’ennemi est commun, le front de la gauche n’est pas uni pour autant. Il est même complètement morcelé. Pour ceux qui en douteraient, Steinmeier rappelle qu’il ne gouvernera en aucun cas avec Oskar Lafontaine, le chef de « Die Linke ». Voilà qui est dit.

L’Allemagne a besoin de retrouver une polarisation de sa classe politique

Fidèle à sa tactique électorale qu’elle applique depuis des semaines, la chancelière reste sur son quant à soi. Très peu d’attaques envers Steinmeier ou le SPD, et si c’est le cas, c’est vraiment a minima. Elle rappelle son attachement à la « soziale Marktwirtschaft », l’« économie sociale de marché ».

Si elle ne veut pas d’un salaire minimum, elle souhaite cependant des accords tarifaires branche par branche. Le nucléaire n’est pas la panacée, mais l’Allemagne ne peut qu’en sortir progressivement. Et de louer dès qu’elle le peut la grande coalition. La recherche de l’harmonie n’est-elle pas une noble aspiration, en politique comme dans le couple ?

Mais il faut bien assurer le service minimum lors d’un duel télévisé ; aussi la chancelière insinue-t-elle qu’une nouvelle coalition avec les sociaux-démocrates serait délétère pour la démocratie.

Enfin de l’action ! L’Allemagne a besoin de retrouver une polarisation franche de sa classe politique. C’est pour cela qu’elle s’engage de toutes ses forces pour l’Union, alliance des démocrates-chrétiens (CDU) et des chrétiens-sociaux (CSU) bavarois.

« SPD et CDU/CSU n’aspirent qu’à continuer la “grande coalition” »

Et les libéraux, alors ? C’est bien simple, si les journalistes ou Steinmeier ne lui en avaient pas parlé, elle ne les aurait jamais évoqués. On sent bien qu’elle n’a aucune envie de gouverner avec Guido Westerwelle, le chef du parti libéral (FDP). D’ailleurs, dans sa déclaration finale qui clot les débats, les libéraux passent de nouveau à la trappe. Le message est clair.

Steinmeier aura auparavant eu le temps de placer son argument principal : une démocratie ne peut exister sans justice sociale, et quel autre parti pourrait garantir la justice sociale, sinon le SPD ?

Ce numéro de duettistes, comme les commentateurs s’attachaient dès hier soir à en parler, était tout à l’image de la volonté à peine cachée des deux protagonistes : poursuivre le statu quo de la grande coalition.

« Cette campagne est une farce », m’avait dit quelques jours avant le débat un observateur avisé, fin connaisseur de la politique berlinoise et proche du SPD. « Les deux partis veulent faire croire qu’ils ne veulent plus gouverner ensemble, alors qu’ils n’aspirent qu’à continuer. »

« Pour le SPD, le match est plié » continuait-il :

« Il y a deux manières de perdre : soit on évite la catastrophe, avec un score du SPD aux alentours de 28%. Au vu des derniers sondages, ce serait un miracle. Soit le SPD est à 21 ou 22% -et là, le parti sortira des élections en miettes. »

Mais depuis la prestation de Frank-Walter Steinmeier dimanche soir, le camp social-démocrate peut et veut encore y croire.

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 18h15 le 14/09/2009
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Souhaitons que le 27 septembre les allemands congédient ces deux tristes-sîres et portent au pouvoir Die Linke.
    Ce serait un bon signal !

    • Scipion2009-
      Scipion2009- répond à spleenlancien
      Phobe en tous genres
      • Posté à 00h01 le 15/09/2009
      • Internaute 75015
        Phobe en tous genres

      « Ce serait un bon signal ! »

      Signal de quoi ? Et bon pour qui ?

      C’est fini, spleenlancien, ces hurluberluteries ! ! !

      Le Grand Cadavre du XXe siècle, c’est l’Homme Nouveau. Tout à la fois le modèle « Révolution française », le modèle communiste, le modèle fasciste et le modèle nazi (par ordre chronologique d’entrée en scène).

      Comme toutes les grossesses qui devaient permettre de l’enfanter se sont soldées par autant d’avortements, on ne dispose même pas du matériel génétique qui permettrait de le cloner.

      Et c’est tant mieux, Nom de Dieu, tant mieux de chez tant mieux. Il a suffisamment de dizaines et de dizaines de millions de morts sur la conscience !

      Il était plus que grand temps d’arrêter les conneries. Alors on ne va pas remettre le couvert

      • spleenlancien
        spleenlancien répond à Scipion2009-
        Manant, de passage sous le (...)
        • Posté à 11h34 le 15/09/2009
        • Internaute 78672
          Manant, de passage sous le (...)

        Impossible d’hurluberluteriser avec vous.
        Vous êtes trop fort !

      • harey
        harey répond à Scipion2009-
         !
        • Posté à 22h20 le 15/09/2009
        • Internaute 63357
           !

        oO »

        Personnellement, je pense vraiment (et mes amis allemands sont du même avis) que la groBe Koalition est une très mauvaise chose, car l’opposition se polarise dans les extrêmes alors que dans les faits la gouvernance de l’Allemagne laisse grandement à désirer !

  • Gilgamesh157
    Gilgamesh157
    Raleur professionnel
    • Posté à 20h51 le 14/09/2009
    • Internaute 26876
      Raleur professionnel

    Mort de rire si j’en suit bien les débats Die linke est arrivé première devant le SPD dans un lander les obligeant du même coup à choisir la voie qu’ils veulent vraiment (à savoir une voie de gauche ou une voie d’accompagnement du néolibéralisme) et est arrivé de très peu troisième dans un autre lander.
    Les allemands bien moins donneurs de leçons que nous mais toujours à la pointe, ça vaut bien le coût que l’on critique les américains si c’est pour faire pire avec sarkozy, les allemands ont compris mieux que nous que le choix du changement n’est pas dans les deux parties institutionnels... Ils sont pas comme nous.

    • Dan51
      Dan51 répond à Gilgamesh157
      • Posté à 22h14 le 15/09/2009
      • Internaute 12803

      @ gilgamesh157 :

      Ce que vous pouvez écrire comme inepties répétées

      Tout d’abord, le mot « lander » que vous utilisez n’existe pas.

      Il existe le mot LAND qui signifie « pays » ou « région » dans le contexte que vous semblez mentionner. Le pluriel de ce mot est LÄNDER.

      Donc, ce que vous écrivez « un lander » ne veut rien dire.

      Si vous voulez vraiment savoir les résultats, il y avait trois élections régionales les voici, la Linke est en violet.

      Il faut savoir que la Linke est le « successeur » du parti communiste au pouvoir en Allemagne de l’Est, qui s’appelait le parti du « socialisme réellement existant », celui qui a ordonné de tirer sur tous ceux qui voulaient passer à l’Ouest. Les gens ne votaient que pour ce parti avant la chute du Mur, il reste encore très implanté.

      La Saxe et la Thuringe sont deux Länder de l’Est. Voici les résultats, dans chacun d’eux la CDU - les chrétiens-démocrates - sont le parti le plus important.

      La Saxe :

      La Thuringe :

      Et enfin la Sarre, à l’Ouest, où les personnes entre 45 et plus de 65 ans ont voté pour Oskar Lafontaine, l’ancien maire de Sarrebruck et ancien premier ministre de Sarre, ancien ministre des finances qui a démissionné dès que le gouvernement dans son ensemble ne voulait pas appliquer les méthodes qu’il souhaitait. Il n’est pas « éligible » au niveau national, car tous se souviennent de sa « débandade ».

      J’espère vous avoir donné quelques éléments...

  • Benj
    • Posté à 23h28 le 14/09/2009
    • Internaute 28434

    Apparemment ce fut un débat disons constructif, où les participants pouvaient présenter leur programme sans se faire couper la parole à tout bout de champ. Nos hommes et femmes politique devraient en prendre de la graine !

  • Jean Bachèlerie
    Jean Bachèlerie
    marié un chat
    • Posté à 09h46 le 15/09/2009
    • Internaute 11540
      marié un chat

    Le SPD en chute libre.

    Le duel Merkel Steinmeier souligne la perte d’identité du SPD, incapable de se démarquer de la CDU conservatrice.

    Le SPD de Schroeder dont Steinmeier est l’héritier paie enfin pour sa dérive droitière. Après avoir cassé en partie l’état social Hartz IV, baisser les impôts des entreprises et des classes aisées, Ce SPD restera dans l’histoire comme le parti qui aura permis avec ses lois Hartz IV et ses jobs à un euro le retour de la pauvreté en Allemagne.

    Le résultat des élections confirmera le rejet de ce parti, depuis plusieurs mois il se situe de 20,5% à 22%, il ne peut espérer guère mieux, en revanche malgré les sondages qui le sous estime Die Linke se rapproche des 15%, ce qui en ferait le 3° parti.

    Cela pourrait servir de leçons à tous ceux qui rêve d’une alliance avec le Modem, ou pour conserver leurs sièges privilégient une alliance PS PC à celle du Front de Gauche.

    Les électeurs de gauche souhaitent un changement, une rupture avec le social libéralisme.

    la crise leur donne raison.

    Jean Bachèlerie

    • Scipion2009-
      Scipion2009- répond à Jean Bachèlerie
      Phobe en tous genres
      • Posté à 10h05 le 15/09/2009
      • Internaute 75015
        Phobe en tous genres

      « Les électeurs de gauche souhaitent un changement, une rupture avec le social libéralisme. »

      Leur problème, c’est que, plus bourges que prolos, les vrais de vrais n’atteignent pas le cinquième de l’électorat toutes subtiles nuances confondues. Ils sont donc condamnés au vote inutile...

      • Gilgamesh157
        Gilgamesh157 répond à Scipion2009-
        Raleur professionnel
        • Posté à 14h36 le 15/09/2009
        • Internaute 26876
          Raleur professionnel

        Un vote n’est jamais inutile très cher il exprime une opinion, ce mépris à l’égard d’un opinion ne réhausse pas vraiment vos propos. Si on avait des élections plus proportionnelle on aurait pas cette monopolisation de deux groupes politique et surtout ça éviterait des moments comme le 21 avril 2002, il faut que toutes les sensibilités puissent avoir un accès à l’assemblé pour s’exprimer et être confronté au pouvoir pour pouvoir juger sur pied de qui est plus efficace ou pas.

  • DrTom
    DrTom
    Citoyen
    • Posté à 09h57 le 15/09/2009
    • Internaute 53985
      Citoyen

    Bonjour,
    Je ne connaissais pas votre blog sur Rue89 (apparemment il est plutôt récent ?), mais je vous suis très reconnaissant de décrypter un peu pour nous les enjeux politiques d’un pays que je (nous ?) ne connais que trop mal, ayant j’imagine le regard trop souvent tournés vers l’ouest...
    Merci !

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