En Allemagne, l'avenir des écolos passe aussi par la droite

Alain-Xavier Wurst
Journaliste
Publié le 28/03/2011 à 11h33


Le vote vert est-il encore un vote de gauche ? La question se pose désormais en allemand.

La défaite des conservateurs (CDU) et des libéraux (FDP) dimanche lors des élections dans le Land de Bade-Wurtemberg marque une étape historique pour le mouvement écologiste outre-Rhin. Pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale, il réussit à placer un de ses candidats au poste de ministre-président, et pas dans n’importe quel Etat.

Que le Bade-Wurtemberg, le Land le plus emblématique de la réussite économique allemande, régulièrement présenté comme premier de la classe en matière d’innovation technologique, de formation et d’éducation, passe aux mains des Verts après 58 ans de règne conservateur ininterrompu, montre à quel point la société allemande a intégré et digéré les combats des écologistes.

L’assise historique du mouvement est certes ancrée dans les cercles pacifistes, mais son électorat se diversifie de plus en plus et touche désormais toutes les couches sociales. Majoritairement urbain, souvent aisé, le vote vert offre par ailleurs aux conservateurs mécontents une autre orientation politique qui ne contredit pas fondamentalement leurs valeurs.

Un Vert catholique pratiquant, homme du terroir

Ceci explique en partie le succès de Winfried Kretschmann : classé parmi les réalistes et les pragmatiques, catholique pratiquant et homme de terroir, il incarne des caractéristiques certainement plus appréciées dans le Bade-Wurtemberg qu’au sein de son parti.

Winfried Kretschmann dirigera donc le Bade-Wurtemberg à la tête d’une coalition verte-rouge, avec les sociaux-démocrates (SPD) dans le rôle de secondants – là aussi une première.

En Rhénanie-Palatinat, où l’on votait également dimanche, le SPD garde la présidence du Land, mais perd la majorité absolue. Les Verts font une entrée fracassante en gagnant dix points par rapport aux dernières échéances, la CDU faisant quant à elle presque jeu égal avec les sociaux-démocrates.

« Le désastre de Fukushima nous offre une chance historique »

Il montre à quel point la préoccupation écologique des Allemands dépasse le simple cadre des clivages politiques traditionnels.

L’effet Fukushima a certes frappé de plein fouet une opinion publique déjà très sensible et sensibilisée aux dangers de l’énergie nucléaire ; sans la catastrophe au Japon, l’issue des élections aurait été probablement différente. Mais c’eût été juste une question de temps.

Les Verts allemands récoltent les fruits de plus de trente années de lutte contre le nucléaire et d’engagement en faveur des énergies renouvelables, à l’époque où cette vision du monde était moquée au nom de la raison économique.

« Le désastre de Fukushima nous offre une chance historique, celle de rendre la sortie du nucléaire en Allemagne irréversible » écrit dans la Taz Michael Sontheimer, l’un des fondateurs de ce journal.

L’ampleur des manifestations anti-nucléaires de ce week-end semble lui donner raison. A Berlin, Hambourg, Cologne et Munich, plus de 250 000 personnes se sont rassemblées pour exiger l’arrêt immédiat des centrales allemandes.

Cette mobilisation ne vient pas par hasard. La société allemande dans son ensemble était prête pour une prise de conscience radicale, la catastrophe de Fukushima en aura juste été le catalysateur. (Voir la vidéo)

Une coalition Merkel-Verts ?

Certains spéculent déjà sur un rapprochement entre les conservateurs et les Verts dans un proche avenir. A supposer que la Chancelière s’engage pour une sortie définitive du nucléaire, une telle alliance n’est pas à exclure.

Car à vrai dire, la coalition avec les libéraux, qui deviennent chaque jour un peu plus insignifiants et dont le chef, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle, ne survivra peut-être pas à la débâcle de dimanche soir pour son parti, s’avère être tout simplement catastrophique.

Mais Merkel a-t-elle les moyens d’une énième volte-face ? A l’automne dernier, elle décidait de prolonger le fonctionnement des centrales nucléaires pour une durée d’en moyenne douze ans – un cadeau estimé à 100 milliards d’euros aux quatre électriciens E.on, RWE, RnBW et Vattenfall qui se partagent le marché allemand.

A la suite de Fukushima, deux semaines avant ces élections régionales, elle se prononçait en faveur d’un moratoire. Personne ne fut dupe de la manœuvre.

Prochaine étape pour les Verts : la mairie de Berlin

Même s’il existe de fortes composantes régionales qui expliquent la sanction infligée aux conservateurs et aux libéraux dans le Bade-Wurtemberg, comme par exemple le projet de gare souterraine Stuttgart 21 qui, chaque lundi, mobilise des milliers de manifestants hostiles à ce projet, la droite allemande est confrontée à un problème grandissant de crédibilité.

L’affaire Guttenberg – ministre ayant plagié sa thèse –, la position diplomatique illisible de Berlin face à l’intervention en Libye, la gestion de la crise de l’euro par Merkel, hésitante puis se ralliant à la cause européenne, ont dérouté un grand nombre d’électeurs de droite qui ne se retrouvent plus dans un programme devenu incohérent.

Les électeurs verts, eux, savent très bien où ils en sont. Leur prochain but est de prendre la mairie de Berlin à l’automne, et cette mission n’a rien d’impossible. Les résultats de dimanche ne concernent que deux Länder, mais que l’on ne s’y trompe pas : le paysage politique allemand se verdit sûrement, et durablement.

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  • PGC
    PGC
    Impair Impasse89
    • Posté à 11h49 le 28/03/2011
    • Internaute 147266
      Impair Impasse89

    Les verts allemands se retrouveraient en une fameuse troisième voie, fantasme bien connu chez nous, faisant alliance tantôt à gauche, tantôt à droite pour garder la barre. Audacieux, mais attendons un peu que l’effet nucléaire retombe, ou revienne encore plus durement, tous les partis deviendront anti nucléaires.

    J’imagine le foutoir dans une réunion des verts français si on met le sujet à l’ordre du jour. Eux qui viennent juste d’inventer l’union écologique.

  • claire_ob
    claire_ob
    Etudiante
    • Posté à 12h06 le 28/03/2011
    • Internaute 50988
      Etudiante

    Bonjour,

    Attirée par le titre, je suis allé voir qu’est-ce qui pouvait faire dire à un journaliste que le vote vert était en Allemagne pas forcément de gauche.

    Désolé mais je n’ai rien trouvé dans le contenu qui soit en rapport avec cette accroche.
    Juste cette phrase, un peu sondage pifométrique, pas étayée en tout cas : « Majoritairement urbain, souvent aisé, le vote vert offre par ailleurs aux conservateurs mécontents une autre orientation politique qui ne contredit pas fondamentalement leurs valeurs »

    Comme vous le rappelez, die Grünen en Allemagne n’est associé qu’avec la gauche (comme en France).

    Que des personnes de droite s’intéressent à l’écologie et votent pour une des ces multiples protubérances politiques vert-bleu (parfois déguisés ! , il y en avait 3 dans certains canton) et insignifiantes, c’est plausible. Que les Verts ou die Grünen séduisent des partis de droite ou un électorat de droite, j’attends encore des preuves !

  • Culture Scout
    Culture Scout
    Dans le doute
    • Posté à 13h05 le 28/03/2011
    • Internaute 112398
      Dans le doute

    un cadeau estimé à 100 milliards d’euros aux quatre électriciens E.on, RWE, RnBW et Vattenfall qui se partagent le marché allemand

    Parce que le nucléaire ne serait qu’un joujou fiscal pour satisfaire de grands groupes ? Cette phrase, qui n’apporte pas grand chose comme information dans un article qui parle de l’orientation politique réelle des Verts allemands, me semble pour le moins douteuse.

    Et qu’on ne me dise pas qu’il ne manque que la volonté politique pour remplacer le nucléaire ( ce qui expliquerait la petite phrase du journaliste) par les énergies renouvelables. Non seulement les technologies ne sont pas encore viables à l’échelle d’un pays entier, mais dans le cadre particulier de l’Allemagne, les centrales nucléaires ont toutes les chances d’être remplacées par de nouvelles centrales à charbon.

    Peste ou choléra ?

  • khemas
    khemas
    étudiant
    • Posté à 13h38 le 28/03/2011
    • Internaute 149810
      étudiant

    Tout le monde est bien conscient (enfin je l’espère) que Dame Nature est en grand péril.

    Ce qui est en revanche dégueulasse, c’est de se faire élire sur un programme anti-nucléaire en instrumentalisant le désastre japonais. Un rapide constat s’impose.

    L’Allemagne est actuellement et de loin le plus gros pollueur européen avec 30% de production énergétique d’origine nucléaire, pour 5% seulement (en 2009, je n’ai pas les chiffres depuis) de production d’origine renouvelable (éolien principalement) et 65% de production d’origine thermique (charbon principalement), cette dernière étant l’énergie la plus polluante.

    J’aimerais sincèrement que quelqu’un m’explique comment, partant de ce constat, les Allemands peuvent réussir à produire moins de gaz à effet de serre en réduisant la proportion nucléaire de leurs sources d’énergie ?

    Qu’on ne me parle pas d’énergie renouvelables : l’exemple danois démontre parfaitement que la priorisation de ce type d’énergie, non content de n’être ni rentable ni suffisamment productif, a fait du dit pays l’un des plus gros pollueurs européens par habitants.
    Franchement à choisir entre le risque nucléaire (qui existe on est d’accord) et la production certaine d’une grosse quantité de CO2, le choix est vite fait pour ma part. L’ennemi c’est le thermique, pas le nucléaire, surtout si la recherche en ce sens progresse !

    Non mais vraiment, instrumentaliser la catastrophe japonaise, en plus d’être dégueulasse moralement, n’a aucune raison d’être dans un pays qui n’est soumis à aucun danger naturel notable...
    Enfin ils font ce qu’ils veulent et c’est bien ça le problème insoluble dans la sauvegarde de cette foutue planète, le consensus est impossible...

  • alchemist
    alchemist répond à claire_ob
    (militant associatif)
    • Posté à 16h19 le 28/03/2011
    • Internaute 55168
      (militant associatif)

    Je ne suis pas d’accord avec vous. Même si ce n’est pas très net et pas encore fait, il est possible qu’une coallition CDU-Grünen existe un jour. Ce que, avec le journaliste, je veux bien croire.
    Les coallitions SPD-Grünen paraissent plus logiques (et plus stables ?), car il s’agit GLOBALEMENT pour le SPD de réguler l’économie avec des mesures sociales, et pour les verts avec des mesures environnementales. Elles existent déjà et sont fréquentes, mais c’est la première fois que les Grünen seront majoritaires.
    Cependant l’Allemagne voit parfois des coallitions CDU-SPD impensables en France, alors pourquoi pas des coallitions CDU-Grünen ? Au vu de la personnalité du leader des Grünen en BaWü, ce serait possible... et l’idée commence à faire son chemin.
    C’est le sens de l’article, plutôt bon selon moi, mais il faut un peu de culture allemande pour le décoder.
    Mais il s’agit évidemment plus de politique que d’écologie...

  • inuit
    inuit
    grand nord
    • Posté à 16h43 le 28/03/2011
    • Internaute 82484
      grand nord

    Quelle compatibilité entre le projet des écolos et le projet du CDU ? ? ? être contre le nucléaire peut-il suffire à les réunir ? c’est absurde...
    on aimerait comprendre pourquoi un électorat de droite peut être séduit par un discours écolo. L’écologie politique ne peut promouvoir d’idéologie libéral, du productivisme, de la consommation à outrance. Quelle magie y a-t-il dans leur programme pour avoir attiré ces votes ?

  • inuit
    inuit répond à Vert de gris
    grand nord
    • Posté à 17h13 le 28/03/2011
    • Internaute 82484
      grand nord

    L’ecologie, c’est aussi la décroissance (moins de consommation), la protection de la santé du consommateur avant l’intérêt pécunier du vendeur (moins de produits nocifs, pesticides... )moins d’emballages (moins de « marketing »), lus de production locale (moins d’intermédiaires, de transports...). Financer une recherche dans l’énergie qui ne rapportera pas forcément au bout du compte à une multinationale. Ne pas privatiser les besoins essentiels tel l’eau, l’électricité, le gaz. J’en passe...
    Tout cela suppose une résistance très forte aux lobbies.
    En gros, accepter de vivre avec moins de moyens et plus de sobriété.
    On constate, c’est incompatible avec une politique libérale ou conservatrice.
    S’il s’agit de trier ses poubelles, faire des grenelles, taxer le CO2 mais pas les particules qui donnent le cancer, là, effectivement, c’est compatible avec la droite.

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 01h08 le 29/03/2011
    • Internaute 89071
      non connue

    En Suisse il existe le parti des Verts Libéraux qui gagne en popularité.

    J’ai beau réfléchir mais je ne vois pas en quoi être écologiste empêche d’avoir une sensibilité de droite. Qui a décrété qu’il fallait augmenter les allocations familiales ou avoir une retraite à 60 ans pour défendre l’environnement ?

  • Boutauvent
    Boutauvent répond à gérard lambert
    Testeur de temps libre
    • Posté à 11h55 le 29/03/2011
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Je ne crois pas être « un bobo nanti » et ça ne m’interdit pas d’être très sélectif dans mes choix de « confort de la vie moderne ».
    J’ai appris à vivre avec moins de moyens et plus de sobriété, ce qui me permet d’avoir beaucoup de temps libre dont je me sers en partie pour continuer à vivre avec moins de moyens et plus de sobriété.
    Si tes sources d’information se limitent aux brèves apparitions des responsables écolos sur ton écran de télé, je comprends que tu ne saches pas que les écolos parlent aussi des yachts et des avions ; cependant, si tu n’as pas la mémoire trop courte, tu vas te souvenir qu’une partie d’entre eux soutenaient le projet de « taxe carbone » (parfois maladroitement), ce qui n’est pas sans rapport avec les yachts et les avions.
    Je ne vois pas ce que le score de Duflot dans un canton où la majorité n’a pas encore pris conscience des questions écologiques vient faire dans le débat ; je ne crois pas qu’on puisse lui reprocher que les électeurs de son canton soient ignorants, abêtis par les débilités télévisuelles.
    Jusqu’à preuve du contraire, les médias ne sont pas entre les mains des écolos, même s’ils proposent de temps en temps un petit peu « d’environnementalisme »...

  • fabricker
    fabricker répond à inuit
    traducteur, architecte logiciel
    • Posté à 19h42 le 29/03/2011
    • Internaute 56472
      traducteur, architecte logiciel

    C’est très simple. En Baden-Württemberg, on est attaché au travail, aux valeurs d’honnêteté, de rémunération en rapport visible avec son travail, au sens des responsabilités, au sens de l’’entreprise...

    Or, les grands partis sont plus les copains des coquins des grands groupes que des PME (on l’a vu avec les contrats de stoppage des centrales nucléaires reconduits à la saint glin-glin, et du coup personne n’a cru au sérieux du moratoire de Merkel).

    Or, ce que les gens voient devant leur porte, dans leurs familles, ce sont ces PME investies dans les technologies de pointe de l’écologie, ce sont ces éoliennes, qui n’emmerdent personne avec leurs pales tournant benoîtement, ce sont les salaires corrects payés, ce sont les chefs de ces nouvelles entreprises engagés socialement et politiquement dans l’écologie (souvent des ingénieurs n’acceptant pas les dangers du nucléaire et cherchant d’autres voies), ce sont les centre-villes redevenus sympas, ce sont les économies faites, etc etc...
    Alors maintenant, depuis plus de 30 ans, que les verts tentent de montrer l’exemple, de chercher des moyens de sortir du nucléaire, maintenant, on les voit dans la vie de tous les jours, les résultats.

    Et comme le niveau de vie est soutenu pas ces PME (petites unités flexibles et parsemées en province, en réseau), alors les gens votent vert.

    Pour finir, en fait peut-être le plus important, et tout du moins expliquant ce « visible » :
    Il y a longtemps que les verts sont implantés dans la politique communale en Allemagne, et au contraire des élus des petits partis fascistes (à propos), ils ont toujours été corrects, sérieux, innovants... Et réélus.

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