Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

La principale milice loyaliste a (enfin) lâché ses armes

Publié le 10/01/2010 à 15h39


L’U.D.A (Ulster Defense Association), la plus importante milice protestante loyaliste d’Irlande du Nord -quelques milliers de membres estimés-, a annoncé mercredi avoir totalement achevé la neutralisation de son arsenal militaire. En juin dernier, l’autre grande milice loyaliste, l’U.V.F (Ulster Volunteer Force), avait déjà annoncé son désarmement.

Adrian Guelke, professeur de politique à la Queen’s Universty de Belfast et spécialiste du conflit nord-irlandais, revient sur cette annonce qu’il juge positive.

Peut-on qualifier l’annonce de ce désarmement d’historique ?

Elle n’est pas vraiment historique, dans la mesure où elle était attendue. La commission chargée du désarmement avait annoncé, en septembre dernier, qu’elle s’attendait à une telle annonce d’ici à février. Mais il s’agit d’un pas important dans le processus de paix. En fait, l’U.D.A était sur la bonne voie depuis 2007, quand elle a annoncé son renoncement à la violence. Ce n’était qu’une question de temps.

Comment expliquer que ce désarmement n’intervienne que maintenant, alors que l’IRA a annoncé le sien il y a déjà quatre ans ?

C’est vrai que les milices loyalistes ont toujours invoqué la légitime défense, en disant : « C’est l’IRA qui a commencé, nous ne déposerons les armes que quand elle fera de même ». Mais après le désarmement de l’IRA en 2005, les membres de l’U.D.A sont restés très méfiants vis-à-vis du processus politique qui se mettait en place. Ils n’avaient aucune confiance envers les républicains catholiques, appelés à partager le pouvoir avec les protestants.

Mais cela a changé après le meurtre de deux soldats britanniques par les dissidents républicains, en mars dernier. Le Premier ministre adjoint McGuinness, lui aussi républicain, avait fermement condamné les attaques, ce qui l’a rendu populaire auprès de l’U.D.A.

Etes-vous certain que l’U.D.A n’a pas gardé quelques armes en stock ? Le climat n’est pas encore apaisé...

C’est vrai que le regain d’activité des groupes armés républicains [RIRA et CIRA, dissidents de l’IRA, ndlr] n’installe pas un climat de paix. Mais les dirigeants de l’U.D.A considèrent que c’est maintenant l’affaire de la police, pas la leur.

Par contre, les membres de base de l’U.D.A restent très autonomes, du fait du caractère fortement décentralisé de l’organisation. Certains pourraient garder des armes de leur côté, et cela peut poser problème. On sait par exemple, que des éléments de l’U.D.A sont fortement impliqués dans des activités criminelles (trafic de drogues, extorsion de fonds...). Et je pense que cette criminalité continuera à perdurer.

Ce désarmement ne s’est sûrement pas fait gratuitement... Quelles ont été les contreparties ?

Lors de son désarmement, l’U.D.A a appelé les autorités à assister la population protestante loyaliste, qui est fortement touchée par le chômage et la criminalité. Des rumeurs annonçaient alors que l’UDA avait directement reçu de l’argent, ce qui a été fortement démenti. Une contrepartie directe aurait été inacceptable pour les républicains modérés.

Il existe plutôt des projets de régénération des quartiers protestants loyalistes. En réalité, ces projets existaient déjà avant le désarmement de l’U.D.A. Il s’agissait justement d’inciter l’organisation à désarmer, en lui montrant que son geste ne se ferait pas en vain.

L’U.D.A cherche maintenant à mener un combat politique. Cela peut-il marcher ?

Je ne pense pas qu’elle pourra jouer un rôle politique direct, car les protestants sont déjà divisés en trois partis différents [le DUP, l’UUP, le TUV, ndlr], et un nouveau parti serait très mal accueilli. Par contre, elle jouera probablement un rôle de think-tank en portant la voix des classes populaires protestantes, ce qui lui donnerait un positionnement de centre-gauche intéressant. A ce titre, elle peut être utile à la vie politique nord-irlandaise.

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  • Anonyme

    L’Ulster Freedom Fighters – qui composait théoriquement la branche armée de l’UDA et a longtemps collaboré avec UVF dans la Red Hand Defender* - a donc désarmé aussi ?
    C’est un cheminement logique s’il est réel. Mais peut-on vraiment y croire ? …

    Pour la branche politique, qu’est devenu l’Ulster Democratic Party associé à l’UDA ?

    * red hand qui vous sert d’image mais au moins c’est clair.....

    • Jean-Baptiste Allemand
      • Posté à 20h20 le 10/01/2010
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      La commission de désarmement n’a pas évoqué le cas de l’UFF, mais étant donné ses liens étroits avec l’UDA, tout porte à croire qu’elle est aussi concernée.

      Mais je suis tout aussi sceptique que vous sur le fait que l’UDA ait totalement désarmé. Le climat politique et militaire actuel n’est pas favorable à une telle annonce...

      Au niveau politique, l’Ulster Democratic Party a disparu, après avoir tenté sans succès de se faire une place dans le paysage politique protestant.
      Il a été remplacé par l’Ulster Political Group of Research (UPGR), qui est davantage un groupe de réflexion et de pression qu’un parti.

      Sinon, au sujet de mon image, il s’agit du drapeau de la province irlandaise de l’Ulster. La « main rouge » est donc, dans ce cas, acceptée autant par les républicains que les loyalistes ;)

      • Anonyme répond à Jean-Baptiste Allemand

         ; -)
        je voulais asticoter, j’avais reconnu...

        Tout porte à croire que des vieilles pétoires ont été rendues (de part et d’autre) mais qu’on se trouve dans un climat de paix armée.
        Comme on l’a vu récemment, des explosifs et des armes restent dans les deux camps et les structures de réseaux sont toujours vivantes.... du jour au lendemain...

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 17h16 le 10/01/2010
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    Il est quand même hallucinant de voire que l’Angleterre occupe ce territoire depuis quelques siècles de la façon la plus illégitime qui soit sans qu’aucun pays européen n’ai jamais pensé à lui faire une quelconque réflexion.
    Enfin, c’est toujours un bon point pour la paix. Ne pas oublier que ces milices ont autant de morts que l’IRA sur la conscience.d

    • jujuairplane
      jujuairplane répond à Atlantis
      étudiant en archeologie
      • Posté à 09h22 le 11/01/2010
      • Internaute 46987
        étudiant en archeologie

      Dire que l’Angleterre « occupe » ce territoire est assez simpliste. A ce titre là on pourrait dire que le France occupe la Corse, ce qui est le point de vue des indépendantistes. Rappellez vous qu’une bonne partie des habitants de l’Ulster descendent de colons anglais écossais et gallois unis par leur foi protestante face à des catholiques gaëliques et se sentent plus proche de la couronne britannique que de la république irlandaise. Et là, je simplifie à outrance déjà.

      • Atlantis
        Atlantis répond à jujuairplane
        Etudiant apolitique
        • Posté à 12h48 le 11/01/2010
        • Internaute 39710
          Etudiant apolitique

        Je sais, mais c’est comme si la France avait déplacé des populations européennes assez importantes en Algérie pour être sur de la garder en cas de référendum.
        Quant à la Corse, je n’ai rien contre son indépendance.

         
        • jujuairplane
          jujuairplane répond à Atlantis
          étudiant en archeologie
          • Posté à 13h06 le 11/01/2010
          • Internaute 46987
            étudiant en archeologie

          Ce qui a été le cas en Algérie : 1 million d’Européens à la veille de l’indépendance, mais bon, ni la France ni l’Angleterre ne s’étaient projetées aussi loin dans le futur quand elles ont envoyé des colons, et au final ces gens sont tout autant des habitants des pays en question et ont leur mot à dire, voire leurs obus à tirer dans le cas de l’Ulster.

          • Atlantis
            Atlantis répond à jujuairplane
            Etudiant apolitique
            • Posté à 13h27 le 11/01/2010
            • Internaute 39710
              Etudiant apolitique

            J’aime beaucoup leur obus à tirer

        2 autres commentaires
  • nono le simplet
    nono le simplet
    nihil scio nisi scio quod nihil (...)
    • Posté à 17h57 le 10/01/2010
    • Internaute 9767
      nihil scio nisi scio quod nihil (...)

    après l’Afrique du Sud , si un autre coin du monde en guerre civile depuis si longtemps se pacifie , on ne va pas s’en plaindre !

    • affreuxjojo
      • Posté à 21h29 le 10/01/2010
      • Internaute 29421

      C’est sans doute un des seul point positif à reconnaitre à Tony Blair. Il a au moins fait avancer ce dossier.

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