Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

Et si les élections britanniques se jouaient à Belfast ?

Publié le 06/05/2010 à 12h45


David Cameron lors de sa visite à Belfast, le 4 mai (Carl de Souza/Reuters)

L’Irlande du Nord, pour un politicien britannique en campagne, c’est généralement le boulet à éviter. Pourquoi s’attarder sur un territoire lointain et semi-autonome, rempli de fanatiques aux motivations incompréhensibles, et qui en plus ne pèse rien électoralement ?

Un territoire de 1,7 million d’âmes sur 61 millions d’habitants, ça nous donne 18 sièges sur 650 à Westminster. Un ridicule 3% qui ne permet pas vraiment de faire émerger les problèmes nord-irlandais dans les débats. Quand on enlève les cinq députés Sinn Féin actuels, qui jouent aux fantômes en refusant de siéger à un Parlement jugé illégitime, il ne reste plus grand chose.

Bref, les élections britanniques n’ont généralement ici qu’un enjeu local. Cette année, ça a longtemps été le cas : pour les principaux partis, c’est la répétition générale avant les élections locales de 2010, celles qui désigneront les prochains députés du Parlement nord-irlandais.

L’enjeu local devient national


Affiches de campagne électorale à Dungannon (de gauche à droite : Sinn Féin, SDLP et DUP) (Jean-Baptiste Allemand)

Le schéma électoral est simple ici : deux gros blocs politiques, les unionistes protestants d’un côté et les nationalistes catholiques de l’autre. Les quelques tentatives d’alternative non sectaire, comme celles incarnées par le parti Alliance, ne fissurent guère ces deux monolithes encore bien hermétiques. Ici, si on peut voter par conviction, on vote surtout par opposition : pour empêcher l’autre camp de gagner.

Dans chacun des blocs, le parti majeur veut consolider son leadership pour préparer la grande bataille de l’an prochain. Côté unioniste, le DUP doit faire face à un nouveau parti populiste anti-partage du pouvoir, le TUV. Quant au Sinn Féin, il doit gérer la concurrence du SDLP, de plus en plus offensif et se proclamant désormais « anti-sectaire ». Bref, des préoccupations à des années-lumière du 10 Downing Street londonien.

Mais depuis quelques semaines, il se pourrait bien que l’Irlande du Nord se mette à jouer un rôle fondamental dans les élections britanniques : celui de faiseur de roi. La montée en flèche des libéraux-démocrates est susceptible de priver David Cameron, le probable futur Premier ministre, de la majorité qui lui donnerait les coudées franches. On aurait donc le fameux « hung Parliament ».

Les neuf sièges du DUP

Cameron aurait deux solutions : d’abord, négocier avec les « lib-dem » pour former un gouvernement. Sans doute au prix de lourdes concessions qui mettraient quelques promesses électorales à la poubelle, ce qui est plutôt risqué.

Deuxième possibilité : négocier avec des petites formations politiques pour atteindre une courte majorité.

C’est là qu’interviennent nos unionistes nord-irlandais, traditionnellement plus proches des conservateurs britanniques que du Labour, lui qui a osé négocier avec l’IRA en 1998. Si l’UUP, avec son petit député sortant, n’est pas vraiment intéressant, ce n’est pas le cas du DUP : neuf sièges à Westminster, dont une très grande partie devraient être conservés.

Neuf sièges, ça peut peser lourd dans un hung Parliament. David Cameron le sait. C’est pour ça qu’il s’est payé une petite visite mardi à Belfast, pour caresser les unionistes dans le sens du poil, avec des belles envolées du genre « Je ne serai jamais neutre au sujet de l’Union ».

Pression sur Cameron ?

Et selon le journal britannique The Telegraph (ouvertement pro-conservateur), le DUP est déjà prêt à créer une coalition avec les Tories.

Le deal parfait ? Pas vraiment. Car les Tories sont liés par une alliance électorale avec... l’UUP, le plus grand rival du DUP. Ils devront donc prendre le risque de froisser ceux qui, malgré leur faiblesse politique, ont brandi la bannière conservatrice dans la campagne nord-irlandaise.

Et puis, le DUP compte bien monnayer son soutien, quitte à forcer la main de David Cameron sur des questions-clés. Sur les 6 milliards de coupes budgétaires publiques prévues par les conservateurs, 200 millions devraient concerner l’Irlande du Nord, pointée comme trop gourmande par Cameron lui-même. Ces coupes pourraient bien disparaître comme par magie, sous la pression du DUP.

Après des décennies pendant lesquelles Londres a dicté sa loi à Belfast, il se pourrait bien que l’inverse se produise.

Mise à jour à 17 h 54 : C’est maintenant au tour de Gordon Brown de draguer les unionistes. Ce matin, le leader du DUP Peter Robinson a reçu une lettre émanant du premier ministre britannique. Brown y garantit qu’en cas de gouvernement travailliste, il n’y aurait aucune coupe budgétaire dans l’enveloppe allouée à l’Irlande du Nord.

Avec un scrutin à l’issue si incertaine, le coup est double : assurer ses arrières en cas de résultats meilleurs que prévus, et mettre la pression sur David Cameron, qui devra vite se prononcer sur la question.

Mise à jour 06/05 à 19h00. C’est maintenant au tour de Gordon Brown de draguer les unionistes. Ce matin, le leader du DUP Peter Robinson a reçu une lettre émanant du Premier ministre britannique. Brown y garantit qu’en cas de gouvernement travailliste, il n’y aurait aucune coupe budgétaire dans l’enveloppe allouée à l’Irlande du Nord.

vec un scrutin à l’issue si incertaine, le coup est double : assurer ses arrières en cas de résultats meilleurs que prévus, et mettre la pression sur David Cameron, qui devra vite se prononcer sur la question.

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  • Sylvain Biville
    Sylvain Biville
    Journaliste
    • Posté à 13h14 le 06/05/2010
    • Journaliste 107970
      Journaliste

    Bonjour Camarade Blogueur,

    C’est vrai qu’en cas de Hung Parliament, chaque voix va compter. La problématique nord-irlandaise vaut aussi pour les nationalistes écossais et gallois, qui dont une douzaine dans l’actuel parlement. Ils seront eux aussi très courtisés ce soir si personne n’a la majorité absolue.

    Rendez vous tout à l’heure à partir de 23h heure de Paris sur Rue89. On fait du live blogging sur les résultats des élections britanniques.

    Lien

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à Sylvain Biville
      Journaliste
      • Posté à 17h13 le 06/05/2010
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      Bonjour Sylvain !

      C’est quand même marrant de voir que ce sont les petits territoires à forte identité, tombés sous le « joug » anglais, qui risquent peut-être de faire la loi à Londres...

      Je serai là tout à l’heure... si ma connexion le permet... : /

  • triptyk-
    triptyk-
    Bête et Méchant
    • Posté à 14h19 le 06/05/2010
    • Internaute 17272
      Bête et Méchant

    En tout cas ce petit rigolot de Cameron a rate une occasion de se taire. Son idee de couper dans le budget alloue a l’Irlande du Nord n’a pas du tout ete appreciee ici, ni des unionistes ni des nationalistes. Je n’ai jamais vu un pays avec autant d’infirmieres, aide soignantes et assistances sociales. Elles seraient directement vises par la reduction du budget. A mon avis elles ne vont pas voter pour ce type et ou ceux qui le soutiennent. Enfin.... ce serait un bon moyen de botter le DUP back to where they belong to....

    • Keldan
      Keldan répond à triptyk-
      Now future & karpe diem
      • Posté à 17h30 le 06/05/2010
      • Internaute 5164
        Now future & karpe diem

      Je n’ai jamais vu un pays avec autant d’infirmieres, aide soignantes et assistances sociales.
      C’est pour panser les plaies des nombreuses victimes de la guerre civile ? : D

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 16h41 le 06/05/2010
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    Des membres du Sinn Fein se font élire au parlement GB alors qu’ils le jugent illégitime...

    J’avoue que c’est incompréhensible, pourquoi se présentent-ils à ces élections alors ? ?

    Sinon grapiller quelques soutiens à droite et à gauche, c’est de la « politique » assez classique...

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à femmedesbois
      Journaliste
      • Posté à 18h11 le 06/05/2010
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      C’est simplement par stratégie politique. En tant que parti majoritaire du côté nationaliste, ils ne veulent pas laisser le champ libre au SDLP qui risquerait de gagner en popularité à long terme.

      Pour eux, c’est un simple test électoral avant les vraies élections qui compteront pour eux, celles du parlement local dans un an.

      • femmedesbois
        femmedesbois répond à Jean-Baptiste Allemand
        dans sa forêt
        • Posté à 21h39 le 06/05/2010
        • Internaute 93115
          dans sa forêt

        Je n’y ai pas pensé... Il faut dire que je ferait une piètre stratège si je faisais de la politique, pas pour moi tout ça... !

         
        • Jean-Baptiste Allemand
          Jean-Baptiste Allemand répond à femmedesbois
          Journaliste
          • Posté à 22h45 le 06/05/2010
          • Journaliste 93627
            Journaliste

          De toute manière faut être un brin calculateur pour faire de la politique... c’est pas pour les honnêtes gens, me risquerais-je à dire ;)

        1 autres commentaires
  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h29 le 06/05/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Pour résumer, ça serait comme si en France lors de législatives très serrée entre UMP et PS un de ces deux partis allait faire du gringue aux indépendantistes corses.
    Sauf que là ils sont à l’inverse des indépendantistes, mais je crois pas qu’il ait un parti « unioniste » corse.

    Enfin un politicien qui revient sur ce qu’il annonce, c’est tellement prévisible que c’est l’inverse qui est surprenant : D

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