Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

Le conflit israélo-palestinien divise l'Irlande du Nord

Publié le 06/06/2010 à 11h22


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Il n’y a pas que dans les grandes métropoles européennes qu’on se mobilise pour Gaza. En Irlande du Nord, des manifestations pro-palestiennes ont réuni des centaines de personnes à Derry/Londonderry ou à Belfast. Une réunion d’urgence sur la situation à Gaza a même eu lieu au Parlement nord-irlandais, pour discuter d’un éventuel appel à la levée du blocus sur Gaza.

Le fait que le Rachel Corrie (navire arraisonné samedi matin sans violence) battait pavillon irlandais est tout sauf surprenant. Dans un pays envahi pendant des siècles par les voisins anglais, il y a une solidarité naturelle envers les populations dont on estime qu’elles subissent le même sort.

« On comprend les Palestiniens »

En Irlande du Nord, où une partie de la population pense qu’elle est toujours sous colonisation britannique, le sentiment est décuplé. Les peintures murales à la gloire des causes basque ou catalane ne sont pas rares dans les quartiers républicains.

Mais les plus fréquentes et populaires, ce sont celles qui soutiennent le peuple palestinien. « Les oppressions, les spoliations de terres, on comprend ça, explique le muraliste républicain Danny Devenny. La même chose est arrivée ici sous la domination britannique ».

Celui qui est à l’origine de nombreuses fresques murales à Belfast avait déjà dénoncé l’intervention israélienne à Gaza de l’hiver 2008, avec une peinture (ci-dessus) on ne peut plus explicite. Visiblement, il est très remonté contre l’opération navale meurtrière de cette semaine :

« Je vais peindre une nouvelle fresque dès lundi pour montrer cette horreur. »

« Soutien à Israël » chez les loyalistes

Par contre, du côté unioniste, on est loin de partager cette position. Jonathan Bell, député DUP (principal parti unioniste), a défendu à l’Assemblée « le droit d’Israël à se défendre », en mettant l’accent sur « les roquettes qui ont tué des écoliers israéliens »

Il n’est pas rare de voir des drapeaux loyalistes affichant une étoile de David englobant la main rouge de l’Ulster, symbole national ici. Un jour, un habitant de Belfast-Est ne s’était pas démonté après ma question sur l’emblème surplombant sa maison : « C’est pour montrer notre soutien à Israël ». Au plus fort de la seconde Intifada, certains quartiers loyalistes étaient même parsemés de drapeaux israéliens.


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Certains y comparent les « terroristes » du Hamas et ceux de l’IRA, les attaques à la roquette contre les civils israéliens et les explosions de bombes contre les policiers nord-irlandais. D’autres font même le parallèle entre les souffrances, les siècles passés, des Juifs et celles des protestants.

Mais chez les républicains, on affirme que ce soutien est artificiel, qu’il n’existe qu’en réaction à leurs positions pro-palestiennes. Un petit côté « les ennemis des amis de mes ennemis sont mes amis » (Vous suivez ?).

Sinn Féin et Hamas gardent contact

A moins que la raison première de tout cet antagonisme ne soit beaucoup plus obscure... La solidarité entre les peuples n’est jamais aussi accomplie que quand elle permet de faire la guerre pour sa propre cause.

Dans les années 80, l’IRA a eu des liens étroits avec l’OLP de Yasser Arafat, au point d’être soupçonnée de lui avoir fourni entraînement et explosifs. Aujourd’hui, le Sinn Féin, ancienne aile politique de l’IRA ayant renoncé à la violence, garde encore des contacts politiques avec le Hamas, qualifié de mouvement terroriste par l’UE et les USA.

De leur côté, les paramilitaires loyalistes (notamment l’UDA) pourraient avoir été armés avec la bénédiction... du Mossad. A chaque soubresaut du conflit israélo-palestinien, le risque est le même ici : revoir surgir les fantômes du passé.

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  • solènejazz
    • Posté à 11h49 le 06/06/2010
    • Internaute 89346

    si il y a des similitudes dans le combat je trouve quand même que le conflit israélo-palestinien a une plus forte connotation religieuse. Le Hamas et les colons ont le Coran ou la Torah dans les mains pour justifier leurs actions

    l’IRA a ses martyrs mais la grève de la faim était plutôt le mode opératoire (une automutilation à la gandhi) , alors que les palestiniens c’est le fait de tuer les « ennemis » qui conduit aux suicides

    Il faut que les Palestiniens insistent sur le fait que leur combat est un combat politique si ils veulent l’opinion publique prêt véritablement cause pour eux. Et là les bateaux vont arriver par centaines

    ET si ça ne suffit pas, on pourra mettre en place un boycot des produits israéliens (il faudrait commencer par faire une liste et la distribuer à l’entrée des hypermarchés) et du tourisme. Car il faut toucher Israél au porte monnaie si on veut l’obliger à se mettre à négocier

  • Anonyme

    « Les peintures murales à la gloire des causes basque ou catalane ne sont pas rares dans les quartiers républicains.

    les liens étaient très forts. Je me souviens d’avoir assisté dans un “club républicain” de Belfast du côté de Falls Rd à une rencontre entre IRA et Iparétarak. Les échanges d’idées et de “savoir faire” se déroulaient en toute simplicité.

    de nombreux points rapprochent ces deux conflits (conflit religieux, murs ’Peace walls », confiscation de terres, quartiers ghettos... )
    mais il ne faut pas pousser trop loin la comparaison. Même si je n’apprécie pas du tout les Gibis, ils n’ont jamais bombardé le Bogside contrairement à ce qu’une certaine fausse démocratie du PO a fait contre Gaza.

  • thierry reboud
    • Posté à 12h33 le 06/06/2010
    • Internaute 20923

    Un peu dans le même genre, je me rappelle les conversation que j’ai eues avec des Chypriotes (grecs) qui savent bien ce que sont le problème des réfugiés et l’occupation d’une partie non négligeable de leur territoire. Le soutien aux Palestiniens y était également assez vif, presque instinctif.

    Ce qui fait que j’aimerais bien savoir comment ils s’y retrouvent aujourd’hui, maintenant que c’est la Turquie qui semble avoir pris la tête du soutien à la Palestine. Cette question ne me paraît d’ailleurs pas idiote, et il faudrait peut-être penser à la poser aux responsables turcs.

  • raginwulf
    raginwulf répond à StuntmanMike
    • Posté à 14h48 le 06/06/2010
    • Internaute 97052

    Pour ma part, le conflit Irlandais n’est pas vraiment moins politique que le conflit israëlo-palestinien, du moins dans l’histoire récente, où il relevait bien plus de la politique que d’une « querelle de clocher ». Ça n’est pas pour une histoire de religion que républicains et loyalistes se foutaient sur la gueule. Les loyalistes voulaient garder le contrôle, les républicains voulaient leur indépendance politique.
    Loin de moi l’idée de transposer ces deux conflits, ils sont différents sur le fond comme sur la forme, seulement les similitudes sont assez nombreuses pour que chacun des camps puisse s’identifier à d’autres protagonistes.

  • A déménagé le 23-6
    • Posté à 12h21 le 07/06/2010
    • Internaute 85924

    La parenté entre ces deux conflits m’a frappée le jour où j’ai vu le film de Ken Loach, « Le vent se lève ». Au-delà des liens biens réels entre les diverses organisations irlandaises, palestiniennes et israéliennes, les questions sont les mêmes : les reproductions et différences entre générations, la question de savoir où s’arrête la résistance et où commence le terrorisme, jusqu’où un accord de paix constitue un progrès acceptable et à partir d’où il devient une compromission insupportable...

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