Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

La police nord-irlandaise privée d'un dispositif antiterroriste

Publié le 12/07/2010 à 13h09


un véhicule de la police nord-irlandaise (pawelbak/Flickr)

Ça vous plairait, vous, que la loi autorise les flics à vous arrêter, à fouiller vos vêtements et votre bagnole, comme ça, sans aucune justification ? Sans doute pas, et vous auriez raison : en France, la pratique est très encadrée, dans l’espace et le temps, par le code de procédure pénale -ce qui, bien sûr, n’empêche pas les dérives. Au Royaume-Uni, jusqu’à ce jeudi, c’était beaucoup moins restrictif.

Grâce à la section 44 du « Terrorism Act » de 2000, appelée « Stop and Search », les « bobbies » pouvaient arrêter et fouiller n’importe qui, n’importe où, n’importe quand, même sans aucune raison valable. Sauf que jeudi, la règle a été rendue caduque par le ministère de l’Intérieur britannique.

Plein les fouilles

Et pour cause : en janvier, la Cour européenne des droits de l’Homme avait accusé le dispositif de violer le « droit à la vie privée », protégé par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme. La semaine dernière, la Cour a signifié à l’Etat britannique qu’il n’aurait pas le droit de faire appel.

Désormais, les policiers britanniques doivent justifier leurs actes par une « suspicion raisonnable ». Et s’il y en a qui doivent souffler, ce sont bien les piétons et automobilistes nord-irlandais. Car les policiers du PSNI, confrontés au jusqu’au-boutisme kamikaze de quelques groupes républicains armés, ont allègrement usé et abusé du « Stop and Search ».

Un petit chiffre pour bien comprendre : 27 588. C’est le nombre de fois que le PSNI a fait appel à la section 44 entre mars 2009 et mars 2010. Près de dix fois plus que l’an passé. Ce qui fait au moins -sortez votre calculette- 75 fouilles par jour en Irlande du Nord.

La mauvaise réputation

Pas de quoi fouetter un chat ? Vous n’avez pas intérêt à sortir ça à un catholique nationaliste. Petit rappel de ce qu’était la police pendant « Les Troubles » : surreprésentation des unionistes, forts soupçons de collusion avec les paramilitaires loyalistes, implication dans des meurtres de civils non-élucidés...

Aujourd’hui, la police, en voie de normalisation, essaye de redorer son image. Mais certaines rancunes sont tenaces. Et pour en avoir discuté avec plusieurs nationalistes, j’ai bien vu que la section 44 n’y était pas pour rien. Pour eux, c’était le genre de dispositif de « harcèlement » qui leur faisait penser que rien n’avait vraiment changé.

Comme me disait Tom Kelly, originaire du Bogside, à Derry :

« La police, elle a pas le même nom ni le même uniforme qu’avant. Pour le reste, c’est pareil ».

Taux d’arrestations ridicule

Car évidemment, avec le « Stop and Search », les policiers se sont surtout concentrés sur les zones d’activité et de résidence des groupes républicains armés. Et ont donc visé bien plus de nationalistes que d’unionistes..

On l’aura pourtant prévenu, le PSNI. Le Policing Boarding, chargé de surveiller son activité, lui avait tapé sur les doigts : « La section 44, oui, mais en dernier recours ». De son côté, le spécialiste des groupes armés Peter Shirlow m’expliquait l’importance de la lutte contre les dissidents par l’« intelligence » : infiltration, renseignements, etc.

Mais non. Les bobbies nord-irlandais ont préféré l’utilisation massive du « pifomètre », au risque d’entretenir leur mauvaise réputation et de freiner le processus de réconciliation dans le pays. Remarque, sur un malentendu, ça peut marcher : entre mars 2009 et mars 2010, 171 arrestations ont quand même pu être menées grâce à la section 44.

Wahou ! 171, sur 27 588. Dans le meilleur des cas, si toutes les arrestations ont mené à des inculpations -ce qui n’est probablement pas le cas, mais je n’ai pas le chiffre-, ça nous ferait... 0,62% de réussite. No comment.

Mis à jour le 12/07/2010 à 14h23 : impropre, le titre original (« A Belfast, la fin du harcèlement des nationalistes par la police ») est modifié à la demande de l’auteur.

Mis à jour le 12/07/2010 à 16h36 : le premier paragraphe de l’article est modifié.

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  • laogong
    • Posté à 14h00 le 12/07/2010
    • Internaute 27856

    Je lis les premières lignes et déjà je suis mort de rire...
    on ne doit pas vivre dans le même pays parce que moi justement ça m’est déjà arrivé d’être contrôlé, fouillé, palpé les c... les mains en l’air et les jambes écartées, fouillé la bagnole, tout ça sans aucune autre raison que celle d’avoir un « comportement suspect ».
    Et je pense qu’en banlieue ça ferait bien marrer également d’apprendre que la police française est un modèle en matière de fouille et de non -discrimination. Et je ne vous parle pas du nombre de gardes à vue dont les conditions n’ont rien à voir avec le Royaume-Uni pour autant que je sache.
    Donc, s’il vous plaît, faites un article complet avec des comparaisons et des chiffres au lieu de reposer sur du ressenti.
    Exemple :
    75 fouilles par jour en Irlande du Nord. En France, on compte 800000 gardes à vue en 2009 (Lien), soit à peu près 2000 par jour ! !
    La population d’Irlande du Nord : 1.6 millions d’habitants Ce qui nous fait 46 fouilles pour un million d’habitants par jour. En France on arrive à 33 gardes à vue pour 1 million d’habitants par jour. Je vous laisse imaginer le nombre de fouilles pour arriver à ce score ! ! !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h58 le 12/07/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Ça vous plairait, vous, que les flics vous arrêtent, fouillent vos vêtements et votre bagnole, comme ça, sans aucune justification ?
    Quoi, c’est illégal ? Et depuis quand ? Alors pourquoi les flics m’ont fait ce coup un paquet de fois ?
    C’est chouette ce pays, le respect de la loi n’est obligatoire que pour ceux qui ne font que la subir, par ceux qui l’écrivent ou l’appliquent : D

    Bon ok, je me dis qu’ils avaient une justification : ils devaient faire des contrôles au hasard, genre on arrête les voitures remplis de sales drogués qui vont en teuf, ou alors on fouille les poches des sales drogues qui font la teuf.
    Mais je suis pas un sale drogué, j’ai les cheveux propres ! Hein quoi l’air bovin, les yeux rouges et l’incapacité à parler normalement ? : D

    Enfin c’est sans importance, ça fait un truc à raconter après, et vu que j’ai assez de jugeote pour jamais les énerver et jamais la ramener, ça c’est rarement mal fini.
    Faut dire qu’au début je me faisais connement piquer ma barrette dans ma poche ; ensuite je ressentais de l’inconfort quand je la planquais sous mes burnes et du soulagement quand je passais à travers les mailles ; aujourd’hui je leur donne tout de suite, je bats ma coulpe deux minutes et et une heure plus tard j’en ai deux fois plus : D

  • Jean-Baptiste Allemand
    Jean-Baptiste Allemand répond à laogong
    Journaliste
    • Posté à 16h08 le 12/07/2010
    • Journaliste 93627
      Journaliste

    Soyons clair, j’ai uniquement comparé les législations française et britannique, pas la pratique.
    Et on voyait clairement que lorsque l’une mettait certaines limites, l’autre n’en imposait pas du tout.

    Le but principal de cet article n’était pas de faire un comparatif des pratiques policières Irlande du Nord / France, mais de rendre compte de la façon dont un dispositif anti-terroriste très large peut être surexploité, et finalement donner le contraire du but recherché (en plus, dans ce contexte particulier nord-irlandais).

    Après, bien sûr que j’habite en France, bien que j’aie vécu l’an dernier en Irlande du Nord. Oui, j’ai conscience qu’il y a des dérives policières quant à l’appréhension et la fouille de personnes sur place (et j’insiste, je ne parlais que de ça, pas de la fouille à nu en garde à vue).
    Mais malgré la multiplication des témoignages, c’est difficile d’en conclure que c’est une pratique générale.

    Par contre, c’est pas le cas pour les gardes à vue, car on sait officiellement qu’il y a un recours excessif généralisé. Vous faites bien d’en parler, j’aurais pu faire un parallèle là-dessus. Mais comme je le rappelle, ce n’était pas mon but premier.

    Mais j’avoue que je me suis trompé dans ma phrase d’introduction, celle qui fait réagir tout le monde. Puisque je ne parlais que législation, j’aurais dû rester sur ce terrain.
    C’est d’autant plus maladroit de ma part que je sais que c’est arrivé à plein de gens (pas encore à moi, mais ça va bien m’arriver un jour aussi).

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