Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

A Belfast, « on ne se sert pas des Roms à des fins politiques »

Publié le 06/10/2010 à 10h16


Peinture murale prônant l’accueil des Roumains, près du quartier républicain de Falls Road (Jean-Baptiste Allemand/Rue89)

L’Irlande du Nord a des liens étranges avec les Roms ; un mélange de répulsion et d’ouverture. L’an dernier, une centaine d’entre eux étaient repartis dans leur pays d’origine, la Roumanie, après de violentes attaques xénophobes. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux sont revenus et ne semblent pas inquiétés.

Pourtant, en juin 2009, dans un quartier loyaliste de Belfast-Est, ils avaient été harcelés pendant des nuits entières par des petits fachos en herbe se réclamant de Combat 18, un groupe néonazi britannique. Au menu, lancer de bouteilles et de briques sur les habitations, slogans haineux, voire menaces de trancher la gorge aux petits enfants... Tout en finesse.

Paddy Meehan, membre actif d’un parti d’extrême gauche local, m’avait expliqué comment il avait volé au secours des Roms :

« On a dû mettre en place un dispositif autour de chez eux pendant trois nuits pour les protéger des attaques. La police n’a rien fait... »

D’ailleurs, il a lui-même dû déménager suite à des menaces personnelles de la part des assaillants.

« Vous savez, ils ont un autre style de vie... »

Si la population ouvrière loyaliste a plutôt condamné la violence, elle n’a pas non plus pleuré sur le sort des Roms, comme l’a compris le Guardian. Dans ces quartiers, qui vivent une double crise identitaire et économique, l’étranger peut être une cible facile pour évacuer les frustrations. Surtout que malgré le désarmement annoncé par les groupes paramilitaires, quelques armes traînent encore. Contre les Roms, certains cinglés s’imaginaient bien utiliser bombes artisanales et fusil à pompe.

La méfiance envers les Roms ne se limite pas aux quartiers populaires. Je citerai un universitaire en politique, respecté et renommé pour son travail, qui m’a fait un jour ce curieux commentaire plein de sous-entendus à propos des Roms :

« Vous savez, ils ont un autre style de vie que nous... Ils gagnent de l’argent en mendiant... »

Et pourtant, la plupart des Roms qui avaient fui Belfast sont aujourd’hui revenus. N’ayant aucune perspective d’avenir dans leur pays d’origine, ils ont facilement retrouvé en Irlande du Nord des emplois que peu de monde leur jalouse. Comme celui de vendre des exemplaires du Belfast Telegraph aux carrefours, sous la pluie, pour trois fois rien.

Les Roms peuvent aussi compter sur la modération des hommes politiques locaux, qui ont choisi de ne pas succomber à la tentation xénophobe. En voie de pacification, l’Irlande du Nord veut se débarrasser de l’image de nation violente et sectaire qui lui colle à la peau.

Ici, point de Besson ni d’Hortefeux

Contrairement à la France, ici, « aucun parti ne veut se servir des Roms à des fins politiques », selon les mots du sociologue Robbie McVeigh au journal espagnol La Vanguardia. Les principaux partis, encore entièrement tournés vers leur
« communauté » (nationaliste ou unioniste), ne se préoccupent guère
d’immigration.

Même le parti le plus populiste, le TUV (unioniste radical), fait figure d’enfant sage. En août sur Twitter, une de ses anciennes candidates avait glorifié des patrons qui avaient volontairement sous-payé des étrangers. Aujourd’hui, elle n’est plus membre du TUV, qui s’est désolidarisé de ses propos.

Le parti centriste Alliance, lui, oeuvre pour l’intégration des
immigrés. Immédiatement après les attaques contre les Roms de juin 2009,
Naomi Long, ancienne maire de Belfast et membre du parti, avait
multiplié les signes forts : rencontre avec les victimes, réception de l’ambassadeur de Roumanie, participation à une marche antiracisme.

Même la hiérarchie des groupes paramilitaires, encore influente dans les quartiers loyalistes, refuse la surenchère. L’an dernier, elle avait fermement critiqué les auteurs des attaques, ce qui a accentué leur isolement. Depuis le retour des Roms, on ne les a toujours pas vus rappliquer.

La peur du multiculturalisme

Au milieu des années 2000, l’Irlande du Nord a largement ouvert ses portes aux travailleurs étrangers, notamment ceux d’Europe de l’Est. Aujourd’hui encore, malgré la crise économique, elle entend poursuivre dans cette voie. Sur la première page d’un dépliant à destination d’éventuels futurs arrivants, l’Irlande du Nord se proclame avant tout « accueillante et hospitalière ».

Pourtant, comme dans le reste du Royaume-Uni, l’intégration des étrangers pose problème. Dans ma petite ville campagnarde de Dungannon, j’ai pu voir l’étendue des dégâts : des locaux et des migrants du Timor oriental qui font bande à part dans les pubs, une dizaine de jeunes Polonais qui ne jouent au foot qu’entre eux, sans oublier ce coiffeur lituanien qui m’a confié son impression de ne pas vraiment être accueilli ici.

Rejet lié à la sempiternelle théorie de l’étranger-voleur-d’emploi ? Sûrement. Attitude trop communautariste des nouveaux arrivants ? Peut-être aussi. Mais un autre facteur intervient, celui de la profonde intolérance de certaines couches de la société nord-irlandaise, notamment religieuses.

Le 14 juillet dernier, lors d’une fête populaire protestante, le leader d’une organisation influente alertait les 80 000 personnes présentes de la perte des valeurs chrétiennes dans la société. Parmi les fautifs... le « multiculturalisme ». Pas le genre de propos à aider les Roms.

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  • tvargentine-
    • Posté à 13h06 le 06/10/2010
    • Internaute 17486

    Tant mieux,qu’ils y restent tous ,l’air est frais c’est bon pour leur santé et surtout qu’ils ne reviennent pas dans ce pays raciste qu’est la France

    Lien

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 16h18 le 06/10/2010
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    Bonjour,

    article intéressant mais comme exemple concret de réaction raciste (l’agression de « combat 18 » et la fête protestante du 14 juillet dernier), il n y a que des réactions du côté protestant, mais qu’en est-il de la communauté catholique vis-à-vis des étrangers ?

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à femmedesbois
      Journaliste
      • Posté à 20h09 le 06/10/2010
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      Bonjour femmedesbois,

      J’en avais parlé dans une première version, mais j’ai dû le virer parce que ça devenait trop long.

      Les nationalistes sont un peu plus ouverts vis-à-vis des étrangers. J’avais trouvé un sondage qui disait qu’ils étaient moins méfiants que la moyenne. La peinture que j’ai prise en photo se situe du côté du quartier républicain de Falls Road.

      Et c’est logique : compte tenu de leur histoire, ils sont davantage sensibles aux questions de droits de l’homme et à la protection des minorités.

      Mais en fait, ils sont beaucoup moins concernés que les loyalistes, car il y a moins d’étrangers dans leurs quartiers. La plupart des logements disponibles se trouvent du côté loyaliste.

      Donc si ça avait été le contraire, personne ne peut dire comment les républicains auraient réagi à l’installation massive des étrangers. L’universitaire que je cite dans l’article est lui persuadé qu’il y aurait eu aussi des problèmes.

      • femmedesbois
        femmedesbois répond à Jean-Baptiste Allemand
        dans sa forêt
        • Posté à 21h55 le 06/10/2010
        • Internaute 93115
          dans sa forêt

        je sais que les Irlandais (de la république) sont sensibles à la cause palestinienne à cause de leur passé de colonisés, d’où l’envoi du bâteau « Rachel Corrie » avec la flotille de Gaza au printemps dernier.
        C’est vrai que c’est un peuple qui a sûrement une approche particulière vis-à-vis des peuples opprimés néanmoins quand je lis dans votre article que, malgré la crise économique, le gouvernement d’Irlande du Nord veut continuer à faire venir des étrangers, je me dit que des problèmes de racisme, il risque d’y en avoir de plus en plus, que ce soit de la part des Unionistes ou des Républicains...

         
        • Jean-Baptiste Allemand
          Jean-Baptiste Allemand répond à femmedesbois
          Journaliste
          • Posté à 22h50 le 06/10/2010
          • Journaliste 93627
            Journaliste

          C’est malheureusement probable. Pour l’instant, les politiques ne s’en préoccupent pas trop, mais ça risque peut-être de ne pas durer.

          Les coupes budgétaires prévues par Cameron vont faire très mal à l’économie nord-irlandaise, qui a un secteur public très important. Et les étrangers risquent d’en pâtir les premiers.

          L’intégration des immigrés est ici cruciale, encore plus qu’ailleurs. S’ils arrivent à s’intégrer pleinement, dans toutes les sphères de la société, ils peuvent être des intermédiaires inédits pour bâtir des ponts entre nationalistes et unionistes.

          S’ils ne s’intègrent pas, ils constitueront un troisième « camp » à part, à côté des nationalistes et unionistes. Ca créera de nouveaux problèmes qui se rajouteront à tous les anciens, qui sont loin d’être réglés.

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