Affaire Dray : non, ils ne sont pas tous pourris !
Dans les années 90, Julien Dray proposait lors d’une interview de suspendre les allocations familiales pour les enfants délinquants. Or, au même moment, il empruntait une très grosse somme à un de ses amis, Olivier Spitakis (patron de la Mnef), pour s’acheter -vraissemblablement- une montre. Une somme qu’il remboursera rubis sur l’ongle.
Mais les délinquants -souvent consommateurs primaires soumis au diktat des marques- dont il parlait avaient exactement les mêmes rêves que lui : l’achat de montres de luxe. La différence est qu’ils n’avaient pas les mêmes relations que lui et le bras beaucoup trop court pour emprunter une grosse somme.
Qui voudra encore faire confiance aux associations de ce genre ?
Et ce matin, un article de Médiapart fait état d’un rapport de la brigade financière qui accable le député de l’Essonne. Edifiant ! Cela dit, Julien Dray est comme devrait être tout un chacun présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Et la justice se prononcera sur ses détournements de fonds publics.
Le plus dur dans cette affaire n’est pas pour Julien Dray qui, à terme, s’en sortira, mais pour tous les militants sincères et honnêtes des associations incriminées. Qui voudra encore faire confiance aux associations de ce genre ? Il suffit de se souvenirs des dégâts pour la recherche contre le cancer générés par l’affaire Crozemarie.
Ce problème de détournement de fonds va rejaillir négativement sur tous ceux qui, petites mains anonymes, œuvrent dans l’ombre sans bruit et qui ne franchissent que rarement le rideau de la lumière et des médias. Certes, la plupart doit s’en ficher complètement du « quart d’heure de gloire » et continue efficacement leur tâche quotidienne.
Voilà pourquoi leurs représentants médiatisés auxquels ils délèguent leur confiance devraient être irréprochables. A la lecture de l’article accablant de Médiapart, Julien Dray n’aurait pas du tout été à la hauteur de sa tâche, bien au contraire. Et sa dérive personnelle entachera pour longtemps l’histoire de toutes ces associations : l’un des premiers employeurs de France.
Un reflet du mélange des genres fric-people-politique
Certains diront : « il a perdu son âme » tandis que d’autres enfonceront le clou en affirmant : « En avait-il une en embrassant la carrière politique ? » La question se pose quant à ces hommes et femmes qui se servent de l’aura des « belles causes » pour briller. Mais que restera-il au moment de la remise à l’heure des pendules ? Sans doute un homme seul face à son miroir... incorruptible.
L’affaire Julien Dray est le reflet du mélange des genres fric-people-politique initié notamment par les années Bernard Tapie et devenu la règle aujourd’hui (Copé, Kouchner, Balkany, Tibéri...) dans les sphères dominantes dont le chef de file fêta sa victoire au Fouquets.
Effectivement, Martine Aubry peut paraître austère -beaucoup moins glamour que Segolène Royal et moins people que Julien Dray- mais elle semble incarner quand même des valeurs politiques plus profondes. Comme son père qui, par réelle conviction, refusa de se présenter aux présidentielles. Je le dis d’autant plus facilement que je ne vote pas PS au premier tour. Peut-être que cette histoire va remettre en selle le politique au détriment de la verroterie idéologique ? Et redonner envie de voter aux abstentionnistes.
Pourquoi avoir écrit ce billet -pas un article de journaliste- à chaud ? Car je sais que malheureusement, les porte-drapeaux du « tous pourris » vont profiter de l’occasion pour s’engouffrer dans cette formidable brèche. Bien sûr, on peut comprendre au regard de ce genre d’affaires de détournements de fonds que les gens ne fassent plus confiance aux politiques. Mais au foot, le carton rouge est infligé au joueur fautif. Pas à toute l’équipe.
Le match continue.
- Sur rue89.comTout sur l'affaire Dray
- 4517 visites
- 46 réactions










Neant
Neant
Sauf, mon cher Mouloud, qu’à ce niveau les malversations sont systématiquement pluripersonnelles. Dray fait une connerie ? 10 personnes étaient au courant. Sinon, il n’aurai pas pu, tout bêtement. J’ai énormement de mal a croire que tant d’affaires se passent dans leur coin, sans que personne ne soie au courant de rien, sauf les instigateurs eux-même.
Si je suis persuadé que les petits élus (les maires de villages, de petites villes, etc) exercent leur mandat pour des raisons de Politique (au sens premier), je suis aussi convaincu qu’a un certain niveau (responsable de grand parti, ministre, etc), il FAUT être pourri. Pour la bonne et simple raison que si vous êtes honnete et le type en face pourri, vous ne jouez pas a armes égales, et vous perdez. À un certain niveau, on ne fait plus de Politique. On gonfle son égo, on veut du pouvoir, on veut de l’argent (une campagne, ça coûte cher, et rares sont les personnes qui crachent sur l’argent, il faut voir leurs salaires).
Vous avez cette réponse habituelle, « si on en trouve un pourri, ça ne veut pas dire qu’ils le sont tous ! ». Certes. Mais on en trouve des dizaines et des dizaines, et souvent parmis les plus puissants. Il serait naïf de rejeter l’idée seulement parce qu’elle ne nous plait pas. J’apelle ça faire l’autruche, sans animosité aucune.
La solution ? Les contrôles. Si les comptes étaient publics (comme dans certains pays nordiques par exemple), si les gens étaient moins naïfs et arretaient de trouver des excuses (comme cette réplique bien connue « s’ils sont payés 10 fois le smic, c’est pour éviter la corruption », reconnaissant a demi-mots qu’ils sont tous potentiellement corrompus), si seulement le Peuple avait un droit de regard avec ce qu’on fait avec SES libertés et SON argent, alors oui, je changerais peut-etre d’avis. En attendant, je trouve votre billet bien politiquement correct.




Partager