Interdire la burqa ou la minijupe ? Contractictions post-Mai 68
Ce billet me vaudra sans aucun doute les foudres de certaines féministes et des intégristes toutes religions confondues. Trop tard.
Cela dit, ce texte est généré par les soucis d'une gamine et l'œuvre d » une femme. D'une part, une lycéenne exclue de son établissement pour cause de défense des tenues courtes. Et d'autre part, le roman à succès de Milena Agus. Son livre, « Mal de Pierre », même si le texte n'est pas aussi extraordinaire que prétendent la critique et le bouche à oreille, pose un certains nombre de questions sur les relations entre les deux sexes.
Une amie a constaté que ce livre faisait un carton notamment parmi les femmes de plus de cinquante ans. Pourquoi ? Il décrit une Italienne qui, après avoir refusé la main de plusieurs prétendants, se marie sans amour et offre presque mécaniquement son corps à un mari en mimant les prestations des putes qu'il fréquentait auparavant au bordel.
Une manière aussi d'économiser l'argent du couple. Et chacun dort dans un lit différent. En parallèle, l'héroïne tombe folle amoureuse d'un patient dans une cure thermale. Bref, une femme naviguant entre sexe et passion, ennui quotidien et folie amoureuse.
Le sexe et l'érosion du couple, bon filon de l'édition
Des romans traitant de la problématique du sexe et « l'érosion » du couple embouteillent les étals des libraires à chaque rentrée littéraire pour ne pas dire toute l'année. De Catherine Millet à Virginie Despentes, en passant par l'excellent « Lune de fiel » de Pascal Bruckner, le choix est très large dans ce domaine libertin-littéraire.
« Mal de pierres », sans contexte plus fin et profond que la plupart des autres livres, décrit le tiraillement que peuvent vivre dans millions de femmes.
« Des hommes aussi ! », ne manqueront pas de réagir des lecteurs. Effectivement, le mâle moderne a aussi sa part de trouble et de questionnement, comme peuvent en témoigner un ancien président des Etats-Unis et le haut responsable actuel du FMI.
Mais ce tiraillement me semble plus important chez les femmes à notre époque de liberté ; liberté tenue toutefois en laisse par des pubards équipés de Rolex. Peut-être que les hommes, n'ayant pas eu autant à se battre pour obtenir cette liberté sexuelle, sont moins tendus sur ce sujet.
Un sujet incontournable dans nos villes et campagnes. Surtout à la veille des vacances estivales. Un ami tentait de convaincre le kiosquier de son village de ne pas mettre les magazine pornos au niveau du regard des gosses venus acheter des bonbons.
Mai 68 a permis l'épanouissement sexuel d'un grand nombre de femmes
A-t-il raison ? Surprotection ridicule d'un père de famille ? A priori, j'abonderai dans son sens en arguant du fait que la sexualité ne doit pas être imposée par des groupes de presse à des enfants au seuil de leurs premiers émois. Mais qui, ado, n'a pas lu un bouquin de cul (« de boule » disaient mes potes de Montreuil) ou regardé un film porno en cachette des parents ? Et d'ailleurs de nombreux adultes continuent d'en être friands. Où se situe donc le problème ? Toujours sous la ceinture.
Grace à Mai 68, plus une libération sexuelle des femmes que réellement sociale (beaucoup de petits fils des prolos de l'époque brûlent des bagnoles ou traînent sans perspective d'avenir), les mœurs ont réussi à échapper à la nasse gaullienne et pompidolienne.
Sans ce mois de Mai avec certes un bon retour sur investissement pour quelques-uns, Les Guignols de l'info, Antoine de Caunes, Actuel, Stéphane Guillon et autre impertinences audiovisuelles n'auraient jamais vu le jour. Et nous n'aurions pas pu entendre « Pour en finir avec le jugement de Dieu » d'Artaud, assigné à résidence -pour cause d'obscénité- dans les tiroirs de l'ORTF jusqu'en 1968.
Bien que cette période historique soit discutable sur plusieurs points, elle a permis incontestablement l'épanouissement sexuel d'un très grand nombre de femmes reléguées dans leurs cuisine. Et celui des hommes par ricochet. Quarante ans plus tard, de nombreuse avancées paraissent se figer pour ne pas dire reculer.
Peut-être que je parle facilement parce que je n'ai pas de filles au lycée ?
Dans les années 70, des intellectuels et citoyens de toutes sortes se seraient insurgés contre ce principal interdisant jupes courtes et short dans son établissement. A l'époque où l'on se bat à juste raison contre le port de la burqa dans les lieux publics, méfions-nous de ne pas laisser le puritanisme, profiter de la moindre brèche, s'infiltrer insidieusement dans d'autres domaines.
Peut-être que je parle aussi facilement parce que je n'ai pas de filles au lycée ? Ma réflexion aurait été vraisemblablement différente en tant que père d'une ado. Pas facile de laisser sa gamine servir sans se rendre compte d'appât sexuel à des hommes plus âgés que ses copains de lycée. Mais déjà, quand j'étais collégien, les « grands » en moto et voiture les attiraient plus que nous leurs camarades de classe.
Un problème très complexe que celui de la mini-jupe et short au lycée. Mais doit-on pour autant prendre le train de l'histoire en marche arrière ? Reculer peu à peu jusqu'au mur. Obéir le doigt sur la couture du pantalon. A propos de fringues, lire ce texte sur le pantalon lui aussi d'actualité en ce moment.
La bagarre contre une nouvelle forme d'obscurantisme ne doit pas occulter celle de la défense du port de la minijupe dans un pays laïc. Sinon, à terme, les puritains de tout poil vont grignoter les libertés acquises de haute lutte par des femmes et des hommes : grand-parents de lycéennes. Et le tissu social redevenir sombre et pas très sexy.
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Sujet inquiétant (surtout pour une femme). J'en profite pour laisser ici votre poème du jour ^^, Monsieur Akkouche, écrit par un anonyme du web, qui se fait appeler « Aaron de Najran » (j'ai cru comprendre qu'il décrivait là sa mère)
Le portrait d'une femme
Dessine d'abord un visage
une âme
et des yeux profonds comme des ambres
Esquisse le contour d'un sourire
pose-le sur le visage
Dessine ensuite un corps, au crayon fin
avec deux pommes des seins
un coeur qui bat
et une robe d'aquarelle
Décore le tout avec des grelots d'argent
quelques perles de verre
et une cerise de corail
Parfume d'un grain de santal
ou de canelle
Vérifie ensuite que tu n'as rien oublié
chevilles, cils, grains de beauté…
quand tout sera en place
tu verras le dessin se mouvoir
de lui-même
comme une algue
Maintenant, la dernière touche
la plus importante
Renverse l'encrier sur le dessin
d'un coup, sans hésiter
il faut que l'encre recouvre bien le dessin
de la tête aux pieds
comme une cagoule
et l'encre doit être bien noire
bien mate
pour étouffer les rires et les cris
Si les doigts dépassent
coupe-les
de même les pieds
Voilà, le portrait est fini
c'est une femme d'Arabie.
Aaron de Narjan, 1998




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