Cher M. Besson, l'Identité nationale unique n'existe pas
Monsieur Eric Besson, vous semblez avoir des doutes. Et tant mieux : pas tous les jours qu'un homme de pouvoir doute. Apparemment, vous ne paraissez pas savoir ce qu'est l'Identité nationale. Tout à fait normal : l'Identité Nationale qui vous inquiète tant n'existe pas du tout.
Ne croyez pas toujours ce que vos conseillers racontent. Pas de panique, cher Ministre : pas la fin du monde. N'importe qui, aussi occupé que vous, serait passé à côté d'une telle évidence. Pendant que vous avez le nez studieusement plongé dans vos dossiers ou derrière la vitre fumée de votre voiture de fonction, ce pays continue de vivre chaque jour. Des jours heureux, d'autres beaucoup moins. Surtout en ce moment.
Autant de passants que d'identités nationales
Comment rencontrer votre pays ? Bonne question. Quittez peut-être un peu vos dossiers et descendez de votre Velsatis pour humer sans caméras ni directeur de cabinet le bitume de nos villes et la terre de nos campagnes. Et vous constaterez alors qu'il a autant de passants que d'identités nationales.
Bien sûr, tous les gens que vous rencontrerez dans votre virée dans le pays ne se ressemblent pas mais, comme on dit, l'habit ne fait pas le moine... ni l'identité. Certains parlent le même langage que vous, d'autres s'expriment différemment.
Votre immersion dans le tissu social ne sera pas sans accrocs, car l'imperfection existe aussi au bas de la pyramide sociale, et vous risquez de rencontrer des êtres inélégants. Sans doute avez-vous l'habitude d'en croiser aussi sous les lambris ministériels et ailleurs. Et dans votre ancien parti.
Certes, quelques habitants traînent au pied des immeubles et emmerdent tout le monde. D'autres, comme Bernard Kouchner, Tapie, des grands dirigeants sans foi ni loi, Jean Sarkozy et d'autres n'hésitent pas à tirer à eux la couverture nationale quand elle est sonnante et trébuchante.
Chassez le bling bling, il revient toujours au « Fouquet's''. Ces petits dealers bruyants de quartier en BM et grands leaders politiques armés de Rolex et de trémolos dans la voix ont un point commun : l'absence de morale.
Imperfection nationale
Fort heureusement la majorité des gens de ce pays ne leur ressemblent pas. Chaque jour, comme vous et vos collègues, ils sont des millions toutes races confondus à se rendre au bureau ; de moins en moins car le gouvernement actuel leur préfère les actionnaires et les traders.
Et comme vous, ces Français, étrangers ou sans papiers, commettent aussi parfois des infractions à la loi, trompent leur conjoint, grugent les impôts, prennent la place de parking d'un handicapé, trahissent leurs amis... Nul n'est parfait.
Imperfection Nationale serait peut-être pas mal comme intitulé de votre campagne pédagogique de réflexion hexagonale. Gosse, un hussard noir de la République m'a appris que la démocratie se conjuguait au présent et au pluriel. Et il ne m'a jamais demandé mes papiers en corrigeant mes dictées. Ni les pièces d'identité de mes parents et grands-parents.
Si être français consistait à retourner sans cesse sa veste, le général de Gaule, Jean Moulin, Lucie Aubrac et d'autres ne se retourneraient pas dans leur tombe. Et beaucoup du groupe Manouchian. Pas de parachutes dorés sur les plages de Normandie, ni de personnage illustre pour affirmer que la terre ne ment pas.
De la Commune au kebab
Mais, monsieur le Ministre, si ce que vous appelez de vos vœux ressemble à la France de la Commune, des résistants, René Char, l'Abbé Pierre, des deux coups francs réussis de Michel Platini, des infirmières, des enseignants, des entrepreneurs, des rêveurs, des sans papier, des prolos, du steak frites, du couscous, du Borsh, des piliers de comptoir, des turfistes, de Nicolas Bouvier, des filles en robes légères au printemps, des chansons de Yves Jamait, du bobo, des étrangers avec ou sans carte noir, des athées, du croyant, du dernier album de Bashung, du con qui se gare n'importe comment, du dragueur de supermarché, des grasses matinées, de “ Paris Turf”, des homos, du demi bien frais à une terrasse de café, du Lagarde et Michard, du baby-foot, d'Eddy Mitchel, des histoires d'amours, du kebab, du nouvel I-Phone, des écolos, des barmans rechignant au verre d'eau avec le café , de “ London” Calling » des Clash, des divorces, de France Inter le matin.... Nous sommes beaucoup à souhaiter la même chose.
Et d'ailleurs, ça reste entre nous Monsieur le ministre, cette France que vous voulez à tout prix retrouver existe déjà. Il suffit juste de vivre avec elle, pas contre.
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Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.
écrivaient il y a peu l » Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 :
Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de
la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour
proposer aux générations qui nous succèderont d'accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s'éteigne jamais :
• Nous appelons d'abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l'anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à
la culture et à l'éducation pour tous, presse délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ?
Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
• Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l'intolérance et de la
guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
• Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grandsparents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous
n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c'est résister. Résister, c'est créer. »




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