London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Les conservateurs britanniques en tête sans majorité absolue

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 06/05/2010 à 22h13


un montage représentant Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg (Reuters).

David Cameron semble le mieux placé pour former le prochain gouvernement. Mais les travaillistes ne s’avouent pas vaincus.

Vendredi, le Parti conservateur, redevenu la première force politique à la Chambre des communes sans atteindre la majorité absolue, a proposé une alliance gouvernementale avec les libéraux démocrates, la formation centriste de Nick Clegg.

► 3h20. (De Londres) Quatre heures après la fermeture des bureaux de vote, on ne connaît les résultats que dans un dixième des circonscriptions. Il faut donc en rester, pour l’instant, aux projections des sondages de sortie des urnes.

  • Conservateurs : 305 sièges (+112),
  • Travaillistes : 255 (-90),
  • Libéraux-démocrates : 61 (-1),
  • Autres partis : 29.

Les tendances de la soirée

David Cameron est le mieux placé pour former le prochain gouvernement mais il lui manque 21 sièges pour obtenir la majorité absolue. Aucun dirigeant conservateur n’a d’ailleurs ouvertement déclaré victoire ce soir.

Les travaillistes perdent 90 sièges par rapport à 2005, mais ils refusent pour autant de s’avouer vaincus. Les barons du Labour ont passé la soirée à faire des appels du pied aux Lib-Dem. Gordon Brown pourrait bien faire valoir ses prérogatives de Premier ministre sortant et tenter de former un gouvernement de coalition.

Les libéraux-démocrates sont les grands perdants de la soirée. Leur percée pendant la campagne ne se confirme pas en nombre de sièges. Mais ils ont le pouvoir de faire ou de défaire un gouvernement minoritaire.

Il faudra attendre vendredi matin pour y voir plus clair dans le rapport de force.

Cette journée d’élection a enfin été marquée par des scènes de chaos à la fermeture de nombreux bureaux de vote. Plusieurs milliers d’électeurs n’ont pas pu voter en raison d’une forte affluence. La commission électorale a promis de faire la lumière sur les incidents recensés.

C’est la fin du live-blogging. Bonne nuit.

► 2h55. Gordon Brown vient d’apprendre qu’il est élu pour la septième fois dans son fief de Kirkcaldy en Ecosse. Dans un discours à ses électeurs, le Premier ministre a défendu son bilan à la tête du gouvernement et a terminé par cette phrase énigmatique :

« Mon devoir est de jouer mon rôle pour parvenir à la formation d’un gouvernement fort et stable. »

Dernières paroles d’un Premier ministre sur le départ ou plan de bataille pour un chef du gouvernement qui croit en ses chances de garder son poste ?

Quelques minutes plus tôt, la Press Association citait une source à Downing Street indiquant qu’en cas d’absence de majorité absolue, Gordon Brown chercherait à former un gouvernement de coalition.

► 1h55 (De Belfast). Jean-Baptiste Allemand, auteur du blog Fast Belfast, nous écrit de la capitale nord-irlandaise :

« Enorme surprise en Irlande du Nord, le Premier ministre Peter Robinson
perd son siège à Belfast-Est face à Naomi Long, du parti anti-sectaire
Alliance.

Peut-être un nouveau virage pour la vie politique nord-irlandaise ! »

► 1h50. (De Londres) Le scandales des électeurs refoulés

Des milliers d’électeurs ont été empêchés de glisser leur bulletin dans l’urne dans tout le pays, en raison de l’affluence au moment de la fermeture des bureaux de vote. Plus de 500 personnes auraient été refoulés dans la circonscription de Nick Clegg à Sheffield. D’autres incidents sont recensés à Newcastle, Londres, Chester, Manchester.

Les commentateurs dénoncent une organisation « chaotique » et « scandaleuse ». La Commission électorale a annoncé l’ouverture d’enquêtes pour établir si les régles ont été respectés par les responsables des bureaux de vote incriminés.

« En Afghanistan, le scrutin était mieux organisé qu’ici » lance sur la BBC une électrice de Sheffield, indignée de ne pas avoir pu voter.

Ces incidents vont provoquer des recours qui pourraient, dans certaines circonscriptions, conduire à de nouvelles élections. Ça ne va certainement pas améliorer la clarté des résultats...

► 1h25. Face à des projections qui ne donnent pas de majorité claire, la bataille de l’intox a commencé.

Les travaillistes refusent de s’avouer vaincus. Le ministre des Affaires étrangères, David Milliband, qu’on soupçonnait de vouloir piquer la place de Gordon Brown en cas de défaite, fait allégeance ce soir sur la BBC au Premier ministre.

« Il est notre leader. il a trouvé sa voix en fin de campagne. »

Milliband relance l’hypothèse d’une coalition travalliste-Lib-Dem :

« Si aucun parti n’a la majorité absolue, alors aucun parti ne peut moralement prétendre au monopole du pouvoir »

Un peu plus tôt, le conservateur George Osborne, qui espère devenir le prochain Chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances), a tourné en dérision les prétentions travaillistes :

« L’idée de Gordon Brown s’accrochant au pouvoir est choquante. Il n’est pas question pour les travaillistes de rester, après le rejet massif qu’ils viennent d’enregistrer. Les travaillistes doivent regarder la réalité en face ».

Mais Osborne n’a pas expliqué comment les conservateurs comptaient gouverner sans majorité absolue.

► 0h10. Les bureaux de vote sont fermés depuis une heure. Certains électeurs se plaignent d’avoir été empêchés de voter, en raison de longues files d’attente.

Nouveaux sondages à la sortie des urnes affinés :

  • Conservateurs : 305 sièges (+112),
  • Travaillistes : 255 (-90),
  • Libéraux-démocrates : 61 (-1),
  • Autres partis : 29.

Un triple enseignement à retenir :

  • une sévère sanction pour le Labour, après treize ans de pouvoir ;
  • aucune percée des « Lib-Dem ». Si cette stagnation se confirme, ce serait un cinglant revers pour les sondages, qui ont alimenté la « Cleggmania » ces trois dernières semaines ;
  • les conservateurs sont en tête, mais sans majorité absolue (il leur manque 21 sièges). Il leur faudra débaucher des alliés pour espérer former le prochain gouvernement.

► 23h55. Après les sondages à la sortie des urnes, un premier résultat officiel. La députée travailliste sortante de Houghton and Sunderland South (une circoncription du nord-est, près de Newcastle) est réélue haut la main. C’était de toute façon un bastion du Labour et ça ne présage en rien de la suite des résultats nationaux.

Mais ça fait du bien au moral pour les travaillistes qui, malgré les discours volontaristes sur une hypothétique coalition avec les Lib-Dem, ne sont pas au mieux de leur forme ce soir.

► 23h35. Rien n’est joué à en croire les premiers commentaires des politiques. Malgré la large avance des conservateurs, les barons du Labour laissent encore entendre que Gordon Brown pourrait être l’homme de la situation et tenter une coalition avec les « Lib-Dem » pour former une « majorité stable ». Les électeurs ne se sont pas jetés dans les bras de David Cameron, explique Peter Mandelson.

Les conservateurs affirment au contraire sur les plateaux de télévision que les premières tendances marquent un net désaveu de Gordon Brown. Ils pourraient former un gouvernement minoritaire.

L’usage veut qu’en cas d’absence de majorité absolue, le Premier ministre sortant soit le premier à avoir la possibilité de former un gouvernement majoritaire. Mais difficile pour Gordon Brown de prétendre rester à Downing Street, compte tenu de la déculotée que semblent recevoir ce soir les travaillistes. D’autant plus que la stagnation (voire même recul) des Libéraux-démocrates n’en font pas un partenaire fort dans une éventuelle coalition.

Dernière minute : la bourse de Londres annonce qu’elle va ouvrir ses portes à 1 heure du matin (2 heures à Paris) pour prendre la température des marchés après les première tendances électorales.

► 23h05. Premiers sondages de sortie des urnes : les conservateurs en tête. Pas de majorité absolue (326) mais une très large avance des conservateurs, qui recueilleraient 307 sièges (193 dans le Parlement sortant), contre 255 pour les travaillistes (contre 345 aujourd’hui) et 59 pour les libéraux-démocrates (contre 62) dans le Parlement sortant.

Première grosse surprise, si ces résultats se confirment ce serait un gros pschiiiiiiit pour les « Lib-Dem », qui ont été la vraie sensation de la campagne.

Les conservateurs semblent faire mieux que prévu, sans pour autant atteindre le chiffre fatidique de 326. Mais ils passent le seuil psychologique des 300, ce qui devrait permettre à David Cameron de revendiquer sans trop de contestation le poste de Premier ministre.

Ces premières tendances semblent confirmer la déconfiture des travaillistes de Gordon Brown, qui pourraient perdre près de 100 sièges.

Attention, ce ne sont que sondages à la sortie des urnes. Aucun bulletin n’a encore été dépouillé.


Après treize ans de pouvoir travailliste, ce devait être une promenade de santé. Les portes de Downing Street semblaient encore, il y a quelques mois, grandes ouvertes pour David Cameron.

Face à des travaillistes usés par le pouvoir, discrédités par la guerre en Irak, éclaboussés par le scandale des notes de frais, ébranlés par la récession, plombés par un Premier ministre impopulaire, le jeune dirigeant conservateur n’allait faire qu’une bouchée de Gordon Brown.

Mais le scénario trop bien huilé n’a pas pris. Malgré ses efforts pour dépoussiérer son parti, David Cameron n’a pas réussi à dissiper la méfiance d’une grande partie des Britanniques à l’égard des Tories. Il n’est pas parvenu non plus à incarner le changement auquel aspirent les électeurs.

C’est ce qui a ouvert la voie à la « Cleggmania », la grande surprise de cette courte campagne électorale. En quatre semaines, le chef de file des libéraux-démocrates, Nick Clegg, propulsé par les débats télévisés, a réussi à faire jeu égal avec les deux « grands » et à donner un sacré coup de vieux au vénérable bipartisme « à l’anglaise ».

« Parlement suspendu »

Résultat, à quelques heures de la clôture du scrutin tout est encore possible. Certes, les derniers sondages donnent toujours une légère avance à David Cameron. Mais il est impossible de prédire avec certitude qui dirigera le pays à partir de vendredi matin.

La perspective la plus probable est celle d’un « Parlement suspendu » (« Hung Parliament »), dans lequel aucun parti n’obtiendrait la majorité absolue de 326 sièges. Cette situation rarissime au Royaume-Uni (le dernier précédent remonte à 1974) ouvrirait la voix à des tractations pour tenter de former un gouvernement de coalition.

Majorité conservatrice ? Conservateurs-« Lib-Dem » ? « Lib-Dem »-travaillistes ? Gouvernement tory minoritaire ? Les bookmakers se frottent les mains et engrangent un nombre record de paris sur ces élections qui s’annoncent comme les plus ouvertes depuis une génération.

Les 50 000 bureaux de vote du Royaume-Uni ferment leurs portes à 23 heures (22 heures à Londres). Ce sera le début d’une très longue nuit de dépouillement -le résultat de la dernière circonscription n’est pas attendu avant 7 heures du matin.

Dès 23 heures, on connaîtra les premiers sondages de sortie des urnes. Pas de surprise d’une chaîne à l’autre, BBC, ITV et Skynews travaillent avec le même institut de sondage.

Le pourcentage de voix de chaque parti donnera la tendance. Mais ce qui sera décisif, c’est le nombre de sièges à la chambre des Communes. Et bien souvent, le vote populaire ne reflète que très approximativement le rapport de forces à Westminster.

En fait, tout va se jouer dans une cinquantaine de circonscriptions clés, dont les résultats vont tomber au compte-goutte au fil de la nuit.

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  • Relique
    Relique
    Etudiant
    • Posté à 23h13 le 06/05/2010
    • Internaute 104796
      Etudiant

    Grande surprise des sondages de sortie des urnes : les LibDem, malgré la CleggMania, perderaient 3 sièges !

    Bizarre bizarre... Il est vrai que le scrutin ne les avantage pas, mais de là à perdre des sièges !

  • Relique
    Relique répond à Jean-Baptiste Allemand
    Etudiant
    • Posté à 23h19 le 06/05/2010
    • Internaute 104796
      Etudiant

    J’avais cru lire quelque part que les LibDem étaient prêts à voter pour le Ministre de l’Intérieur... De toute façon, Brown est cramé. Pas charismatique, tous ses soutiens journaux sont partis (Les Murdoch, bien que the sun hein ... c’est le gutter press, et que le times était de toute façon à droite, mais aussi le guardian et l’independent (quoique celui-là, je sais pas trop qui ils soutenaient avant)...
    Et puis, d’après les rumeurs (mais bon, ce sont des rumeurs du Sun... ) il perdrait la vue... pas facile de gouverner !

  • StuntmanMike
    StuntmanMike
    Ingénieur de recherche Energie/ (...)
    • Posté à 23h45 le 06/05/2010
    • Internaute 97433
      Ingénieur de recherche Energie/ (...)

    Je vis en Ecosse et je ne sais pas si les anglais sont réellement passionnés par ces élections, mais alors, a priori, les Ecossais n’en n’ont rien à péter ! ... Je n’en ai pas entendu parler une seconde et mine de rien ils représentent quelques électeurs quand même. Je ne suis pas persuadé qu’il y ait un réel engouement pour ces élections. Mais d’un autre côté les écossais sont bien plus préoccupés par leur désir d’indépendance que le reste.

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 23h49 le 06/05/2010
    • Internaute 89071
      non connue

    Les premières estimations sur la BBC confirment bien ce qui a été dit. Les tories en tête sans toucher la majorité nécessaire, les travaillistes en deuxième position et ne peuvent en tout cas pas espérer une coalition avec les lib-dem, qui perdent des sièges mais restent quand même la troisième force.

    Donc tories/lib-dem à prévoir, sauf si l’insatisfaction se fait sentir un peu partout et qu’on réorganise des élections pour cet automne.

  • haggis
    haggis répond à StuntmanMike
    • Posté à 23h57 le 06/05/2010
    • Internaute 1777

    Je vis en Ecosse aussi et je ne suis pas d’accord avec toi. Il y a un bon taux de participation pour les écossais. Maintenant c’est vrai que les résultats sont très différents ici par rapport au niveau national : d’après les sondages à la sortie des urnes, il y aurait un seul élu conservateur ici sur les 59 élus possibles (le même qu’en 2005), et le Labour pourrait gagner encore 2 sièges de plus par rapport aux dernières élections de 2005. Même si le parlement écossais a de plus en plus de pouvoirs, le parlement britanique a une énorme importance pour l’avenir ici et les écossais en sont bien conscients. C’est comme partout, certains se sentent plus concernés que les autres, mais je pense que tu fais erreur quand tu dis qu’ils n’en ont rien à péter.

  • Relique
    Relique
    Etudiant
    • Posté à 09h25 le 07/05/2010
    • Internaute 104796
      Etudiant

    Ce mode de scrutin est vraiment anti-démocratique.

    Le Labour et les LibDem sont plutôt proches idéologiquement (en tout cas, plus proches que Conservateurs & LibDem). Ils représentent plus de 50% des votants, soit une majorité absolue, et pourtant, on leur renie la victoire parce que les conservateurs les battent individuellement.

    Si c’était un scrutin en deux tours secs, il n’y a aucun doute que le parlement anglais serait Orange et Rouge, et non Bleu.

    70% des anglais n’ont pas voté pour les conservateurs, alors que seulement 45 n’ont pas voté pour LibDem ou le Labour. Une alliance LibDem Labour est donc LE-GI-TIME

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