London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Elections britanniques : et si c'était à la reine de trancher ?

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 10/05/2010 à 15h31

La neutralité d’Elisabeth II est mise à l’épreuve par l’absence de
majorité claire au Parlement suite aux élections législatives.


La reine Elizabeth II en visite dans une station de métro londonienne, le 24 février (Jeremy Selwyn/Reuters)

Depuis les élections de jeudi dernier, la reine d’Angleterre se tient prête à choisir « son » Premier ministre. Elle a annulé tous ses engagements et attend patiemment que le brouillard politique se dissipe.

Cela fait quatre jours que David Cameron, Nick Clegg et Gordon Brown jouent les marchands de tapis pour tenter de trouver une issue à l’impasse politique née d’un scrutin qui n’a pas dégagé de majorité claire.

Pendant qu’au centre de Londres, on s’agite dans des tractations sur de possibles coalitions, Sa Majesté se tient éloignée du tumulte, à 30 km de là, au château de Windsor, entourée de ses chiens et de ses chevaux.

La monarchie parlementaire britannique donne à la souveraine la responsabilité d’inviter le chef du parti qui a obtenu la majorité au Parlement à former le gouvernement. En règle générale, c’est une formalité. Mais cette année, en l’absence de vainqueur incontesté, la reine se retrouve dans l’une des situations les plus délicates de son long règne.

Soixante ans de règne, onze premiers ministres

En soixante ans, Elisabeth II a connu onze premiers ministres, de Winston Churchill à Gordon Brown. En 1974, elle a fait face à une situation similaire, lorsque ni le Premier ministre sortant, le conservateur Edward Heath, ni son adversaire travailliste, Harold Wilson, n’avaient obtenu la majorité absolue.

A l’époque, elle avait pris soin d’observer une stricte neutralité, contrairement à son grand-père, George V, qui, en 1931, avait joué un rôle actif pour promouvoir un gouvernement de coalition, pendant la Grande Dépression.

Aujourd’hui encore, Elisabeth II met un point d’honneur à ne pas descendre dans l’arène politique, consciente que la moindre intervention de sa part pourrait mettre en péril l’équilibre de la monarchie parlementaire.

Deux hommes sont chargés de protéger la reine du tumulte :

  • Sir Gus O’Donnell, le « Cabinet office secretary » -équivalent du Secrétaire général du gouvernement- est le principal haut-fonctionnaire garant du respect de la constitution. C’est lui qui arbitre les négociations entre partis.
  • Christopher Geidt, le secrétaire particulier de Sa Majesté, assiste à toutes les réunions. Il est « les yeux et les oreilles » de la reine, à qui il rend compte plusieurs fois par jour, au téléphone, de l’avancement des discussions.

« My government intends to... »

Malgré le sérieux revers des travaillistes, il y a quatre jours, Gordon Brown est toujours à Downing Street. Il reste « le Premier ministre de Sa Majesté ». Elisabeth II, qui l’a nommé il y a trois ans, n’a d’ailleurs pas le pouvoir de le révoquer.

A droite, on accuse Gordon Brown de s’accrocher désespérément au pouvoir. L’intéressé répond qu’il ne fait que remplir son devoir constitutionnel et qu’il restera à son poste, au nom de la continuité du pouvoir, en attendant l’issue des pourparlers entre conservateurs et libéraux-démocrates.

Si David Cameron et Nick Clegg parviennent à s’entendre sur un gouvernement de coalition, Gordon Brown montera une dernière fois dans sa jaguar blindée de fonction pour parcourir les quelques centaines de mètres qui séparent Downing Street de Buckingham Palace, où il ira remettre sa démission à la reine.

Selon un rituel bien orchestré, la souveraine lui demandera alors conseil sur le nom de la personne qu’elle devrait inviter à former le futur gouvernement.

La prochaine sortie de Sa Majesté est programmée pour le 25 mai, date du « Queen’s speech » devant le Parlement. On connaît déjà ses premiers mots : « My government intends to... » (« Mon gouvernement a l’intention de... »). La suite du discours reste à écrire. Elle dépendra des tractations en cours pour la formation d’un gouvernement de coalition.

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  • 64 réactions
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  • glandais
    • Posté à 15h52 le 10/05/2010
    • Internaute 25498

    Si le décor se mets à prendre des décisions maintenant...

  • Iv
    Iv répond à glandais
    Roboticien utopiste
    • Posté à 15h59 le 10/05/2010
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Rigolez mais c’est un filet de sauvetage intéressant : la personne en théorie au sommet de l’état ne prend jamais la parole ni aucune décision... sauf quand on est dans une crise énorme. Elle n’a rien à gagner ni à perdre mais chacun attend d’elle qu’elle fasse ce qu’il y a de mieux pour le pays.

  • Albedo
    • Posté à 16h05 le 10/05/2010
    • Internaute 7121

    Contrairement à ce qui est écrit dans l’article, en cas d’absence de majorité absolue c’est au 1er ministre sortant d’entamer des négociations et c’est seulement s’il échoue que le responsable du parti qui a eu le plus de siège entame ses propres négociations. Cela ne s’est pas passé comme ça parce que personne ne voulait parler à Gordon Brown, mais ce n’est pas une raison pour réinventer les règles constitutionnelles.

  • Humain
    • Posté à 16h37 le 10/05/2010
    • Internaute 21387

    Encore un article type rue89 pipole ! !

    Les discours du trône est dans 3 semaines... Et c’est le premier ministre qui doit le rédiger...

    Point barre !

    La reine ne peut pas révoquer un premier ministre... Capito ?

    Marrons nous !
    Le reste est un peu de la littérature de gare comme celle qui consiste à nous faire croire qu’ils existe un prêt à la Grèce ou un pérsident de l’Europe ! !

    Et, de vous à moi, l’Angleterre est dans une telle débacle financière que le futur premier ministre aura bien de plaisir ! !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h48 le 10/05/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est cool, j’aurais appris un truc aujourd’hui, ils sont gentils avec leur reine, ils donnent l’illusion qu’elle sert à quelque chose dans le gouvernement.
    Moi qui pensait qu’elle avait à peine le droit de voter, histoire de pas trop passer pour des mecs qui vivent comme au Moyen Age avec leurs rois et leurs princesses.

  • A.T.swey
    A.T.swey répond à Iv
    *
    • Posté à 18h26 le 10/05/2010
    • Internaute 112034
      *

    Soyez indulgents ! la monarchie à l’anglaise est un gage de stabilité et ne coûte pas beaucoup plus que les talonnettes de qui vous savez !

    Et puis moi la queen je la trouve sympa , et pour une fois que ses nombreux chapeaux vont enfin lui servir à quelque chose !

    Nul doute qu’elle va en faire surgir un super premier ministre avec de grandes oreilles ...

  • Sylvain Biville
    Sylvain Biville répond à Albedo
    Journaliste
    • Posté à 20h13 le 10/05/2010
    • Journaliste 107970
      Journaliste

    Albedo,
    Selon les règles constitutionnelles (non écrites), le Premier ministre sortant est effectivement le premier à avoir la possibilité de former un gouvernement. Mais Gordon Brown a de lui même renoncer à ce privilège pour laisser à David Cameron, arrivé en tête (306 sièges contre 258 pour les travaillistes) la possibilité de négocier avec Nick Clegg (57). Les régles constitutionnelles n’ont donc pas été réinventées.

  • expat
    expat répond à Sylvain Biville
    • Posté à 20h46 le 10/05/2010
    • Internaute 25627

    vous pouvez l’ecrire carrement le Royaume-Unis n’a pas de constitution, pratiquement si le souverain le veut, il choisit qui il veut,
    il n’est pas sur que quelqu’un protesterait ( a part un politicien).

    Pour ceux que croient toujours que les Royaumes, surtout celui la sont a la pointe de la modernite !

  • Sylvain Biville
    Sylvain Biville
    Journaliste
    • Posté à 20h47 le 10/05/2010
    • Journaliste 107970
      Journaliste

    Mise à jour : la reine n’aura peut-être finalement rien à faire dans l’immédiat... Gordon Brown pourrait bien rester à son poste plus longtemps que prévu.

    Il vient d’annoncer sur le perron de Downing Street, que Nick Clegg lui avait demandé d’entamer des pourparlers en vue de la formation d’un gouvernement de coalition travallistes/libéraux-démocrates. Et pour donner toutes ses chances aux négociations, Gordon Brown fait don de sa personne : il s’engage à démissionnera au plus tard en septembre.

    Toutes les spéculations sont donc relancées. Et le suspense rester entier : Nick Clegg n’a pas pour autant suspendu ses tractations avec les conservateurs. Pourquoi mettre tous ses oeufs dans le même panier ?

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