London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Diane Abbott, une femme noire pour succéder à Blair et Brown ?

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 22/05/2010 à 13h26


Diane Abbott lors de la conférence londonienne sur l’unité irlandaise, le 20 février 2010 (Jas Lehal/Reuters).

Première femme noire élue à Westminster, Diane Abbott se lance dans la course pour diriger le Parti travailliste. Sa candidature surprise dans un univers d’hommes blancs anime la course à la succession au sein du Labour britannique, usé par treize ans de pouvoir.

Depuis la retraite anticipée de Gordon Brown après la défaite électorale du 6 mai, six candidats se sont déclarés pour prendre la tête du Parti travailliste, désormais dans l’opposition. Dans la liste, on dénombre :

  • 4 anciens ministres : en ordre d’entrée en scène, David Milliband (ex-Affaires étrangères), Ed Milliband (ex-Environnement), Ed Balls (ex-Education), Andy Burnham (ex-Santé).
  • 4 quadras : les mêmes (dans l’ordre, 44, 40, 43, 40 ans).
  • 5 hommes blancs : les mêmes, plus John Mc Donnell (59 ans).
  • 2 « Milliband »  : l’aîné David, et son petit frère Ed.
  • 2 « Ed »  : Milliband Junior et Balls.

Cherchez l’erreur. Diane Abbott vient semer la zizanie dans ce qui s’annonçait déjà comme une bataille masculine et monocolore. À 56 ans, cette fille d’immigrés jamaïcains, députée de l’est de Londres depuis 23 ans et porte-parole de l’aile gauche du Labour, joue clairement la carte de la différence, comme elle l’a expliqué à la BBC :

« Les autres candidats sont tous gentils et feraient de bons dirigeants pour le Parti travailliste, mais ils se ressemblent tous.

On ne peut pas se permettre d’offrir un choix de candidats qui sont tous pareils. Le Parti travailliste est bien plus divers que ça. »

Bien sûr, le parallèle avec Barack Obama vient tout de suite à l’esprit. Pendant sa campagne en 2008, le sénateur de l’Illinois se plaisait à répéter, de meetings en meetings, qu’il n’avait pas la même tête que les présidents américains dont le portrait s’affiche sur les billets de dollars.

Comme l’actuel occupant de la Maison Blanche, Diane Abbott a déjà écrit une page d’histoire en devenant, en 1987, la première femme noire à siéger à la Chambre des communes.

Autre point commun avec Barack Obama, Diane Abbott est une opposante de la première heure à la guerre en Irak. Au Royaume-Uni, où l’engagement militaire en Irak et en Afghanistan bat des records d’impopularité, sa position est un indéniable atout dans les primaires travaillistes.

Plutôt Jesse Jackson que Barack Obama

Mais la comparaison avec le président américain s’arrête là. Si on veut poursuivre le parallèle avec les Etats-Unis, Diane Abbott serait plus proche du révérend militant Jesse Jackson. Loin de se présenter comme une candidate post-raciale, la députée britannique a d’abord à cœur de défendre les minorités ethniques.

Dans sa circonscription de Hackney North-Stoke Newingon, dans l’est de Londres, l’une des plus déshéritées du pays, trois électeurs sur quatre sont issus des minorités ethniques.

Alors que les autres candidats travaillistes courent après la droite en prônant un discours plus ferme sur l’immigration, Diane Abbott navigue à contre-courant, comme elle l’explique dans un entretien au Guardian :

« L’une des raisons qui m’a poussée à entrer dans la course, c’est d’entendre les autres candidats dire que c’est l’immigration qui nous a fait perdre l’élection.

Plutôt que de nous focaliser sur la classe ouvrière blanche et l’immigration, nous devrions nous attaquer aux raisons sous-jacentes qui rendent les Blancs et les Noirs hostiles à l’immigration, comme le logement et la sécurité de l’emploi.

Il faut faire attention à ne pas faire des immigrés des boucs émissaires en période de récession. On sait où ça peut conduire. »

Quelle est la meilleure stratégie pour les travaillistes, face à une coalition inédite entre conservateurs et libéraux-démocrates, qui risque de condamner le Labour à une cure d’opposition prolongée ? C’est en fait la première fois depuis 1994, lorsque Tony Blair en a pris la tête, que la course au leadership est véritablement ouverte.

Coup de barre à gauche

Les quatre quadras qui briguent la succession sont de purs produits du « New Labour ». Diane Abbott (et dans une moindre mesure, John Mc Donnell) incarne plus clairement la rupture par rapport à l’ère Blair-Brown, dont elle n’a jamais hésité à dénoncer les dérives sur l’économie, sur les interventions militaires extérieures ou encore sur les restrictions des libertés publiques.

Elle revendique un sérieux coup de barre à gauche, aux antipodes de la course à l’électorat centriste engagée depuis Tony Blair. Mais au-delà des idées, la candidature de Diane Abbott a aussi une forte dimension symbolique.

Elle témoigne du fossé entre le discours d’inclusion de la gauche britannique et la réalité de la sous-représentation des femmes et des minorités dans ses instances dirigeantes.

Trente-cinq ans après l’élection de Margaret Thatcher à la tête du Parti conservateur, aucune femme n’a jamais été en position de jouer les premiers rôles chez les travaillistes. Si plusieurs élus issus des minorités ethniques ont été nommés au gouvernement ces treize dernières années, ils ont toujours été cantonnés à des postes de second rang.

Les contradictions de Diane Abbott

Diane Abbott a beau jeu de dénoncer l’élitisme de ses concurrents, alors qu’elle est aussi, comme eux, passée par « Oxbridge » (un raccourci pour les prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge). Elle se bat pour l’école publique, mais elle a scolarisé son fils dans un établissement privé. Elle critique le marketing politique, mais est abonnée des plateaux de télévision.

Diane Abbott peut-elle écrire une nouvelle page d’histoire en devenant la première femme à diriger le Labour ? On ne connaîtra pas le résultat des primaires travaillistes avant le 25 septembre, après un long processus de consultation des adhérents.

Avec son étiquette de pasionaria de la gauche du Labour, les chances de Diane Abbott de l’emporter sont minces. Elle pourrait même avoir du mal à réunir les 33 signatures de députés indispensables pour valider toute candidature. Mais le simple fait qu’elle se lance dans la bataille va changer la physionomie de la course à la succession.

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  • thierry reboud
    • Posté à 14h38 le 22/05/2010
    • Internaute 20923

    Femme et noire, je n’ai rien contre... mais ça n’aurait à peu près aucune importance sinon cosmétique si elle n’était pas de gauche.

    Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si, d’une part, elle accèdera à la tête de son parti et si, d’autre part et dans l’hypothèse où elle gagnerait, elle constituera une alternative crédible, mais ça constituerait une véritable nouveauté dans un pays où, depuis 1979 et l’avènement de Thatcher, le débat se fait sur les présupposés de la droite. Si elle gagne, il faudra qu’elle se rappelle les déboires de Kinnock.

  • joundi-
    joundi- répond à thierry reboud
    sylviculteur
    • Posté à 15h09 le 22/05/2010
    • Internaute 48269
      sylviculteur

    Bonjour Thierry

    Dans la dernière partie de l’article, »« Les contradictions de Diane Abbott “‘on peut déjà douter de la sincérité de ses discours un peu comme ceux de nos éléphants du PS Français .
    Encore un modèle d’un socialisme plus près des financiers que du peuple

    Si elle gagne, il faudra qu’elle se rappelle les déboires de Kinnock .’”

    Quand à ce Kinnock il a pas trop mal réussi pour un socialiste non ?

    Malgré ses critiques antérieures contre la Chambre des lords, il a accepté en 2005 d’être fait pair à vie, avec le titre de “ baron Kinnock, de Bedwellty dans le comté de Gwent ”.

    source : Lien

    Pas à une contradiction prés. Les politiques comme les financiers même quand ils perdent ,ils gagnent donc, logiquement, même combat. ( ironie)

  • Spook 3421
    Spook 3421
    sniper
    • Posté à 16h50 le 22/05/2010
    • Internaute 25586
      sniper

    Blanc ou noir, qu’importe ! Le problème des travaillistes, c’est d’élaborer un programme qui fera oublier les dérives néo-libérales du New Labour . Ils ont du pain sur la planche, mais actuellement, c’est également le cas de toutes les gauches européennes. Bon courage quand même !

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 03h18 le 23/05/2010
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    Dave Milliband conserve la cote. Sur le papier, ce serait formidable qu’une femme noire prenne la tete du parti. Mais comme le signale l’auteur, Abbott tient plus de Jesse Jackson que de Barack Obama.

    En tout cas, il va y avoir un sacre appel d’air pour de nouveaux visages, surtout si la reforme de la chambre des Lords passe.

    Et si ce n’est Abbott, le Royaume Uni va bientot vouloir autre chose que des quadras au sourire Colgate - le public va vite se lasser du duo John Steed - Emma Peel du 10 et du 10bis Downing Street : Lien

  • Charles-Hubert
    Charles-Hubert
    Forgeron
    • Posté à 10h14 le 23/05/2010
    • Internaute 115330
      Forgeron

    Le saviez vous ?
    En parlant de l’honorable candidate à la tête de la gauche britannique, elle se trimballe quelques casseroles
    Diane Abbot Noire et candidate à la présidence du Labour Party accusée de déclarations racistes, elle a traité Clegg et Cameron de « blancs snobs à maisons de campagne ».
    La dame avait déjà fait scandale en déclarant que la G.B est l’inventeur du racisme » et en déclarant que les Finlandaises blondes aux yeux bleus qui travaillaient dans son hôpital local ne convenaient pas comme infirmière car elles n’avaient jamais rencontré de Noirs auparavant.
    Elle a aussi quelques soucis d’un autre ordre, elle a envoyé son fils dans des écoles privées alors qu’elle avait accusé d’autres députés du labour de faire de même alors « qu’ils se battaient pour une société plus égalitaire »…
    Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
    Biensûr le journalisme bien pensant de göche se garde bien d’en parler même s’il est au courant.

    Allélouia.

  • Inpou
    Inpou
    J'enfonce le clou
    • Posté à 12h01 le 23/05/2010
    • Internaute 92671
      J'enfonce le clou

    Le monde anglo-saxon semble avancer plus vite que le monde latin en ce qui concerne la mise en avant des talents noirs. En France, il y a Rama Yade, du fond de teint nommé secrétaire d’État aux Sports, pas de poids politique, pas de charisme. Diane Abbott a de la voix, et elle ne fait pas partie des castés-diversité dont raffole le sérail français.

    « Sois noir(e) et tais-toi », ça ne mène à rien. « Sois noir(e) et montre-nous ce que tu sais faire », c’est beaucoup mieux.

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