London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Lequel de ces deux tableaux est un faux Botticelli ?

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 01/07/2010 à 15h09

La National Gallery de Londres expose ses plus grosses bourdes : des faux ou des copies pris à tort pour des chefs-d’œuvre.


Un de ces deux tableaux est un faux Botticelli... Lequel ?

(De Londres) Il faut une bonne dose d’humilité pour admettre publiquement ses erreurs. Et un soupçon de masochisme pour en faire le thème d’une exposition. « A la loupe : faux, erreurs et découvertes » présente les plus grosses arnaques dont a été victime la National Gallery.

Comme tous les musées du monde, la vénérable institution de Trafalgar Square s’est fait avoir lors de certaines acquisitions. Mais grâce à son département scientifique, créé en 1934 (à l’origine pour mesurer le degré de pollution dans les salles d’exposition, à l’époque du fameux smog londonien), la National Gallery est capable aujourd’hui de distinguer le vrai du faux.

Armés de microscopes et de lecteurs infrarouges, les chercheurs de ce laboratoire de pointe peuvent désormais reconstituer dans les moindres détails toutes les étapes de la vie d’une œuvre d’art.

Présentée jusqu’au 12 septembre, l’exposition « A la loupe » propose au visiteur de se glisser entre les couches de peinture pour entrer dans l’intimité de 40 tableaux et jouer aux devinettes : lequel est un faux, une copie ou un authentique chef-d’œuvre ?

1Le « vrai » faux

En juin 1874, la National Gallery est en effervescence après l’acquisition de deux Botticelli. Les experts du musée sont particulièrement impressionnés par « Une allégorie » (tableau du bas sur le montage en haut d’article), pour laquelle ils déboursent 1 627 livres sterling (ce qui correspondrait aujourd’hui à environ 1 million d’euros, en tenant compte de l’évolution des revenus depuis 136 ans).

Ils ne paient que 1 050 livres sterling pour l’autre toile (tableau du haut sur le montage en haut d’article), « Vénus et Mars » (à titre de comparaison, une Liz Taylor d’Andy Warhol, mise aux enchères mercredi 30 juin chez Christie’s à Londres, est partie pour un montant record 6 761 250 livres - près de 8,3 millions d’euros !).

Manque de flair ! On se rend vite compte qu’« Une allégorie » n’a pas toutes les caractéristiques du génie de la Renaissance italienne. L’œuvre, finalement attribuée à un disciple du maître, quitte les feux de la rampe. Elle reste cependant une œuvre d’époque, conçue entre 1490 et 1550.

Quant à « Venus et Mars », achetée (presque) une bouchée de pain, c’est aujourd’hui une pièce maîtresse de la National Gallery -et l’un des Botticelli les plus célèbres au monde. Elle est datée de 1485.

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L’arnaque totale



« Portrait de groupe » faussement attribué à un peintre de la Renaissance italienne

Ce « Portrait de groupe » ci-contre est l’œuvre presque parfaite d’un faussaire expérimenté. La National Gallery croit acheter en 1923 une toile du XVe siècle. L’analyse scientifique révèle bien plus tard la présence dans la peinture de pigments inconnus avant le XIXe siècle.

L’auteur avait pourtant pris soin de simuler la patine du temps en créant des craquelures et enduisant l’œuvre d’une résine naturelle.

Certains faussaires vont même jusqu’à créer des trous de mite dans le bois supportant la toile, pour faire plus vrai que nature.

Dans le cas du « Portrait de groupe », la supercherie a été révélée non seulement par les scientifiques, mais aussi par les historiens : le bandeau sur la tête de l’homme de profil n’a rien d’une tenue traditionnelle italienne du XVe siècle : c’est un motif féminin en vogue à la Belle Epoque. Ce « détail qui tue » permet de dater le faux du début du XXe siècle.

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La copie

A la différence du faux, la copie n’est pas réalisée avec une intention de tromperie sur la marchandise. L’exposition présente un petit portrait attribué à Gustave Courbet (reproduction non disponible).

Avec cette œuvre généreusement donnée en 1917, le musée croyait détenir une réplique miniature de « L’Autoportrait », exposé au Musée d’Orsay. Erreur de débutant. En 2008, on découvre une étiquette au dos de l’œuvre : c’est bien celle du fournisseur habituel de Courbet. Mais elle porte la date 1880... Trois ans après la mort de l’artiste.

La National Gallery suppose désormais que son petit tableau n’est qu’une pâle copie de l’œuvre originale, possession du grand rival parisien.

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Le vrai presque faux après retouches

Le travail de restauration d’une œuvre réserve parfois bien des surprises. « Femme à la fenêtre », une œuvre de la Renaissance italienne (vers 1510-1530) représente, lors de son acquisition au XIXe siècle, une terne brunette derrière un rideau sans relief (ci-dessous à gauche).

Un nettoyage méticuleux révèle une tout autre image (ci-dessous à droite). La toile a retrouvé ses couleurs d’origine. La brunette est (re)devenue une blonde espiègle à la poitrine généreuse. Les traits les plus provocants du tableau avaient été gommés au XIXe siècle par l’ajout d’une couche de peinture supplémentaire, pour seoir au puritanisme de l’Angleterre victorienne.


« Femme à la fenêtre » avant et après rénovation

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La copie devenue authentique

L’analyse scientifique d’une œuvre permet de rectifier des erreurs dans les deux sens ! Pendant des décennies, la « Madone aux œillets » (1506-1507) a été un vrai casse-tête pour les historiens de l’art. On ne connaissait que des copies de cette œuvre de Raphaël, mais l’original restait introuvable.

En 1991, le conservateur de la National Gallery est pris d’une intuition soudaine et convainc le musée de faire l’acquisition, pour la modique somme de 22 millions de livres sterling (27 millions d’euros) de l’une de ces copies, entreposée au château médiéval d’Alnwick, au Nord de l’Angleterre. La toile est confiée au département scientifique.

L’infrarouge fait des miracles. Il permet de discerner, sous la peinture, une première esquisse au crayon, caractéristique de la méthode de Raphaël et légèrement différente de l’apparence finale de la toile (notez le drapé du rideau dans la version dessin, à droite).

Scientifiques et historiens d’art sont formels. C’est bien la preuve qu’il ne s’agit pas d’une copie, mais d’une œuvre originale du maître italien, qui a modifié son portrait en cours de route. Le flair du conservateur, Nicholas Penny, a été récompensé. Il est devenu depuis le directeur de la National Gallery.


Exposition « A la loupe : faux, erreurs et découvertes » (« Close Examination : fakes, mistakes & discoveries ») - National Gallery, Londres, jusqu’au 12 septembre 2010.

© National Gallery, London, toute reproduction interdite.

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  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 16h04 le 01/07/2010
    • Internaute 95774
      retraité

    En peinture, les faux...sont légion ! ..mais pas seulement..dans l’art en général, on retrouve des faux partout ! ..même dans les meubles ! ...fabriqués avec des bois d’époque..par de bons ébénistes !
    Un exemple célèbre chez le peintre COROT ! ..on retrouve aux USA...plus de 30.000 oeuvres de ce peintre ? ...quand son oeuvre totale (avec les dessins)...ne dépasse pas 3000 oeuvres !
    Les « EXPERTS »...dans l’art en général, sont assez incapable !

  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 17h18 le 01/07/2010
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    la distinction est quand même assez rapide lorsqu’on est un peu familier des oeuvres de Botticelli, elle saute aux yeux.
    La Vénus de l’oeuvre authentique dégage une beauté et un mystère émouvants que l’on ne retrouve absolument pas chez celle du faux.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h51 le 01/07/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Moralité de l’histoire, les amateurs en peinture ne sont rien de plus que des victimes de la mode et du marketing.
    Sans dec, ils ont un tableau, qui date de l’époque de Botticelli, qui ressemble suffisamment à du Boticelli pour qu’ils pensent que c’en est un, et qui représente la même chose que ce qu’il peint.
    Quand ils pensent que c’est un vrai c’est génial, mais quand il découvre que c’est pas la même marque, même si c’est tout pareil, même qualité et tout, alors ça devient de la merde.

    Idem pour le deuxième, les mecs se disent que c’est un super tableau. Mais à partir du moment où il découvre que c’est plus récent, ils le jettent...
    Ils se passent un truc quand on change le nom du peintre sur la petite plaque à côté ? La peinture est enchantée et se transforme quand on prononce le nom véritable de celui qui l’a peinte ?

    Quant au quatrième tableau, ils auraient pu éviter d’y toucher, il était sacrément mieux en noir et blanc, la meuf ressemble vraiment à que dalle en couleur.

  • The Shadow-
    The Shadow-
    Fachosphère Attitude
    • Posté à 18h05 le 01/07/2010
    • Internaute 113398
      Fachosphère Attitude

    Lequel de ces deux tableaux est un faux Botticelli ?

    a mon avis il s’agit d’un faux a 100%

  • teo
    teo
    toujours perplexe
    • Posté à 19h14 le 01/07/2010
    • Internaute 67373
      toujours perplexe

    Cette exposition me semble beaucoup plus intéressante que les « expositions phares » et autres « évènements chocs » que les institutions muséales pondent tous les ans du genre « Botticelli et son temps » « le siècle de Raphaël » ou les pseudos duels à la « Rembrandt vs Caravage ».

    Elle a l’air de mettre en avant davantage tout le travail scientifique qui permet de comprendre une démarche artistique et surtout parle de technique...qu’elle soit celle d’un faussaire, ou celle d’excellents peintres qui sont au même titre des témoins précieux de leur temps...et ça on a tendance à l’oublier.

    Et ces exemples de vrai/faux est si révélateur de notre époque, aveuglée par les « marques » crées sur nos chers génies superstars où la valeur de « l’œuvre » ne repose que sur la valeur marchande.

  • lestaq
    lestaq
    bucheron
    • Posté à 19h45 le 01/07/2010
    • Internaute 62298
      bucheron

    Le 1 c’est facile : On trouve grâce aux phéromones ! (de la dame)
    Sinon le 2 me plait bien .
    J’en mettrais bien une photocopie dans mon salon !

  • TH.
    TH.
    multicontractuel flexisécurisé
    • Posté à 21h04 le 01/07/2010
    • Internaute 34927
      multicontractuel flexisécurisé

    Article fichtrement intéressant, merci.

    En profane totalement dénué du culture picturale, je note que, pour ce qui est du quatrième, l’époque victorienne préfèrait l’image de bonnes femmes totalement azimutées, limite LSD (les yeux dilatés,ça saute aux yeux !), aux petites futilités espiègles ou enjoleuses... A chacun son époque.

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