London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Boum les climato-sceptiques ! Un clip écolo-gore provoque un tollé

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 07/10/2010 à 11h54

(De Londres) Deux écoliers pulvérisés, David Ginola transformé en une boule de chair sanguinolente : le dernier clip de la campagne « 10 : 10 » était censé créer un électrochoc sur le réchauffement de la planète. Face aux protestations indignées, le film a été retiré des écrans britanniques.

Pour lutter contre le changement climatique, on peut acheter des ampoules de faible intensité, manger moins de viande de bœuf, voyager en train plutôt qu’en avion. La campagne « 10 : 10 » propose une solution beaucoup plus radicale : l’élimination pure et simple de tous ceux qui refusent de s’engager contre le réchauffement de la planète.

« 10 : 10 » a été lancé à Londres en septembre 2009, dans l’euphorie de l’avant-Copenhague, pour convaincre individus, entreprises ou collectivités de s’engager à réduire volontairement leurs émissions de gaz carbonique de 10% d’ici la fin de l’année 2010.

A peine élu Premier ministre en mai, David Cameron a embarqué tout le gouvernement britannique dans l’aventure. Plus de 40 pays ont rejoint le mouvement. En France, c’est Yann-Arthus Bertrand qui relaye la campagne, à laquelle ont déjà adhéré, entre autres, les villes de Bordeaux, Calais, Cannes, Lyon ou Paris.

Quatre minutes et des litres d’hémoglobine

Le point culminant est prévu pour le 10 octobre 2010 (10 : 10 : 10). A l’approche du jour J, les organisateurs britanniques ont voulu frapper fort avec un clip de quatre minutes intitulé « No pressure ».

Le casting est alléchant. Scénario : Richard Curtis, l’auteur des films à succès « Quatre mariages et un enterrement » et « Bridget Jones ». Musique : Radiohead. Dans les rôles principaux : Gillian Anderson (« X-Files ») et l’ex-footballeur David Ginola.

Le film débute sur un ton très didactique. Une institutrice légèrement baba-cool, pleine de bonnes intentions, encourage ses élèves à adhérer à la campagne « 10 : 10 » et à réduire de 10% leurs émissions de gaz à effet de serre. « Une idée géniale », dit-elle, en demandant à ceux qui sont partants de lever la main.

C’est l’unanimité. Ou presque. Seuls Philip et Tracy rechignent à s’engager. L’institutrice les met à l’aise :

« Pas de problème, c’est votre choix. Pas de pression du tout. »

La sonnerie signale la fin du cours. Au moment où les enfants s’apprêtent à quitter la classe, l’instit appuie sur un détonateur caché sur son bureau et les deux récalcitrants explosent littéralement. Des litres de sang éclaboussent les autres élèves, qui hurlent de frayeur. Impassible, l’institutrice ajoute, en s’essuyant le visage maculé de débris humains :

« Et n’oubliez pas de réviser les chapitres 5 et 6 sur les volcans et les glaciers. Sauf Philip et Tracy, bien-sûr. » (Voir la vidéo, en anglais)


Deuxième séquence (à 1’20) : au bureau, un cadre dynamique recense les salariés volontaires pour s’engager dans la campagne « 10 : 10 ». Trois d’entre eux se défilent discrètement :

« Cool, pas de problème, c’est votre choix. »

Son assistante lui apporte le détonateur. Il appuie sur le bouton rouge. Nouvel ouragan d’hémoglobine et hurlements affolés.

Troisième victime, David Ginola (à 2’15). De retour à Tottenham, où il a joué en 1997, l’ex-footballeur est pulvérisé sur la pelouse du club londonien, pour s’être montré sceptique sur la campagne « 10 : 10 ».

Le film se termine dans un studio radio (à 3’25). L’actrice Gillian Anderson vient d’enregistrer la voix « off » pour le clip. Le technicien l’interpelle.

« Et toi, tu fais quoi pour réduire tes émissions ?

- Tu te fous de moi ? Je pensais que faire la voix “off”, c’était ma contribution.

- Oui, bien sûr. Pas de pression.

- OK, merci. »

Et boum ! Bye Gillian ! Il ne reste d’elle qu’une épaisse couche d’hémoglobine qui s’étale sur la vitre du studio.

Humour gore à la Monty Python, accusations d’écofascisme

Les amateurs des Monty Python et de South Park sauront sans doute apprécier l’humour gore de « No pressure ». Personnellement, je n’ai jamais adhéré au culte. Et quand j’ai découvert ce mini-film, diffusé en exclusivité vendredi dernier sur le site du Guardian, j’ai pressenti que ça allait faire un flop.

Le faux scandale du Climategate a démontré jusqu’où sont prêts à aller ceux qui, contre toute évidence, continuent à nier le réchauffement de la planète. Ce film sans nuance les conforte dans le statut de victimes dans lequel ils se complaisent.

Déchiqueter des enfants parce qu’ils refusent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ? Je doute que ce soit la méthode la plus efficace pour convaincre les sceptiques. Les accusations d’écofacisme n’ont d’ailleurs pas tardé à fuser contre « 10 : 10 ».

Même les plus fervents supporters du mouvement ont été ébranlés. L’ONG Action Aid, qui supervise la campagne dans les écoles, s’est dite « horrifiée » par le clip, jugé « totalement déplacé ».

Les excuses de « 10 : 10 » : « Sorry, nous avons raté la cible »

Résultat, quelques heures après sa mise en ligne, le film était officiellement retiré de la circulation, la diffusion dans les salles de cinéma du Royaume-Uni annulée et les organisateurs de la campagne en étaient réduits à se confondre en excuses :

« Désolé. Alors que le changement climatique devient de plus en plus menaçant mais de moins en moins couvert par les médias, nous voulions trouver un moyen de ramener cette question cruciale dans l’actualité, tout en faisant rire.

Beaucoup de monde a trouvé notre film très drôle, mais certains ne sont pas du même avis et nous adressons nos sincères excuses à quiconque s’est senti offensé.

Toute notre action, à “ 10 : 10 ”, consiste à tester des moyens innovants et créatifs pour inciter les gens à s’engager sur le changement climatique. Malheureusement, cette fois, nous avons raté la cible. »

Aller plus loin
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  • Gaston le roux
    Gaston le roux
    ami des bêtes
    • Posté à 12h25 le 07/10/2010
    • Internaute 120601
      ami des bêtes

    Le bon côté des choses c’est qu’on parle de la lutte contre le changement climatique.

    Par contre ce n’est pas très pédagogique de vouloir forcer les gens.

    ça donne l’impression qu’être écolo c’est difficile (et obligatoire), alors que c’est très simple !

    Il faut laisser le choix aux gens, ils y viendront bien un jour par eux même...

  • Zamal_A_latete
    • Posté à 13h17 le 07/10/2010
    • Internaute 128335
      _

    En fait si je comprend bien, il y a une quinzaine d’années, les écolos étaient pris pour des hippies attardés et le réchauffement climatique, un délire sectaire. Et puis quand le réchauffement de la planète a été globalement prouvé, un grand nombre de personnes s’est décrété écolo et « consommateur » durable, adepte du bio, du compost et des ampoules à basse consommation. c’était la Mode.
    Enfin, maintenant, après le fiasco de Copenhague, alors que justement les gouvernements eux-même essayaient (j’ai bien dit essayer) de se mettre d’accord pour réduire le gaspillage des ressources naturelles (je rappelle que à Kyoto, seuls quelques technocrates et d’obscurs scientifiques avaient fait le déplacement) et bien il est désormais beaucoup de plus « in » de se déclarer septique, voir anti-écolo, et surtout bien loin des moutons incultes et manipulés.

  • DARKP
    DARKP
    Dauphin
    • Posté à 13h32 le 07/10/2010
    • Internaute 41570
      Dauphin

    Heu c’est vrai que c’est plutôt des spots qui servent la cause des écolo-septiques en faisait croire que tous les écolos sont des khmers verts. c’est vraiment grave ! je pense que les associations écolos et en particulier celles qui ont les moyens devraient porter plainte contre 10 : 10 et de fait cela permettrait d’ouvrir un vrai débat sur la désinformation ambiante sur le réchauffement climatique en particulier et l’écologie en général.
    C’est bien un spot à la accenture ; -) c’est qd même drôle ; -) trés Monthy... dommage que le seul objectif évident, soit de nuire à la cause de l’écologie...

  • marieantoine
    marieantoine
    indépendante
    • Posté à 13h53 le 07/10/2010
    • Internaute 128338
      indépendante

    Je trouve que les journalistes de Rue 89 ont une tendance de plus en plus importante à confondre climato-sceptiques et ceux qui remettent en cause les travaux du Giec.
    Je ne suis pas climato-machin mais je ne suis simplement pas d’accord avec les causes du réchauffement climatique. J’estime pour pour le moment, les scientifiques défendant les théories du GIEC n’ont pas de données sur une période assez importante, c’est tout.
    Ça commence à me gonfler menu ces insinuations comme quoi « si tu n’est pas d’accord avec le giec, tu te fous de la planète ! ». Non, je ne m’en fout pas. Je tri mes déchets, je prends le bus, le tram ou mes jambes pour aller en RDV, je n’achète pas mes pâtes bolo dans des boîtes toutes préparées dans des emballages en veux-tu en voilà et j’évite de rester 3 h sous la douche.
    Quand à la planète, je tiens à ce qu’elle reste propre.
    De plus, à l’heure actuelle, le Giec n’est que le joujou des dirigeants pour nous culpabiliser encore plus et détourner notre attention sur d’autres problèmes.
    De toute manière si un chercheur présente un projet de recherche n’allant pas dans le sens du GIEC à l’heure actuelle, il n’obtiendra aucun crédit pour mener ses recherches. Et oui, la recherche, c’est beaucoup de lobbying.

  • mattzz
    • Posté à 14h37 le 07/10/2010
    • Internaute 28590

    Ben j’ai beau adoré les Monty Python & co. et être sensible à l’action de 10 : 10, je trouve cette campagne complètement nulle et contre-productive !

  • casp
    casp
    Artiste
    • Posté à 14h45 le 07/10/2010
    • Internaute 51445
      Artiste

    C’est clair que c’est raté .. Moi je l’ai vu . et j’ai cru que c’etait un film financé par des personnes, ne croyant pas au rechauffement climatique et accusant les écolo de fascisme ...

     :)

    Sinon le film en lui même est plustot sympa humour décalé etc.. C’est juste que le message passe mal.

  • speedy38-
    speedy38-
    Ingénieur des travaux finis
    • Posté à 14h48 le 07/10/2010
    • Internaute 124689
      Ingénieur des travaux finis

    Je l’ai trouvée géniale cette pub...
    Pour son côté décalé, à la South Park...
    Jusqu’au boutiste comme dans les vieux Hara-Kiri.

    Il y aura toujours des cons coincés du cul pour ne pas comprendre, et ce sont ces cons qui empêcheront toute réflexion profonde sur les sujets les plus brûlants...

    Une comm’ bien lisse, avec des bizounours, qu’on oubliera bien vite et qui permettra de passer un bon coup d’éponge vite fait pour ne rien faire et passer à autre chose...

    En parlant de passer à autre chose, ou pouvons-nous trouver les détonateurs ? Ça serait vachement utile en ces temps troubles...

    On croise Sarko, Hortefeux, Estrosi, Morano, Fillon... PAF ! ! !

    Nous pourrions aussi poser la question à notre entourage :
    « Êtes-vous pour ou contre la politique du gouvernement ? », PAF ! ! !

  • fizzzico
    fizzzico
    Chercheur doctorant
    • Posté à 22h18 le 07/10/2010
    • Expert 114255
      Chercheur doctorant

    Je comprend que vous vous posiez des questions, et d’ailleurs heureusement. Simplement, balayer d’un revers les conclusions du GIEC, c’est remettre en cause l’intégrité scientifique de milliers de chercheurs. Au mieux, c’est les traiter d’incompétents, au pire, de tricheurs ou d’opportunistes.

    Il existe certainement comme partout dans le GIEC quelques brebis galeuses qui ont truqués leur résultats pour faire parler d’eux ou obtenir de généreux financements. De même, les positions de Pachauri peuvent être sujettes à controverses. Mais c’est tellement peu de choses à coté de la masse de résultats concordants que présentent les rapports de l’institution !

    Au delà même du GIEC, il existent une multitudes d’autres études transversales qui traitent du problème de l’impact de l’homme sur le réchauffement de la planète. Pour exemple, j’ai suivi un cours à Chambéry l’an dernier qui traitant de ce sujet, avec un modeste jeune chercheur en géologie qui nous a montré les résultats de mesures de profils de température du sol, s’appuyant sur des données de compagnies minières de 1750 à aujourd’hui, un réchauffement caractérisé du sol jusqu’à 200m de profondeur depuis les années 1950. Et ce, même en prenant toutes les précautions qui prévalent pour évaluer l’incertitude sur ces données anciennes réalisées avec les méthodes de l’époque. Les profils qu’il a observé collent tout à fait avec des modèles théoriques de diffusion de la chaleur classiques dans les sols.

    Bref, le réchauffement est avéré, indubitablement (celui qui remet ça en cause est soit aveugle soit fou) mais ses causes sont partagées entre causes indépendante de l’Homme et induites par l’Homme. Toute la difficulté est de savoir quelle est la [b]part[/b] de chacune de ses causes dans le réchauffement. C’est là la partie sensible des chercheurs du GIEC (et des autres).... Alors plaçons nous dans l’hypothèse basse, où nous serions responsable de 30% du réchauffement (sachant qu’actuellement le curseur du GIEC oscille plutôt autour de 60-70%). Hé bien sachant les conséquences d’un écart de 0,7°C sur la biosphère terrestre (30%*2 °C= 0,7°C, 2°C étant estimation basse du réchauffement probable pour le prochain siècle selon le GIEC), s’attaquer aux causes anthropiques vaut le coup.

    M’enfin certes, le carbone, le climat c’est une chose. Mais la combustion de pétrole et de charbon ne s’arrête - et de loin - pas qu’à ça. Savoir se passer des ses sources d’énergie archaïque est, selon moi, d’une urgence vital.

  • damienl
    damienl
    Chercheur
    • Posté à 23h02 le 07/10/2010
    • Expert 101560
      Chercheur

    La véritable question est de savoir ce que les écologistes veulent vraiment ? En Europe du moins, ils ont gagné. Il y a un protocole de Kyoto, un système « cap-and-trade » qui devrait permettre d’internaliser les externalités et donc d’émettre le niveau optimal de gaz à effet de serre, etc.

    Je suis d’accord qu’émettre trop de CO2 n’est pas bon et que sans correctif, trop de CO2 sera émis (externalités négatives). Mais, pour moi, il serait suffisant de définir une norme, de quantifier le coût social des émissions, et de faire payer une taxe carbone (ou instaurer, comme c’est déjà le cas, un système « cap-and-trade », les deux systèmes sont fonctionnellement équivalents). À partir de ce moment là, les problèmes sont réglés et il n’est pas nécessaire de faire quoi que ce soit d’autre. Pas besoin donc de donner des primes à la casse, de subsidier certaines sources d’énergies vertes, etc. Une fois que l’externalité a été internalisée, le marché peut fonctionner correctement.

    Les organisations écologistes devraient se focaliser sur cela uniquement. Si elles ne sont pas contentes du système actuel, qu’elles militent pour une adaptation de celui-ci. Tout le reste n’est qu’idéologie anti-capitaliste repackagée sous des dehors verts. Les mêmes arguments utilisés par les communistes (la compétition mène au gaspillage, la planification à l’utilisation rationelle des ressources, etc.) sont réutilisés par les écologistes.

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