London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Contre la rigueur à l'anglaise, la seule résistance étudiante

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 06/12/2010 à 12h21


Un étudiant arrêté par les bobbies anglais, à Leeds, le 30 novembre 2010 (Nigel Roddis/Reuters).

(De Londres) Le Parlement britannique se prononce jeudi 9 décembre sur un triplement des droits d’inscription à l’université proposé par le gouvernement. Dans les facs, la mobilisation contre cette mesure ne faiblit pas. Le mouvement étudiant est en train de devenir la principale force d’opposition aux coupes budgétaires.

Depuis qu’il a dévoilé son plan de rigueur drastique, le 20 octobre, le gouvernement britannique peut s’estimer heureux. Il n’a rien à craindre des travaillistes, dont le nouveau leader, Ed Miliband, est inaudible.

Le front social est plutôt calme. Malgré les 91 milliards d’euros d’économies et les 500 000 emplois publics supprimés, les Britanniques semblent plutôt résignés face à la cure d’austérité qui se prépare.

De 7 000 à 10 600 euros de droits d’inscription en 2012

Seule exception, dans cette apathie générale : les étudiants ne décolèrent pas contre la hausse prévue des droits d’inscription à l’université. Actuellement plafonnés à 3 800 euros, ils vont grimper à 7 000 euros à partir de la rentrée 2012. Et certaines universités pourront même aller jusqu’à 10 600 euros par an.

Obsédé par la réduction des déficits, le gouvernement veut se désengager des universités (la réforme prévoit aussi un baisse de 80% du budget d’enseignement). Bien qu’il cherche à convaincre du bien-fondé de ses projets, plusieurs études montrent qu’un tel triplement des frais dissuaderait les plus modestes de poursuivre des études supérieures et accroîtrait considérablement l’endettement des jeunes diplômés.

La mise à sac, le 10 novembre, par un groupe d’étudiants radicaux, du siège du Parti conservateur en plein cœur de Londres, a été le premier signal d’alarme pour le gouvernement. Depuis, les manifestations sont strictement encadrées par les forces de l’ordre.

Mais les étudiants, qui se mobilisent par dizaines de milliers, sont toujours aussi déterminés. Une trentaine d’universités, dans toute l’Angleterre, sont touchées par des mouvements spontanés d’occupation partielle.

En Ecosse et au Pays de Galles, les revendications étudiantes ont été entendues par les autorités locales, qui ont annoncé qu’elles ne répercuteraient pas la hausse des droits d’inscription.

La « trahison » des libéraux-démocrates

La prochaine journée d’action est prévue pour mercredi 8 décembre, la veille du vote, au Parlement, sur le triplement prévu des droits d’inscription. Enhardis par des semaines de lutte, les étudiants pensent pouvoir mettre en échec le gouvernement.

Ils ont déjà réussi à faire tanguer la coalition au pouvoir. La réforme des universités, voulue par les conservateurs, va à l’encontre du dogme des libéraux-démocrates, qui, avant d’entrer au gouvernement, avaient promis de s’opposer à toute augmentation des droits d’inscription.

Cette promesse de campagne leur avait permis de rafler près de la moitié du vote étudiant aux élections de mai. Aujourd’hui, les étudiants se sentent floués. Et ils ont décidé de faire payer leur trahison aux lib-dems.

Le chef du parti, Nick Clegg, est passé, en quelques mois, du statut d’idole des jeunes à celui de ministre le plus impopulaire du gouvernement. Sa boîte aux lettres a été souillée d’excréments. Les services de sécurité lui ont déconseillé de sortir à vélo, comme il en avait l’habitude.

Le gouvernement lâche du lest

Nick Clegg est contesté jusque dans ses propres rangs. Plusieurs députés ont prévenu qu’ils voteraient jeudi contre l’augmentation des droits d’inscription. Et même le ministre en charge de la réforme, le lib-dem Vince Cable, envisage de s’abstenir.

Malgré cette cacophonie, l’arithmétique parlementaire devrait permettre d’adoption du projet. Le gouvernement a cependant été contraint de lâcher du lest en annonçant dimanche que les étudiants les plus défavorisés seraient dispensés de droits de scolarité pendant leur première année universitaire.

Il est donc peu probable que les étudiants fassent reculer le gouvernement. Mais leur mobilisation a permis de mettre à jour des failles dans la coalition au pouvoir.

C’est un mouvement spontané, sans leader clair, peu politisé et concentré sur un objectif précis. Mais face à la faiblesse de l’opposition travailliste et à l’apathie des syndicats, il apparaît aujourd’hui comme la principale force de résistance aux coupes budgétaires.

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  • gensho
    gensho
    étudiant
    • Posté à 12h39 le 06/12/2010
    • Internaute 96057
      étudiant

    Je suis actuellement étudiant en Angleterre et il faut nuancer la résistance anglaise. Certes, Cambridge et la LSE sont occupés, certes Londres manifestent énormément. Mais en dehors de ça, il n’y a pas grand chose. Quelques manifestations sporadiques et c’est à peu près tout. D’ailleurs la manifestation de jeudi n’est que la deuxième manifestation nationale. Deux en deux mois...
    Toutefois, il y a un point important qu’il faut souligner. Les universités sont libres de fixer leurs frais de scolarité. Le gouvernement ne peut que fixer le maximum. Dans les faits, les universités fixent systématiquement le maximum. Mais il faudra regarder avec attention ce qui va se passer. Des mouvements locaux de pression sur les universités ne sont pas à exclure.

  • marc44
    • Posté à 12h50 le 06/12/2010
    • Internaute 24488

    L’opposition travailliste est faible ? Non, elle se construit.

    Par contre, elle ferme son bec sur le sujet, parce que c’est ELLE
    qui a ouvert les vannes des frais d’inscription il y a 15 ans, avec Blair, allant alors à l’encontre des positions prises avant les élections législatives - sujet compliqué, il y a aussi la mondialisation....

    Il est très important que le PS (mon parti !) prenne position rapidement sur cette question, sinon petit à petit ici aussi ça partira dans ce sens.

  • Bein...
    Bein...
    fils de mon père
    • Posté à 13h01 le 06/12/2010
    • Internaute 134428
      fils de mon père

    En tout cas, même la « solution » d’accomodation est totalement ultra-libérale et commerciale : première année gratuite pour les modestes et plein pot après...

    Un peu comme la première figurine Tintin chez Atlas et tu payes le triple du prix sur les envois suivants.

  • Dadourunrun-
    Dadourunrun- répond à Bein...
    mange son bao ze
    • Posté à 13h55 le 06/12/2010
    • Internaute 124435
      mange son bao ze

    Les étudiants britanniques financent leurs études par emprunt géré par l’état ( via la student loans company).

    En dessous d’un revenu mensuel de 15000 euros par mois environ, les britanniques sont dispensés de remboursement de leurs frais de scolarité ( système existant depuis 1998).

    En France on préfère ajuster le cout des études en fonction du revenu de papa maman.

    Le système anglais est bien plus juste.

  • didjawai
    didjawai
    Doctorant
    • Posté à 15h48 le 06/12/2010
    • Internaute 128731
      Doctorant

    A la Queen’s University de Belfast (où je suis actuellement) les mouvements étudiants se limitent pour le moment à des tractes et des posters et quelques petites actions.
    Cette université est pourtant directement concernée car elle fait partie du Russel Group et ses étudiants risquent donc de voir les frais tripler rapidement.
    J’ai peur que si la loi passe jeudi, les étudiants soient totalement résignés et abandonnent, à l’inverse des mouvements du CPE qui ont fait revenir en arrière le gouvernement français.

    edit : je ne manquerai pas de vous faire part des changements éventuels dans les heures à venir...

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