London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Un flic infiltré chez les écolos anglais... devient écolo

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 12/01/2011 à 10h23


(De Londres) Pendant sept ans, l’officier de police Mark Kennedy a espionné les activistes verts. Aujourd’hui, il a changé de camp. Ses aveux ont fait capoter le procès de six militants accusés d’avoir voulu occuper une centrale à charbon.

Pour son premier contact avec l’écologie radicale, la taupe a soigneusement étudié son look. Bouc et cheveux longs, tatouages et boucles d’oreille : celui qui se présente comme Mark Stone ne détone pas dans le groupe d’activistes réunis, en août 2003, dans une ferme du nord de l’Angleterre.

En pleine canicule, les militants de Earth First ! , un groupuscule né aux Etats-Unis, qui prône l’action directe, planifient leurs prochaines opérations secrètes pour sauver la planète.

Faux papiers et nom d’emprunt

La nouvelle recrue se fait très rapidement adouber grâce à trois atouts décisifs pour les opérations coup de poing en préparation :

  • c’est un grimpeur chevronné ;
  • il a une camionnette qu’il met à la disposition de l’organisation ;
  • il a toujours sur lui de l’argent liquide, avec lequel il avance les dépenses.

Pendant sept ans, le policier infiltré, doté de faux papiers sous son identité d’emprunt, s’affiche sur tous les fronts de l’anarchisme vert : il escalade un pylône électrique pour dénoncer les « crimes climatiques », s’enchaîne aux grilles d’une centrale nucléaire, intercepte un train transportant du charbon, manifeste contre la construction d’un barrage en Islande, milite avec l’extrême gauche allemande.

Son activisme le conduit dans une vingtaine de pays étrangers. Il côtoie les groupuscules les plus divers, des altermondialistes radicaux jusqu’aux fanatiques de la cause animale. Il participe aux violentes protestations contre le G8 à Gleneagles, en Ecosse en 2005 puis, quatre ans plus tard, contre le G20 à Londres.

Militant modèle ou agent provocateur ?

Militant modèle, Mark Stone est aussi une parfaite taupe, qui rapporte docilement les faits et gestes de ses nouveaux amis à l’unité spéciale de Scotland Yard chargée de surveiller les « extrémistes de l’intérieur ».

Dans les cercles activistes, son zèle finit par attirer les soupçons. En avril 2009, il se montre particulièrement entreprenant pour mener à bien le projet d’occupation de la plus grande centrale à charbon du Royaume-Uni. L’opération capote lorsque plus d’une centaine de militants sont arrêtés dans une école, quelques heures avant le déclenchement de l’opération.

C’est le plus vaste coup de filet jamais réalisé par la police britannique contre des manifestants pacifiques -et l’un des plus coûteux, estimé à plus de 360 000 euros. 26 personnes interpellées sont finalement mises en examen. Mark Stone n’en fait pas partie.

Le revirement de l’ex-espion devenu militant vert

En octobre 2009, ses camarades de lutte tombent, par hasard, sur un passeport avec sa véritable identité. Ils découvrent aussi que Mark Kennedy travaille pour Scotland Yard depuis presque vingt ans. L’agent sous couverture passe aux aveux et assure avoir quitté la police. Dans un enregistrement diffusé lundi soir par la BBC, il fait acte de repentance :

« Je me déteste, j’ai trahi tellement de gens. Si je peux aider à faire quelque chose de bien pour une fois, j’aimerais pouvoir le faire. »

Comme dans un bon polar hollywoodien, Mark Kennedy, réfugié depuis à l’étranger par crainte de représailles, explique aujourd’hui avoir épousé la cause de ceux qu’il était chargé d’espionner. Il se dit même prêt à témoigner en leur faveur devant la justice.

Les méthodes d’infiltration de Scotland Yard remises en cause

Ce spectaculaire revirement a eu pour effet immédiat d’annuler toutes les poursuites contre les militants accusés d’avoir voulu occuper la centrale à charbon. A peine ouvert, lundi, le procès a été aussitôt refermé, l’accusation cherchant à éviter un embarrassant déballage public sur les méthodes d’infiltration de la police.

Selon le Guardian, Mark Kennedy aurait coûté 300 000 euros par an, depuis 2003, au contribuable britannique. A l’heure de l’austérité budgétaire, l’apparente légèreté avec laquelle Scotland Yard utilise ses taupes pour espionner des mouvements pacifiques suscite des grincements de dents.

L’intéresse lui-même s’étonne, dans le document de la BBC, des moyens disproportionnés déployés pour contrer un activisme qui ne menace pas la sécurité publique. Et il laisse entendre qu’il y a d’autres taupes encore en activité :

« Je ne suis pas le seul, loin de là. C’est comme écraser une mouche avec un marteau. »

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  • destroyedlolo
    destroyedlolo
    Skieur fou
    • Posté à 11h08 le 12/01/2011
    • Internaute 96738
      Skieur fou

    S’il est vrais que les activistes britaniques sont plus « agressifs » que ce qu’on a en France, on ne peut que s’interroger sur la debauche de moyens face a des gens qui ne font que gratter la ou sa fait mal, et qui mettent en cause certains lobby bien installes.

    Malheureusement, on peut faire le parallele avec certaines affaires recentes en France ou les forces de polices ont ete utilisees pour des interets prives ...

  • Triple buse
    Triple buse
    Quand on voit ce qu'on voit, (...)
    • Posté à 11h41 le 12/01/2011
    • Internaute 117308
      Quand on voit ce qu'on voit, (...)

    La situation n’est pas similaire mais les récentes affaires concernant greenpeace rappellent que cette situation existe en France aussi... avec moins de moyens je pense (j’espère).

    3Buz

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 12h26 le 12/01/2011
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    « un activisme qui ne menace pas la sécurité publique » ?

    Il faudrait être un peu plus nuancé car, comme vous l’écrivez vous-même, au sein des mouvements écologistes il y a à boire et à manger

    « des altermondialistes radicaux jusqu’aux fanatiques de la cause animale »

    et concernant les militants extrêmes de la cause animale, ça peut aller très loin :

    Lien

    Lien

  • VickingJack
    VickingJack
    caressotherapeute bénévole
    • Posté à 14h08 le 12/01/2011
    • Internaute 96126
      caressotherapeute bénévole

    C’est l’ambiance actuelle dans les réunions d’activistes qui doit être joyeuse !
    « Je ne suis pas le seul, loin de là. » ! ! !
    J’imagine les regards de travers entre (ex)potes !
    Les méninges qui carburent pour savoir qui sont les autres traitres !

    Vu qu’il n’a pas dit qui sont les autres, ça pourrais même être un coup des services secrets : Lui étant grillé, autant qu’il fasse le plus de dégâts possible en semant le doute et la méfiance !

    Bon courage pour avoir des certitudes !

  • Tariec
    Tariec
    « Radio Paris ment », « Radio (...)
    • Posté à 14h50 le 12/01/2011
    • Internaute 37287
      « Radio Paris ment », « Radio (...)

    « L’intéresse lui-même s’étonne, dans le document de la BBC, des moyens disproportionnés déployés pour contrer un activisme qui ne menace pas la sécurité publique »

    Il n’a pas compris.
    Ce n’est pas la sécurité publique qui est menacée mais la sécurité du business.

    Des écolos pourraient remettre en cause certains fonctionnements économique.
    Style l’ex COGEMA aujourd’hui AREVA avec des méthodes de transport de déchets nucléaire plus que limites. Ou la sécurité des super générateurs ou...

    Et puis tout de même, dans nos sociétés Occidentales, l’ennemi de l’intérieur fout la trouille aux politiques.
    Tarnac toussa toussa...

  • bug-in
    bug-in répond à fdrebin
    situé
    • Posté à 14h57 le 12/01/2011
    • Internaute 62252
      situé

    Vous faites erreur. Ce que vous nommer l’écoterrorisme est une invention du FBI sur des activistes de Earth First (devenue l’ELF Earth Liberation Front) et l’ALF (Animal Liberation Front).

    Leurs actions font des dégats uniquement d’ordre économique et symbolique. Ils détruisent du matériel industriel et n’ont jamais tué personne... La sécurité publique n’est donc pas atteinte.

    (P.S a Rue 89 : comment s’effectue la sélection des commentaires ? je croyais que c’était au vote des lecteurs, mais visiblement, ce n’est pas le cas, les réponses entouré d’un cadre rouge entourant des réponses parfois peu voté... mais qui sont visiblement sélectionnée... PAR QUI ?)

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 20h18 le 12/01/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Elle est plutôt sympa cette histoire. Les bons ne sont pas toujours là où on voudrait nous le faire croire.
    Ce qui est vraiment inquiétant, c’est le pognon dépensé par SY pour espionner des gens quasi inoffensifs...al quaïda doit bien rigoler et les anglais peuvent trembler.
    Heureusement quand France cela ne risque pas d’arriver ! non ? j’ai dit une connerie ?

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