London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Première condamnation pour esclavage moderne à Londres

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 20/03/2011 à 17h03


Saeeda Khan, Britannique condamnée pour esclavage moderne (Suzanne Plunkett/Reuters)

(De Londres) Pendant plus de trois ans, Mwanahanisi Mruke a travaillé dix-huit heures par jour comme esclave domestique, sans repos ni salaire. Son ex-patronne a été condamnée cette semaine à lui verser 28 600 euros de dommages et intérêts. Elle échappe cependant à la prison ferme.

C’est une histoire presque trop banale pour faire la une des journaux. Mwanahanisi Mruke, 48 ans, n’a pas été battue ni abusée sexuellement. Mais depuis qu’elle a quitté sa Tanzanie natale, en 2006, elle a été soumise à une vraie torture psychologique, privée de liberté et contrainte à des travaux forcés. Son cas est emblématique des nouvelles formes d’esclavage moderne.

Le cauchemar débute il y a cinq ans, lorsqu’elle perd son emploi de femme de ménage dans un hôpital de Dar-es-Salam. Sans ressources, elle finit par accepter l’offre de Saeeda Khan, propriétaire de l’établissement, qui lui propose de venir travailler chez elle à Londres, où elle vit depuis trente ans.

Elle lui promet chaque mois 11,50 euros pour six heures de travail par jour, ainsi que 57 euros versées sur un compte bancaire en Tanzanie, pour financer les études de sa fille. Le contrat n’a jamais été honoré. Dès son arrivée à Harrow, banlieue résidentielle de l’ouest londonien, Mwanahanisi est soumise à un train d’enfer.

« J’étais traitée comme une esclave »

La journée débute à 6 heures du matin : ménage, cuisine, jardinage, disponibilité de tous les instants pour les deux enfants handicapés de la maîtresse des lieux. A minuit, la bonne à tout faire, nourrie de pain sec, est autorisée à déplier un matelas dans la cuisine pour dormir quelques heures, avant de recommencer le cycle infernal, sept jour sur sept.

Au bout de quelques mois, le « salaire » n’est plus versé. Son passeport lui est confisqué. Ses modestes biens sont cadenassés dans la cabane à outils, au fond du jardin. Ses contacts avec sa famille en Tanzanie sont étroitement surveillés. On lui refuse l’autorisation de rentrer à Dar-es-Salam pour enterrer ses parents, puis pour marier sa fille.

L’isolement de Mwanahanisi Mruke est renforcé par son incapacité à communiquer autrement qu’en swahili, sa langue natale. Des mois plus tard, elle s’est confiée, lors du procès de sa tortionnaire.

« L’amour de ma famille me manquait. Je n’avais pas de temps pour moi. Je travaillais des heures impossibles – parfois sans dormir.

J’espérais recevoir un salaire pour améliorer mon quotidien. Mais mes espoirs ont rapidement été anéantis. Je me sentais stupide. J’étais traitée comme une esclave. »

Sauvée par un traducteur anglais-swahili

En février 2010, après quarante mois d’enfer, Mwanahanisi Mruke finit par être autorisée à voir un médecin pour de graves problèmes de varices. C’est le traducteur swahili-anglais, présent lors de la consultation, qui va sonner l’alarme. Il prend contact avec l’association de soutien aux travailleurs migrants domestiques Kalayaan, qui alerte la police.

L’enquête est confiée à la section « Exploitation humaine et crime organisé » de Scotland Yard. Elle débouche sur le premier procès devant un tribunal britannique pour esclavage domestique. Durant les audiences, l’accusée, Saeeda Khan, médecin à la retraite de 68 ans, continue à nier l’évidence en affirmant que la victime était heureuse de travailler pour elle.

Le 16 mars, Saeeda Khan a été reconnue coupable de trafic d’êtres humains. Son comportement a été qualifié par le juge d’« inhumain et cupide ». L’infraction est passible d’une peine maximale de dix ans de prison. Mais elle n’a écopé que de neuf mois, une peine que le juge a suspendue pendant deux ans, en invoquant l’âge et la santé fragile de l’accusée, ainsi que le fait qu’elle ait deux enfants handicapés à charge.

Saeeda Khan a donc quitté libre la salle d’audience. Sa seule punition est le versement de 28 600 euros de dommages et intérêts à Mwanahanisi Mruke, ainsi qu’une amende de 17 000 euros.

« 90 centimes de l’heure » de dommages et intérêts

L’association Kalayaan, qui a contribué à briser la loi du silence en assistant la victime, a salué une décision de justice historique, tout en déplorant que la peine ne soit pas à la hauteur de l’enjeu.

« Nous sommes déçus que la peine soit si faible. La travailleuse domestique a perdu quatre années de sa vie.

Nous sommes perplexes face à la logique qui a conduit à fixer le montant de la compensation. Rapporté aux nombres d’heures travaillées, cela revient à une rémunération de 90 centimes de l’heure »


Affiche de la campagne britannique contre l’esclavage moderne (38 Degrees)

Les organisations de défense des droits de l’homme espèrent que cette première condamnation pour esclavage moderne permettra à d’autres victimes d’avoir le courage de témoigner.

On estime à un millier le nombre de personnes réduites à un état de servitude en Grande-Bretagne, comme travailleur domestique, saisonnier dans l’agriculture ou ouvrier en usine. La grande majorité d’entre eux sont des étrangers en situation irrégulière et la menace d’expulsion les dissuade bien souvent de porter plainte.

Les associations exigent des garanties sur la protection des victimes. Une pétition a été lancée pour réclamer la ratification par le gouvernement de David Cameron de la législation européenne contre le trafic d’êtres humains.

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  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 17h23 le 20/03/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    « Elle échappe cependant à la prison ferme. »

    C’est pas vraiment une condamnation de l’esclavage, alors.

    L’esclavage moderne n’est pas reconnu par l’UNICEF !
    L’esclavage moderne n’est pas reconnu par l’UNESCO !
    Sur le sujet, langue de bois
    Il vaut mieux pas
    S’attirer la foudre d’une bonne cinquantaine d’états
    Membres des Nations Unies
    De toute façon le sujet n’intéresse ni
    Amnesty
    Ni la fondation de France ni
    France Liberté de Madame Mitterrand
    Anti Slavery, la seule assos qui va de l’avant...

  • gastonduf
    gastonduf
    cryptoquoi ?
    • Posté à 17h34 le 20/03/2011
    • Internaute 24314
      cryptoquoi ?

    C’est à vomir, autant le comportement de cette vieille anglaise indigne que cette décision de « justice » (de classe) qui fout la nausée...
    Il se passe la même chose dans certaines familles de fonctionnaires internationaux que leur passeports diplomatiques protègent de poursuites devant les tribunaux.

  • Rose.Arno
    Rose.Arno répond à gastonduf
    Enseignante
    • Posté à 18h54 le 20/03/2011
    • Expert 136988
      Enseignante

    Une vieille anglaise indigne ?

    Saeeda Khan, malgré ses soixante huit ans, a l’air plutôt d’une nouvelle anglaise.
    Elle avait des liens professionnels et identitaires avec la Tanzanie qui lui ont permis cette mise en « esclavage ».

  • monOpinion-
    monOpinion-
    Coon & Friends
    • Posté à 19h55 le 20/03/2011
    • Internaute 22434
      Coon & Friends

    Pourquoi parler d’esclavage « moderne » ? C’est mieux peut-être d’être un esclave « moderne » qu’un esclave tout court ?

    Ou ça signifierait qu’il fut un temps où l’esclavage existait, qu’on l’a erradiqué, et qu’aujourd’hui dans nos belles sociétés libres et démocratique on a le droit à un esclavage hype-2.0++...

  • mezneth
    mezneth
    Onomatopée antropomorphe
    • Posté à 23h10 le 20/03/2011
    • Internaute 70709
      Onomatopée antropomorphe

    Moralité du procès : Même avec l’amende, à ce prix, ca reste très intéressant de pratiquer l’esclavage moderne (10 fois moins cher qu’un travailleur déclaré, 20 fois moins cher si on compte les charges)

  • juju26
    juju26
    Accrocheur
    • Posté à 01h31 le 21/03/2011
    • Internaute 137870
      Accrocheur

    Oh les méchants blancs racistes !
    Et les pakistanais qui prostituent des filles blanches de 14 ans, Rue89 n’en parle pas ? Oui oui, en Angleterre aussi :
    Lien

    Ah vous l’ignoriez... Dommage, mais j’ai comme envie d’y voir du deux poids deux mesures, du genre on met sur le devant les méchants blancs racistes qui font travailler les pauvres immigrés, mais pas quand les pauvres immigrés prostituent des méchantes petites filles blanches.

  • kingpanthera
    kingpanthera répond à juju26
    roi des felins
    • Posté à 12h15 le 21/03/2011
    • Internaute 122070
      roi des felins

    vous n’avais pas réellement écrit cela ?
    mais relisez l’article ET les commentaires ! !
    - l’accusée est anglaise.point.
    personne n’a parlé de couleur de peau monsieur : blanc vs immigré
    choisissez vos mots et vos combats plutôt que de faire reculer cette discussion à cette fameuse concéption raciste du blanc contre le reste du monde.
    pour information il y a :
    -des noirs exploités par des noirs
    -des blancs exploités par des blancs
    -des pakistanais exploitant des noirs ect et ce petit melange crée de façons tout a fait polyculturel le joyeux merdier dans lequel nous vivons.
    au passage pouvez vous définir le mot « blanc » tel que vous l’utilisez ? cela je pense pourra surment nous eclairer sur les relents raciste de votre conception du monde

  • Sam_Sallung
    Sam_Sallung
    bulleur en Thaïlande
    • Posté à 05h35 le 22/03/2011
    • Internaute 149689
      bulleur en Thaïlande

    Bonjour,
    J’habite le LOS (Land Od Smile), le pays du sourire en langue française ; aussi appelé le pays des bisounours car beaucoup croient que c’est le paradis ici...
    S’ils savaient comment beaucoup de thaï traitent leurs voisins birmans laotiens ou cambodgiens...ils ne viendraient plus en vacances ici.
    L’esclavagisme est plus que toléré ici ; des millions d’immigrés sans papiers travaillent tout à fait légalement en Thaïlande ;
    leurs passeports sont confisqués, les salaires sont très aléatoires,
    deux à trois bols de riz avec une petite sauce de poisson par jour,
    une natte par terre dans la cuisine ouverte à tous vents (et pluie)
    et bien sûr au premier mot de révolte, de contestation, c’est retour au pays d’origine...
    La Thaïlande, l’autre pays de « Botus et mouche cousue »

    Je ne vais pas jeter la pierre à cette dame médecin retraitée qui pratique dans son pays d’adoption, l’Angleterre, ce qui se pratique tout à fait normalement chez elle....
    Pour elle c’est normal, ça s’est toujours fait depuis si longtemps en Tanzanie...

    Par contre , comme d’autres ici, je ne comprends pas cette décision indigne d’un tribunal (anglais) ;
    ça va conforter les employeurs indignes qu’ils peuvent continuer leur petit manège, ça coûte si peu de se faire prendre....

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