London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

Victoire des indépendantistes en Ecosse = mort du Royaume-Uni ?

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 10/05/2011 à 11h13

Le SNP, gagnant des élections locales du 5 mai, veut un référendum sur l’indépendance. L’avenir du Royaume-Uni est en jeu.


(De Londres) Vu de Londres, l’Ecosse, c’est « le nord de la frontière », un territoire lointain et méconnu, où l’on parle la langue de Shakespeare en roulant les « r ». Moins on en entend parler, mieux on se porte.

Mais depuis le 6 mai au matin, l’Ecosse est au cœur de toutes les conversations. Les Anglais n’en reviennent pas de l’ingratitude de leurs cousins septentrionaux, qui ont eu l’outrecuidance de préférer les indépendantistes du Scottish National Party (SNP) aux partis traditionnels du royaume.

Le triomphe électoral du SNP, qui a rassemblé 47% des voix, est sans précédent. Jamais, dans la courte histoire du Parlement écossais contemporain, établi en 1999, un parti n’avait obtenu la majorité absolue. Avec 69 élus sur 129, Alex Salmond, le premier ministre écossais et leader du SNP, qui dirigeait depuis 2007 un gouvernement minoritaire, va désormais pourvoir s’appuyer sur une confortable majorité.

« L’indépendance est inéluctable »

« L’indépendance est inéluctable » a-t-il estimé après sa victoire, en confirmant sa volonté d’organiser un référendum sur la séparation d’ici la fin de son mandat, en 2016.

A Westminster, le microcosme politique, qui n’a rien vu venir, tremble sur ses bases, comme en témoigne l’éditorial publié le 6 mai par le très conservateur Daily Telegraph :

« Le spectaculaire succès du SNP n’a pas uniquement transformé le paysage politique au nord de la frontière, mais potentiellement dans tout le Royaume-Uni. Le 5 mai 2011 pourrait bien devenir la date la plus importante dans l’histoire récente de ce pays. »

Une victoire du « oui » à un référendum sur l’indépendance serait effectivement lourde de conséquences. Il ne se traduirait pas seulement par la sécession de l’Ecosse, mais par la disparition pure et simple du Royaume-Uni tel qu’il existe depuis 1707, lorsque les royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, après plus de huit siècles de coexistence houleuse, ont fusionné pour donner naissance au Royaume-Uni de Grande-Bretagne.

Une minorité pour la séparation de l’Ecosse et de l’Angleterre

On n’en est pas encore là. Les « unionistes » se rassurent en scrutant les enquêtes d’opinion, qui donnent toutes le camp indépendantiste largement minoritaire, entre 25% et 30% de la population écossaise. Mais les mêmes instituts de sondages prédisaient encore, il y a quelques semaines, une large victoire des travaillistes aux élections locales !

Fin stratège, Alex Salmond a déjà démontré qu’il était capable de déjouer tous les pronostics. Contrairement aux souverainistes québécois, qui viennent de se prendre une raclée sans précédent, le leader du SNP veut prendre le temps de créer les conditions pour une victoire du oui au referendum.

Il a prévenu que la consultation n’aurait pas lieu tout de suite. Sa priorité est d’abord d’obtenir de Londres davantage d’autonomie fiscale et économique. Il veut notamment arracher au gouvernement britannique des concessions sur un meilleur partage des recettes du pétrole de la mer du Nord et des domaines royaux. Ces derniers, qui comprennent une partie du littoral, pourraient bénéficier du développement à venir d’éoliennes offshore.

Alex Salmond, la politique des petits pas

Alex Salmond fait le pari qu’avec un bilan positif, il parviendra à convaincre une majorité, d’ici 2014 ou 2015, que l’indépendance est une option économiquement viable pour un petit pays de 5 millions d’habitants sans grande ressource. Jusque-là, cette stratégie des petits pas a été payante.


Sean Connery en 1999 (Georges Biard/Wikimedia Commons)

Dès son arrivée à la tête du parti en 1990, il a cherché à élargir l’audience du SNP, notamment en enrôlant l’Ecossais le plus célèbre au monde, Sean Connery, comme porte-parole du mouvement. En 2007, il a mis à profit sa courte victoire pour démontrer sa capacité à gouverner.

Son triomphe de la semaine dernière tient autant, sinon plus, à sa politique de gratuité des soins aux personnes âgées et des universités (au moment où les frais de scolarité triplent en Angleterre) qu’à sa plateforme indépendantiste.

Signe de la popularité d’Alex Salmond, le Scottish Sun, premier tabloïd d’Ecosse, a appelé à voter pour lui cette année alors qu’en 2007, il avait publié une corde du pendu à la une pour illustrer les dangers d’un vote SNP.

La déferlante SNP a totalement pris de court les partis traditionnels. Le premier ministre conservateur David Cameron, dont le parti n’a jamais été populaire en Ecosse, a promis à Alex Salmond de ne pas s’opposer à l’organisation d’un référendum, tout en assurant qu’il se battrait de « toutes ses fibres », pour faire échec à l’indépendance.

Les caciques Tories réclament de faire de la préservation du Royaume-Uni une priorité nationale.

L’Ecosse n’est plus un bastion travailliste

La montée du SNP est surtout une claque pour les travaillistes, qui considéraient l’Ecosse comme un bastion électoral. Le nouveau chef du parti, Ed Miliband, avait imprudemment désigné l’Ecosse, en novembre 2010, comme le début de la reconquête du pouvoir. Il en ressort aujourd’hui considérablement affaibli.

Incapable d’opposer une stratégie crédible au succès du SNP, Ed Milliband continue à diaboliser Alex Salmond :

« Je pense que ce qu’il propose est dangereux en termes de séparatisme. »

Paradoxalement, le succès d’Alex Salmond a été rendu possible par la politique de régionalisation mise en œuvre par les travaillistes à la fin des années 1990.

C’est à contrecœur que Tony Blair a ressuscité, en 1999, le Parlement écossais, dans le cadre d’une réforme qui a aussi bénéficié à l’Irlande du Nord et au pays de Galles. Il avait concocté à l’époque un mode de scrutin sur mesure, mi-majoritaire, mi-proportionnel, censé empêcher la prédominance d’un seul parti – tout en assurant la domination du Labour.

La régionalisation devait « tuer le nationalisme pour toujours », prédisaient les auteurs de la réforme. Douze ans plus tard, les indépendantistes écossais sont plus puissants que jamais. Et ils ont la capacité d’anéantir l’ensemble du Royaume-Uni. Les bookmakers ont déjà ouvert les paris sur l’avenir de l’Ecosse.

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  • Gorn
    Gorn
    Geek farceur
    • Posté à 11h23 le 10/05/2011
    • Internaute 92890
      Geek farceur

    C’est surtout les questions economiques qui dominent et vont continuer de dominer le debat. La presse anglaise montre egalement que la situation economique du pays si on retire l’ecosse est bien meilleure car l’ecosse a une situation economique bien plus difficile en particulier pour le taux de chomage.

    Il y a peu de chance que le gouvernement lache du lest sur le petrole.Pour le moment, la secession serait economiquement suicidaire pour l’ecosse.

  • WhiteWarrior-
    • Posté à 11h24 le 10/05/2011
    • Internaute 129329

    L’ue est l’arbre qui pudiquement cache la forêt de la balkanisation européenne : aprés l’éclatement de l’urss, de la yougoslavie, de la tchécoslovaquie, il semble que nous nous orientons vers un éclatement de nos vieux Etats-nations d’Europe occidentale , car, hormis l’Ecosse, la Belgique sans gouvernement est à 2 doigts d’éclater, la Catalogne espagnole (sans même mentionner le Pays Basque) est de plus en plus indépendantiste, sans parler (moins connu) du Groenland et des Iles Féroé qui évoluent vers l’indépendance vis à vis de la mère patrie danoise.
    Chez nous, la Nouvelle Calédonie devrait l’année prochaine voter dans un référendum d’autodétermnation.
    Et j’en oublie sans doute...où ménera cette explosion de micro-Etats ? à rien de bon je pense, mais ce n’est que mon analyse personnelle,forcément subjective.

  • ShredBluZ
    ShredBluZ
    Ingénieur Agronome
    • Posté à 11h43 le 10/05/2011
    • Internaute 50286
      Ingénieur Agronome

    Très simples réflexions qui me viennent d’un séjour mémorable dans les Highlands :

    - une petite population sur un large territoire
    - des taux de chômage assez forts, une population ouvrière en mauvais état (54 ans d’espérance de vie à Glasgow, des villes souvent découpées entre l’aristocratie terrienne et une majorité d’ouvriers en situations difficiles)
    - effectivement, des ressources pétrolières assez présentes (tout le monde là-bas connaît au moins une personne qui passe la moitié de l’année à travailler sur une plateforme)
    - un problème énorme, dans l’éventualité de l’indépendance : l’accès au foncier, détenu pour l’écrasante majorité par l’aristocratie anglaise (la reine d’Angleterre en tête, c’est la première bénéficiaire de primes de la Politique Agricole Commune)
    - un patrimoine culturel, paysager, gastronomique très fort

    J’ai du mal à réfléchir ce matin, difficile de tirer des conclusions.

  • groucho2613
    groucho2613 répond à WhiteWarrior-
    Expert es Qualité
    • Posté à 11h46 le 10/05/2011
    • Internaute 65920
      Expert es Qualité

    Le Royaume Uni n’a jamais été un état nation, mais plutôt un état de nations. Et l’Ecosse est une nation à part entière à l’histoire millénaire.
    Il n’est pas question ici d’une région riche refusant de payer pour une région pauvre (L’Angleterre est bien la plus riche des 4 nations brittaniques), mais d’une nation (au sens oú vous l’entendez) qui veut prendre son destin en main.

    Pour la même raison que l’Irlande a accédé à l’indépendance, il n’y a pas de raisons que l’Ecosse ne l’atteigne pas !

    Quand à savoir pourquoi cela ne menerait à rien de bon, j’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi !

  • Gorn
    Gorn répond à ShredBluZ
    Geek farceur
    • Posté à 12h16 le 10/05/2011
    • Internaute 92890
      Geek farceur

    C’est pour ces raisons que l’autonomie serait difficile et pour cela que la population ecossaise ne souhaite pas l’independance. A voir plus tard si les choses evoluent dans les prochaines annees..

    Car c’est comme la polynesie, l’independance pourquoi pas mais ensuite il ne faut pas demander des subsides a la metropole.

  • WhiteWarrior-
    • Posté à 12h21 le 10/05/2011
    • Internaute 129329

    ...tout simplement parce qu’une fois la boite de Pandore ouverte, il n’y a pas de raison que çà s’arrête, et partout sur la Planéte les forces centrifuges et les particularismes l’emporteront, et le provincialisme souvent borné des « gens qui sont nés quelque part » comme disait Brassens qui les accompagne.
    On est loin ici de l’universalisme que la gauche ex jacobine semble de plus en plus abandonner (du moins quand il ne s’agit pas de l’hexagone ? ? ? ? ?). Multiplication des frontières= multiplication des conflits...

  • Jerome_B
    Jerome_B répond à WhiteWarrior-
    • Posté à 12h36 le 10/05/2011
    • Expert 81512

    Pas d’accord, on peut tout à fait envisager sa culture et sa gouvernance locale comme quelque chose d’ouvert aux autres, de porté vers l’échange et comme une nouvelle richesse culturelle et sociale à exploiter .....

    Le jacobinisme parisien a fait bien assez de mal en muselant par la force les particularismes locaux et les cultures régionales du territoire français ..... je fais bien plus confiance à des régionalistes ouverts, tolérants et amoureux de leur région et de leur culture pour porter un projet de gauche qu’à des libéraux décomplexés du 16ème arrondissement de la Caaaaaaapitale ........

  • oomu
    oomu répond à Jerome_B
    • Posté à 12h53 le 10/05/2011
    • Internaute 24928

    Le monde a une histoire.

    Séparer les gens, créer des frontières les isolant, cultiver le régionalisme a de tout temps créé qu’une chose : la haine qui engendrera la guerre et la destruction.

    Les indépendantiste ne veulent qu’une chose : créer du pouvoir local pour se l’approprier et vous violenter.

  • Biloo
    Biloo
    Citoyen éveillé.
    • Posté à 13h58 le 10/05/2011
    • Internaute 141342
      Citoyen éveillé.

    C’est quand même abbérant, les anglais montent les frais universitaires a 9000 livres l’année pour des coupes budgétaire et les écossais garantissent l’université gratuite. Ils ont pourtant de tres tres bonnes universités. Bien plus qu’en France, le gouvernement anglais prend les anglais pour des pigeons, et les anglais ont un sens de la protestation quasi inexistant (apres leur avoir supprimé tout droit de greve aussi, c’est pas étonant)
    Que l’écosse soit indépendante n’est peut etre pas un mal mais les anglais ça va leur faire plus que bizarre ! !

  • pakson
    pakson
    Etudiant
    • Posté à 16h05 le 10/05/2011
    • Internaute 149909
      Etudiant

    Ca fait tout de suite moins classe...

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