Chez Pascal Boniface

Le blog de Pascal Boniface, directeur de l'Iris.

Yade aux sports : un tremplin pour les droits de l'homme

Publié le 26/06/2009 à 17h33

Le remaniement ministériel est venu supprimer le secrétariat d’Etat aux droits de l’homme. Rama Yade, titulaire de ce poste, va prendre en charge le secrétariat d’Etat aux sports. Ce « transfert » est plutôt considéré comme une sanction de l’intéressée que l’on disait en froid tant avec son ministre de tutelle que le président de la république.

Quelle qu’en soit la motivation, l’attribution de cette nouvelle fonction constitue une opportunité pour Rama Yade : elle avait un ministère de la parole, considéré comme cosmétique ou en trompe l’œil, elle hérite d’un ministère d’action.

Le poste de secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, rattaché spécifiquement au ministère des Affaires étrangères, n’avait pas de logique. Il ignorait totalement la protection des droits de l’homme en France et établissait une division artificielle entre politique étrangère et politique des droits de l’homme.

Il nourrissait le soupçon à l’étranger d’instrumentalisation des droits de l’homme à des fins géopolitiques en en faisant une application sélective, tenant compte non pas de l’ampleur de la violation des droits de l’homme, mais des liens stratégiques établis avec tel ou tel pays ou de l’image dans l’opinion publique de tel ou tel pays.

Le passage d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme à celui aux sports confèrera en fait à Rama Yade une marge de manœuvre bien plus importante pour promouvoir un droit de l’homme en particulier : le sport.

Le sport crée du lien social

Le sport est certainement l’activité qui fédère le plus et qui crée le plus de lien social. En effet, y-a-t-il une autre organisation comptant 2,3 millions de membres à jour de leur cotisation comme la fédération française de football, auxquels il faut ajouter l’entourage et les spectateurs ?

Le mouvement olympique considère d’ailleurs que « la pratique du sport est un droit de l’homme “, autrement dit tous les individus devraient être en mesure se s’épanouir au travers de la pratique du sport. Le sport, outil de socialisation et cadre de prévention, peut pourtant apporter beaucoup à des populations déshéritées, tant dans des zones urbaines que dans des zones de conflit. Cela tient à ses vertus éducatives et à son potentiel de mobilisation.

De plus en plus le sport a vocation a être utilisé dans des périodes post conflictuelles pour aider aux réconciliations ou à la reconstruction de liens sociaux. La très grande visibilité du sport et son impact médiatique lui donnent une responsabilité de plus en plus grande. Le mouvement sportif international est en première ligne pour impulser cette dynamique et promouvoir le sport comme vecteur de développement et de paix.

Il est caricatural de considérer que tous les sportifs de haut niveau sont des personnes égotiques et égoïstes. C’est le cas de certains. Mais d’autres sont au contraire conscients de leur valeur d’exemple et prêts à s’engager pour des causes d’intérêt général. De nombreux responsables s’en rendent compte et mettent le sport au service d’un objectif qui dépasse celui-ci.

La réconciliation par le sport

A titre d’exemple, l’organisation Peace an Sports aide et fédère de nombreux projets concrets d’apaisement de tensions ou de réconciliation grâce au sport. Les organisations internationales également sont amenées à intégrer ce paramètre dans leurs programmes d’action.

La promotion du sport peut être appréhendée autrement que sous le prisme d’une politique publique restreinte au champ national. Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Rama Yade était réticente à prendre en compte la dimension et le rayonnement international du sport, car le sport est dans la perception publique l’un des champs réservés où les diversités et ses talents peuvent s’exercer et qu’elle ne voulait pas être confinée à l’image de la diversité.

Si elle sait fédérer l’énergie et les motivations des sportifs dans le domaine de la promotion de droits humains, sa nomination apparaîtra comme une promotion, non comme une relégation. Jusqu’ici les responsables de l’action extérieure ont été insensibles au levier que le sport peut constituer comme moyen d’action internationale. C’est donc un boulevard qui s’ouvre devant Rama Yade.

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  • ZonZon la MouChe
    ZonZon la MouChe
    ni dieu ni maître !
    • Posté à 18h02 le 26/06/2009
    • Internaute 53182
      ni dieu ni maître !

    Melle Yade a dû pousser un ouf de soulagement en constatant qu’elle pourrait garder sa voiture et son chauffeur.

    Maintenant qu’elle est soulagée, on aimerait bien qu’elle redonne tous son sens à la politique sportive nationale et à la mission de service public du sport qu’on connaissait depuis 1936 avec la nomination, pour la première fois, d’un Secrétariat d’Etat qui réunissait alors l’Education Populaire, les Sports et l’Organisation des Loisirs.

    Parce que mine de rien, M. Laporte, sorti de son sport professionnel, n’a rien impulsé :
    - éclatement du Ministère Jeunesse et Sports
    - suppression des missions de jeunesse, d’éducation populaire, de la vie associative parties dans un Haut Commissariat à la Jeunesse
    - baisse du nombre de postes
    - disparition des formations et des diplômes
    - disparition de beaucoup de CREPS (centres régionaux d’éducation physique et sportive),
    - disparition des directions jeunesse et sport, bientôt noyées dans le vaste ensemble très administratif de la « cohésion sociale », alors qu’elles assuraient le lien avec le mouvement sportif local.
    etc

    M. Laporte a privilégié l’argent au sport, en favorisant les clubs professionnels, en oubliant que pour devenir professionnels, les sportifs doivent passer par le vivier que sont les petits clubs et les fédérations sportives.

    Pour terminer, le budget des Sports n’a jamais été aussi réduit : 19 millions d’euros seront retirés dans le budget 2010 par rapport à celui de 2009 (187 millions)

    Melle Yade, au boulot.

  • zorbec
    zorbec
    retraité
    • Posté à 18h06 le 26/06/2009
    • Internaute 9945
      retraité

    Bonjour Mr.Boniface,
    Je vous écoute toujours avec intérêt lors de vos interventions(trop rares) à « C’dans l’air »,mais je ne vois pas pourquoi R.Yade ferait une bonne secrétaire d’Etat aux sports suite à son passage droits de l’Homme,où ses prises de positions beaucoup trop alignées sur celles de N$(Khadafi,les J.O)n’ont pas été à mon avis très convaincantes ;
    Cette femme parait intelligente ,mais son égo est vraiment démesuré,un peu de modestie de sa part serait la bienvenue,on pouvait espérer qu’après la claque prise aux municipales çà allait s’arranger,il faut dire qu’avec l’entourage qu’elle a et qu’elle soutient on ne peut pas s’attendre à autre chose !

  • gpciczar
    • Posté à 18h25 le 26/06/2009
    • Internaute 22215

    J’étais un peu sceptique sur la nomination de Rama Yade aux sports (qui n’est toujours pas un Ministère, mais un simple Secrétariat d’Etat)...et puis je me suis dit que Marie Georges Buffet ne devait pas y connaître grand chose avant de prendre le poste et force est de constater qu’elle a fait un excellent boulot.

  • jia
    jia
    Riverain enthousiaste
    • Posté à 19h00 le 26/06/2009
    • Internaute 52311
      Riverain enthousiaste

    Extraordinaire ! On ne pouvait rêver mieux dans la célébration béate du sport qui sévit depuis très longtemps maintenant. Comme si le sport n’était porteur que de vertus. Le sport c’est aussi, le sport buisness, les matchs truqués et l’exploitation humaine (je pense aux jeunes notamment africains à qui on fait miroiter un contrat de footballeur professionnel et que l’on laisse à la rue sans le sou), c’est aussi le dopage. C’est aussi (et oui) la violence.

    Les arguments avancés par Pascal Boniface sont intéressants, car oui le sport est aussi facteur de pacification, de jeu, tout cela est vrai. Mais de grâce arrêtons avec ces célébrations béates de « l’esprit sportif ».

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 20h25 le 26/06/2009
    • Internaute 38063
      v2=notes articles en moins...

    « Le sport, outil de socialisation et cadre de prévention, peut pourtant apporter beaucoup à des populations déshéritées, tant dans des zones urbaines que dans des zones de conflit.
    Cela tient à ses vertus éducatives et à son potentiel de mobilisation.

    De plus en plus le sport a vocation a être utilisé dans des périodes post conflictuelles pour aider aux réconciliations ou à la reconstruction de liens sociaux. »

    Et voilà qu’on nous refait le coup du sport comme remède à la crise sociale, comme si bien évidemment cette crise elle même relevait d’une simple anomalie conjoncturelle et non pas le signe évident d’une structure profondément défaillante, qui utilise, génère et entretien sa propre pauvreté et ses divisions pour que puisse exister ce qu’elle nome ailleurs richesse.

    Un autre point de vue :
    « Mais là n’est pas l’essentiel, et c’est pourquoi on ne guérira pas la fatigue “ pathologique ” par le sport et l’exercice musculaire, comme le disent les spécialistes naïfs (pas plus que par des tranquillisants ou des stimulants). Car la fatigue est une contestation larvée, qui se retourne contre soi et qui s’ “ incarne ” dans son propre corps parce que, dans certaines conditions, c’est la seule chose à laquelle l’individu dépossédé puisse s’en prendre. De la même façon que les Noirs qui se révoltent dans les viles d’Amérique commencent par brûler leurs propres quartiers. La vrai passivité est dans la conformité joyeuse au système, chez le cadre “ dynamique ”, l’œil vif et l’épaule large, parfaitement adapté à son activité continuelle. La fatigue, elle, est une activité, une révolte latente, endémique, inconsciente d’elle-même.
    (…)
    Et c’est parce qu’elle est une activité (latente) qu’elle peut soudainement se reconvertir en révolte ouverte, comme le mois de mai l’a partout montré. La contagion spontanée, totale, la “ traînée de poudre ” du mouvement de mai ne se comprend que dans cette hypothèse : ce qu’on prenait pour une atonie, une désaffection, une passivité généralisée était en fait un potentiel de forces actives dans leur résignation même, dans leur fatigue, dans leur reflux, et donc immédiatement disponibles
    - Jean Baudrillard – “ La société de consommation ”

  • Lairderien
    • Posté à 21h21 le 26/06/2009
    • Internaute 22751

    Franchement tout ce texte apparemment à prendre au 1er degré, pour parler de Rama Yade, dont à mon avis le seul souci était de savoir si elle allait pouvoir conserver une place dans ce gouvernement, n’importe laquelle faisant l’affaire, c’était bien inutile ou alors on nous prend pour des demeurés.

    Cette jeune personne se fiche bien à mon humble avis de toutes les considérations exposées ici.

  • Léo01
    Léo01
    étudiant
    • Posté à 22h19 le 26/06/2009
    • Internaute 76182
      étudiant

    D’une part on se moque un peu du sort politique d’une ministre de Sarkozy. Elle le savait avant que bosser pour cet homme-là ce ne serait pas un cadeau. Tanpis pour elle, donc.

    D’autre part, les dirigeants du CIO ont beau jeu de dire que le sport est un droit de l’Homme. Evidemment, puisque c’est leur buziness ! ! ! Ils veulent étendre leurs affaires en jouant sur ce sentiment.

    De la part d’une organisation qui a organiser ses derniers JO dans la plus grande dictature du monde, le fait même d’utiliser les mots « droits de l’Homme » est une insulte pour tous les opposants au régime de Pékin qui croupissent en prison.

    L’argument de la paix se tient. Mais pas dans tous les cas : les JO de Pékin ont eut lieu quelques temps seulement après la répression au Tibet. Pour le symbole, vous repasserez .
    On peut ajouter que les JO de 1936 (ou 1937 ?) ont eu lieu à Berlin alors que les Juifs d’Allemagne étaient déjà persécutés.

    Enfin, l’accès aux sports est un loisir. Rien de plus. Le considérer comme un droit de l’Homme est un caprice d’occidental. Je préfère que la communauté internationale (et le gouvernement français) se concentrent sur les VRAIS droits de l’Homme à accorder aux habitants des pays du Sud.

    Une fois que les droits de l’Homme essentiels auront été respectés un peu partout, on pourra se pencher sur le sport...

  • Hodie
    • Posté à 22h38 le 26/06/2009
    • Internaute 35669

    C’est une parole d’Evangile que celle-là, de quelqu’un qui s’exprime pour sa belle Egise (le sport) et croit en son nouveau messie et tente de nous convaincre, que oui mes frères nous sommes sauvés, car voilà Yade arrivée. C’est un beau message, plein d’espoir pour nous tous. C’est la bonne nouvelle tant attendue. (Sinon on peut penser que c’est bel et bien une condamnation aux enfers du sport ou bien qu’il s’agit là d’une brillante idée de notre Président en vue de la prochiane Coupe du Monde de foot, en Afrique du Sud ou bien ...).

  • jean-du-cep
    • Posté à 22h45 le 26/06/2009
    • Internaute 12177

    à M. Pascal Boniface.
    Mme Rama Yade aurait donc plus de moyens parce que placée à un poste d’action et non seulement de parole.
    Mais en a-t-elle fait le choix ?
    A-t-elle notamment ce désir de jouer la carte des droits de l’homme maintenant que, nommée au secrétariat aux sports, elle a un meilleur jeu en main ?
    Je souhaite vivement que votre analyse soit juste, qu’elle ait effectivement un boulevard devant elle et qu’elle ait envie de s’y engager. Et si c’est le cas, espérons aussi qu’on lui en laissera les moyens... Ce serait l’occasion de montrer que le sport ne se limite pas au sport médiatisé (la compétition, le vedétariat, la pub et l’argent, le hooliganisme...) mais qu’il a par nature ses lettres de noblesse et qu’il peut les entretenir et en conquérir de nouvelles par le lien social et les actions politiques (entendues dans un sens très large) qu’il peut mener.
    Moi qui ait horreur du sport à la télé (tout en aimant occasionnellement en pratiquer) je serais fier de notre Secrétaire d’Etat aux Sports et serais prêt à l’accompagner ou l’encourager si elle s’engageait sur le boulevard politique du rapprochement des peuples.
    J’espère que nous ne rêvons pas, mais après tout beaucoup de réalités ont d’abord été rêvées.

  • Morinières
    • Posté à 01h03 le 27/06/2009
    • Internaute 20869

    Je suis d’accord avec l’argumentation. Je comprends parfaitement le lien qui peut exister entre sport et conscience. Là où j’émets des doutes sur le fond de l’argumentaire, c’est quand vous dites que le sport peut aider les droits de l’homme. On a bien vu au moment des JO de Pékin qu’il était ridicule de demander à des sportifs de faire le travail des hommes politiques. Ensuite, j’ai un peu de mal à vous suivre quand vous semblez dire que si elle aime tant les droits de l’homme elle n’a qu’à en faire dans le cadre de son nouveau secrétariat d’état. Le problème c’est que ce n’est pas ce qu’on demande à un ministre des sports. Elle a surement plein de dossiers qui doivent attendre (avec une jolie épaisseur de poussière)... La question que je me pose avant tout est : si il s’était agit de Fadela Amara, aurait-on dit qu’elle aurait pu mettre de ses anciennes prérogatives dans son nouveau ministère ?

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