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Parc des Princes : « Tous PSG », le plan de la dernière chance

Publié le 23/05/2010 à 11h49


Antoine Kombouaré lors d’un match Lille-PSG au Parc des Princes le 30 août 2009 (Benoît Tessier/Reuters).

Dans une tribune récemment publiée sur Rue89, Sami Battikh disait voir dans le plan « Tous PSG » un moyen pour le fonds de pension Colony, propriétaire du club, de se débarrasser des supporters et de faire du PSG une entreprise de sport spectacle.

Je pense au contraire que le plan présenté par Robin Leproux est sans doute celui de la dernière chance pour le Paris Saint-Germain. Il n’est pas certain de réussir. Mais à terme, si rien n’était fait, c’est la mort programmée du club qui était certaine.

Les relations entre les tribunes Auteuil et Boulogne ont atteint un tel niveau de haine, qu’il est impossible que la situation se normalise d’elle-même ou par appel au calme ou à la réflexion des protagonistes.

Lors du dernier match contre Montpellier, samedi 15 mai, chaque tribune a passé sont temps à insulter l’autre dans des termes qui laissent peu de place à l’imagination, l’union ne se faisant que pour insulter dans les mêmes termes le président et le propriétaire du club.

Le pire est que la poignée d’irréductibles violents, qui entachent depuis déjà longtemps l’image du club, est parvenue à faire chanter avec elle une grande partie des virages. Bien plus que par les résultats sportifs en demi-teinte de cette saison, c’est ce climat délétère qui altère l’image du club, aussi bien à Paris qu’à l’extérieur.

Rompre le cercle vicieux

L’après-midi même, à l’occasion du 50e anniversaire du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie où je fis mes études, je rencontre les élèves de la classe préparatoire à Science Po. Des jeunes déterminés, la plupart issus de la diversité, l’un d’entre eux m’avoue qu’il n’ose plus aller au Parc des Princes, parce que ses origines en font une cible. Il est Franco-marocain. Combien de jeunes blacks-blancs-beurs n’osent plus aller au Parc de peur d’être pris dans une bagarre ou une ratonnade ?

Le potentiel de renommée du club, l’appui qu’il pourrait trouver autour de la jeunesse du public, qui est entaché pour le moment par ce climat pourri, est énorme. Il faut rompre le cercle vicieux de résultats mitigés et d’ambiance plombée.

Jusqu’ici, il y avait des incidents réguliers. En trois ans il y a eu deux morts. On n’a pas atteint les sommets de violence auxquels on a pu assister en Angleterre ou en Italie, mais la descente aux enfers du club est inévitable si rien n’est fait.

Le stade va se vider peu à peu, le club va traîner une réputation sulfureuse qui fera fuir joueurs, spectateurs et investisseurs. Robin Leproux a pris les décisions courageuses indispensables, au risque de sa tranquillité personnelle. Il faut le saluer.

Il est reproché au groupe Colony de se comporter en fonds d’investissement et non pas en passionné de football. Colony n’a pas acheté le PSG pour le seul amour du football. Je ne suis par exemple pas d’accord avec le projet des « grands » clubs, dont le PSG, de mettre fin à une répartition relativement égalitaire des droits TV. Cela pourrait constituer un oligopole qui serait très préjudiciable à l’intérêt de la Ligue 1.

L’implication de fonds d’investissement dans ce secteur peut interpeller. Gageons au moins que la soif de rentabilité qui l’anime peut le conduire à prendre de sages décisions.

En l’état actuel, le Paris Saint-Germain est invendable, Colony perdrait tout son investissement. S’il veut rentrer dans ses frais, voire faire un bénéfice, il doit assainir le club, le rendre attractif. Cela passe par la pacification des tribunes et la création d« un climat serein dans et autour du stade. Colony n’agit pas nécessairement pour le seul intérêt du football mais en l’occurrence, ses intérêts de rentabilité rencontrent les impératifs moraux et sportifs.

Pourquoi faire des procès d’intention ?

Il y a aujourd’hui un désamour pour le football qui est à la hauteur des passions qu’il suscite. Il y a beaucoup d’excès dans ces critiques, comme on l’a vu pour l’affaire Thierry Henry ou Zahia, qui on suscité un émoi démesuré par rapport à la réalité des faits.

Corriger l’image du PSG est donc indispensable pour Colony.

Mais pourquoi faire des procès d’intention ? Sébastien Bazin, Robin Leproux et Antoine Kombouaré peuvent ainsi se voir créditer d’avoir des valeurs, de souhaiter un club populaire, une ambiance régénérée et familiale retrouvée au Parc des Princes.

Beaucoup ont reproché au club son instabilité (changements incessants d’entraîneurs et de présidents) et son laisser-aller par rapport aux débordements de supporters.

A l’heure où la direction prend le risque de se coltiner aux éléments les plus violents, ce n’est pas le moment de chipoter son soutien.

Photo : Antoine Kombouaré lors d’un match Lille-PSG au Parc des Princes le 30 août 2009 (Benoît Tessier/Reuters).

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  • Sami Battikh
    Sami Battikh
    Journaliste freelance
    • Posté à 14h15 le 23/05/2010
    • Journaliste 115121
      Journaliste freelance

    Bonjour Pascal, merci pour votre réponse à mon article.

    Je suis d’accord avec vous concernant la détérioration flagrante et rapide du climat au Parc des Princes. Le fossé n’a jamais été aussi grand entre Boulogne et Auteuil. Je vous rejoins également quand vous expliquez que de plus en plus d’abonnés des deux tribunes se radicalisent sous l’impulsion des franges extrêmes.

    Mais ce cercle vicieux, cette descente aux enfers, ne peut pas être réglée par ce plan « Tous PSG ». Au contraire : supprimer les associations et les abonnements va renforcer les noyaux les plus violents des deux tribunes. Les renforcer en nombre mais aussi dans leur radicalisation.

    On peut estimer qu’un club de foot peut se passer de supporters et n’être qu’une entreprise de spectacle et de divertissement. Mais il n’est pas possible de vouloir arriver à ce but avec un club comme le PSG (ou Marseille). Faire table rase du passé des tribunes est totalement illusoire et dangereux. Non seulement cela ne fera pas que déplacer le problème, mais cela va l’aggraver.

    Car, quand bien même les groupes violents déserteraient le parc (ce qui est bien plus qu’hypothétique), les violences se reporteraient dans d’autres lieux. Que ce soit lors des rencontres d’équipes jeunes ou féminines du PSG ou dans d’autres clubs de la région parisienne (des anciens d’Auteuil ont récemment décidé d’encourager le Paris FC et des violences ont déjà été signalées).

    La direction du PSG n’aurait pas dû dissoudre les associations. Car désormais, avec qui dialoguer ? Qui pourra empêcher la radicalisation ? Seules les associations pouvaient arriver à faire entendre au plus grand nombre l’intérêt d’éviter tout débordement et toute violence. Enfin, parallèlement à ce dialogue renforcé avec les associations, le PSG aurait dû depuis de nombreuses années agir de manière bien plus ferme face aux dérapages racistes.

    Il est difficile de prévoir comment le PSG va muter ces prochains mois, ces prochaines années. Mais il est peu probable que la violence et le racisme disparaissent du paysage du football parisien grâce au plan « Tous PSG ».

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