Chez Gilles Bridier

Les réflexions sur l'actualité économique de Gilles Bridier, président de l'agence d'information Apidoc et ex-directeur de la rédaction délégué de La Tribune.

Au FMI, Strauss-Kahn joue sa crédibilité politique

Gilles Bridier
Journaliste
Publié le 12/10/2008 à 15h34

En même temps que la crise, le temps rattrape Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Et le met au défi de réaliser les mutations qu’il préconisait déjà en 1999, après la crise des marchés émergents qui éclata en Asie et se répercuta aussi bien en Russie qu’en Amérique du Sud.

Déjà, un fonds spéculatif -LTCM- était à l’origine de l’amplification d’une crise née d’une croissance trop rapide d’économies émergentes. Pour éviter des faillites en cascade, les Etats-Unis avaient renfloué ce fonds à hauteur de quelque milliards de dollars.

On est loin des centaines de milliards de dollars nécessaires aujourd’hui pour renflouer les banques tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Et pourtant, l’économie des dragons asiatiques qui redevint ensuite florissante, avait vacillé.

Le FMI, dont la mission consiste surveiller le système monétaire international et de suivre les politiques économiques et financières de ses 185 membres, avait joué les pompiers pour résorber la crise. Et Dominique Strauss-Kahn, à l’époque ministre de l’Economie et des Finances (depuis 1997), y représentait la France.

Le FMI a été incapable d’assurer la croissance durable annoncée

Deux mois avant qu’il ne démissionne de ses fonctions dans le gouvernement Jospin en novembre 1999 afin de se défendre dans des affaires judiciaires le concernant (la justice le mettra hors de cause et prononcera un non lieu le concernant), il livra sa vision sur la façon dont la FMI devrait s’acquitter de sa mission :

« Face à une nouvelle forme de croissance, il nous faut trouver de nouvelles régulations, pour un monde plus juste et plus efficace. Pour cela, il nous faut trouver les moyens d’une croissance mondiale durable et équilibrée et déterminer les règles qui permettront de conforter ce dynamisme. »

On a vu que le fonds a été incapable d’assurer cette croissance durable, dans la mesure où il ne s’est pas doté des moyens d’intervention que les Etats eux-mêmes ne sont pas prêts à lui donner.

Dominique Strauss-Kahn, pourtant, avait souligné les priorités :

« A une nouvelle croissance doivent correspondre de nouvelles règles, notamment en matière d’amélioration de la gouvernance et de lutte contre le blanchiment. (…)

Il faut une meilleure police internationale des paradis bancaires et fiscaux. (…) Ceci est nécessaire pour que nous ayons une régulation internationale à la mesure de la globalisation. »

Et l’actuel directeur général du fonds s’étonnait que, dans les orientations prises par la FMI pour restaurer une certaine stabilité dans la finance internationale, les fonds spéculatifs fassent l’objet d’une approche spécifique plus souple que pour les grandes banques :

« J’avoue ne pas comprendre pourquoi il ne serait pas naturel que soient soumis à un régime prudentiel similaire une banque d’investissement ou un fonds spéculatif à effet de levier recelant les mêmes risques systémiques, au point de bénéficier de l’intervention d’une banque centrale comme l’expérience récente l’a montré.

C’est la raison pour laquelle, au-delà des progrès nécessaires en matière de transparence et de contrôle via les positions des établissements financiers, il paraît indispensable de définir des règles applicables directement à ces fonds. »

Le FMI devrait pouvoir passer du rôle pompier à celui de gendarme

C’était en septembre 1999. Depuis, ces appels à la régulation financière ont fait long feu, les fonds spéculatifs (hedge-funds, dont LTCM a été un précurseur) ont fait florès, une crise mondiale a éclaté malgré une série de clignotants alarmistes qui n’ont pas été pris en considération, et le directeur du FMI parle d’un sauvetage à 1 400 milliards d’euros du système financier mondial alors que, en avril, les alertes du FMI parlaient d’un risque à 1 000 milliards « seulement ».

Aujourd’hui, Dominique Strauss-Kahn dirige le FMI où il a été nommé en 2007. Mais dans la période intermédiaire, peu de mesures ont été prises pour renforcer le pouvoir du fonds.

Juste après la crise asiatique, certaines voix avaient réclamé un renforcement des pouvoirs du FMI pour qu’il puisse troquer sa casquette de pompier contre celle de gendarme, afin de mieux pouvoir prévenir les crises plutôt que devoir les traiter à chaud.

Et cette même année 1999, le Comité intérimaire du FMI considéré comme l’organe exécutif du fonds, a été remplacé par le Comité monétaire et financier international (CMFI) comprenant 24 ministres des finances et directeurs de banques centrales des pays représentés au conseil d’administration du fonds -parmi lesquels les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.

« Un Etat de droit international » ? Strauss-Kahn peut l’initier

Cette transformation du Comité intérimaire devait répondre à cette volonté de renforcement des pouvoirs. Un coup d’épée dans l’eau ! Car en dehors d’une évolution sémantique, on n’a pas vu ce nouveau comité faire preuve de plus d’efficacité que le précédent, pas plus que les dispositions annoncées après la crise asiatique ne furent appliquées.

Au contraire, la dérégulation de la finance s’est accélérée au point d’échapper totalement à tous les pouvoirs politiques qui, depuis le début octobre, font montre de leur impuissance à exercer un quelconque influence sur les opérateurs de marchés.

Le système s’est emballé faute d’outils de régulation à la disposition des Etats comme des institutions internationales.

« Il faut un Etat de droit international », estime Jacques Attali…. et, de son poste, Dominique Strauss-Kahn est à ce jour le mieux placé pour l’instaurer, en appliquant les préconisations qu’il formulait dès 1999 en faveur d’une régulation financière. Jouant aussi, par la même occasion, sa crédibilité politique en France.

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  • aissachris
    aissachris
    techelec s/of
    • Posté à 17h34 le 12/10/2008
    • Internaute 29395
      techelec s/of

    DSK veut se presenter en leader potentiel d un clan politique visant le trone, sa position actuelle le prend de court, il ne sait pas comment imposer son idée qui est propre mais pas encore applicable dans l oeil du cyclone financier. Le voila en train de reflechir a sa meilleure entrée dans l opinion franco francaise, tout à se prendre pour superieur au president vu sa position par rapport au fric, voire meme que les prix nobel de l eco et de la paix le font rever.

  • Madiran
    Madiran répond à Les Chats
    (Business Analyst)
    • Posté à 18h31 le 12/10/2008
    • Internaute 16911
      (Business Analyst)

    Le LTCM (Long Term Capital Management) est un fond risqué, ou fond dit alternatif.... Superbement rentable si vous avez les moyens d’investir quelques millions de dollards.
    Ces fonds spéculent sur le long terme et, sur la capacité de l’avenir à ne pas necessairement faire ré-apparaitre les évenements du passé !

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 19h48 le 12/10/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Pour que Strauss-Kahn puisse mettre en place « un Etat de droit international », il faudrait qu’il en ait les moyens humains, matériels et financiers. Or, aujourd’hui on est loin du compte ! Les observateurs s’accordent pour reconnaître que le FMI n’est pas doté d’armes suffisantes (sur tous les plans).

    Par ailleurs, DSK est à la tête d’un conseil qui ne partage pas nécessairement tous ses avis. Il serait en situation d’affirmer son autorité si au moins la majorité du conseil partageait ses propres choix de nature néo-keynésienne, mais tel n’est pas le cas aujourd’hui. La plupart des personnes siégeant au FMI partagent sans doute sa volonté de re-réguler le système, mais installer une sorte de régime de gouvernance mondiale est une autre paire de manches, car cela implique toute une série d’accords sur les choix d’investissements, ainsi que sur les choix monétaires, y compris avec la direction de la Banque mondiale tout acquise aux Etats-Unis (il s’agirait d’assurer le développement des pays sous-développés, certes, mais aussi la réorientation des investissements des pays occidentaux vers l’organisation d’une industrie et d’une agriculture compatibles avec un respect strict de l’environnement).

    Jacques Attali, qui ne siège nulle part, a beau jeu de préconiser un « Etat de droit international », mais qui en veut ? Je suppose que Strauss-Kahn souscrirait à cette option s’il disposait d’un soutien fort de la part d’une majorité des états-nations les plus puissants, mais est-ce le cas ? J’en doute pour ma part beaucoup. Il suffit d’entendre la cacophonie européenne pour renforcer encore ce doute.

    C’est donc faire peser sur DSK une responsabilité écrasante à un moment où il ne peut même pas être sûr de l’appui de Sarkozy ! Il peut à la rigueur amorcer le processus d’une nouvelle régulation des marchés, mais pour le reste (voir ci-dessus), les cartes maîtresses ne sont pas entre ses mains. Naturellement, s’il pense qu’il faut aller au-delà de la régulation et qu’il n’est pas entendu, il aura toujours l’« arme » de la démission, ce qui est un peu contraire à son tempérament. Une telle démission ne serait comprise en France que s’il voulait manifester une opposition frontale à Sarkozy et/où à l’impuissance de l’Union européenne.

    Régulation des marchés et gouvernance mondiale (Etat de droit « à la Attali ») sont deux choses distinctes...

  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 23h19 le 12/10/2008
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    C’est un job risqué, par les temps qui courent, celui de président du FMI. Il va falloir prendre position, et cesser de se contenter de faire des constats, Dominique, et là, ça craint un maximum. Parce qu’ils sont plus puissants que des chefs d’état, les zigotos qui ont foutu la cabane sur le chien. Et qu’ils forment un cercle à côté duquel la mafia toute entière ressemble à un club de pétanque de chef-lieu de canton. Ils sont inamovibles, joueront les chaises musicales d’une banque à une autre, mais resteront en place, ici où là, ils seront toujours les principaux acteurs.

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