Chez Gilles Bridier

Les réflexions sur l'actualité économique de Gilles Bridier, président de l'agence d'information Apidoc et ex-directeur de la rédaction délégué de La Tribune.

Crise : l'exécutif européen aux abonnés absents

Gilles Bridier
Journaliste
Publié le 30/11/2008 à 13h08



Barroso et Sarkozy au G20 à Washington le 15 novembre 2008 (Molly Riley/Reuters).


Que devient l’Europe ? L’image du président de la Commission José Emmanuel Barroso courant derrière Nicolas Sarkozy sans jamais prendre l’initiative, illustre le dénuement de l’exécutif européen face à la crise.

Alors que Gordon Brown en Grande Bretagne, Angela Merkel en Allemagne, José Luis Zapatero en Espagne et Nicolas Sarkozy font valser les milliards à en donner le tournis pour que les économies ne s’effondrent pas, la Commission a péniblement annoncé un plan de relance à 200 milliards d’euros… dont 170 milliards proviennent de plans nationaux médiatisés par les gouvernements avant lui. L’Europe est nue !

Une Europe aux poches vides

La Commission ne parvient donc à mobiliser qu’une petite trentaine de milliards de dollars, dont environ la moitié par le biais de la BEI (Banque européenne d’investissement). Reste donc à l’initiative de la Commission une enveloppe d’une quinzaine de milliards d’euros… dont une partie était déjà affectée. En réalité, explique Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, Bruxelles face à la crise ne mobilise que 8 nouveaux milliards d’euros pour… 27 pays.

Une misère, comparée aux milliers de dollars injectés par Washington. Et même par rapport aux plans de relance nationaux qui se chiffrent dans chaque grand pays européen -Allemagne, France, Grande Bretagne, Espagne et Italie- en dizaines de milliards d’euros. Et encore ne parle-t-on ici que des plans de relance économique, pas des soutiens aux banques qui eux, se chiffrent en centaines de milliards d’euros, mais seulement en garanties.

Le problème, dans cette réaction des gouvernements à la crise économique, c’est que l’on se perd dans ces milliards que l’on ne parvient plus à additionner.

Ainsi, en France : entre les 3 milliards de l’Etat versé au pot franco-belge pour sauver Dexia, les 5 milliards mis à disposition des collectivités locales pour qu’elles continuent à investir, les 10,5 milliards de souscription à des émissions de titres subordonnés de six des plus grandes banques de la place, les 22 milliards destinés à des crédits aux PME et les 20 milliards du fonds stratégique d’investissement présenté abusivement comme un fonds souverain à la française, on ne s’y retrouve plus.

Mais en revanche, il ressort qu’un pays comme la France, qui doit encore compléter son plan de relance, met fin novembre sur la table sept à huit fois plus pour sa seule économie que Bruxelles pour les 27 membres de l’Union. Et pour l’Allemagne, c’est encore plus !

L’euro, un bouclier

Dans ces conditions, à quoi sert l’Europe ? Les économistes -qui ne sont pas parvenus à alerter les gouvernements sur l’imminence et la profondeur de la crise- dénoncent son impuissance.

A quoi sert-elle, puisqu’elle en vient elle-même à renoncer pour deux ans à l’un des principes fondateurs du pacte de stabilité européen (le déficit public plafonné à 3% de PIB) pour permettre aux Etats membres de la zone euro d’injecter l’argent public nécessaire à la relance de leur économie ! Or, ce pacte fonde la stabilité de l’euro.

Bien sûr, le monde entier étant dans la crise, on comprendrait mal qu’un dogme empêche les pouvoirs publics de faire feu de tout bois pour en sortir. Mais c’est tout de même grâce à la solidité de l’euro -et donc à l’existence de ce pacte de stabilité- que les quinze pays qui l’ont adopté ont pu supporter la flambée du pétrole plus facilement que les Etats-Unis.

C’est grâce à sa stabilité que les remous nés de la crise n’ont pas déclenché de tempête sur le marché monétaire européen, comme cela aurait été le cas du temps des anciennes monnaies. Et sans cette stabilité, les pays européens qui tentent malgré tout de coordonner leur action auraient joué leur partition en solo, comme avant l’euro, tentant chacun de préserver leur monnaie en enfonçant celles des voisins -et notamment les plus faibles.

Une contestable politique de la concurrence

En revanche, on touche du doigt l’inadaptation d’une politique européenne fondée sur la concurrence, alors que la situation présente réclame une solidarité des pays membres. C’est au nom de cette concurrence que la Commission a banni de son registre d’intervention toute politique industrielle, alors que l’Europe en a besoin pour recréer de l’activité et de la richesse.

C’est aussi au nom de cette concurrence que les régulations publiques ont été battues en brèche et les services publics démantelés, alors que les plus libéraux des gouvernants redécouvrent aujourd’hui les vertus de l’intervention publique puisque les marchés ont fait la preuve de leur incapacité à s’autoréguler.

Ainsi la crise remet-elle en question le principe directeur de la politique d’une Commission en perte de repères, et incapable de rebondir. Ce qui ne veut pas dire que l’idée européenne doit être balayée, au contraire : cette crise montre que l’Europe a besoin d’une véritable colonne vertébrale en prise sur l’économie réelle, ce qui lui a été jusqu’à présent refusé. Et de projets fédérateurs, ce qu’elle n’a pas su s’imposer.

Photo : Barroso et Sarkozy au G20 à Washington le 15 novembre 2008 (Molly Riley/Reuters).

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  • ozymandias
    ozymandias
    « spectateur engagé »
    • Posté à 13h46 le 30/11/2008
    • Internaute 59426
      « spectateur engagé »

    Franchement, si les nonistes du référendum avaient réfléchi, la situation européenne serait meilleure aujourdhui. Je ne comprends pas. Le traité européen, avant même quon parle de son contenu, était meilleur que l’ancien. Le bon sens devait donc nous faire dire : « si l’ancien est moins bon, prenons le nouveau ».

    De plus, la fin de l’unanimité, poison du statut quo, la possibilité pour le citoyen de faire des pétitioons, le reforcement du parlement, la lisbilité accrue des tetes de l’éxécutif européen, tout cela concourrait a créer la base indispensable d’une orientation vers leurope politique, donc, pourquoi pas, vers l’europe fiscale et la création d’un modele social européen.

    TT cela a été refusé car le francais est un homme tres égoiste qui cache ses intéréts privés derriere sa noble devise....

    • clive
      clive répond à ozymandias
      • Posté à 16h06 le 30/11/2008
      • Internaute 27908

      Bien sûr tous les problèmes de cette Europe là sont la conséquence du refus du TCE qui les aurait résolus....
      Et je dis cela sans réfléchir...

    • 9911francis
      9911francis répond à ozymandias
      • Posté à 18h53 le 30/11/2008
      • Internaute 37453

      le traité a été ratifié malgré le non des nonistes.
      Et alors ? ? ? ? on en est où ?
      La France et les français si on ne les aime pas : on les quitte.
      Bon voyage.

  • Les Chats
    Les Chats
    En grève du zèle contre le (...)
    • Posté à 15h50 le 30/11/2008
    • Internaute 24526
      En grève du zèle contre le (...)

    « Le problème, dans cette réaction des gouvernements à la crise économique, c’est que l’on se perd dans ces milliards que l’on ne parvient plus à additionner. »

    Génial ! On ne sait pas vraiment combien chaque banque a perdu et on ne sait plus combien on a distribué ?
    C’est vraiment rassurant.

    Par hasard, quelqu’un sait où on va ?

    • Lapin Bleu
      Lapin Bleu répond à Les Chats
      Journaliste n°89910
      • Posté à 17h14 le 30/11/2008
      • Journaliste 42116
        Journaliste n°89910

      Personne des gens aux manettes ne le sait, Les Chats. Et cela est vraiment flagrant depuis 3 ans en matière économico-financière.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 16h01 le 30/11/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Pas l’ombre d’un exécutif centralisé. Ce n’est pas nouveau. Trop d’antagonismes divisent ces 27 pays. Le ver est dans le fruit.

  • sinclair
    • Posté à 16h53 le 30/11/2008
    • Internaute 2580

    La commission européenne a pour vocation de proposer et de mettre en œuvre les politique communautaire. Pas d’imposer quoi que ce soit .

    Son budget est fixe tous les ans et non extensible sans l’accord de tous les états membres qui mettent l’argent au pot. Les états étant loin d’être d’accord sur ce qu’il convient de faire ici et encore moins d’accepter de mettre plus d’argent au pot commun (Angleterre et Allemagne entre autres).

    Que Sarkozy ait profite de la présidence française pour créer de l’agitation a l’internationale est un autre problème.

    Il ne faut pas s’attendre a grand chose de la part de la commission en cas d’action rapide et imprévue et pour cause. Cela est il d’ailleurs nécessaire pour l’Europe. Vaste débat.

  • Peureux anonyme
    • Posté à 22h49 le 30/11/2008
    • Internaute 24415

    La déclaration selon laquelle l’Euro aurait eu un role de bouclier pour les pays de la zone Euro, gagnerait à être étayée, car on peut avoir une vision différente.

    L’examen du cours de l’Euro, ces trois derniers mois, par rapport aux monnaies de pays n’appartenant pas à la zone Euro laisse perplexe :

    L’Euro s’est apprécié par rapport aux Couronnes Suédoises et Norvégiennes. Il s’est déprécié en octobre par rapport à la Livre Sterling, puis s’est apprécié en novembre. Il s’est continument déprécié par rapport au Franc Suisse.

    Il ne semble pas que le gouvernement britannique ait une marge de manœuvre réduite par rapport aux gouvernements des pays de la zone Euro. Au contraire, c’est lui qui donne le La, et il n’est pas empêtré par les blocages de la Commission qui freine toute action en en vérifiant la compatibilité avec la libre concurrence et autres dogmes... voir le cas actuel des fonds destinés aux banques ! ! !

  • PHAR50
    PHAR50
    médecin hospitalier
    • Posté à 17h19 le 01/12/2008
    • Internaute 58937
      médecin hospitalier

    L’Europe n’est plus un rêve mais seulement une nécessité . L’âme politique s’est évanouie derrière les objectifs économiques . Commission et parlement européens ne servent plus que des lobbies et pompent les finances publiques sans retour pour les contribuables . Ce n’est même pas le « machin de De Gaulle » , c’est un hydre antidémocratique .
    C’est très triste et sans solution puisque ce sont les mêmes politiciens inefficaces et souvent malhonnêtes qui se présentent aux élections européennes et nationales , avec pour les prochaines échéances plein de cumulards ou vieilles gloires inutiles à caser .
    L’Europe est un médicament amer qu’on continue de prendre sans preuve qu’il soit efficace mais par peur d’aller encore plus mal : en France, nombre de ces médicaments ne sont plus remboursés . Il faut trouver comment faire la même chose avec les politiques inutiles ou nuisibles . Le fruit est trop pourri pour être sauvé . J’irai voter blanc en espérant que d’ici là , sur la toile en particulier, ce vote soit valorisé et expliqué pour que par son ampleur soient renvoyés moralement dos à dos les partis politiques actuels .

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 08h54 le 02/12/2008
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    Barroso est en campagne electorale, ne l’oublions pas. Il n’a pas plus que les autres voulu jouer le role du dirigeant responsable tirant la sonnette d’alarme, mais comme les autres il essaye aujourd’hui de passer pour celui qui a apporte en premier la bonne solution.

    Les abonnes absents sont legion, et pas seulement en Europe.
    Tous les dirigeants ont passe deux ans a nier l’existence d’une crise qui avait pourtant deja commence :
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