Chez Bruno Masure

Le regard du chroniqueur Bruno Masure sur l'actualité.

Les journalistes peuvent-ils couvrir un enlèvement d'enfants ?

Bruno Masure
Journaliste énervé
Publié le 07/11/2007 à 12h21

Très content que mes confrères soient sortis de ce guêpier, je suis ressorti très... perturbé du visionnage sur M6 du reportage de CAPA (tout à fait édifiant) sur le naufrage de l’« Arche de Zoé » : les journalistes ne pouvaient pas ne pas comprendre, bien avant l’épilogue, qu’ils filmaient les préparatifs d’un véritable enlèvement (massif) d’enfants, si les mots ont un sens ! Certes, je ne parlerais pas de « complicité », avec toutes ses conséquences pénales, mais, à tout le moins d’une étonnante... passivité ! A quel moment un reporter doit-il poser sa caméra ou son stylo et retrouver ses réflexes de simple citoyen épris de droit ? Accepterait-on de voir filmer les préparatifs d’un hold-up, jusqu’au braquage et les risques de « bavures » sanglantes ? Bonne question, et pas seulement pour enseignants en école de journalisme...

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  • Infovite
    Infovite
    info-espress.over-blog.com
    • Posté à 12h44 le 07/11/2007
    • Internaute 8783
      info-espress.over-blog.com

    Très bonne question.
    Mais tenir une caméra malgré toutes les « pressions » est aussi un acte de citoyenneté ,surtout s’il s’agit de ne rien « couvrir » !
    Lien

    • Deborah
      Deborah répond à Infovite
      • Posté à 16h18 le 07/11/2007
      • Internaute 3584

      C’est véritablement une question quasiment sans réponse : si je témoigne avec les images de ma caméra, suis-je quelqu’un qui informe les autres, le monde, ou bien ne suis-je que complice ?

      Sur un plan purement pratique, il est clair que si les journalistes deviennent des délateurs, il n’y aura plus de journalisme. Et toutes les Arches de Zozo du monde en profiteront. Et certains patrons et politiques aussi.

      D’un autre côté, oui, le bras qui tient la camera est aussi complice.

      Noeud gordien.

      Vous rappelez-vous cette pauvre gamine (en Bolivie mais je ne suis pas sure) qu’on a vu agoniser dans le passé prise par des flots de boue, et que personne ne pouvait sauver nous a-t-on dit. Cette fois-là, les journalistes ne pouvaient rien faire qu’informer. Ils ont fini par créer un voyeurisme épouvantable. En ont-ils pris conscience ?

      Au moment où la presse va si mal, les journalistes devraient bien, et pas seulement en France, réfléchir aux objectifs de leur métier.

      • mrpierre
        mrpierre répond à Deborah
        • Posté à 17h47 le 07/11/2007
        • Internaute 21413

        un journaliste doit être plus qu’un témoin et doit être d’abord un historien de son information afin d’encadrer son reportage et surtout marquer le scénario de son identité, sinon c’est un cameraman...

      • le-vilain-petit-canard
        • Posté à 21h35 le 07/11/2007
        • Internaute 19295

        Vous croyez réellement que ce sont les journalistes qui ont créé le voyeurisme ?
        Il y a des journaux qui vivent de ça, c’ est clair et ça rapporte gros.
        Mais je ne pense pas que l’on puisse dire les journalistes comme ça d’ un bloc il y a des tas de journalistes différents qui exercent leur métier différemment, à nous de choisir de les lire ou pas.
        C’est une vraie question de sociétè, les journalistes d’ accord mais tout le monde devrait y réfléchir les parents, les éducateurs et les citoyens à propos cette culture du sensationnel, de l’émotion qui fait réagir à chaud etc etc.. le sujet est très vaste.

      • Anonyme répond à Deborah

        Je ne crois pas que la question soit sans réponse : on fait son métier et surtout celui-là, avec sa tête, avec une conscience éveillée : si ce n’est pas le cas, le pseudo-journaliste ou photo-reporter n’est qu’un auxiliaire de pouvoir (ou de contre-pouvoirs qu’importe), un technicien, un affairiste, qui travaille clairement à la désinformation et à la déshumanisation du monde.

        Il ne suffit pas de dire : je ne savais pas. Certains métiers exigent qu’on sache.

        Si je filme un viol, en sachant que c’est un viol, je ne fais pas un documentaire sur le viol : je suis comme le gamin de Lycée qui s’est fait condamné pour avoir filmé avec son portable l’agression de son prof sans lui porter secours.

        Si je filme les camps de la mort en 1944/1945 , je ne fais mon boulot parce que je témoigne d’une réalité qui non seulement existe indépendamment de moi journaliste, réalité qui ne se nourrit pas de mon travail de médiatisation (bien au contraire) et enfin que je combat intrinséquement : je rends public une réalité qu’on veut cacher...

        La manière de filmer, le respect, la pudeur, les floutages tout ça ce sont d’autres problèmes, qui se rapporte au traitement, qui relève du mode de traitement.... & non pas de la frontière ou du basculement net dans la complicité criminelle, mensongère, fasciste ou totalitaire, etc....

        Au demeurant, il n’y a pas que les photo-reporters de l’Arche de Zoé qui basculent : tous les ouvriers typistes-rewrittistes-copistes des fils d’informations que l’univers impitoyable de l’information et de la communication actuel consomme pour les besoins de sa production journalière et d’endormissement du monde, ceux-là aussi ont une responsabilité : comment peuvent-il reprendre des infos sans aucune distance, ni vérification... En quoi sont-ils journalistes lorsqu’ils ne pensent pas ? Puisqu’on ne leur demandent pas de penser. Mais de copier. C’est vrai qu’il faut remplir sa gamelle tous les soirs, et surtout celle de sa famille, mais n’empêche que la plupart sont des petits jeunes qui n’ont même pas l’excuse de dire : j’ai servi le pouvoir, j’ai collaboré, parce que j’avais une famille à nourrir et aucun moyen de faire autrement.

        Non beaucoup de jeunes aujourd’hui, tout à fait en phase avec la société de technologies et de la compétition, journaliste ou pas, photo-reporter ou pas, n’ont tout simplement plus aucune conscience. Ils avancent au coup par coup sans se poser de question. « C’est comme ça “ Du moment qu’ils avancent (sans réaliser d’ailleurs qu’ils reculent...)

        Dans le cas des enfants du Tchad, je ne me suis pas informée sur l’affaire dans ses détails, si bien que je ne saurai prétendre comprendre à quel moment les journalistes et photo-reporters ont franchi la limite dont je parle ici : à quel moment ils auraient du poser la caméra en disant : oh attendez là, c’est pas du tout ce qui était prévu : vous nous manipulez en nous embarquant dans un sénario totalement illégal...

        A en croire Bruno Masure : ils n’auraient pas pu ne pas savoir...

    • Badiaa
      Badiaa répond à Infovite
      • Posté à 16h39 le 10/11/2007
      • Internaute 21730

      URGENT
      a revoir l’excellent film belge : « Ca s’est passe pres de chez vous » sur les journalistes embedded.

  • Anonyme

    Apparement c’est devenu moins dangeureux pour les journalistes de filmer en direct un enlèvement d’enfants en Afrique qu’une expulsion d’africains en France.

    • Anonyme

      Pas que les africains. Les réfugiés politiques islamistes sont aussi expulsés. Quelle honte pour la République !

      • le-vilain-petit-canard
        • Posté à 21h55 le 07/11/2007
        • Internaute 19295

        quand vous dites réfugiés politiques islamistes vous parlez, sans doute, des réfugiés victimes des intégristes
        enfin j’espère parce qu’ un réfugié politique islamiste on en a accueilli un fameux un certain Komeyny (je sais plus comment ça s’ écrit) c’ est pas une grande fierté non plus.

         
        • Anonyme répond à le-vilain-petit-canard

          le-vilain-petit-canard

          Non, je parlais bien des islamistes du monde islamique.
          Pour l’Algérie, un ministre de monsieur Boutéflika a
          déclaré que le terrorisme était presque éradiqué dans
          son pays, avant d’ajouter : « ils sont chez vous en France, c’est un problème franco-français “.

        1 autres commentaires
    • Anonyme

      Si les expulsions d’africains étaient diffusées régulièrement, ces images-là seraient en faveur de Nicos.

  • Anonyme

    Bonne question. Je commençais à demander qui parmi les journalistes allait oser la poser publiquement. Voilà qui est fait. Merci.

    • Anonyme

      Cette question (presqu’au mot près) a déjà été posée par Apathie à plusieurs reprises ! !

  • Anonyme

    Originaire d’un pays Maghrebin, je me rappelle étant enfant, vers les 8,9,10ans, lorsque le Président de la République(Boumédienne) se déplacait dans ma ville natale, en l’occurence, Bougie ou Béjaia, les maitres d’école nous préparaient pour le grand jour, chansons patriotiques, hymne nationale, préparation des étendards etc....
    Le jour « J » on partait écumés les grandes artères de la ville, on attendait des heures durant, parfois sous le soleil, parfois sous la pluie le passage du cortège présidentiel, on agitait les mains, on hurlait, on jetait des confettis, ’etait un jour de fête pour nous, enfants naïfs, l’essentiel, on n’avait pas école.
    Aujourd’hui au J.T de 13h,en regardant l’agitation de quelques énérgumènes Tchadiens, a qui on avait fait la lecon de patriotisme auparavant, je repense a ces fameuses visites présidentielles, et je me dis :
    Qu’il est facile de manipuler un peuple !

  • désinscrit-
    • Posté à 14h01 le 07/11/2007
    • Internaute 736

    A quel moment un reporter doit-il poser sa caméra ou son stylo et retrouver ses réflexes de simple citoyen épris de droit ?
    Si on considère que le journaliste fait de l’information il se devait rester journaliste jusqu’au bout (c’est mon point de vue).
    Imaginons que l’opération « arche de zoé » réussisse (càd qu’il ramène les enfants), comment un journaliste aurait pu nous informer de pratiques douteuses (si tant est que dans cette affaire elles soient douteuses) si il avait essayé d’arrêter le processus ?
    Bref en arrêtant peut être une opération « arche de zoé » combien d’autres seraient restés inconnues.

    Si un journaliste fait une investigation sur des malversations de syndicats, est ce qu’il doit dévoiler certaines informations pour arrêter une petite magouille ou aller au bout pour démonter tout le système. Perso je préfère la deuxième solutions.

    • Anonyme répond à désinscrit-

      Je suis tout à fait d’accord avec vous. Le seul bémol est qu’il s’agit, dans cette affaire, d’êtres humains, pas de tricheries dans les comptes, et ça fait quand même une différence à mes yeux.

  • Philippe Leroyer
    Philippe Leroyer
    auteur & photographe
    • Posté à 14h22 le 07/11/2007
    • Internaute 3582
      auteur & photographe

    C’est effectivement LA question.
    La question de savoir non seulement à quel moment le journaliste/reporter/photographe doit laisser de côté sa mission professionnelle pour redevenir un citoyen lambda avec ses principes et devoirs moraux (qui ne sont pas les mêmes), mais également celle de savoir SI il doit le faire.

    Il me semble que le réponse se doit d’être personnelle et non globale, institutionnelle, imposée. Que cela doit se jouer au niveau des motivations et des principes du journaliste, ainsi que des diffuseurs de son travail. De même que beaucoup de choses se trouvent dans le regard du photographe, au delà des sujets qu’il traite.

    Pour ma part, il me semble que le journaliste est un témoin, un rapporteur. S’il s’implique dans son sujet, s’il se mêle de ce qu’il couvre, il perd ce statut. Et alors, bien souvent, il n’y a plus de témoin, plus de rapporteur.
    Evidemment, dans certains cas le dilemme moral est déchirant. Parfois l’on se doit d’intervenir au regard de ses propres convictions.
    Souvent le journaliste pourrait intervenir afin de soulager une souffrance par exemple. Mais ce faisant, il abandonne de facto sa mission.
    Je ne peux, par exemple, en même temps couvrir des émeutes urbaines et tenter de raisonner ceux qui cassent tout. Par contre, à mes yeux, je dois venir en aide à quelqu’un qui se trouverait blessé si aucun secours n’est à proximité. Mais là encore, il s’agit de mon éthique personnelle que je ne saurais imposer à personne.

    Cette question au final rejoint celles des limites du droit d’informer, de la part de responsabilité des rapporteurs dans les évènements qu’ils couvrent, des débats information/voyeurisme et liberté/censure.
    Des questions qu’il est important de soulever et de traiter, qu’il est primordial que chaque journaliste ait à l’esprit, mais qu’il est tout aussi fondamental de laisser à chaque journaliste le soin de répondre par lui-même pour lui-même.

    Enfin, c’est tout du moins ce que j’en pense moi, pour moi, et sur quoi je me base quand je travaille...

    • marabbeh
      marabbeh répond à Philippe Leroyer
      au comptoir du café du commerce
      • Posté à 14h52 le 07/11/2007
      • Internaute 20412
        au comptoir du café du commerce

      « Par contre, à mes yeux, je dois venir en aide à quelqu’un qui se trouverait blessé si aucun secours n’est à proximité. Mais là encore, il s’agit de mon éthique personnelle que je ne saurais imposer à personne. »

      Non, parce que ça tombe sous le coup de la loi : non assistance à personne en danger ainsi que le droit à l’image.

      • Anonyme répond à marabbeh

        vous savez faire une trachéo ? un garrot ? un massage cardiaque ?
        à part la série ’urgences’ à la TV vous avez suivi quels cours ?

         
        • Philippe Leroyer
          Philippe Leroyer
          auteur & photographe
          • Posté à 15h10 le 07/11/2007
          • Internaute 3582
            auteur & photographe

          Réaction pertinente... tout est question de contexte.

        1 autres commentaires
      • Philippe Leroyer
        Philippe Leroyer répond à marabbeh
        auteur & photographe
        • Posté à 15h09 le 07/11/2007
        • Internaute 3582
          auteur & photographe

        Pas tout à fait juste.

        Vous parlez de la loi française, concernant la non assistance à personne en danger. Or il n’y a pas qu’en France que le métier de journaliste s’exerce.

        Quant au droit à l’image, il s’exerce lors de l’utilisation de celle-ci (et encore des jugements dernièrement donnent heureusement de plus en plus raison aux photographes (sous certaines conditions bien sûr, la base étant le respect de la vie privée)) et non lors de la prise de la photo. Nuance très importante.

      • marmotte35
        marmotte35 répond à marabbeh
        • Posté à 13h30 le 08/11/2007
        • Internaute 20667

        L’humanitaire a ses règles et il y a des professionnels pour cela. Tous ceux qui en font connaissaient l’organisateur qui joue les Rambo. Il faut assumer après et pas aller pleurer à Sarko qui se fait un plaisir de jouer les Zorros et de refaire la politique colonialiste de grand papa. le discours de Dakar, plus cela, après va négocier avec la Chine pour le Darfour. Bande de comiques ! ! ! !

  • A. P.
    • Posté à 14h36 le 07/11/2007
    • Internaute 21395

    C’est également la question que je me pose...
    Je me demande aussi comment le montage a pu être fait si rapidement. Les rushes arrivaient ils au fur et à mesure à M6 pour le montage ? Pourquoi pas... mais jusqu’à la dernière, celle du départ et donc de l’arrestation ? ... Manque de vigilence des autorités ou particulière mansuétude ?
    Autre chose, comment se fait-il que ce « scoop » de M6 crée si peu de remous, voire de commentaires, au moins d’interrogations ?

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à A. P.
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 15h07 le 07/11/2007
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Tout à fait d’accord. Et les questions sur les non-dits ne s’arrêtent pas là puisque à l’heure même où l’avion devait décoller du Tchad on s’apprêtait à Vatry, préfet et journalistes télé de FR3 à reçevoir tout ce petit monde.
      Peut-on sérieusement croire que le gouvernement n’était pas au courant ?
      N’y avait il pas en cas de succès une communication prévue autour de l’événement (regardez comme la France agit sur le plan humanitaire dans un milieu hostile, etc.) ?

      • Anonyme répond à C. Creseveur

        le préfet n’était pas averti. Reprenez le document (15 pages) de l’arche de Zoe (Pack Zoé) et vous verrez par vous même les intentions de l’association une fois sur le sol français.

  • Anonyme

    Je ne sais pas encore si la question est la bonne.
    En tout cas elle ne peut-être la première, ni la seule.

    Ma réponse est : OUI, le journaliste (photo, JRI...) doit continuer.

    MAIS !
    Dans le cas de Zoe, j’estime que le reporter n’a pas été pro.
    Dès le premier doute (et les questions qu’il pose prouvent qu’il doutait) il doit demander à sa boîte d’envoyer une seconde équipe destinée à « couvrir » son travail. Elle prendra (et lui fera prendre) de la distance, et lui permettra un « debriefing permanent », de l’échange d’idées, du débat, de la vision « extérieure ».
    C’est une pratique assez courante.

    Quant à la dernière question : << Accepterait-on de voir filmer les préparatifs d’un hold-up, jusqu’au braquage et les risques de « bavures » sanglantes ? >>

    je la trouve « légère » : les rédacs (et le public) acceptent de voir filmer la préparation d’une offencsive militaire jusqu’au bout, tout en sachant que les morts seront au rendez-vous. Il n’est plus question de « risques de bavure » mais de certitude.

    • Anonyme

      où est la dizaine de bandes tournées par la JRI de France 3 ?

      (rappel : elle était en congé sabbatique mais avait quand même une caméra de FR3 (....) et était adhérente de la Codop - soutien à Zoe - et en attente d’accueil de l’u de ces enfants)

      La je trouve le mélange des genres très grave pour la personne ET pour la rédaction.

  • Anonyme

    Dans le cas de l’affaire « arche de zoe » la question ne se pose pas car les enfants ne couraient pas de danger immédiat.
    Je crois que le but de ces journalistes étaient surtout de faire du sensationnel plus que l’information car ils savaient dés le départ que l’affaire était illégale.

    L’histoire de la mort de Diana a montré que certains journalistes préférent photographier la souffrance et la mort plutôt que de porter secours.

    Nombres de journalistes avouent protéger leur conscience derrière le viseur de leur appareil photo ou de leur caméra voire de leur carte de presse pour rester passif devant un évènement sordide.

    Un avocat qui refuserait de défendre un homme parceque son crime est trop horrible serait-il un bon avocat ?

    • Anonyme

      les journalistes ne sont pas des médecins.
      Intervenir d’un point de vue médical dans le cas d’un accident est ouvent plus dangereux que ne rien faire.
      de plus il a été prouvé que les journalistes ont appelé les secours.

      • Anonyme

        « ont appelé les secours » AVANT ou APRES avoir pris des photos ?

         
        • Philippe Leroyer
          Philippe Leroyer
          auteur & photographe
          • Posté à 18h04 le 07/11/2007
          • Internaute 3582
            auteur & photographe

          Certains avant, d’autres après. Certains ont pris des photos. D’autres pas. Certains ont vendus leurs photos, d’autres pas.
          C’est dur, hein, de ne pas vivre dans un monde tout noir ou tout blanc ? De gentils d’un côté et de méchants de l’autre...

          Poussons plus loin voulez-vous...
          Le photographe qui prévient les secours (peut-être trop tard de toute façon, on n’en sait rien) ne prend pas de photo (en même temps ce n’est pas trop faisable).
          Donc il ne vend rien.
          Donc il ne gagne pas d’argent.
          Donc il explique à ses 2 enfants qu’ils mangeront demain, mais pas dans leur appart car il n’a pas pu payer le loyer.
          Je force ENORMEMENT le trait, je sais, mais c’est pour que les choses soient limpides.
          Par contre, moralement, sur les lieux du drame, il est irréprochable, nous sommes d’accord.

          Passons au photographe qui appelle les secours APRES avoir pris les photos (peut-être qu’il aurait pu les sauver s’il avait appelé avant, on n’en sait rien).
          Il vend donc sa photo et se fait pas mal d’argent sur le dos de la souffrance (et de la mort) d’autrui.
          Le média qui achète sa photo à prix d’or se fait pas mal d’argent également sur ce même dos.
          D’où vient tout cet argent ?
          Du public. De tous ces gens qui paient pour voir cette souffrance.
          La responsabilité à qui alors ?
          Ce photographe qui a pris la photo (mais si ce n’avait pas été lui, ça aurait été son concurrent/collègue, ou monsieur tout le monde qui passait par là) ?
          Les médias qui diffusent l’image (mais là aussi, la concurrence l’aurait fait à leur place, nous sommes bien dans un pays libre) ?
          Le public si nombreux qui paie pour ce genre de photos (et encore une fois nous sommes dans un pays libre, et la tolérance est de mise même lorsque l’on ne pense pas comme son voisin) ?
          Le système d’éducation qui n’apprend pas aux gens à ne pas s’intéresser à ce genre de choses ?
          Les parents qui n’inculquent pas les bonnes valeurs ?
          Ces people qui jouent des médias autant qu’ils en sont les proies, et qui ont l’indécence de se planter en voiture sous les objectifs des photographes ?

          Qui est responsable ? Qui est coupable ? Tout le monde ? Personne ? Juste celui qui appuie sur le déclencheur ?

          Aurais-je pris des photos ? Avant ou après avoir contacté les secours ?
          Je n’y étais personnellement pas, difficile de répondre.
          J’aurais sûrement appelé les secours avant toute chose. Mais ensuite, aurais-je shooté ? Aucune idée.

          Dans le monde manichéen de Walt Disney, il est beaucoup plus facile de juger que dans le notre. Pourtant certains sont toujours prompte à le faire ici aussi.

          • le-vilain-petit-canard
            • Posté à 21h04 le 07/11/2007
            • Internaute 19295

            Vous posez beaucoup de bonnes questions et les réponses ne sont pas simples J’ ai une méfiance exacerbée des réponses simples du prêt à penser Des cours de décryptage d’image à l’ école serait pas mal et votre référence à Disney est,trés pertinente(le poil d’humour en plus ne gâche rien) Les parents faute d’ éduquer pourraient au moins montrer l’ exemple Et cette information qui est devenue une sorte de marchandise soumise à la concurrence et tarifée me semble un phénomène assez pervers.
            Tintin petit reporter idyllique de mon enfance (pétri de bonnes intentions) aurait-il accepter les propos « off »
            Aaah damned j’oubliais que Tintin n’ a jamais écrit d’ articles et qu’il travaillait au Petit Journal et pas à CNN ou TF1. pour finir et rien à voir avec le reste j’ adore B Masure qui prouve qu’en étant léger et humoriste on est pas forcément un guignol. Personnellement ça me rassure ...

        2 autres commentaires
  • Anonyme

    Bonne question Bruno ! (c’est dans les vieux pots ...)
    A force d’être embedded ou d’avoir une exclusivité on ne réfléchit plus trop à ce qu’on couvre. En plus on rentre dans l’avion présidentiel et on se fait la bise sur le tarmac. Un journaliste est un citoyen comme les autres. J’imagine qu’ils vont répondre au moins de leur complicité. Si seulement on leur apprenait à réfléchir avant de les envoyer sur des coups aussi tordus ! Bravo les redchefs.

  • Anonyme

    Les journalistes savaient ?
    Que quand ils sont interrogés à la télé, alors que depuis plusieurs jours tout le monde dit tout savoir, ils n’osent pas dire : « A part quelques petites bizareries, je n’avais rien remarqué » est d’une élémentaire prudence.

    Imaginer que l’on puisse embarquer plus de 100 personnes, des enfants, dans un gros avion, dans un aéroport qui ne doit en voir passer que quelques uns par mois ;
    imaginer qu’ensuite on vas débarquer cette centaine de noirs dans un grand aéroport français (même s’il est plutôt spécialisé marchandise) et lui faire passer le contrôle de police , sans papier, ou à tout le moins avec des documents bidons.

    Le gars qui me raconterait une histoire aussi impossible, je lui dirais de moins abuser du vin de palme !

    Y a-t-il un journaliste qui se soit enquis de comment les responsables de l’Arche de Zoé pensaient passer la frontière. Et si c’est par corruption, de qui et à quel prix ?

    Y a-il déjà eu des transferts de groupes d’enfants vers la France à l’occasion de catastrophes : tsunami, Haïti ... Et si oui, comment çà se passe administrativement ?

    Il manque encore bien des infos avant de penser pouvoir commencer à juger.

  • Anonyme

    bizarre question de la part d’un journaliste, Bruno

    « couvrir » un évennement (expression professionnelle des journalistes) n’est pas le synonyme de couvrir des agissements (expression du langage commun signifiant complicité avec des agissements possiblement passibles de la loi).

    Faire un documentaire sur un sujet sensible, n’est pas le cautionner. Témoigner n’est pas approuver. Le journalisme est un métier, pas une action. Question de déontologie.

    Et que faites vous de la responsabilité de la rédaction, dans le cas qui vous occupe si curieusement, quid de Chabalier, du monteur, du diffuseur ? complices ?
    À vous lire, où donc pourrait on, au nom de la morale, continuer d’envoyer des journalistes ?
    Dans la France de Jean-Pierre Pernaud ? je ne vois que ça ...

    très bizarre cette non-polémique ! ! ! un peu vicieuse ... et puis votre titre, oui vous êtes perturbé.

    C.T.

  • Guillaumelécolo
    • Posté à 15h22 le 07/11/2007
    • Internaute 17836

    A tous-ceux qui CONDAMNENT les humanistes de L’Arche de Zoë, combien d’entre-vous (qui lapident verbalement ces révolutionnaires) ont fait le MOINDRE GESTE POUR LE PEUPLE TCHADIEN ?
    Vous alimentez la haine des peuples, à travers des rapports d’Etat organisés par des CHEFS D’ETAT.
    Les responsables de l’assos auraient DE TOUTE FACON été jugés en France, à leur retour.
    Je crois plutôt qu’ils ont agi par désespoir, par dernier recours.
    Aujourd’hui, je suis encore dégoûté de voir tous ces chefs d’Etat qui VOUS manipulent : la psychologie ne sert pas qu’à soigner les troubles, elle permet aussi à savoir MANIPULER l’être humain lambda, et vous en êtes la preuve.
    La population tchadienne ne veut plus de l’Impérialisme occidental...mais qui le représente ? L’A de Zoe ? Ou les Gouvernement succéssifs depuis la colonisaion ?

    Pour moi, l’A de Z. n’a fai que suivre l’exemple de la Confédération paysane : insurection des consciences, le principe de précaution.
    Ils y a ceux qui se mouillent (eux)
    Ils y a ceux qui en profitent (les Gouvernements)
    Et ceux qui ne font rien...
    ..alors vous ? vous êtes dans quelle catégorie ?

    Personnellement j’ai honte d’être français : je suis révolté d’être assimilé à ces gouvernements français successifs qui ont exploité et continuent de le faire les PEUPLES africain (j’AVAIS un ami dont l’honorable papa continuent de déruire les forêts ivoiriennes, en ayant ses « boys » pour le servir).
    JE COMPRENDS COMPLETEMENT l’état d’esprit des Africains voyant leurs richesses (or, diamant, bois, pétrole, uranium (tiens, j’ai dit URANIUM ! ! ! ...) s’envoler vers l’occident par des accords entre NOS chefs d’Etat et LEURS chefs d’Etat !
    C’est parceque l’Arche de Zoe ne supportait plus ces magouilles entre chefs d’Etat élus (les nôtres) et les leurs (mis au pouvoir grace encore aux notres ! ! !) qu’ils ont AGI !

    Et maintenant Vous faîtes le procès du colonialisme à ces « pieds nicklés » ! Bravo ! Ca vous dérange que des gens fassent des conneries en croyant bien-faire ! Vous préférez que rien ne change ( !) ? Depuis plus de 200 ans , rien a changé !
    Nantes a prospéré grâce à l’esclavage !
    l’Etat Français s’est développé grâce aux colonies !
    Et ça continue...
    Vous avez trouvé de nouveau boucs-émissaires pour cammouffler votre collaboration. A quoi ça vous a servi d’avoir l’education obligatoire si vous réagissez comme des primates ? Monsieur Masure, retournez sur le terrain au lieu de faire du journalisme de salon ...(devant sa télé)

    Des assos françaises, il ,y en a des centaines à l’étranger : demandez-leur si elles ne sont pas obligées de mentir aux gouvernements pour agir POUR LE BIEN (en tout cas pour ce qu’elles pensent, elles aussi, être le bien) des INDIVIDUS.

    S’il fallait attendre des gouvernements leur avis pour le bien des plus faibles, rien n’avancerait.

    Alors à ceux qui font encore du tourisme débile ( « j’ai fait le Maroc, j’ai fait l’Australie », ...), à ceux qui placent leur argent dans des entreprises exploitant la misère des peuples et à ceux qui ont voté pour un chef d’Etat qui compte bien en faire profiter (autant que ses prédécesseurs) ses « amis », alors à vous , vous faîes bien de donner des leçons à ceux qui tentent, qui ne baissent pas la tête, qui risquent de passer pour ce qu’ils ne sont pas, vous faîtes bien de l’ouvrir car vous en avez encore le droit.

    Désolé d’avoir employé un ton très dur dans mes propos, mais un acharnement sur des personnes qui ont risqué leur vie pour boulverser l’ORDRE (injuste) ETABLI.
    Bon, pour ma part je vais me prendre un caca-cola en regardant TF1, en continuant de penser que j’ai raison.

    • Anonyme répond à Guillaumelécolo

      < Personnellement j’ai honte d’être français >

      demande ton adoption au Tchad

      • Guillaumelécolo
        • Posté à 15h43 le 07/11/2007
        • Internaute 17836

        A Courageux anonyme 15h34 :
        JE SUIS FRANCAIS ET J’AI HONTE ! J’aurais pas moins honte là-bas !
        Ca ne changera rien à mon statut , ni ma honte !
        (mais pourquoi je lui réponds ?)

         
        • Anonyme répond à Guillaumelécolo

          vous répondez en déformant votre propos ;

          1er temps ; j’ai honte d’être français
          2e temps : je suis frnaçais et j’ai honte

          deux choses complètement différentes

        1 autres commentaires
      • mas.nono
        • Posté à 18h19 le 07/11/2007
        • Internaute 15323

        pq cette honte ?

        les tcadiens ont bien raison de rester maitres chez eux : un rapt d’enfant est un crime ! ! !

    • Anonyme répond à Guillaumelécolo

      Les membres de l’ADZ sont sans doute pétris de bonne intentions... occidentales. Ils ont voulu le « bonheur » de ces enfants. Mais ces enfants ont-ils besoin de ce « bonheur » loin de leur parents, de leur pays, de leur culture ?

      En d’autres termes, l’opération de l’ADZ a été décidée à la demande d’associations locales ou d’orphelinats appelant à l’aide des ONG occidentales ou a-t-elle été décidée par les membres d’ADZ ? D’un point de vue moral, de quel droit peuvent-ils décider de ce qui est bien ou pas pour ces enfants ? Je comprends les réactions de colère des tchadiens.

      Imaginons. (je grossis volontairement le trait). En France. Des enfants qui ne font pas de vélo et qui ne boivent pas de coca, mais qui vivent avec leur famille dans une culture et un cadre de vie qui leur convient. Arrivent alors en France une joyeuse bande de cyclistes idéalistes et buveurs de coca. Souhaitant à ces enfants leur propre bonheur, ils les enlèvent pour leur faire faire du vélo et leur faire boire du coca. Impensable, non ?

      C’est sans doute simpliste mais c’est ainsi que je vois l’intervention d’ADZ. On ne décide pas du bonheur des autres.

      Elle

    • Anonyme répond à Guillaumelécolo

      Si on vous lit bien ces gens là sont de braves révoltés qui veulent faire le Bien ; fort bien mais dans quelles conditions ? avec le concours de l’ armée de l’air française ? avec des journalistes dont l’une etait aussi candidate à l’acceuil d’un enfant ? faire du bien pour se faire du bien c’est bien connu et accepté , mais faut-il encore que ça ne devienne pas n’importe quoi ! sinon ç’est vite contre productif la preuve vient d’en être donné avec cette malheureuse aventure . Des combats pour les droits de l’homme il y en à mener plus près de chez nous pour des enfants de moins de 12 mois qui passent des nuits en centre de rétention et sont renvoyés à leur misère ,y compris au Tchad , par charters tous les jours ! alors que c’est la réalité française d’aujourd’hui on peut se poser la question des motivations des gens de l’arche de zoé .

      • Guillaumelécolo
        • Posté à 17h09 le 07/11/2007
        • Internaute 17836

        « Faire le bien pour se faire du bien » c’est moins pire que
        « Faire le mal pour se faire du bien » ? Non ?

        Et concernant « Faire le bien pour se faire du bien » , c’est pas justement le cas aussi des autres ONG ? Danone leur propose des alicaments (comme test à grande échelle ? A base d’arachide, en plus ! Fera-t’on sur tous les enfants des test concernant l’intolérance (morelle) à l’arachide ?)) contre des millions de dollars ?
        Le capitalisme qui arrive à faire du blé avec la misère qu’il a créé. Faut que j’arrête la Danette !

        PS : concernant l’alicament de danon aux arachides pour luter contre la sous-nutrition extreme proposé à la vente à des ONG, je veux bien des infos supplémentaires, merci.

    • françoise.V
      françoise.V répond à Guillaumelécolo
      p'tite lyonnaise
      • Posté à 23h14 le 10/11/2007
      • Internaute 4967
        p'tite lyonnaise

      « Combien ont fait le moindre geste pour le peuple tchadien » ?

      Aucune idée, j’avoue !

      Mais il s’agissait en théorie selon l’Arche de sauver des ENFANTS (orphelins) du DARFOUR !

  • Anonyme

    Bruno Masure, à supposer que les hypothèses que vous évoquez soient établies par un juge, il s’agit d’un délit de non-dénonciation de crime, au sens de l’article 434.1 du code pénal français, qui prévoit une exception en cas de secret professionnel. Il reste alors à savoir si les journalistes sont soumis au secret professionnel dans un tel cas. Il faudrait examiner la jurisprudence. De toute façon, les délits commis par les Français à l’étranger ne sont pas punissables en France. Il faudrait donc voir ce que dit le code pénal tchadien à ce sujet.

    Si des journalistes, par exemple ceux de Rue89, pouvaient se procurer et mettre en ligne sur internet le code pénal tchadien, cela serait bien utile pour pouvoir suivre cette affaire.

    L’association Reporter Sans Frontières défendant l’idée d’un secret professionnel très large pour les journalistes, il serait intéressant de poser la question de Bruno Masure à un responsable de cette association.

    • Philippe Leroyer
      Philippe Leroyer
      auteur & photographe
      • Posté à 16h08 le 07/11/2007
      • Internaute 3582
        auteur & photographe

      Merci pour cet apport intelligent et qui ouvre d’autres pistes de réflexion.

    • Guillaumelécolo
      • Posté à 16h41 le 07/11/2007
      • Internaute 17836

      En effet, excellent point de vue. Que dit la loi tchadienne la-dessus ? et comment est-elle respectée/appliquée ?
      Quels statuts ont les journalistes tchadiens ? Et est-il respecté ?

      • Anonyme répond à Guillaumelécolo

        En France ou au Tchad, se protéger derrière le secret professionnel pour un journaliste enquêtant sur un acte illégal en phase d’être commis (sans que d’autres soient au courant) revient à se protéger de l’attaque d’un lion derrière le viseur de sa caméra.
        N’esperez rien de la justice, priez plutôt pour que votre syndicat vous soutienne.

      • Anonyme répond à Guillaumelécolo

        La réponse à votre question se trouve dans Le Pays journal du Burkina Faso, publié le 7 novembre. On y trouve une excelente interview donnée par le directeur du journal tchadien Notre temps. Lien
        ––-
        En séminaire à Ouagadougou, le Directeur de publication du journal « Le Temps » de N’Djamena nous a accordé une interview sur la liberté de la presse au Tchad, la situation politique qui prévaut ces derniers temps, mais aussi l’affaire Arche de Zoé qui est d’actualité depuis plus d’une semaine.
        « Le Pays » : « Le Temps » de N’Djamena est-il un journal d’opposition, privé ou indépendant ?
        Michael N. Didama, Directeur de publication de « Le temps » de N’Djamena : Le journal « Le Temps » que je dirige existe depuis le 8 mars 1995 ; ça fait déjà 12 ans que ce journal a vu le jour. C’est un journal d’informations générales, indépendant, très critique vis-à-vis du régime, ce qui fait qu’on le considère comme un journal d’opposition, même si cela n’est pas notre vision. Nous nous considérons simplement comme des veilleurs de temps en temps, si les choses ne marchent pas. Malheureusement, nous sommes pris comme des gens de l’opposition, ce qui nous a valu beaucoup de tracasseries, de démêlés avec le pouvoir, de harcèlement. Personnellement, ma dernière incarcération date de deux ans.
        Juste pour les articles que vous écrivez, ou ce que vous dénoncez ?
        Ce sont les articles que nous écrivons, qui provoquent souvent ces tracasseries. Ce sont souvent les proches du président, les autorités de la République, qui n’acceptent pas la liberté et l’indépendance du journal, et qui, de temps à autre, nous convoquent devant les tribunaux ou envoient la police nous inquiéter.
        Le dernier incident en date, c’est le passage à votre domicile pendant que vous êtes à Ouagadougou. Comment vous avez appris cette information sur les bandits qui sont passés chez vous ?
        C’est le mercredi 31 octobre dernier, autour de 4h 30 que j’ai été réveillé par un coup de fil de ma femme qui était en pleurs. Je lui ai demandé la raison, et elle m’a dit que les gens venaient d’entrer chez nous et ont ouvert le feu sur la voiture qui a été copieusement mitraillée et très sérieusement endommagée, avant de se retirer sans rien prendre. Elle avait cru avoir affaire à des voleurs, mais c’était plutôt des hommes armés qui, heureusement, n’ont pas tiré sur quelqu’un dans la maison.
        Il n’y a pas eu de blessés dans votre famille ?
        Non, il n’y a pas eu de blessés, mais c’est des chocs émotionnels. Imaginez les enfants dans la maison, mais surtout madame, en mon absence, qui reçoivent une bande de pistoléros à la maison qui tirent sur tout ce qui bouge, et qui réveillent les gens en pleine nuit. Je pense que ça laisse quand même des traces indélébiles. J’ai essayé d’appeler les autorités du pays, j’ai tenté de joindre le Premier ministre qui, malheureusement, était en déplacement au Congo. Mais j’ai joint son directeur de cabinet à qui j’ai exprimé ma totale désapprobation pour ce qui s’était passé. La gendarmerie, saisie, a fait le déplacement pour faire le constat. Un commis huissier est aussi parti dresser un procès-verbal de ce qu’il a vu. J’entends donner une suite judiciaire à cette affaire.
        Etaient-ce des gens qui voulaient vous intimider ? Avez-vous un dossier essentiel sous la main ?
        A ce que je sache, depuis ma sortie de prison en 2005, je n’ai pas eu d’autres accrocs avec les autorités du pays. Bien que de temps à autres, il y ait certains barons du régime qui haussent le ton ou appellent au téléphone pour m’engueuler ou déverser leur colère sur moi ou sur mes collègues, je ne pense pas qu’il y ait un dossier quelconque qui puisse amener les gens à escalader le mur et aller mitrailler ma voiture. Nous vivons dans un pays où il y a beaucoup de forces qui ne sont pas contrôlées, ou bien qui obéissent à des groupes qui ont des intérêts totalement obscurs. Est-ce vraiment un message qu’on veut envoyer au journal que je dirige ou à ma personne ? Je souhaite que la plainte portée contre X et l’enquête ouverte par la gendarmerie aboutissent à quelque chose.
        Est-ce que ces pratiques sont fréquentes au Tchad ?
        Fréquentes, non ! Dans l’histoire assez mouvementée de la presse au Tchad, nous avons connu des passages à tabac, des arrestations arbitraires, des emprisonnements, mais, à ce que je sache, pas un journaliste qui reçoit à 5h du matin la visite de gens qui débarquent, tirent sur la voiture ; je crois que c’est la première fois.
        Est-ce que la liberté de la presse est respectée dans votre pays ?
        Il faut dire que nous sommes le seul pays de la sous-région où la liberté de la presse se sent, parce que nous avons des textes qui nous permettent vraiment cette liberté. L’autre aspect est que nous sortons d’une très longue dictature avec le régime Hissein Habré, et ceux qui sont aux commandes aujourd’hui sont des purs produits du règne de ce dernier. La Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) de Hissein Habré est responsable de plus de 40 000 victimes et qui valent aujourd’hui des poursuites à ce dernier. Ces personnes ont été moulées dans ce système et n’acceptent pas du tout de contradiction ou une voix discordante dans ce régime. Ces personnes étant aujourd’hui au pouvoir nous ont vraiment compliqué la vie et font que l’exercice du métier est très difficile au Tchad. Nous essayons malgré ces difficultés de travailler, car nous considérons notre travail comme un sacerdoce, et nous voulons que l’espace démocratique le prenne en compte, car elle est le moteur de la démocratie.
        Pouvez nous décrire le paysage de la presse au Tchad, les grandes tendances ?
        Depuis les années 90 jusqu’aujourd’hui, à part le journal « N’Djaména Hebdo » qui est né en 1989, la plupart des journaux sont nés après 90. Nous avons eu au début de cette année une quarantaine de titres qui paraissent, dont une trentaine est morte parce que c’est très difficile de tenir un journal. Nous sommes un pays enclavé connaissant une situation économique très difficile, même si nous avons le pétrole maintenant. Les journaux ont un très petit lectorat, l’imprimerie est l’une des plus chères au monde, et surtout avec l’absence de la publicité, les journaux n’arrivent pas à résister. A cela s’ajoute aussi la censure qui nous a été imposée en 2005, juste à notre sortie de la prison. Tout cela est de nature à faire disparaître complètement la presse indépendante. Sur les 9 ou 10 titres qui paraissent, il y a un quotidien dont le propriétaire est l’actuel directeur de cabinet du président de la République, ça veut dire ce que ça veut dire. Le reste des journaux se placent à équidistance de toutes les forces politiques du pays, même si, de temps en temps, dans leur prise de position, on les trouve beaucoup plus dans le camp de l’opposition que celui du pouvoir.
        Selon le classement de Reporters Sans Frontières, le Tchad est passé de 124e en 2006 à 113e en 2007, pour ce qui concerne la liberté de la presse.
        Tout simplement parce qu’il y a eu des séries d’arrestations en 2005. Il y a moi-même, ma consoeur Coumbo Gali Sy qui est actuellement en RDC, Samori Kimto qui est rédacteur en chef de « L’Observateur ». En plus de cela, comme je vous le disais, nous avons connu la censure. Après notre sortie de la prison, il y a des pressions qui ont été faites par les différentes organisations, ce qui a amené un certain assouplissement des conditions qui étaient les nôtres. Je pense que c’est ce qui explique cette évolution.
        En tant qu’homme de presse, quel commentaire pouvez- vous faire de l’affaire Arche de Zoé ?
        Je pense que c’est une situation qui est déplorable, mais il faut l’analyser avec une certaine prudence. Premièrement, à l’est du Tchad, avec cette crise du Darfour, il y a de nombreuses organisations qui pullulent et dont on ignore exactement le mobile. Deuxièmement, dans un pays comme le Tchad qui a connu beaucoup d’années de dictature et qui est presque entièrement quadrillé par les services de sécurité ou de renseignement, on ne peut pas croire qu’une organisation comme l’Arche de Zoé puisse aller dans les confins du village, dans les camps de réfugiés et déplacés pour y ramasser 113 enfants et chercher à les embarquer pour la France, sans qu’aucune autorité du pays ne le sache. C’est vraiment un mensonge. Je crois que quelque part, les gens ont voulu utiliser l’affaire pour régler d’autres comptes. Accordons à Déby qu’il l’ignore, mais je ne pense pas que ses ministres soient ignorants de cela. Au Tchad, les régions font face à une rébellion ; même s’il y a une semaine ou dix jours, des accords ont été signés par les rebelles à Tripoli, sur le terrain, rien n’a changé. Les rebelles demeurent une menace très forte pour le régime, et si le régime a sous les bras un moyen de pression comme ce qu’il vient d’avoir, cela peut changer la donne sur le terrain, surtout quand on sait que les forces européennes doivent être déployées d’ici le 15 novembre. C’est une affaire qui ressemble plus à de la comédie. C’est vrai que c’est une mauvaise pratique, tout le monde sait que l’Arche de Zoé avait pour ambition de faire partir en Europe mille enfants, de l’est du Tchad et du Darfour, pour les placer dans des familles d’accueil, et ils avaient toutes les autorisations pour leur travail au Tchad, donc je ne pense pas qu’en ce moment précis on organise tout ce tintamarre pour faire croire que les enfants ont été enlevés. Ils ne peuvent pas être enlevés de leurs villages jusqu’à Adré, Abéché, surtout quand on sait que le président était dans la zone depuis plusieurs semaines ; je pense qu’il y a quelque chose qu’on ne veut pas nous dire.
        Que dites-vous de la déclaration de Timan Erdimi, président du Rassemblement des forces pour le changement (RFC), qui disait qu’il ne croyait pas un seul instant à une paix avec Déby, et qu’une lutte armée contre ce dernier débuterait dans les prochains jours ?
        En ce qui concerne les accords entre le gouvernement et les rebelles, je crois qu’il est difficile de croire à leur réussite. L’accord a été signé dans des conditions très opaques. Nous savons la profondeur de la divergence entre le président Déby et les rebelles. L’autre aspect est que, ce qui oppose Déby et ces différents chefs rebelles n’est pas seulement au niveau politique, c’est au-delà de la politique. Et quand dans une affaire comme celle-là, une divergence va au-delà du politique, elle n’a pas de solution politique. Timan Erdimi a été la matière grise du président Déby. Si Déby est resté 17 ans au pouvoir, c’est grâce à l’intelligence de cet homme dont tout le monde connaît la finesse d’esprit. Timan Erdimi considère Déby comme sa propre créature. Par ailleurs, Déby pense que Timan qui est son neveu est sa création. Donc à mon niveau, ce problème n’est pas politique, et comme je l’avais dit, quand un problème n’est pas politique, on ne peut pas le résoudre politiquement. Avant que les accords ne soient signés, le président a renforcé son armée à l’Est, et lui-même s’est déplacé à Abéché pour, dit-on, prendre la direction des opérations. Les rebelles, de leur côté, ont fait également de grandes pénétrations à l’intérieur du territoire. Quelques heures avant de signer les accords, Timan Erdimi a dit que c’étaient des accords caducs. Je ne peux pas comprendre que des accords soient déclares caducs avant qu’ils ne soient signés.
        Le pétrole y est-il pour quelque chose dans la situation politique du Tchad ?
        Il faut dire que le pétrole a été pour beaucoup dans la complication de la situation au Tchad. En 2001, le président Déby a déclaré aux yeux du monde qu’il ne modifierait pas la Constitution après son mandat. Quand le pétrole est venu, l’argent est là, beaucoup d’appétits sont nés, la Constitution a été modifiée, et c’est ce qui a exacerbé ou détérioré la situation au Tchad. En dehors de cela, il faut dire que l’extérieur y est également pour quelque chose, du moment où chacun cherche à poser son pion. Si Déby tient, c’est que quelque part, il y a les Français qui sont derrière lui, et si les rebelles résistent à l’armée Déby, c’est qu’il y a une force qui les soutient. Chacun cherche à tirer profit de cette manne.
        Propos recueillis par Abdoulaye Tao et Bogli Kabo

         
        • Philippe Leroyer
          Philippe Leroyer
          auteur & photographe
          • Posté à 18h11 le 07/11/2007
          • Internaute 3582
            auteur & photographe

          Merci aussi pour cet éclairage différent de cette affaire, et la mise en perspective.

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