Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Cesare Battisti : l'extradition du Brésil de plus en plus proche

Publié le 29/11/2008 à 14h04



Battisti escorté par la police à son arrivée à Brasilia le 19 mars 2007 (Jamil Bittar/Reuters).


C’est en janvier dernier qu’avait débuté, au Brésil, le processus juridique qui devait décider si le pays où Battisti était réfugié en 2004 et où il avait été arrêté en mars 2007, accéderait ou non à la nouvelle demande d’extradition formulée par l’Italie. Cesare Battisti et ses défenseurs avaient, alors, formulé une demande d’asile politique.

C’est cette demande que l’ancien activiste du mouvement des « Prolétaires armés pour le communisme » (PAC) s’est vu refuser, ce 28 novembre, par le Comité national pour les réfugiés au Brésil. Un comité qui comprend des représentants du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés ainsi que de l’ONG Caritas, et qui a pris la décision à la « majorité des membres ».

En avril dernier, le procureur général de Brasilia avait demandé l’extradition de Battisti, considérant celui-ci comme un criminel et non comme un réfugié. La Cour suprême, qui tenait en ses mains le sort de l’Italien, avait décidé en juillet de consulter le Comité des réfugiés.

Battisti a quinze jours pour faire appel de cette décision auprès du ministre de la justice brésilien. Puis, la Cour suprême brésilienne doit rendre son avis. Mais la décision finale reviendra à l’exécutif. C’est-à-dire au président Lula.

Cesare Battisti était entré en clandestinité le 21 août 2004 pour éviter l’extradition vers son pays, à laquelle la France avait favorablement accédé suite à une nouvelle demande émanant alors du gouvernement de Berlusconi. En Italie, il avait été condamné en 1993, par contumace, à la perpétuité pour quatre « homicides aggravés » commis en 1978 et 1979, en pleines années de plomb, qu’il a toujours niés.

Réfugié en France, puis au Mexique, puis de nouveau en France depuis les années 90, Cesare Battisti avait, comme le lui demandait la « doctrine Mitterrand » de 1985, rompu avec l’activisme armé, et entamé une carrière d’écrivain de romans policiers.

Jusqu’à présent, le Brésil a toujours refusé les demandes d’extradition vers l’Italie d’anciens activistes italiens notamment des Brigades Rouges, considérant qu’ils étaient poursuivis pour des délits de nature politique.

Après la France entre 2002 et 2004, période d’idylle absolue entre les gouvernements raffariniens et berlusconiens (le garde des Sceaux Dominique Perben donne Persichetti à Berlusconi, en se déclarant « solidaire » de M. Castelli, haut responsable de la très xénophobe Ligue du Nord et alors ministre de la Justice transalpin), il est à parier que le Brésil est, à présent, l’objet de toutes les pressions de la part du pouvoir italien.

Photo : Cesare Battisti escorté par la police à son arrivée à Brasilia le 19 mars 2007 (Jamil Bittar/Reuters).

  • 14275 visites
  • 407 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 14h12 le 29/11/2008
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    Euh faut comme même pas voir Battisti comme un gentil nounours non plus. Il me semble que le communisme malheureusement plus constitué de violence que d’idéologie.
    cela dit, on peut toujours espérer qu’il soit jugé démocratiquement en Italie, mais avec berlusconnerie au pouvoir j’en doute fort.

  • C. Creseveur
    C. Creseveur répond à Atlantis
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 09h10 le 30/11/2008
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Associer communisme et violence est franchement stupide. Le communisme n’est pas violent. Ce sont les hommes qui sont violents.
    Diriez-vous du libéralisme qu’il n’est pas violent ? Pensez-vous que la doctrine Bush n’est pas violente ?

  • violeta
    violeta répond à halifax
    psy
    • Posté à 11h19 le 30/11/2008
    • Internaute 34895
      psy

    Personne ne détient la palme du plus de cruauté. Bien sur : le livre noir de Staline et consorts, faudrait quand même pas confondre cette perversion d’Etat avec l’idéologie du partage qui s’est trompée de guides . C’est vrai la SHOAH que certains allumés encensent encore, les fous ! ! ... C’est vrai que l’humain est cruel et que son « humanité » devrait lui permettre de se dépasser. Mais c’est chose difficile et avec le Dieu Argent qui aujourd’hui mène la danse de toutes les ignorances, nous ne sommes pas prêts à vivre la douceur !

    Surtout... de grâce un peu de tolérance ! Nous même que savons nous de ce que nous serions capable de faire en temps de guerre ? Béatrice et beaucoup d’entre vous me sidérez, campés dans une certitude aveuglée qu’il existe une frontière définitive entre le bien et le mal. A moins que vous ne soyez de cette « gauche moderne » enfin... de droite quoi !

    Les actes d’un Batisti sont à évaluer précisément au creux de cette frontière délicate, comme entre le normal et le pathologique. C’est pourquoi nous sommes, certaines personnes, enclines à penser que cet homme n’est pas un assassin au sens de ces êtres capables de tuer sans émotion, voire avec délectation : les pervers, les psychopathes. C’est pourquoi vos cris d’effraie retentissent comme injustes et formels, ils disent à mon sens la conformité et sont dans le droit fil d’une société qui, pour l’heure, nous dit bien qu’être REVOLUTIONNAIRE est la pire des choses qui soit ! ! ! Voyez aujourd’hui le sort qui est fait aux jeunes gens et filles arrêtés pour l’histoire de la caténaire, sans PREUVE...

    Repensez donc à la Révolution Française dont vous êtes sans doute si fiers, vous avez oublié les bains de sang regrettables qui ont permis d’inverser LES POUVOIRS, vous ne retenez alors, dans l’écho général, que les « avantages acquis » dès lors par la bourgeoisie et les citoyens.

    Repensez donc à la RESISTANCE Française : une infime minorité au début, tant ce courage manquait à tous. Ils étaient eux aussi des terroristes... et la sensiblerie ne faisait pas partie de leurs bagages. Ils nous ont pourtant été si UTILES...

    Aujourd’hui, beaucoup de gens semblent être devenus conformistes et peu réalistes, je me demande si certains jeunes vont relever le défi car tout ça est fort navrant sur fond de crise économique grave !

    Repotassons la période sombre des années de plomb en Italie pour réfléchir à deux, 3, 4 fois avant d’accepter, de concert avec les puissances politiques et industrielles, de LIVRER à la justice de Berlusconi un homme qui a donné pendant de si nombreuses années les preuves de sa pacification, loin des vagues politiques violentes auxquels il avait, peut-être, pris part autrefois.

    Pour terminer je vous rappelle que Sarkozy vient de faire la même promesse que Mitterrand autrefois, auprès des militants des FARCS et qu’il vient de renouveler son offre auprès d’Uribé. Si Sarko peut comprendre ça, je suis sûre que les petits Français vont faire de même sous peu et espérons que le Brésil saura, en appel, assouplir sa décision.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.