Printemps 2009 : Harrison, Spinrad, Bégaudeau et les autres
Dans quelques jours, avant la fin de l’année, je vous présenterai la rentrée de janvier : les transferts, les buzz, nos découvertes et nos coups de cœur.
Mais, histoire d’être en avance sur la rentrée littéraire, voici pour commencer un avant-goût du printemps. En quelques coups.
LE coup, LE transfert, c’est le nouveau Jim Harrison. « Coup », car l’Américain a quitté son éditeur historique en France, Christian Bourgois, pour entrer chez Flammarion. Un transfert estimé à 600 000 € pour un roman et un recueil de novelas. L’opération s’est faite en mai dernier. L’éditeur précisait alors que le montant était « sensiblement inférieur ». Quoiqu’il en soit, « Une odyssée américaine » paraîtra début mars en France. Aux USA, le livre, l’histoire d’un professeur qui part en quête après le départ de sa femme, a été vu comme un « pendant à Philip Roth », et un Harrison très fort.
Le mois de mars verra aussi la parution du nouveau roman de François « Entre les murs » Bégaudeau, « Vers la douceur », un roman qui, selon les informations fournies à ce jour, semble marcher sur les traces générationnelles du deuxième roman de Bégaudeaau, « Dans la diagonale ».
Mi-mars, ce sera le retour d’un monstre de la science-fiction. Norman Spinrad déboule chez Fayard, ce qui constitue un autre transfert de taille. « Il est parmi nous » marque le grand retour du « plus parisien des auteurs américains de SF », des années après « Bleue comme une orange », roman SF qui posait la question du réchauffement climatique. Ce nouveau roman de l’auteur de « Jack baron ou l’éternité » rassemble quelques thèmes purement spinradiens : manipulation, temporalité rationnelle mise à mal par des jeux d’uchronie, croyances et médias. L’histoire en deux mots : un homme issu du futur revient sur terre. C’est un comique médiatique, et il est persuadé d’être… le Messie. Il est persuadé d’être en 1969, mais nous sommes en 2010. Il va tout de même devenir gourou… Fayard a obtenu les droits mondiaux pour les deux prochains romans de Spinrad.
Le printemps sera aussi chaud en littérature érotique. Une série va naître, dont Rue89 vous proposera des extraits. Donc, nous vous réservons la surprise jusque là.
En mars, vous aurez également la traduction française d’un court roman qui, dès sa parution en février 2008, s’est retrouvé en tête des ventes mondiales sur Amazon (plus d’un million d’exemplaires vendus). Et qui avait alléché toute l’Allemagne : « Zones humides », premier roman de la jeune germano-anglaise Charlotte Roche, que nous avons déjà lu, est un livre singulier sur le corps féminin des « 15-25 ans », porté par une fausse naïveté et un style direct.
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SDF
SDF
Quelques détails sur « Il est parmi nous » :
Tout d’abord, il convient de préciser que c’est une comédie. Il n’y est pas question d’uchronie, mais d’avenirs alternatifs. Ralf, le comique venu du futur, n’est pas « persuadé » d’être en 1969 : il aurait effectivement dû se retrouver en cette année-là à Woodstock, mais la machine temporelle ne l’a pas déposé ni à la bonne époque, ni au bon endroit. Il n’est pas non plus persuadé d’être « le Messie » (une référence judéo-chrétienne beaucoup trop réductrice pour une réflexion, eh bien, philosophique qui transcende les cutures). C’est juste un comique du XXIIe siècle au bout du rouleau qui a accepté un engagement un peu particulier pour essayer de relancer sa carrière.
Plus qu’un livre sur la manipulation, c’est un livre sur les visions possibles d’une situation ambiguë. La mise en regard de perceptions différentes, voire antagonistes, l’opposition entre mystique New Age et physique quantique, entre tragédie et comédie, entre succès médiatique et échec personnel, font de ce roman un texte sans doute sujet à des interprétations multiples.
Bien qu’« Il est parmi nous » ait été écrit avant « Bleu comme une orange », qui en a d’ailleurs repris une partie de la thématique, aucun éditeur étatsunien n’a osé le publier, peut-être en raison du portrait tout à la fois féroce et plein de tendresse qui y est dressé des fans de science-fiction. À moins que ce ne soit en raison de la justesse sans concession de la description qui y est faite de l’univers de la télévision. Ou encore de la crudité sans détour de certains passages réalistes dans les bas-fonds de New York.




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