Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Les romans de l'hiver (1/2) : la rentrée étrangère

Publié le 05/01/2009 à 16h29

Auster, Bolano, Welsh, Burnside, Lehane, AL Kennedy, Mendelsohn, Diaz et d’autres : ce sont les auteurs de la rentrée d’hiver. Depuis des années en effet, la « rentrée de janvier » est une rentrée littéraire à part entière. Pour commencer, passage en revues des principaux coups à venir et des coups de cœur du Cabinet de lecture. Avec la rentrée des romans étrangers.

Depuis des années, donc, les romans qui paraissent en janvier et février forment un rendez-vous littéraire à part entière. Une rentrée business, certes, mais un tantinet plus sereine. Car voilà : il n’y a pas de course aux prix. Si, en septembre, la majorité des éditeurs jouent la médaille et le blockbuster, la rentrée d’hiver est de plus en plus privilégiée par des auteurs indifférents aux marches des podiums.

Entre janvier et février 2008, c’étaient ainsi 547 fictions françaises et étrangères qui étaient parues. En 2009, le chiffre sera de 558 : 347 romans français, 211 étrangers. Voici une liste (non exhaustive) de ce dont le Cabinet vous reparlera plus en détails durant l’hiver. Avec, pour commencer, les romans venus d’ailleurs.

Junot Diaz récompensé par le Pulitzer


Après le recueil « Los Boys », il a fallu onze ans à l’Américain Junot Diaz pour composer « La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao » (Plon). On comprend pourquoi : le roman, qui a valu à son auteur le Pulitzer 2008 et paraît ici fin janvier, est un livre frappadingue, qu’on n’oublie pas. A la fois roman politico-historique (le destin de toute une famille dominicaine exilée dans le New Jersey, l’imaginaire de la diaspora, la dictature et la truanderie dominicaines) et véritable hymne aux « Sous-Cultures » : science-fiction, pop, punk, mangas Star Trek. Un roman surdimensionné.


Fin janvier paraîtra également « L’étreinte fugitive », de Daniel Mendelsohn (Flammarion), plébiscité par la critique et le public en 2007 avec « Les Disparus » (Prix Médicis étranger). Un livre qui, en fait, précède celui qui le révéla en France. Où Mendelsohn entremêle récit familial, mythologie grecque, recherche des identités sexuelle et personnelle. On y revient aussi à la fin du mois.

Pour la première fois depuis « Léviathan », j’ai vraiment aimé un roman de Paul Auster. « Seul dans le noir » (Actes Sud) est le récit d’une Amérique parallèle. Où n’aurait pas eu lieu le 11 Septembre ni l’intervention en Irak, mais où sévirait un guerre civile. Ce roman se situerait entre les travaux de DeLillo ou Safran Foer sur ce trauma national, et l’uchronie de Philip Roth dans « Le complot contre l’Amérique ».

Chez Acte Sud aussi, un essai de l’intellectuel canadien, qui vit en France, Alberto Manguel : « La cité des mots » est un de ces livres rares qui unissent réel et imaginaire, tout en produisant une réflexion saine en temps de crise. Les bonnes feuilles dès demain sur Rue89 !

Poursuivant sur l’Amérique d’aujourd’hui, j’ai été marqué –comme à chaque fois- par le yankee Rick Bass. Toujours aussi lyrique, toujours aussi en colère, toujours aussi écolo : « La vie des pierres » est un somptueux recueil de nouvelles psychologiques et naturalistes. Dans le lignée des écrivains du Montana.

Egalement, côté recueil de nouvelles, un cinglant « Sous la bannière étoilée » (Albin Michel) très complémentaire du Rick Bass, dans sa colère et son lyrisme. J’y reviens très bientôt.

Welsh passe au scanner trente ans de culture pop

L’Amérique, il en est beaucoup question aux Editions de l’Olivier, bien entendu : je vous reparlerai des retrouvailles avec John Berger ( « De A à X ») et de la découverte de Keith Gessen, le fondateur du magazine littéraire new-yorkais n+1, avec « La fabrique des jeunes gens tristes ». Des livres qui sont programmés en février.


L’Olivier, qui fait paraître les nouveaux romans de deux Britanniques déjà repérés en France : « Day » de l’Ecossaise A.L. « Volupté singulière » Kennedy en janvier (interview très bientôt ici) et « Le fond des forêts » de David Mitchell (fin janvier), dont on avait goûté il y a deux ans la « Cartographie des nuages ».

Comme A.L. Kennedy, Burnside et Welsh sont Ecossais. Et leur nouveau roman en France est parmi mes gros coups de cœur. Dans « Glu » (Au Diable Vauvert, en février), Irvine Welsh poursuit son travail sur la culture pop contemporaine, mais sur trente ans. Quant au « Mensonge sur mon père » de John Burnside (Métailié), il allie la poétique habituelle de l’auteur à une moins usuelle dose d’autobiographie.

On retrouvera aussi l’Anglais Jonathan « Bienvenue au club » Coe avec un roman moins politique que ses précédents, mais narrativement très surprenant : « La pluie avant qu’elle ne tombe » (Gallimard) est une histoire familiale qui se compose à partir de simples… descriptions de photos !

Retour aux USA avec Michael Chabon, qui signe une nouvelle saga caustique et débridée dont il a secret : « Le club des policiers yiddish » (Robert Laffont). Et avec Dennis Lehane, qui fût mon premier coup de cœur lorsque, il y a deux mois, j’ai commencé mes lectures de rentrée. « Un pays à l’aube » n’a que peu à voir avec « Mytic River », « Shutter Island », un peu plus à voir avec la série des Kenzie-Gennaro. Se déroulant en 1919, lors du retour des soldats américains, et sur fond de prohibition et de grève des policiers de Boston en 1919, ce pavé (700 pages) est son « Birth of a Nation » à lui. C’est surpuissant. Et on y voit, nettement, que, entre ses précédents romans en France et ce nouveau, Dennis Lehane est passé par la série « The Wire » (avec ses comparses Richard Price et George Pelecanos).

Le Mexique étant l’invité du prochain Salon du livre de Paris, de nombreux romans d’auteurs mexicains paraîtront cet hiver : Ana Clavel, Mario Bellatin, Guillermo Fadanelli, Jorge Volpi, etc.


Pour rester en Amérique latine, on ne se passera pas des chroniques défuntes de Roberto « 2666 » Bolano : « Le secret du mal » (Christian Bourgois) est un recueil de dix-neuf contes et récits, dont certains sont inachevés. L’ouvrage est paru en Espagne en 2007 chez l’éditeur Anagrama, qui a retrouvé ces textes.


Enfin, on lira goulument un romans sec, matiné de polar, parfait en temps de crise : « Das Kapital », le deuxième roman (le premier en France) du jeune Américain Viken Berberian (Gallmeister). On en reparle très bientôt ici.




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  • in girum
    • Posté à 16h53 le 05/01/2009
    • Internaute 8170

    merci de ce survol bien intéressant ...

  • george44
    george44
    retraitée
    • Posté à 19h18 le 05/01/2009
    • Internaute 58407
      retraitée

    Que des hommes ! La barbe ! Revoyez votre copie !

    • Samuel Dixneuf
      Samuel Dixneuf répond à george44
      Journaliste freelance, (...)
      • Posté à 19h56 le 05/01/2009
      • Journaliste 4447
        Journaliste freelance, (...)

      Mais non George, même en lisant en diagonale on voit le nom de A.L. Kennedy... Lien

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 22h18 le 05/01/2009
    • Internaute 61755

    cher hubert artus, concernant le roman de junot diaz, qu’entendez-vous par « surdimensionné » ? merci pour votre réponse...

    • Numerosix
      Numerosix répond à A déménagé le 1-6
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 22h43 le 05/01/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      C’est encore un pavé de mille deux cents pages , parce qu’ il faut toujours qu’ ils fassent tout en plus gros , les americains, c’est des malades .
      C’est peut être juste ça, hershelll ..

    • Anonyme répond à A déménagé le 1-6

      Excellente question. J’aurais aimé pouvoir la poser moi-même.

      • Hubert Artus
        Hubert Artus
        Rue89
        • Posté à 23h06 le 05/01/2009
          rédacteur
        • Journaliste 56
          Rue89

        Eh bien non, je ne parlais absolument pas de l’épaisseur du livre ! Je parlais des strates narratives qui s’entremêlent. Pour plus d’informations... patience ! Le livre sort à la fin du mois, et j’en parlerai dès que possible.

  • paco
    • Posté à 22h19 le 05/01/2009
    • Internaute 17955

    Mais, en dehors de Bolano, que des anglophones (et même des anglo-saxons). Ça manque un peu de diversité. Ou alors, les seuls bons romans sont écrits en anglais ?

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 22h40 le 05/01/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    un roman de Paul Auster. « Seul dans le noir » (Actes Sud) est le récit d’une Amérique parallèle. Où n’aurait pas eu lieu le 11 Septembre ni l’intervention en Irak, mais où sévirait un guerre civile. Ce roman se situerait entre les travaux de DeLillo ou Safran Foer sur ce trauma national, et l’uchronie de Philip Roth dans « Le complot contre l’Amérique ».

    Pourquoi cette mode de l’ Uchronie chez les grands auteurs américains aujourd’ hui ? Genre plutôt réservé jusque la à la Science Fiction de gare , parfois excellente et plus du tout de gare ( Robert Silverberg ou Philip K Dick, par exemple )

    Serait ce que l’ Amérique réelle n’ a plus rien a dire et qu’elle se sent moins influente telle qu’elle est ? Ou qu’elle se trouve tellement mal et envahie par le doute qu’elle préfère vraiment s’ inventer autre chose ? Style , tiens , qu’est ce qui se serait passé si New York avait été attaquée et qu’un noir était devenu Président des USA à la place du blanc suspect habituel ?

    • A déménagé le 1-6
      • Posté à 10h50 le 06/01/2009
      • Internaute 61755

      tu savais que raquel welsh était auteure ? j’en tombe des nues...
      la bonne journée...

      • Numerosix
        Numerosix répond à A déménagé le 1-6
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 11h21 le 06/01/2009
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Ho ben tu sais ,depuis que j’ ai lu que Steve Mc Queen est devenu un gros noir Irlandais qui tourne des films (excellents parait-il) , plus rien ne m’etonne .
        La vie est dure pour les pauv’ vieux aujourd’ hui ..

  • ysengrimus
    • Posté à 22h53 le 05/01/2009
    • Internaute 12674

    Je vous recommande celui-ci :

    Lien

    Très, très étranger.
    Paul Laurendeau

  • ringold
    • Posté à 10h03 le 06/01/2009
    • Internaute 30008

    Savez-vous, cher Hubert, quand Gallimard doit publier le prochain Philip Roth – édité en Espagne, par exemple, depuis un an ? Je vous remercie de votre réponse…

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à ringold
      Rue89
      • Posté à 11h32 le 06/01/2009
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Cours de traduction, mais je ne peux encore dire de date .

  • martine silber
    martine silber
    journaliste et blogueuse
    • Posté à 11h58 le 06/01/2009
    • Journaliste 65011
      journaliste et blogueuse

    Allons bon, juan manuel de prada est castillan et assez fier de l’être et cela m’étonnerait fort qu’il soit devenu mexicain. Au moins six de ses livres ont déjà été traduits en français. C’est un talent assez original, qui frise avec le grotesque, la provoc en tous genres (vulgarité, érotisme, anarchodroitière etc.).

  • Camille D
    Camille D
    www.tsubaki.ouvaton.org
    • Posté à 13h12 le 06/01/2009
    • Internaute 7885
      www.tsubaki.ouvaton.org

    D’après la couverture du livre, c’est Viken (et non Viktor) Berberian. Mais Viktor est un joli prénom aussi. : -)
    Par ailleurs, j’ai eu le grand plaisir de lire cet été Le Club des policiers yiddish, un polar situé en Alaska, territoire prêté en 1942 et pour 60 ans aux Juifs d’Europe. L’histoire se déroule dans les deux mois qui précèdent la rétrocession aux États-Unis. Le tout avec plein de Palestiniens en forme d’Inuits. Les droits de ce livre savoureux et subtil auraient été, dit-on, acheté par les frères Coen. Un scénario à leur mesure, trouve-je.

  • Papalagui
    Papalagui
    journaliste
    • Posté à 16h23 le 06/01/2009
    • Journaliste 54262
      journaliste

    A propos du roman de Juniot Diaz, je dirai qu’il n’a rien de « surdimensionné “. Il est tout simplement à la démesure du monde des jeunes latinos des Etats-Unis. Déjà dans son recueil de nouvelles ‘Los Boys’, le titre portait la marque de ce bilinguisme (recueil réédité par 10/18 à l’occasion de la sortie du roman).
    Avec ‘La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao’, les phrases truffées d’hispanismes sont à la hauteur de ce roman du Tou-Monde américain (Nord et Caraîbes entremélés). D’ailleurs la traduction en français de Laurence Viallet est absolument remarquable. Fallait se coltiner avec cette langue qui mélange non seulement les langues mais les niveaux (de langue), le verlan comme les argots, les héros de Tolkien comme les les héros de séries de fantaisy, base de métaphores propulsives : elle rendent captivante la lecture de ce roman merveilleux.
    On passe des références de Glissant à Derek Walcott de Sainte-Lucie, de Trujillo, dictature persistante, à la police dominicaine actuelle, des rêves effondrés de notre Oscar à la chronique amère de sa destinée tourmentée. Qui écrit mieux que Diaz l’impossible attachement à son île d’origine, de ses multiples identités dans un monde fractal comme les Amériques ? A l’instar de ‘Candide’ de Voltaire, plongé dans les horreurs de l’histoire de son temps, Oscar passe d’un pays à l’autre, d’un objet de désir à l’autre, d’un contexte étudiant à un contexte tyrannique, en toute candeur, mais une ‘candeur moderne’, celle qui croit le monde à portée de main.

  • albin
    • Posté à 19h53 le 06/01/2009
    • Internaute 11837

    Hubert !
    Et les indépendants Hubert ! Les indépendants ! La petite édition ! On en parle quand ? Ca ne vous intéresse vraiment pas à rue 89 ? C’est dommage quand même.

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à albin
      Rue89
      • Posté à 19h56 le 06/01/2009
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Et Gallmeister, ce n’en est pas un ?

      • albin
        albin répond à Hubert Artus
        • Posté à 01h48 le 07/01/2009
        • Internaute 11837

        Désolé, je ne connaissais pas.
        Je viens d’aller sur leur site, ça à l’air pas mal. Vous avez un contact, j’aimerais les inviter au OFF que je co-organise à Bruxelles en mars 2009

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