Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Paul Auster : « Avec Obama, la fin de 40 ans de conservatisme »

Publié le 19/01/2009 à 11h16

« Seul dans le noir » est un livre très agressif sur les Etats-Unis. Le meilleur de l’écrivain depuis « Léviathan ». Entretien.


Couverture de ’Seul dans le noir’, de Paul Auster.

Mêlant uchronie et profonde réflexion sur les pouvoirs de la littérature aujourd’hui, « Seul dans le noir » est le meilleur roman de Paul Auster depuis « Léviathan »… en 1993 ! C’est, aussi, un livre très agressif sur les Etats-Unis. Deux jours avant l’investiture d’Obama, Rue89 a rencontré Auster.

C’est pourtant une histoire simple. Celle du narrateur, August Brill. Soixante-douze ans, critique littéraire à la retraite, ancien directeur littéraire du Boston Globe, par le passé lauréat du Pulitzer de la critique. Un homme handicapé depuis un accident de voiture.

Et surtout : hanté par les morts (celle de sa femme, celle du fiancé de sa petite fille, Titus), les pertes, le quotidien et l’immobilité. Notre homme vit chez sa propre fille, avec également sa petite-fille Katya. « C’est une maison d’âmes en peine, blessées » : Katya avait quitté son fiancé juste avant qu’il ne parte servir en Irak, où il a trouvé la mort.

Insomniaque, Brill s’invente des histoires. Première phrase du livre :

« Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. »

« Seul dans le noir » est un enchevêtrement de ces mondes imaginaires et de nombreux souvenirs personnels et familiaux de Brill. Cela devient vertigineux en même temps qu’une méditation d’un chef de famille déchu.

Son roman le plus chargé

Les histoires qu’il invente se passent dans d’autres mondes. Une autre Amérique. « Une Amérique qui se bat contre l’Amérique », plus précisément. Durant la nuit, August Brill crée le personnage d’Owen Brik, magicien, marié, né dans le Queens.

Un personnage qui, un jour, se réveille et découvre qu’il est dans un monde parallèle. Et apprend qu’il est caporal du septième régiment du Massachusetts, membre des forces armées des Etats Indépendants d’Amérique Il est, nous sommes, en 2007, et l’Amérique déchirée par une nouvelle Guerre de Sécession depuis quatre ans.

Le World Trade Center est toujours debout. Les GI’s ne sont pas allés en Irak. Et surtout : suite aux résultats de l’élection présidentielle de 2000, des émeutes ont éclaté dans les grandes villes. La guerre est devenue civile. Des Etats ont fait sécession (les sus-cités EIA). Le territoire entier s’embrase.

Aux guerres et aux invasions que les Etats-Unis font à l’extérieur, Auster a substitué un titanesque conflit intérieur. Il a relis le mal au cœur même de la bête. La mise en abîme est sidérante de justesse. « Seul dans le noir » est une réflexion sur les responsabilités et la mauvaise conscience de l’Amérique dans l’Histoire récente, mais prend une épaisseur littéraire conséquente à mesure que progresse cette notion d’inquiétante étrangeté, parfaitement dosée.

A lire alors que l’Amérique s’apprête à entamer sa rédemption

« Seul dans le noir » replonge dans l’origine du trauma yankee récent : les résultats des élections de 2000, à jamais entachées de soupçons de vol. Le livre se place alors, sur un niveau plus politique, dans la suite du dernier Richard Ford (« L’Etat des lieux »). Mais c’est aussi une uchronie, qui ne pourra alors que rappeler « Le Complot contre l’Amérique » de Philip Roth.

Au moment même où cette Amérique s’apprête à entamer sa propre rédemption en installant Obama à la Maison-Blanche, c’est en tout cas le livre idéal pour mieux vivre la descente. (Voir la vidéo)



« Seul dans le noir » questionne donc l’individuel et l’universel, le citoyen et le collectif.

Mais pose également la question de la place de la fiction, et de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Des questions qui étaient au centre de « Dans le scriptorum » (2007), certes, mais qui ici sont d’un niveau supérieurement traités.

Pour boucler la boucle et achever de nous mettre en situation de vertige, Auster tisse un lien supplémentaire entre son narrateur, Brill, et son personnage, Brik : ce dernier reçoit comme mission d« aller éliminer le responsable du massacre… un écrivain veuf du nom d’August Brill.

Une mise en abîme de la littérature

Ce faisant, Auster souligne la nécessité absolue des romans et des fictions pour expliquer ce qui se passe dans le monde. Rappelle que la littérature se met dans la peau du diable pour sonder et explorer des possibles crédibles, qui nous permettent d’affronter le réel. Cela vaut pour Brill comme pour tous les lecteurs d’Auster et du monde.

C’est donc bien une profonde mise en abîme de la littérature, à l’heure où le monde est plongé dans une gravissime crise d’identité et des finances, que nous convoque Auster. Qui, ce faisant, manifeste une confiance dans la fiction peu lue dans ses toutes dernières livraisons. (Voir la vidéo.)



Un roman dédié à son ami l’écrivain israélien David Grossman, qui a perdu un fils dans la guerre de l’Etat hébreu au Liban en 2006.

A deux jours de l’investiture de Barak Obama et eu égard au contenu du livre, on ne pouvait que solliciter le romancier sur cette Amérique. Qui pour lui, est clairement une nouvelle Amérique. (Voir la vidéo.)



Seul dans le noir de Paul Auster - trad. Christine Le Bœuf - éd. Actes Sud - 183p., 19.50€.

► L’entretien avec Paul Auster en intégralité (23 mn)

  • 16640 visites
  • 73 réactions
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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 11h20 le 19/01/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Un mégashow pour Obama à Washington

    Concert rock, pléiade de stars, foule immense ... Le président élu des Etats-Unis a donné dans le lieu hautement symbolique de Washington, le Lincoln Memorial, le coup d’envoi des festivités qui célèbrent son investiture.

    VIVE OBAMA , le PRESIDENT WOODSTOCK !

    Give me an « F ! ...“F” !

    give me a “U” ! ...“U” !
    Give me a “C” ! ...“C”

    Give me a “K” ! ...“K” !
    WHATS THAT SPELL ? ...“FUCK !”

    WHATS THAT SPELL ? ...“FUCK !”

    WHATS THAT SPELL ? ...“FUCK !”

    WHATS THAT SPELL ? ...“FUCK !”

    WHATS THAT SPELL ? ...“FUCK !”

    and its 1,2,3 what are we fightin for ?
    don’t ask me i don’t give a dam, the next stop is Vietnam,
    and its 5,6,7 open up the pearly gates. Well there aint no time to wonder why...WHOPEE we’re all gunna die.

  • Glam
    Glam
    juste ce type, vous savez ?
    • Posté à 11h36 le 19/01/2009
    • Internaute 40852
      juste ce type, vous savez ?

    « Seul dans la nuit » ou « Seul dans le noir » ? (au début de l’article)

    • Numerosix
      Numerosix répond à Glam
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 11h47 le 19/01/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Seul le Maitre du Haut Chateau , on va dire ...

      Amusant comme les écrivains « sérieux » redécouvrent les mondes parralleles et l’ uchronie d’ il y a quarante ans qu’ on trouvait dans les ( bonnes) nouvelles de Science Fiction ecrites par de géniaux écrivains de SF qu’ ils méprisaient ..

      Je parle pas de Paul Auster , je parle en général ..

      • Jack Sullivan
        Jack Sullivan répond à Numerosix
        en boule
        • Posté à 11h49 le 19/01/2009
        • Internaute 42204
          en boule

        « Amusant comme les écrivains » sérieux » redécouvrent les mondes parralleles et l’ uchronie (...)
        Je parle pas de Paul Auster , je parle en général .. »

        Il vaut mieux, parce que cela ne date pas d’hier chez Paul Auster, si on connaît un peu son œuvre.

         
        • Numerosix
          Numerosix répond à Jack Sullivan
          Prisonnier dans le village (...)
          • Posté à 12h10 le 19/01/2009
          • Internaute 14499
            Prisonnier dans le village (...)

          C’est vrai ,je le confesse , j’ ai lu trés peu Paul Auster...
          J’ ai donc bien fait de prendre mes précautions .
          Mais ma remarque reste juste , en général , je pense .
          Merci Jack

          • Jana
            Jana répond à Numerosix
            bretonne en Normandie
            • Posté à 12h50 le 19/01/2009
            • Internaute 13372
              bretonne en Normandie

            Bonjour

            « en général » c’est dommage..

            ici, c’est juste un citoyen qui exprime la bagarre intérieure d’un citoyen, écrivain, qui observe le fonctionnement de son pays, un pays « double »

            Ecoutez les vidéos : Auster aide à ouvrir grands les yeux sur les U.SA
            de manière particulière.

        • barbouille
          barbouille répond à Jack Sullivan
          surfeuse
          • Posté à 14h06 le 19/01/2009
          • Internaute 62861
            surfeuse

          Mais Paul Auster aime bien mettre les pieds dans l’étrange pour visiter l’histoire douloureuse des Etats-Unis.
          M Vertigo et peut êtr d’autre que je n’ai pas lu.

          Ceci dit K Dick était grandiose.

          Dire que c’etait vu comme de la non-culture par mes enseignants il y a 20 ans.

          • Jack Sullivan
            Jack Sullivan répond à barbouille
            en boule
            • Posté à 14h47 le 19/01/2009
            • Internaute 42204
              en boule

            « Mais Paul Auster aime bien mettre les pieds dans l’étrange pour visiter l’histoire douloureuse des Etats-Unis. »

            Pourquoi « mais » ? Il me semble que nous disons la même chose.

            • barbouille
              barbouille répond à Jack Sullivan
              surfeuse
              • Posté à 16h59 le 19/01/2009
              • Internaute 62861
                surfeuse

              c’était juste pour signaler le fait que c’etait déjà une habitude de l’auteur.

        5 autres commentaires
    • Jack Sullivan
      Jack Sullivan répond à Glam
      en boule
      • Posté à 11h48 le 19/01/2009
      • Internaute 42204
        en boule

      En tout cas, on écrit « mise en abyme », en général.

      • sup. à la demande du riverain 29 juin
        • Posté à 13h46 le 19/01/2009
        • Internaute 58127
          bye bye ...

        s’il n’y avait que celle-là !

      • barbouille
        barbouille répond à Jack Sullivan
        surfeuse
        • Posté à 14h18 le 19/01/2009
        • Internaute 62861
          surfeuse

        n’importe quoi !

        Le cœur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours le pardon. »
        Honoré de Balzac

        mais abysse oui

         
        • Jack Sullivan
          Jack Sullivan répond à barbouille
          en boule
          • Posté à 14h51 le 19/01/2009
          • Internaute 42204
            en boule

          Il ne s’agit pas de l’abîme (le gouffre) mais de la mise en abyme, la figure de style :
          Lien
          Or, dans votre citation de Balzac, c’est de l’abîme-gouffre dont il s’agit, tandis que l’article parle bien de la figure de style.

          • barbouille
            barbouille répond à Jack Sullivan
            surfeuse
            • Posté à 17h01 le 19/01/2009
            • Internaute 62861
              surfeuse

            merci je me coucherai moins bête ce soir

            Par contre je n’ai rien compris à la définition oO|

            • Chris.A
              Chris.A répond à barbouille
              Ni pour,ni contre,bien au (...)
              • Posté à 17h52 le 19/01/2009
              • Internaute 32905
                Ni pour,ni contre,bien au (...)

              Vous connaissez les poupées russes ?

              • barbouille
                barbouille répond à Chris.A
                surfeuse
                • Posté à 21h02 le 19/01/2009
                • Internaute 62861
                  surfeuse

                les poupées gigognes ? une grande qui contient une plus petite etc ..

        4 autres commentaires
    • Al-Ice
      Al-Ice répond à Glam
      -_-'
      • Posté à 11h52 le 19/01/2009
      • Internaute 54790
        -_-'

      Seul dans le noir, comme sur la couverture en photo ;)

  • désinscrit à sa demande
    • Posté à 12h21 le 19/01/2009
    • Internaute 65988
      Entrepreneur

    J’ai bcp lu Paul Auster, quans j’étais étudiant, c’est-à-dire quand j’étais encore un c.... qui s’extasiait devant toutes les fausses valeurs sanctifiées par la mode et le snobisme. Aujourd’hui, quand j’ouvre un de ses livres, il me tombe aussitôt des mains, tellement c’est ennuyeux et conventionnel. Il faudrait d’abord que monsieur Paul Auster nous démontre que le Conservatisme est quelque chose de mauvais. Ce n’est pas du tout évident, Monsieur Paul Auster ! ! ! !

    • Al-Ice
      • Posté à 12h23 le 19/01/2009
      • Internaute 54790
        -_-'

      Tagada, toujours là où on l’attend pour faire une bonne blague !

      • Numerosix
        Numerosix répond à Al-Ice
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 12h28 le 19/01/2009
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Ha ben du coup je vais me mettre à lire Paul Auster , puisque Tagada ne l’ aime pas ..

    • Gudule
      • Posté à 12h50 le 19/01/2009
      • Internaute 9720

      subtilité
      nom féminin
      (latin subtilitas)

      Caractère de quelqu’un, de quelque chose qui est subtil, pénétrant, ingénieux : J’admire la subtilité de sa pensée.

      (source : Larousse)

      peut-être que c’est ce qui vous manque pour lire Paul Auster.

    • jabier
      jabier répond à désinscrit à sa demande
      consultant dans les Landes
      • Posté à 15h19 le 19/01/2009
      • Internaute 31087
        consultant dans les Landes

      Dans les années cinquante, soixante et au-delà, la rumeur du grand monde relayée par quelques magazines de haut tirage donnait régulièrement des nouvelles d’une sorte de héron dédaigneux couvert de femmes et de taureaux morts : Luis Miguel Dominguín cadastrait le clos de la renommée avec ses jambes de compas. On le voyait à l’entrée de l’hôtel Claridge à Londres avec Ava Gardner, il se fâchait avec Hemingway au bord d’une piscine à La Havane, paradait à Hollywood avec Rita Hayworth, fêtait à Vallauris avec un Picasso en short les quatre-vingts ans du peintre également parrain de sa fille Paola, jouait à faire du cinéma avec Jean Cocteau dans Le Testament d’Orphée et les grottes des Baux. Rafael Alberti lui écrivait des poèmes. Luis Buñuel tentait de le convaincre de la mystique érotique de la corrida. Il chassait avec Franco qui lui demandait des nouvelles de Domingo son frère communiste, faisait de Luchino Visconti le parrain de son fils le chanteur Miguel Bosé. Rien à redire. Le petit-fils de Pilar qui, à Quismondo près de Tolède, vivait très pauvrement du ramassage des pois chiches et de quelques larcins agricoles en portant le deuil de dix enfants morts était, tout naturellement, un héros de ce clan où l’on roulait en Hispano-Suiza et où l’on fouinait chez les antiquaires de Leningrad. Très tôt l’élégante silhouette du torero Luis Miguel Dominguín est apparue là où les demi-dieux de ce demi-siècle jouaient, s’aimaient, se déchiraient, tiraient la perdrix, soufflaient des bougies d’anniversaire, mouraient. Le 28 août 1947 il est à Linares, en haute Andalousie, où il doit toréer des Miura. Le matin de la course, Manolete, également à l’affiche, lui souffle : « J’en ai assez ! » Quelques heures plus tard, dans l’infirmerie des arènes, Luis Miguel Dominguín regarde une femme de ménage éponger au torchon le sang de l’idole de l’Espagne grise qui agonise en public dans la fumée des cigarettes et, dira-t-il, dans une ambiance de bar de casino provincial.
      Dans les vacances de son personnage de séducteur mappemondial, Luis Miguel Dominguín s’employait, sans effort apparent, avec une tauromachie logique et « scientifique », à être ce qu’il était : le meilleur matador de toros de l’après-Manolete. Avec une chimie différente. Manolete était le torero de la sécheresse emphatique quand Luis Miguel sera celui de la domination insolente et du pouvoir désinvolte. À douze ans, son fils Miguel le lui dira, un jour de corrida à Barcelone : « C’est plus facile pour toi. Tu devrais être moins payé que les autres. » Plus facile ? Pas si sûr. Mais le cadet de la dynastie taurine des Dominguín, qui avait toujours l’air de vouvoyer les taureaux même lorsqu’il partait les attendre à genoux à porta gayola, à la sortie du toril, semblait vouloir, dans son long corps de mante religieuse, incarner la volonté baudelairienne et dandy d’être sublime à tous les instants. Y compris ce jour de l’été 59 à Valencia lorsque, au cours d’un mano a mano avec son beau-frère Antonio Ordoñez, un taureau d’Ignacio Sánchez lui ouvrira le ventre de haut en bas, vingt et un jours avant qu’un autre, à Bilbao, le coince contre un cheval de picador et l’encorne à nouveau à l’endroit même de la cicatrice, mal refermée. L’insistance est une figure de la rhétorique du taureau.
      Avec Picasso, la relation affective mettra un certain temps à trouver sa distance et son terrain, comme dans ces faenas qui débutent dans la suspicion avec des passes de tanteo, d’évaluation, voire de châtiment. C’est que le goût taurin de Picasso ne le portait pas vers l’érudite tauromachie « vitrifiée » de Luis Miguel. Il était comme le bon gros public : peu regardant sur la technique. Il aimait le combat ostentatoire, le corps à corps, l’empoignade dramatique : Chicuelo II ou, plus tard, Miguelín. Avant de le connaître, il disait de Dominguín qu’il était « un torero pour la Place Vendôme ». Peut-être était-il vexé, également. À l’inverse de tous les toreros venant toréer en France, et à Arles plus particulièrement, Luis Miguel ne lui brindait pas ses toros. Ainsi le lendemain de leur rencontre, ménagée par Jean Cocteau, en 1950. Picasso est assis aux côtés de Cocteau et c’est à Cocteau que Luis Miguel offre son combat. Il recevra, en retour et en cadeau, une montre dorée. « En or d’Allemagne », dira Picasso, ironique.
      Plus tard, le peintre s’avouera incapable de dessiner un toro en présence de Luis Miguel. La saison terminée, il l’invite chez lui en Provence pour faire son portrait et lui offrir l’œuvre. Dominguín « oubliera » l’invitation. Il avait juste un peu plus de vingt ans et seulement un petit mois de liberté arraché au despotisme du toro pour, entre la fin de la temporada espagnole et le début de la saison américaine, vivre selon ses désirs. À savoir chasser, séduire, voyager, retrouver « sa cour » et Don Marceliano, un lilliputien docteur en droit et en philosophie qui se mettait des culottes courtes et fumait de gros cigares. Picasso le lui reprochera : « Quand je promets à quelqu’un de le peindre, normalement, il vient tout de suite. » Réponse : « Pablo, essaie de me comprendre. Je veux que tu me peignes lorsque tu me connaîtras bien. Pas avant. » Leur véritable affection et leur mutuelle estime ont sans doute grandi sur cette passe d’armes à visage découvert. Picasso, qu’il voyait régulièrement, lui demandera par la suite de lui écrire, afin de l’illustrer, un traité de tauromachie comme le torero Pepe Hillo l’avait fait ou fait faire au XVIIIe siècle. Luis Miguel refusera sous l’évidente raison que ça ne servait à rien, que « les taureaux ne savent pas lire », que le vécu d’un torero est incommunicable et que, dans ce domaine, « tout est relatif ». Il s’était cependant chargé quelque temps auparavant de lui envoyer un prologue pour ouvrir l’album Toros y toreros. Il l’avait fait in extremis mais dans les temps, et d’Amérique où il toréait. Le « in extremis mais dans les temps » est un concept et un réflexe éminemment taurins.
      Après avoir, comme le dit la langue des tabloïds, « défrayé la chronique », Luis Miguel Dominguín fraie maintenant avec la solitude dans sa propriété de la Sierra Morena. Son texte laissait présager ce changement de tercio : « J’ai su, dès le premier instant, que je ne m’en tiendrais pas là... »

    • satorarepo
      satorarepo répond à désinscrit à sa demande
      plein sud
      • Posté à 19h21 le 19/01/2009
      • Internaute 56515
        plein sud

      « Il faudrait d’abord que monsieur Paul Auster nous démontre que le Conservatisme est quelque chose de mauvais. »

      ça y est ça s’est prouvé tout seul,
      c’est bien à la faillite du conservatisme auquel on assiste en ce moment.
      la tradition c’est l’expression d’une schlérose culturelle, le conservatisme c’est la schlérose politique,ça tombe sous le sens.
      de toute maniere rien n’est éternel cette vision du monde pas plus qu’une autre.

    • miremond
      • Posté à 22h13 le 19/01/2009
      • Internaute 34942

      salut tagada

    • tecole74hs
      tecole74hs répond à désinscrit à sa demande
      passe repasse trépassera...
      • Posté à 10h11 le 20/01/2009
      • Internaute 59167
        passe repasse trépassera...

      Rassures toi Luis, le conservatisme a du bon, tu es bien resté comme quand tu étais étudiant.

  • géantlunaire
    géantlunaire
    enseignant, étudiant, musicien
    • Posté à 12h24 le 19/01/2009
    • Expert 11887
      enseignant, étudiant, musicien

    A propos de George W. Bush : « échec total sur tous les niveaux. Tout : social, économique, international, tout, tout. »
    Paul Auster n’est pas un journaliste. A comparer dans les prochains jours avec les commentaires et comptes rendus prévisibles sur les 8 ans de Bush dans les grands médias : on peut s’attendre à entendre des expressions comme « bilan mitigé, en demi-teinte, contrasté, critiquable... ».
    Evidemment, me direz-vous, c’est là toute la différence entre l’avis personnel d’un citoyen et le souci d’objectivité du journaliste.
    On ne se méfie pas des évidences. A vouloir représenter tous les avis (une poignée de pro-Bush dans un océan d’anti-Bush), le commentaire ne représente plus personne. Ce qu’on appelle objectivité n’est plus qu’un simulacre de discours dont, certes, personne ne peut s’offusquer, puisque personne ne s’y reconnaît vraiment.

    • SuperAlAmAs-
      SuperAlAmAs- répond à géantlunaire
      Don Quichotte
      • Posté à 17h40 le 19/01/2009
      • Internaute 65608
        Don Quichotte

      Bush est un faux ou réel fanatique évangéliste, homme de paille, pantin des sociétés secrètes ( qui maintenant se disent juste discrètes depuis qu’on les critiques ouvertement et que l’on sait des choses sur elles ) pronant le nouvel ordre mondial sauvage que nous connaissont déjà un peu mieux ajrd’h qu’hier grace à l’échec du néo capitalisme : « fer de lance » du new order dont la naissance est l’assassinat de Patrice Lumumba...

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 12h28 le 19/01/2009
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    pour commencer la semaine, cette lecture et cette vidéo
    c’est un beau cadeau

    Merci Paul Auster, et Hubert Artus

    • Gudule
      Gudule répond à Jana
      • Posté à 12h45 le 19/01/2009
      • Internaute 9720

      Jana, tu me devances, c’est ce que j’allais dire.

      Oui, vraiment, ça fait plaisir, merci.

  • Anonyme

    « on ne pouvait que solliciter le romancier sur cette Amérique. Qui pour lui, est clairement une nouvelle Amérique. »
    nouvelle ? il s´est acheté une voiture neuve ? J´aime pas Paul Auster, il écrit de la soupe. et son affirmation est totalement gratuite, « bisounours », si on veut.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 13h10 le 19/01/2009
    • Internaute 29846
      menuisier

    J’avais beaucoup aimé « Leviathan », un des plus beaux livres sur l’amitié que je connaisse, ainsi qu’un portrait du milieu progressiste dans les 70’s.

    « Moon Palace », aussi, sur le délitement d’une personnalité.

    Par contre la suite de ses publications m’a bien lassé, l’impression qu’il utilisait des recettes.

    Mais bon, si celui-ci s’en démarque..

  • Compte supprimé le 23 janvier 4
    • Posté à 13h14 le 19/01/2009
    • Internaute 59113
      chomeur satisfait

    je pense que ce monsieur prend ses désirs pour des réalités !
    aux usa les présidents sont élus par les lobbys , sans l ethablissement obama ne serait pas la !
    il ne changera rien , parce qu il ne pourrat rien changer !
    et vu l etat de déliquessence financier de l empire qui n a plus que son complexe miltaro industriel on peut s attendre a de belles et fraiches gueguerres un peu partout pour apporter la « démocratie “.

    • désinscrit à sa demande
      • Posté à 13h22 le 19/01/2009
      • Internaute 65988
        Entrepreneur

      Oui mais tout n’est pas à jeter aux orties. Il faut que les USA conservent leur dynamisme, leur souplesse économique, leur liberté d’entreprise et de commerce, leur esprit « pionnier »... Sinon, on stérilisera ce pays, on le paralysera, on le chargera comme un baudet et il ne pourra plus avancer, comme nous savons si bien faire chez nous, où l’on est intoxiqué par tous ces fantasmes et mythes pernicieux du Grand Soir ! ! !

      • barbouille
        • Posté à 14h15 le 19/01/2009
        • Internaute 62861
          surfeuse

        je ne vous comprends pas : un coup vous parlez de dynamisme et de l’autre de conservatisme.
        vous pensez réellement que le Conservatisme peut faire avancer une nation ?

         
        • désinscrit à sa demande
          désinscrit à sa demande répond à barbouille
          Entrepreneur
          • Posté à 14h43 le 19/01/2009
          • Internaute 65988
            Entrepreneur

          C’est pourtant simple : le dynamisme est dans la tradition américaine et doit donc être « conservé ».

          • Adelyne sur le sable
            • Posté à 15h55 le 19/01/2009
            • Internaute 16679
              Si je savais

            A propos de conserver la tradition américaine, ta dynamique à toi, est ce de polluer tous les « fils » pour dire des conneries ?
            La dynamique conservée ; mdr
            Et tu veux nous faire croire que tu lis ?

          • SuperAlAmAs-
            SuperAlAmAs- répond à désinscrit à sa demande
            Don Quichotte
            • Posté à 17h45 le 19/01/2009
            • Internaute 65608
              Don Quichotte

            pour une fois et une seule certainement je suis d’accord avec Luis , on ne peut pas reprocher aux américains de manquer de dynamisme, par exemple les amériquains qui défendent une cause ne le font pas comme nous que en : » blablatant « des heures sur le sujet, mais passent aussi de temps en temps à l’action...

            • Numerosix
              Numerosix répond à SuperAlAmAs-
              Prisonnier dans le village (...)
              • Posté à 20h04 le 19/01/2009
              • Internaute 14499
                Prisonnier dans le village (...)

              Leur pays s’est complètement cassé la gueule , leur dynamisme imbécile les a conduit encore plus vite droit dans l’ mur , et le monde avec .
              Maintenant , ils ont eu l’ intelligence d’élire Obama , peut etre bien , mais ça va ressembler aux 12 travaux d’ Hercule , pour Obama de tirer son pays de la merde surtout s’ ils continuent a pédaler dedans avec autant de dynamisme ..

              Nous , on a notre petit coq élu nerveux qui chante les pieds dans la merde , c’est notre spécialité , aux français . C’est moins fatigant que l’ agitation stérile de toute la population ,mais par contre , il nous casse les oreilles ..

              • shinchi
                shinchi répond à Numerosix
                singapore
                • Posté à 20h52 le 20/01/2009
                • Internaute 55910
                  singapore
              • shinchi
                shinchi répond à Numerosix
                singapore
                • Posté à 20h52 le 20/01/2009
                • Internaute 55910
                  singapore

                Video comment on Paul Auster : « Avec Obama, la fin de 40 ans de conservatisme »

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