Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Duras, Chéreau, Vian, Semprun... à l'Escale du livre de Bordeaux

Publié le 03/04/2009 à 04h12

C’est avec des lettres à Vian que cela a commencé. Jeudi soir, sur la scène du du Théâtre national de Bordeaux-Aquitaine), le comédien Robin Renucci lisait les lettres que les Bordelais lui avaient écrites.

A l’occasion du cinquantenaire de la disparition de Boris Vian / Vernon Sullivan, les organisateurs de L’Escale du livre de Bordeaux avaient sollicité lecteurs et lectrices :

« Des lettres d’amour, d’admiration ou de révolte, des lettres pour
parler de lui, de son œuvre, de l’empreinte qu’il a laissée, de notre
monde d’aujourd’hui aussi, de nos rêves, de ce qu’il nous inspire… »

Du 3 au 5 avril, ce sera la septième édition de ce rendez-vous, organisé dans le quartier Sainte-Croix. Un festival dont l’organisation plusieurs fois changé ces dernières années, et qui s’est à présent stabilisé.

Je m’y étais rendu pour différentes tables rondes l’an passé, et j’ai pu remarquer l’accueil très professionnel et la qualité de la programmation. Cette année, j’y retourne.

Hommages et avant-premières

Outre Boris Vian, d’autres auteurs disparus seront à l’honneur. Autour de rencontres spéciales, il sera question cette année à Bordeaux de San Antonio et de Frédéric Dard, avec notamment le dessinateur François Boucq et le fils du créateur de Bérurier, Patrice Dard, qui a repris le flambeau.

Il sera question également du philosophe Roland Barthes, avec notamment l’éditeur Raphaël Sorin, qui fut son élève.

C’est enfin Marguerite Duras qui sera à l’honneur. Une table ronde que j’aurai le plaisir d’animer sera suivie, samedi soir, d’une représentation de « La Douleur », mise en scène de Patrice Chéreau, avec Dominique Blanc pour interprète.

Cette pièce est portée par un seul personnage, une femme seule et terrifiée, qui attend le retour de son mari déporté pendant la guerre et évolue dans l’attente et le désespoir.

Ce livre, publié en 1985, est basé sur « Les Cahiers de guerre » (publiés depuis par P.O.L) dans lesquels l’écrivain parlait, outre la douleur, la solitude, l’Occupation et la Résistance, de Robert Antelme. Ce mari qui fut sauvé par Mitterrand et… par l’amant (qui deviendra son second mari) de Marguerite Duras, tous deux membres du réseau de « Morland » Mitterrand !

La représentation sera un des grands évènements de l’Escale 2009. Cinq ans après le triomphe de « Phèdre », on retrouvera le tandem Blanc-Chéreau. De plus, la comédienne remonte sur les planches après avoir obtenu le prix d’interprétation cette année à Venise pour son rôle dans « L’Autre

Plateau de bonne tenue

Cette année, les principaux invités se somment Marie N’Diaye, Marie Nimier, Audrey Diwan, Agnès Desarthe, Geneviève Brisac, Jorge Semprun, Enrique Vila-Matas, Olivier Adam, Alain Mabanckou, Mathias Enard, Pierre Assouline, Marc Weitzmann, Hubert Haddad. Vous pourrez les voir, ainsi que tous les autres au cours de tables rondes et dédicaces.

J’aurai le plaisir d’animer quatre des tables rondes prévues au programme du week-end.

  • “Littérature d’un pays disparu”, vendredi à 16h30. Il sera question de la mise en fiction des guerres en Europe de l’Est, de la résurgence dans l’imaginaire de ces pays qui n’en sont plus, de l’Europe d’aujourd’hui à travers la fiction contemporaine.

    On parlera d’ex-Yougoslavie avec la Serbe Sonias Rictic (“Orages”, Actes Sud Junior), la Slovène Brina Svit (“Coco Dias ou la Porte Dorée”, Gallimard) et la Belge Cécile Oumhani (“Le Café d’Illk”, éd. Elyzad). La quatrième invitée sera la Bulgare Rouja Lazarova pour le très beau “Mausolée” paru en janvier chez Flammarion.

    Enfin, ce plateau invitrra aussi le romancier et éditeur Jean-Marie Laclavetine, qui viendra parler en tant que co-organisateur des Rencontres européennes du livre de Sarajevo, un événement qui existe depuis 2000.

  • Café littéraire avec Frédérique Clémençon et Juliette Kahane, samedi à 15h30. La première a publié “Traques” en janvier aux éditions de L’Olivier. Un très beau roman brut et néanmoins très sensuel, sur quatre personnages qui foncent vers leur chute et se battent contre les morts prématurées, les marais, les non-dits villageois, la maladie.

    Juliette Kahane viendra parler de “Revivre la bataille”, où une ancienne employée de textile troyenne, tombée amoureuse d’un cinéaste underground dans les années soixante-dix, raconte à la fois sa fuite en avant… et son enquête sur la disparition de celui-ci. Deux romans, deux histoires d’oppressions.

  • “Rencontre hommage à Marguerite Duras”, samedi à 17h. Avec la romancière Geneviève Brisac (publiée aux éditions de L’Olivier) et le romancier Arnaud Ryker (publié, lui, aux éditions du Rouergue).

    Les deux connaissent bien l’œuvre de l’écrivain, sur laquelle ils ont tous deux écrit. L’occasion de voir, à quelques heures de la représentation de la pièce, ce que nous a laissé l’auteur de “La Douleur”, et de passer en revue ses textes.

  • Café littéraire avec Jean-Noël Pancrazi (“Montecristi”, Gallimard) et Olivier de Solminihac (“Nous n’avons pas d’endroit où vivre”, L’Olivier), samedi à 18h30. Entre fiction et documentaire, ces deux romans se déroulent en République dominicaine (Pancrazi) et Namibie (Solminihac), et interrogent notre relation au pays étrangers, au tourisme, à l’autre.

    “Montecristi” porte sur la mort d’un jeune après la contamination des plages de son île, et est une histoire vécue de près par l’auteur. “Nous n’avons pas d’endroit où vivre”, à travers le voyage en Namibie d’un auteur qui va enseigner en ateliers d’écriture, décrit la vue de tous ceux qu’il bava de rencontrer. Du dur.

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  • Lidenbrock
    • Posté à 14h41 le 03/04/2009
    • Internaute 24667

    Aaaah ! Cela fait plaisir de trouver ici un article parlant de ce qui se passe ailleurs qu’à Paris. Les escales du livre de Bordeaux existent depuis plusieurs années et font chaque fois preuve de beaucoup d’éclectisme dans le choix des thèmes abordés et des intervenants.

  • Utilisateur désinscrit à sa demande
    • Posté à 17h58 le 03/04/2009
    • Internaute 70482
      nc

    50 ans qu’il est mort, Boris ?

    En 2009, il n’aurait pas trouvé d’éditeur.

  • liberationdelevangilepopulaire
    liberationdelevangilepopulaire
    sans mandat du ciel ni de (...)
    • Posté à 06h33 le 04/04/2009
    • Internaute 71809
      sans mandat du ciel ni de (...)

    Je croyais qu’il s’agissait de JAIME Semprun :

    « Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable “(Editions de l’encyclopédie des nuisances, 2008), que je vous recommande bien chaleureusement, entre deux effondrements.
    Catastrophisme, administation du désastre et soumission durable (Editions de l’encyclopédie des nuisances, 2008)
    Lien

  • Joli grain de sable
    Joli grain de sable
    ni loup ni mouton
    • Posté à 09h58 le 04/04/2009
    • Internaute 72829
      ni loup ni mouton

    Article intéressant et très précis, un peu trop « programmatique » mais en même temps ça donnait le programme, donc c’est un peu normal.

    Toujours est-il que ça fait un peu étrange de trouver sur Rue89 un article qui ne cherche pas seulement à susciter la polémique et qui ne soit pas que de la propagande (même si parmi Vian, Chéreau, Duras, Semprun, Assouline etc., il serait sans doute difficile de trouver quelqu’un qui ne soit pas très politiquement correct).

    J’espère qu’il y aura d’autres articles littéraires sur ce site qui pourront nous donner envie de lire les livres qui sortent.

    • Hubert Artus
      • Posté à 11h07 le 04/04/2009
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Mais vous avez tout cela dans le Cabinet de lecture, depuis la création de Rue89 ! Bonnes lectures...

  • Joli grain de sable
    Joli grain de sable
    ni loup ni mouton
    • Posté à 11h32 le 04/04/2009
    • Internaute 72829
      ni loup ni mouton

    ok, j’avais pas vu...

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 12h02 le 07/04/2009
    • Internaute 45067
      Littéral

    Les années 50, celles de Boris Vian et du be bop n’ont jamais fait florès des nostalgies-marchandises.
    Tant mieux ?

    C’était aussi l’époque du surgissement de ce réalisme enchanté des femmes pensantes comme jamais avant elles dont on ne parle toujours pas comme si elles n’avaient jamais existé que légendaires.
    Tant mieux ?

    Des noms, très peu, circulent qu’on accouple à des images de corps nus, des beaux culs, des seins magnifiques de leurs congénères contemporaines qui les illustrent comme dangereuses plutôt de leurs chairs de pinup que de leurs pensées vénéneuses qu’on cite à peine, bien forcé, à cause de leurs prénoms de femmes. On les case vite fait à l’ombre d’une personnalité célèbre et surtout bitée celle là, bien masculine à défaut de virilité, vertu dévaluée beaucoup en ce temps là.
    Tant mieux ?

    On dit que c’était le commencement des 30 glorieuses. Pourtant, on était si pauvres. Je ne crois même pas qu’on avait l’espoir d’un meilleur. C’était au jour le jour ...
    Tant mieux ?

    Staline est mort au beau milieu de la décennie, la classe populaire aussi a suivi. Le peuple est devenu au fil de la décolonisation atroce des populations déshérentes de leurs cultures inutiles désormais et perdues très bientôt dans des brutalités indicibles.
    Tant mieux ?

    Celles qui ont pensé tout cela les belles spirituelles d’après guerre. Nul amour fou pour elles après qu’elles aient été. Il faut le dire, elles nous ressemblaient si peu. Et l’amour n’est-il pas ressemblance ? L’oubli pour elles, alors. Comme un viol par ce silence ferme et obtus de leurs idées.
    Tant mieux ?

    On relatent avec hypocrisie les évènements de cette décennie du demi-siècle, très paralittéraire, aux arts et aux musiques si solitaires et incompris. Des souvenirs ambivalents, presque mauvais, c’est pour çà, on passe allègrement à d’autres réminiscences décennales où on peut se perdre avec la complaisance perverse qu’on a des belles époques. On peut aussi se faire peur, pas trop quand même. Un peu, c’est bien, c’est bon !
    Tant mieux ?

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