Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

L'écrivain J.G. « Crash » Ballard est mort

Publié le 19/04/2009 à 11h48

Son dernier roman inédit en France (« Que notre règne arrive ») est paru quelques semaines avant le lancement de Rue89 en 2007, et déjà, aller le voir dans le Surrey était impossible. Il souffrait depuis plusieurs années d'un cancer de la prostate. Et puis voilà : James Graham Ballard est décédé ce dimanche 19 avril au matin.

Anticipation sociale

« Que notre règne arrive » (Denoël, avril 2007) est la quintessence de ce à quoi Ballard était parvenu : une anticipation sociale qui arrivait à l'heure. Un roman des plus agressifs et des plus agréables à lire. On y était plongé dans un centre commercial de banlieue londonienne en feu. Où un personnage principal qui domestique les habitants par le consumérisme s'aperçoit que son propre père éteignait les feux et voulait plus d'Etat.

Ballard y présentait une Angleterre où la monarchie « a fait naufrage sur sa propre vanité », où la « politique est un racket, et la démocratie est devenue un simple service public, comme le gaz ou l » électricité », où

« Le consumérisme n'a plus beaucoup le choix, il essaie de muter. Il a tâté du fascisme, mais ce n'est pas assez primitif. Il ne lui reste que la folie pure et simple… ».

Les romans de Ballard sont un peu comme la rencontre d'un univers narratif à la David Lynch (le réel se mêle à ses propres fantasmes et interprétations, créant un véritable univers mental : lire « Crash ») et d'une littérature réaliste très dénonciatrice : face sombre des citadins des grandes mégalopoles, personnages en apparence normaux, cadres supérieurs, gens policés, show-business, corruptions diverses qui s'avèrent obsédés par la violence et les perversions sexuelles.

Une lecture globale de son œuvre montre qu'il a approché le roman réaliste, le roman d'anticipation sociale, et le roman légèrement historique. C'est en effet son livre semi-autobiographique « L'Empire du Soleil » (1985), qui a été adapté au cinéma par Steven Spielberg, qui est, avec « Crash », considéré comme son roman le plus connu.

Une vie

Ballard a passé les seize premières années de sa vie à Shanghaï, où il est né en 1930. Son père était PDG de la filiale d'une entreprise de textile anglaise. Suite au conflit sino-japonais et à l'invasion de la Chine par le Japon, il est emprisonné, avec sa famille, dans un camps de civils (1942). Il y restera jusqu'à la fin de la guerre, avant d'arriver en Angleterre en 1946. Son expérience durant la guerre, c'est ce qu'il racontera dans « L'Empire du Soleil ». (voir la vidéo, la bande annonce du film de Spielberg)


Etudes, découvertes de la psychanalyse, du surréalisme, démarcheur en encyclopédies, publicitaire. Il s'engage volontairement dans l'armée, et part s'entraîner au Canada. Il sera un temps pilote pour la Royal Air Force. C'est là qu'il écrira son premier texte, de genre science-fiction. Une nouvelle intitulée « Passeport pour l'éternité. »

Revenu en Angleterre, il se marie en 1955 et devient père. Il vit en banlieue londonienne. Et est rédacteur en chef d'une revue scientifique, Chemistry and Industry. Il continue les nouvelles, et écrit plusieurs livres, toujours autour d'une catastrophe naturelle qui ravage le monde.

C'est lors du décès de son épouse en 1964 qu'il décide de devenir « écrivain professionnel ».

Une œuvre novatrice

C'est parce qu'il mélange réalisme, science, politique, mais aussi techniques narratives issues des littératures de genre (roman noir moderne, behaviorisme, techniques expérimentales de William Burroughs) que Ballard est novateur.

Durant les années 70, il écrit « La foire aux atrocités » (éditées en France par Tristram), et surtout sa « Trilogie de béton » (rééditée par Denoël il y a quelques années) avec « Crash », « L'île de béton » et « I.G.H »., trois romans cependant autonomes. Cette trilogie ets le tournant : il quitte la SF classique.

A tout jamais, jusqu'à « Super-Cannes » (2001) ou « Millenium people » (2005), Ballard fera une sorte de « sociétale-fiction » parfois légèrement futuriste, parfois présente.

« Crash » (1973) est son premier roman célèbre. Un narrateur (qui se nomme Ballard…) se laisse entraîner dans une descente aux enfers par un passionné de… psychosexualité des accidents de voitures. Vitesse, sexualité étrange, dépendance, modernité. Le film sera adapté en 1996 par le Canadien David Cronenberg.

Parmi ses dernières parutions, « Super Cannes » se déroule dans le cadre idyllique de la Côte d'Azur ; mais les brillants cadres de multinationales que l'on y trouve s'y révèlent des sadiques qui organisent des descentes racistes.

« Millenium People », roman sidérant, repose sur la révolte des classes bourgeoies et de la classe moyenne à Londres. Tous les prétextes sont bons : parcmètres imposés, hausse continue de l'immobilier ... et surtout le vide intersidéral de leurs vies. Un gourou énigmatique est à la tête du mouvement. Il prêche le non-sens total, organise des attentats à la fois symboliques et ridicules (mettre des fumigènes dans une vidéothèque pour dénoncer la vacuité de la culture).

Un psychologue dont l'ex-femme a été tuée par une bombe décide de s'enrôler chez les émeutiers pour y mener son enquête. Et Ballard s'y attaque aux symboles de notre culture du loisir et de l'ennui : les médiathèques, les supermarchés, les boutiques de mode, les institutions de fonctionnaires.

Ballard considérait ses livres comme un « moyen de photographier la psychologie du futur ». Du cinéma (Cronenberg) à la musique (Joy Division) en passant bien entendu par le roman moderne (le britannique Mickaël Moorcock), de nombreux artistes ont avoué leur influence ballardienne. Cette bande annonce d'une exposition sur son oeuvre en Espagne fait entrer dans le monde étrange de Jim Ballard (voir la vidéo ci-dessous).


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  • Thierry_B
    Thierry_B
    commercial
    • Posté à 05h26 le 20/04/2009
    • Internaute
      commercial

    Hommage sensible, panorama de ce et de ceux qui ont marqué Ballard, analyse de « Crash » et citations chez mon amie et concitoyenne blogguante :

    Lien

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 08h17 le 20/04/2009
    • Internaute
      actif et militant ?

    CRASH....

    R.I.P. MILLENIUM PEOPLE

    see ya !

    Lien

  • mass0
    • Posté à 08h38 le 20/04/2009

    Triste nouvelle pour la littérature.

    ps : « Le film sera adapté en 1966 par le Canadien David Cronenberg. “

    ou je me fais tres vieux ou il y a une faute de frappe : -)

    • Hubert Artus
      Hubert Artus answers to mass0
      Rue89
      • Posté à 09h15 le 20/04/2009
        rédacteur
      • Journaliste
        Rue89

      C'était évidemment une faute de frappe et merci de l'avoir signalée !

  • tipoux
    • Posté à 09h29 le 20/04/2009

    Crash
    Après avoir causé la mort d'un homme lors d'un accident de voiture, James Ballard, le narrateur, développe une véritable obsession pour la tôle froissée.
    Enrôlé par Vaugham, un ex-chercheur qui aime reconstituer des accidents célèbres et va même jusqu'à en provoquer pour assouvir ses pulsions morbides, Ballard se verra progressivement initié à une nouvelle forme de sexualité :
    le mariage de la violence, du désir et de la technologie. Quel est le destin de l'homme dans un monde perverti par les machines ? Peut-on rester maître de son corps, de son âme, dans une société qui est chaque jour un peu plus déshumanisée ?

  • Disciple ressucité
    • Posté à 09h45 le 20/04/2009

    Il y a une éternité, j'étais fan de Ballard (le vent de nulle part, la forêt de cristal...). Comme Dick, Brunner et d'autres, il était cantonné aux rayons SF, ce n'était pas très sérieux comme littérature. La « new thing » on appelait ça... et voila c'est ici et maintenant.

  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 10h15 le 20/04/2009

    j'éprouve une grande tristesse.

    –-
    l'intégrale (3 volumes) de ses nouvelles est en cours d'édition chez Tristram
    1 - de 1956 à 1962 paru en octobre 2008
    2 - de 1963 à 1970
    3 - de 1972 à 1992

  • brazz
    • Posté à 10h42 le 20/04/2009
    • Internaute

    Sans oublier IGH (High Rise) comme Immeubles de Grande Hauteur, qui montre tous les dérapages que peut entrainer le gigantisme des constructions, déjà à l'époque les conneries, genre La Défense, ou dans un autre genre la Cité des 4000 avaient fait bien couler de l'encre, sans compter l'horrible phallus Montparnasse... A présent, quand on voit certains des projets pour le Paris de l'avenir, il y a de quoi inciter à la relecture !
    A qui le tour ? on arrive...

  • wa
    wa
     ?
    • Posté à 13h04 le 20/04/2009
    • Internaute
       ?

    À ne pas oublier : « Vermillion Sands, a écrit J.G.Ballard, c'est la banlieue exotique de mon esprit. »

    Les éditions è®e ont publié en novembre dernier un ouvrage consacré à Ballard : « Hautes Altitude » Lien

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