Cabinet de lecture

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Fin des « Sailor et Lula » (1/2) : une émotion à cœur fendre

Publié le 18/07/2009 à 03h13


Laura Dern et Nicolas Cage dans « Sailor et Lula » de Lynch en 1990 (DR).

Avant d'être un film réalisé par David Lynch, béni des amateurs de « romance-movies » et palmé à Cannes, « Sailor et Lula » était un roman. Mais saviez-vous qu'il n'était que le premier tome d'une saga qui en compte sept ? Le dernier, « L'Imagination du cœur », est paru récemment. Bienvenue dans l'univers criminogène et romantique crée par Barry Gifford, par ailleurs scénariste pour David Lynch.

Un pur romancier du Deep South américain


Le romancier américain Barry Gifford (DR).

Fils d'une « ancienne reine de beauté » et d'un propriétaire de drugstores qui fréquentaient aussi bien les notables que les truands, Barry Gifford a eu mille jobs (marin, chauffeur, journaliste, éditeur, vendeur, rocker), a écrit des poèmes, des textes de chansons, a été journaliste et chroniqueur cinéma pour un magazine de San Francisco. Né dans le Nord du pays (à Chicago, en 1946), Gifford est devenu un pur romancier du Deep South américain, notamment la Louisiane, La Nouvelle-Orléans et la frontière avec le Mexique.

Aux Etats-Unis, c'est une star du scénar. Almodovar, Coppola et Lynch l'adulent. Gifford a travaillé avec ce dernier sur deux films, qu'il a scénarisés : l'adaptation de « Sailor et Lula » et « Lost Highway ». La Palme d'or obtenue à Cannes en 1990 pour « Sailor et Lula » a révélé les deux hommes. Le film, porté par Laura Dern, Isabella Rosselini, Nicholas Cage et William Dafoe, est assez fidèle

Polar politico-social en Louisiane

Gifford écrit des romans subtilement poétiques, politiques et criminels. Tous sont marqués par un petit monde de voyous pas toujours finauds et de femmes fatales, emmenés par une fanfare d'individus. Mis à part Sailor et Lula, les personnages répondent à des noms prodigieux et maléfiques : Waldo Orchid, Perdita Durango, Big Betty Stalcup, Romeo Dolorosa, Elmer Désespéré, Zvatiff Thziz-Tczili, El-Majik, Mao Demente, Marble Lesson.

Barry Gifford mélange « road-movie », roman criminel, regard social à une matière poétique propre à la Louisianne, région où prennent racine de nombreuses histoires.

« La légende de Marble Lesson » (1995) et « Baby Cat Face » (1999 ; un roman écrit après la saga, mais où Gifford remet en scène Sailor et Lula…) sont deux merveilleux livres qui évoquent la folie et le désespoir du Deep South américain en fin de XXe siècle : viols, fanatisme, perversions sexuelles, racisme, pédophilie.

Un roman de Gifford, c'est une mixture où l'on peut identifier Jack Kerouac (sur qui il a d'ailleurs écrit un livre) et James Lee Burke. Avec un peu de Céline et beaucoup de Faulkner. Agrémenté par une qualité de dialogues et une propension à la digression qui n'est pas sans rappeler Elmore Leonard. En plus d'une coloration western moderne.

Un roman de Gifford, c'est une suite de vignettes, de très courts chapitres (2-3 pages) de narration pure, de dialogues et de digressions. Gifford est ce genre de romancier si yankee qui mettent leur propre inconscient littéraire au cœur des répliques de leurs personnages.

« Sailor et Lula », le temps élastique

La saga de Sailor Ripley et Lula Pace Fortune reste ce pourquoi Gifford est le plus connu. A l'exceeption du tout premier, les volumes sont traduits par Jean-Paul Gratias (devenu depuis quelques livres le traducteur d'Ellroy) : « Sailor & Lula », « Perdita Durango », « Jour de chance pour Sailor » et « Rude journée pour l'homme léopard » avaient paru en France entre 1990 et 1992.

Durant toute la série, les deux amants sont à la fois romantiques (fusion du corps et de l'esprit ; poursuivis par l'homme de main de la mère de Lula, qui refuse cet amour et fait tout pour le casser) et voyous (Sailor fait coup sur coup).

Le premier volume a été adapté assez fidèlement par David Lynch. Le suivant est centré sur un personnage que l'on voyait à la fin du film : la voyoute Perdida Durango, incarné par Isabella Rossellini. Qui se met aux messes noires et au chantage… au cannibalisme. Dans « Jour de chance pour Sailor“, Lula élève seule Pace, dix ans, le fils qu'elle a eu avec Sailor. Fils qui se fait enlever par un plouc qui vient de tuer père et frère et dont la Bible personnelle est un livre pour enfants. Sailor débarque trop tard, son fils s'en sort seul. Pace qui pactisera avec la mafia. Dans ‘ Rude journée pour l'homme léopard ’, Sailor meurt, à 63 ans.

L'ensemble de la ‘ série ’ laisse apparaître des incohérences, des désordres, en particulier sur les dates. Gifford a toujours revendiqué un ‘ temps élastique ’. Sailor a 19 ans quand il fait la connaissance de Lula, probablement en 1973. Quand il meurt, nous sommes probablement vers 2015. Mais pour Gifford, chaque livre se déroule… quasi exactement au même moment ! Ainsi, quel que soit l'âge du couple, l'Amérique où ils évoluent est la même. La nôtre.

De la poésie par balles, de l‘émotion par coffre-forts

Comme toute littérature basée sur les dialogues, les sentences définitives font le sel des romans de Gifford. En constituent toute l'émotion, et relance notre amour pour les personnages. On lit Gifford car on ne sait jamais qui on est tant qu'on ne l'a pas appris de la bouche de quelqu'un qui connaît mieux la vie que nous ’ (‘ Perdida Durango ’).

Car ‘ un garçon sans père est une âme en peine errant sur un vaisseau fantôme à travers l'océan de la vie ’ (‘ Jour de chance pour Sailor ’. Car on sait qu'‘ il n'y a pas de bête aussi féroce qu'une femme qui a fait ses preuves ’ (‘ L'Imagination du cœur ’).

Parce que la littérature est un fantôme des plus acceptables avec qui pactisent ceux qui en sont habités.

Paru en 2007 aux Etats-Unis, au printemps en France, ‘ L'Imagination du
cœur ’ clôt donc la saga. Nous en reparlons demain, avec une interview
de Barry Gifford
.

Tous les romans de Barry Gifford sont publiés aux éditions Rivages.
‘ Sailor et Lula ’, paru en 1991 en France, ne se trouve maintenant que d'occasion sur le Net. Les autres sont en librairie.

Photo : Laura Dern et Nicolas Cage dans ‘Sailor et Lula’ de Lynch en 1990 (DR).

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  • Emile Buisson
    • Posté à 15h37 le 18/07/2009

    A côté de ça, le romantisme de Sailor et Lula fait rage.
    Elle, grande tige blonde « aussi chaude que les trottoirs de Géorgie », veut qu'on lui chante Love me Tender et qu'on l'emmène over the rainbow. Sailor, lui, « a le coeur sauvage et n'a pas eu d'autorité parentale », ce qui ne l'empêche pas de chanter son amour en imitant Elvis au beau milieu d'un concert de trash métal. Question : l'amour finira-t-il par triompher ? Sailor écoutera-t-il la bonne sorcière « Si tu as vraiment le cœur sauvage, tu te battras pour tes rêves, ne te détourne pas de l'amour Sailor “.

    Lien

    Justine Gourichon.

    Love me :

    Lien

  • jubo
    jubo
    Intra-Terrestre
    • Posté à 16h35 le 18/07/2009
    • Internaute
      Intra-Terrestre

    Aussi insipides que les merdes de Phillippe Djian...

    • sup à la demande du riverain 28.09.09
      • Posté à 19h52 le 18/07/2009

      Ha non ,désolé...Philippe Djian a quand meme un sacré talent
      j'ai encore en memoire un extrait de Echine (je crois)qui me trotte dans la tete chaque fois que je pense a lui ...
      C'est la lutte homerique entre une femme et sa chaise longue qu'elle n'arrive pas a déplier et lui qui l'épie dans un recoin n'osant pas intervenir parce qu'elle devient enragée comme une tigresse...Rien que
      pour ce chapitre je dis chapeau ! ...

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