Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Trois semaines à « Micro Fictions » : le Cabinet invité de France Inter

Publié le 18/07/2009 à 02h18

Les villes américaines au début du XXe siècle, la crise, Dashiell Hammett et Paul Claudel : tel était le menu de ma chronique, ce mardi, dans « Micro Fiction », quotidienne de 20 heures à 21 heures sur France Inter ce mois de juillet.

Ce 14 juillet, alors que bruissait les échos du concert à venir de Johnny Hallyday, l'animateur Ali Rebeihi diffusait, en avant-première, une interview de Frédéric Beigbeder, un des évènements de la prochaine rentrée littéraire française. Interview récemment réalisée, pour le prochain livre de Beigbeder « Un roman français », qui sortira chez Grasset, à la mi-août.

Pour la troisième session, cette chronique où je tisse des liens entre un roman et un essai portant sur un même thème, j'avais choisi de parler des villes américaines et de la crise économique. Avec, pour commencer, la nouvelle traduction, en série noire, de la mythique « Moisson Rouge » de Dashiell Hammett.

Ma chronique du 14 juillet :

Je vais vous parler de la retraduction d'un livre fondateur du roman noir moderne : « Moisson Rouge » de Dashiell Hammett. Hammett, c'est « Le faucon maltais », c'est aussi le père de Sam Spade (incarné par Humphrey Bogart). Hammett est, avec Chandler, le père du roman noir moderne, l'inventeur du behaviorisme en littérature (behaviorisme : montrer un personnage par ce qu'il fait, et non par ce qu'il pense).


Couverture du roman « Moisson Rouge », de Dashiell Hammet

L'Amérique sur laquelle ils écrivent, c'est celle où les chômeurs renouent avec le syndicalisme radical, réprimé par la police et par le patronat, pour qui bolchevisme égale horreur suprême. Cette Amérique, c'est aussi celle de la transformation des villes.

L'histoire : Personville, 40 000 âmes, mérite son surnom de Poisonville. Le meurtre y a droit d'exercice, il est même encouragé par la police. Un homme, appointé par la Continentale, vient remettre de l'ordre à Poisonville. Afin de casser les grèves, le maire embaucha des durs, des briseurs d'os de grévistes. Une fois la rébellion sociale achevée, les durs restèrent et prirent le pouvoir. Notre détective, mandaté par le maire, mit en oeuvre une stratégie « à la Clausewitz » : dresser les uns contre les autres. Dix-sept cadavres plus tard, le désordre et la haine dominent Poisonville. Mais le goût du sang a pris possession du privé. Le carnage peut continuer.

Les auditeurs attentifs auront noté que S. Spade n'apparaît pas ici. Il s'agit d'un roman qui met en scène le fameux héros sans nom de Hammett : Continental Op. Les connaisseurs se seront aperçus que, avec la mission de ce Continental Op, Hammett ne fait que mettre en fiction ce qu'il a lui-même pratiqué : avant d'être scénariste à Hollywood et écrivain, le métier de notre homme était celui de détective privé. Sa spécialité : casser les grèves de l'intérieur, en mission pour les patrons…

« Moisson Rouge » est le premier roman de Dashiell Hammett. Publié en quatre parties dans la revue Black Mask, de novembre 1927 à février 1928. En France, il a paru dans la prestigieuse série noire en 1950. Natalie Beunat et Pierre Bondil ont repris la traduction maladroite de 1950 et témoignent, exemples à l'appui, de la renaissance d'un livre majeur, que l'édition en série noire de l'époque n'avait jamais réellement mis en valeur.


Couverture de « La crise, Amérique 1927-1932 », de Paul Claudel

Outre écrivain, que faisait Paul Claudel entre 1927 et 1933 ? Eh bien il était ambassadeur de France à Washington. Eh oui. Il a ainsi parcouru le pays, fort de sa notoriété d'écrivain. Et, très vite, on va le voir, il va s'apercevoir que cet « american dream » cache quelque chose…

Il voit bien que la spéculation ne fait que monter, monter… mais qu'elle ne touche pas les ménages. Enfin, qu'elle va les toucher lorsque la spéculation imploser : « Tous ces détails sont assez arides mais ils finissent par former un tableau qui diffère sensiblement de la peinture idéalement colorée que rapportent d'Amérique les touristes et les écrivains superficiels, qui se laissent éblouir par les discours et les statistiques », écrit-il le 4 février 1929.

A qui écrit-il ? A Aristide Briand, son ministre de tutelle. Entre 1927 et 1933, il lui adressera des télégrammes et lettres sur ses activités. Ce sont ces lettres qui sont rééditées chez Métailié, sous le titre « La crise, Amérique 1927-1932 ».

On y lira notamment les comptes-rendus de crise de notre homme, suite à ces folles journées entre le 24 et le 30 octobre 1929… Claudel n'est absolument pas surpris. Claudel écrivait ces lettres cependant même que paraissaient, dans le fanzine Black Mask, les premiers chapitres de « Moisson Rouge »… C'est bien de la même Amérique qu'on nous parle.
Cette Amérique, ce contexte, on l'a revécu en 2008. L'occasion de relire ces livres…

Moisson Rouge - de Dashiell Hammett - Nouvelle traduction par N. Beunat et P. Bondil - éd. Gallimard - coll. Série noire - 285 p. - 18,50 €.

A noter la parution de l'intégralité de l'interrogatoire auquel Hammett
fut soumis durant la période de la chasse aux sorcières :

Interrogatoires - trad. N. Beunat - éd. Allia - 95 p. - 3 €.
La crise, Amérique 1927-1932 - de Paul Claudel - éd. Métailié - 252 p. - 11 €.

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  • EulChe
    • Posté à 18h48 le 18/07/2009

    « behaviorisme » ? comportementalisme ne vous plaisait pas ?

    • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
      • Posté à 18h53 le 18/07/2009

      Ben non...

      BEHAVIO(U)RISME, (BEHAVIORISME, BEHAVIOURISME)subst. masc.
      PHILOS. Doctrine qui assigne à la psychologie l'étude du comportement des individus à l'exclusion de l'introspection :

      1. Nous ne sommes pas, en Europe, des gens qui se ressemblent tellement ! Et croyez bien qu'entre le behaviourisme et le bergsonisme l'écart n'est pas d'une autre nature qu'entre Bergson et Hegel.
      MALRAUX, Les Conquérants, 1928, p. 167.

      2. Malgré leur opposition apparente à ce behaviourisme élargi et transfiguré, les phénoménologues ne nous mènent pas vers d'autres buts ni par des chemins tellement différents.
      MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 43.

      3. Le « behaviourisme » est la vérité de la sociologie objective, qui a d'ailleurs fait appel à ses principes. Ce n'est plus en effet la « représentation », mais l'« action » dans son déroulement spatio-temporel qui sert d'objet primitif, duquel nous devons partir pour comprendre aussi bien l'individu que la société, supprimant du même coup le problème de la conscience et constituant une psychologie sans âme.
      J. VUILLEMIN, L'Être et le travail, 1949, p. 140.
      Prononc. et Orth. Pt ROB. transcrit [bia(e)()] (graph. behaviorisme), ROB. Suppl. 1970 [()] ou [()] (ces 2 possibilités pour une même graph. behaviorisme). Pt Lar. 1968 note [] (graph. béhaviourisme). Lar. encyclop. admet béhaviorisme ou béhaviourisme (cf. aussi Pt Lar. 1968). L'orth. avec ou est angl., l'orth, avec o, amér. QUILLET 1965 donne uniquement béhaviorisme. Pt ROB. et ROB. Suppl. 1970 écrivent behaviorisme sans accent sur l'e de l'initiale. Les spécialistes de la psychol. exp. sont partagés à ce sujet (cf. le livre de A. TILQUIN, Le Behaviorisme, Paris, 1942 ; l'art. béhaviorisme dans Encyclopaedia universalis, Paris, t. 3, 1969), le flottement de la graph. indiquant lui-même un flottement de la prononc., en liaison avec la difficulté de créer un dérivé en -isme sur le mot fr. comportement. Étymol. et Hist. [Ca 1920 d'apr. ROB. Suppl.] ; 1926 behaviorism (LALANDE, Vocab. techn. et critique de la philos., Suppl. Paris : Behaviorism. Terme anglais [...] souvent employé tel quel en français pour désigner la doctrine qui limite la psychologie à l'étude du comportement ou des réactions). Mot forgé par le psychologue amér. J. B. Watson [1878-1958] en 1912 et rendu public dans son manifeste de 1913 (J.-B. Watson dans Psychol. Rev., XX, 158 dans NED Suppl. : Psychology as the behaviorist views it is a purely objective experimental branch of natural science. Its theoretical goal is the pure prediction of behavior [ibid., 166] I feel that behaviorism is the only consistent and logical functionalism) ; à partir de behavior « comportement » avec suff. -ism. Fréq. abs. littér. : 25.

      • EulChe
        • Posté à 19h03 le 18/07/2009

        c'est ce qu'on appelle du comportementalisme. Qui a l'immense avantage de ne pas avoir besoin d'être expliqué...

         
        • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
          • Posté à 19h11 le 18/07/2009

          Je ne sais pas si c'est la même chose, mais le mot behaviorisme existe en français, c'est tout ce que je voulais préciser...

          • EulChe
            • Posté à 19h20 le 18/07/2009

            J'avais compris ; -) et je ne savais pas effectivement.
            D'autant que cela me parait quand même particulièrement con alors qu'on a un mot qui me semble nettement plus compréhensible.

            Etant anglophone je m'en fous, mais quand on est obligé de définir un mot d'origine anglophone pour une compréhension des lecteurs alors qu'on a le même en français qu'il n'y a pas besoin d'expliciter, cela me semble relever d'un snobisme à deux balles par vraiment utile.

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