Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

« Gaymard à Mitterrand : “ Monsieur le ministre, je vous conseille de ne pas légiférer ”

Publié le 30/09/2009 à 16h57

Une heure. Soit le même tarif qu’un footballeur lors d’une conférence de presse d’après entraînement. Une heure, c’est le temps que la dizaine de journalistes et les dizaines de personne de la chaîne du livre ont attendu Frédéric Mitterrand.

Le ministre de la Culture et de la Communication se rendait au Centre National du Livre à deux titres : la parution de « Pour le Livre » et le cinquantième anniversaire du Ministère.

Le rapport Gaymard

Ca se donnait du « Monsieur le Ministre » à tout va ce mercredi midi. Hervé Gaymard et Frédéric Mitterrand sont entrées ensemble dans la salle où l’un comme l’autre allaient s’exprimer. Car en fait, les deux hommes faisaient conférence commune.
En mars 2009, Hervé Gaymard, ancien ministre, actuel député de Savoie et président du conseil général du département avait remis un rapport à Christine Albanel. La ministre de la Culture de Fillon II lui avait demander d’évaluer les effets de la loi sur le prix unique du livre, vingt six ans après sa promulgation. Loi qui, en 2007-2008, fut un temps menacé, dans le cadre du vote de la loi de modernisation économique.

C’est ce rapport qui, depuis une semaine, est paru dans une version remaniée « à destination du grand public » : « Pour le livre – Rapport sur l’économie du livre et son avenir » (Gallimard / La documentation française).
Cette mission d’évaluation a été menée auprès d’une centaine de professionnels du secteur, ce en France comme à l’étranger. Elle acte la pertinence de la loi Lang, malgré le commerce en ligne et le support électronique. Ce mercredi, Gaymard s’exprimait ainsi : « je suis législateur, et en temps que législateur je vous demande, Monsieur le ministre, de ne pas légiférer à nouveau sur cette loi ».

Il poursuivait en illustrant quelques-unes des recommandations du rapport : exemption du plafonnement des délais de paiement entre libraires et imprimeurs (« un problème à résoudre avant la fin de l’année »), tarifs d’envoi des livres plus avantageux, un statut pour le livre numérique dans le cadre d’Hadopi. Il concluait en rappelant « cet objet irremplaçable qu’est le livre, escorté par la distance, le silence et l’effort » et que « le lien hypertexte n’a pas été inventé par Internet, il a toujours été dans nos cerveaux ».

Un livre sur lequel nous reviendrons très bientôt.

Les lois Mitterrand

François Mitterrand avait inscrit cette loi dans son programme électoral de 1981. S’il y a un héritage que son neveu ne gâchera pas, il se pourrait que ce soit celui-là. Insistant sur l’aspect régulateur d’un prix du livre unique, Frédéric Mitterrand insistait : « Pas de liberté sans règles, sans régulation. C’est valable pour le livre comme… pour Internet ! ».

Au rayon annonces, il en est une qui fera plaisir à Gaymard, mais surtout aux libraires : « le ministre s’est engagé sur “ un volet spécifique sur les délais de paiement propre aux libraires ”, tel que “ contenu dans la loi de modernisation économique votée en juillet 2008 soit rapidement mis en œuvre ”.
Mais c’est évidemment sur la question Google-BNF que Mitterrand était attendu. Sans effet de neuf, il est resté sur la position qui est la sienne depuis le début de cette rixe : “ Je souhaite dépassionner ce débat. Aucune décision ne peut se prendre actuellement ”. Sur la question de la numérisation, il a tenu à assurer les auteurs de la clarté gouvernementale : “ Le droit d’auteur ne doit pas être remise en question ”.
Il a insisté, face à l’offensive Google, sur la “ nouvelle impulsion du projet Europeana.
Et annoncé un ‘ projet d’envergure ’ pour accompagner les éditeurs dans la numérisation de leur fond, ‘ un projet que je proposerai dans le cadre du grand emprunt du président de la République ’. Il semble que les préoccupations numérique de la rue de Valois dessinent trois axes d’études : l’accompagnement économique des éditeurs vers la numérisation, la question du prix de l’objet livre numérique, et la lutte contre le piratage.
‘ La mutation numérique n’a pas encore eu lieu dans le livre ’, concluait Mitterrand.

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  • Patrick Altman
    Patrick Altman
    consultant
    • Posté à 10h56 le 02/10/2009
    • Internaute 64365
      consultant

    Je m’étonne que tout le monde trouve évident de parler de livre numérique - sans se poser la question de savoir ce que c’est .

    Bruno Patino dans son rapport mentionne que la définition du « livre numérique » est encore à trouver.

    La question n’est pas triviale puisqu’il s’agit en l’occurence d’un fichier, c’est à dire d’un amas de bits qui en soit n’a aucune signification tant qu’il n’est pas décodé par le bon logiciel sur la bonne machine.

    J’attends qu’on me dise où se trouve la notion de livre là dedans ?

    Il est tout de même curieux qu’on conçoive la notion de livre numérique toujours en relation avec un livre en papier qui serait princeps - Mais c’est le contraire qui est en train de se produire et depuis longtemps -
    La fabrication d’un livre en papier n’est qu’une instanciation possible de la représentation d’un fichier que l’auteur a donné à son éditeur. Je réalisais ainsi des livres à partir de fichiers créés par mes auteurs il y a a plus de 15 ans.
    Je ne vois pas comment un fichier permettant une circulation hypertexte interne comme externe, peut être assimilé à un livre ?
    Sauf à dire que tout projet intellectuel humain qui puisse se circonscrire dans un amas de bits qui puisse être nommé de façon unique est un livre. Et encore, pour peu que ce fichier permette une représentation dynamique de textes d’images et de sons qui ne sont pas contenus dans l’amas de bits précédemment identifiés, la notion de livre pourrait s’appliquer à un ensemble infini d’éléments qui n’auraient qu’une seule chose commune : celle d’appartenir à un réseau permettant leur interconnexion.
    On pourrait ainsi donner une nouvelle définition au livre qui correspondrait mieux à la réalité du monde numérique : tout fichier permettant une représentation de textes, d’images, de sons dont le code est contenu ou non dans ce fichier. Il faut s’attendre à inclure dans cette définition tout type de fichier permettant une interaction homme machine, c’est à dire les jeux.

    N’oublions pas que c’est une note de la Direction générale des impots qui définit ce qu’est un livre en France. Je propose que les têtes fiscales de Bercy se penchent à nouveau sur le bébé.

    A suivre....
    Patrick Altman

  • 2eme-round
    2eme-round
    consultant en stratégie et (...)
    • Posté à 15h09 le 04/10/2009
    • Internaute 12221
      consultant en stratégie et (...)

    « La mutation numérique n’a pas encore eu lieu dans le livre ’, concluait Mitterrand.

    C’est bien le problème. Amazon est entré dans le paysage français en 2000. Face à son succès aucune mesure ou initiative n’ont été prises pour structurer une alternative qui aiderait à porter la diversité de l’édition française dans le monde numérique. Jusqu’à quand ?
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