Lettre ouverte à Mitterrand pour un « statut des auteurs »
En pleine actualité sur la numérisation, et juste avant les prix, trois romanciers publient une lettre ouverte au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et remettent la patate chaude au centre du débat : en France, il n’y a pas de réel statut professionnel de l’écrivain. Rue89 publie cette lettre.

Frédéric Mitterrand à l’université d’été du Medef à Palaiseau le 2 septembre 2008 (Charles Platiau/Reuters)
Cette année, la rentrée littéraire a été moins médiatique. Joie. Mieux : elle semble avoir laissé de la place au social. Sous l’impulsion du numérique (arrivée du Kindle, loi Hadopi, procès La Martinière/Google, affaire BNF/Google), des commissions ont rendu leur rapport (rapport Patino l’an passé, rapport Gaymard en juin dernier, rapports Zelnik et Tessier à venir). Et le droit d’auteur est à nouveau au centre des débats.
Un statut d’écrivain
Peu d’écrivains vivent de leur plume (lire aussi l’enquête d’Eco89 il y a pile un an), et la plupart font « quelque chose à côté » : traducteurs, journalistes, profs, éditeurs, nègres, fonctionnaires, chercheurs, ouvriers, libraires, rmisites ou rmaistes, restaurateurs, chômeurs ou financiers, ou autre. Le tout à plein temps.
D’un point de vue littéraire, écrivain est un statut qu’on acquiert avec du talent, du travail, et toute l’utopie du désespoir. Mais encore faudrait-il qu’écrire puisse être un métier. Un statut professionnel. Et ça ne l’est pas.
Lettre ouverte
La reconnaissance professionnelle, et donc fiscale, légale, sociale et économique, c’est l’objet d’une lettre ouverte à Frédéric Mitterrand. Une lettre qui demande au ministre de la Culture de créer des conditions de rémunération qui permettent aux auteurs d’envisager leur métier comme une profession.
« Etre écrivain et pouvoir continuer à l’être. Depuis combien de temps, Monsieur le Ministre, parle-t-on de notre statut ? Un problème rebattu, penseront certains. Hélas, surtout peu débattu... », ainsi débute la lettre écrite par l’auteur Laurence Tardieu, Xavier Houssin, journaliste pigiste (Le Monde, Marianne) et romancier et Renaud Meyer, auteur et comédien. Qui écrivent plus loin : « Considérez-vous, Monsieur le Ministre, qu’écrivain est un métier et qu’il faut que les gens qui l’exercent puissent en vivre ? ».
Greffant leur réaction sur la ronde de commissions mises en place sur la question numérique depuis 2008 pour tenter de réveiller un secteur d’activité (on l’appellera ainsi…) qui est souvent muet sur ces questions. Xavier Houssin appuie sur le « désir de fédérer les auteurs, sans vouloir créer une nouvelle SGDL (Société des gens de lettres, ndlr) »
Droit d’auteur
Une vieille revendication des « auteurs de l’écrit », en France, est d’avoir un statut qui ressemblerait aux intermittents du spectacle. Statut des plus menacés par les politiques libérales.
C’est dans un contexte à la fois très ciblé (droits sociaux et rémunération) et très global (remise à plat de toute la chaîne du livre en vue d’une mutation numérique) qu’est publiée cette lettre ouverte. Qui cible la défense de l’objet livre comme la défense des « auteurs de l’écrit ».
On peut s’étonner que cette lettre, si elle aborde les questions du Net, de la création sur Internet et de la revente des livres sur la toile, ne se saisisse pas plus du droit d’auteur… sur un contrat !
Ce alors que c’est une question qui devient urgente. Que les éditeurs et les fabricants s’en emparent et dont il serait urgent que les auteurs s’emparent tout autant. « On ne pouvait pas tout traiter à la fois, admet Houssin. Et dans nos revendications on peut tout mettre, y compris la question du numérique. »
Mais cette absence est ce qui met en relief l’intérêt de cet appel : rappeler qu’à la base, les conditions n’existent pas. Il n’y a pas de statut. Donc des droits négociés au cas par cas, mais pas de notion de droit. Et que sans cadre, la mutation vers le numérique s’annonce duraille à énoncer.
Les trois auteurs ont pris soin de publier leur lettre à une semaine de la remise (le 15 novembre) du rapport que Frédéric Mitterand avait confié à Patrick Zelnik, accompagné de Jacques Toubon et de Guillaume Cerutti, sur l’offre légale de contenus culturels sur Internet et sur la rémunération des créateurs et le financement des industries culturelles.
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Romancier : L'Or d'Alexandre
Romancier : L'Or d'Alexandre
Dommage que cette lettre ouverte ne soit pas une pétition ! je la signerais des deux mains ! ! !
Le non statut de l’écrivain vient d’un monde bourgeois de rentiers dans lequel écrire était une occupation, non un métier.
Aujourd’hui, ceux qui choisissent d’écrire, sans avoir de second métier ni de capital - ce que j’ai fait en me mettant en disponibilité de l’Education nationale, depuis plus de dix ans si bien qu’on m’a demandé de réintégrer ou de démissionner cette année : je n’ai pas réintégré, parce que cela est devenu incompatible, totalement, avec ce qui fait ma vie - prennent des risques immenses au regard de la protection sociale et de la retraite.
Si depuis quatre ou cinq ans, en jonglant, sur le fil, grâce à mes lecteurs, je parviens au plancher de l’Agessa qui me permet d’avoir une couverture sociale et de cotiser pour ma retraite, il se peut que cette année, l’année prochaine, je n’y aie plus droit.
Se gargariser de culture, d’exception française, de préservation du droit d’auteur dans l’univers numérique, aujourd’hui, en France, aujourd’hui, sert à masquer, comme dans tant d’autres domaines, qu’on ne considère qu’une pseudo-élite, en fait une Nomenklatura qui, grâce à la connivence du système médiatique, tire son épingle du jeu.
Cette Nomenklatura-là où l’on retrouve les multicartes (auteurs, critiques, membres de jurys de prix, éditeurs...) monopolise l’accès au médias comme les bourses et autres soi-disant aides du CNL qui ne sont distribuées, comme les prix, qu’en fonction de l’appartenance à telle ou telle maison, qu’en fonction de positions de pouvoir (on peut lire sur le sujet mon petit polar, que j’espère drôle et qui vient de sortir : « Comment je n’ai pas eu le Goncourt »).
Ceux-là n’ont bien sûr nul besoin de statut. Mais ceux qui écrivent par passion, par besoin, ceux qui « font » la vraie littérature française, eux en ont un urgent besoin pour échapper à la précarité qui les menace chaque jour. Et la première marche vers ce statut c’est de donner des droits à tous ceux qui cotisent à l’Agessa ! ! !
Le problème, c’est que M. Mitterrand, lui, est un pur produit de la Nomenklatura...




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