Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Rambaud sort le troisième tome du « règne de Nicolas Ier »

Publié le 14/01/2010 à 12h58


Patrick Rambaud à Paris en janvier 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

Un peu d’humour dans cette si triste actualité. Parlons ici de la « Troisième chronique du règne de Nicolas 1er ». Comme à son habitude, Patrick Rambaud apporte, lui aussi, un sourire dans l’actualité de la France sarkozyenne.

Depuis 2008, à raison d’une livraison l’an, Rambaud assure une rente à Grasset. Le premier volume s’était vendu à 100 000 exemplaires en un an (sans compter le poche), et le deuxième s’est lui vendu à 70 741 exemplaires (source Edistat). Il vient de sortir en Livre de Poche.

Quelque part entre le foutage de gueule satirique, la chronique journalistique et le décalage offert par la littérature : les « Chroniques du règne de Nicolas 1er ». Vous connaissez le principe, puisque Patrick Rambaud était venu en parler en 2009 et en 2008.

Transformant les allées du pouvoir en cour de monarque absolu, Rambaud fait de Sarkozy l’homme aux fantasmes totalitaires qu’il est peu à peu devenu dans l’inconscient collectif :

« Le Prince avait inventé un régime d’un genre tout à fait neuf, la démocratie totalitaire. »

Le style est toujours le même : une chronique très « grand siècle », avec langue et style de vie XVIIIe.

Tintin pour expliquer la crise financière

La dernière chronique se concluait sur l’intrusion des militants corses chez Christian Clavier et les débuts de la crise. Cette « Troisième chronique » démarre donc aux débuts de l’automne 2008, pour s’achever sur un autre malaise. Celui de Sarkozy pendant son jogging, le 26 juillet 2009.

« Nicolas 1er était un homme sans vision. Dans la société marchande qu’il aimait tant, il figurait une marchandise, vendait sans relâche son énergie, ses réussites imaginaires. »

C’est dire si, quand éclate la crise, il ne sait que faire. Le chevalier de Guaino non plus d’ailleurs. Pour lui expliquer les évènements, il lui lit… la page 22 de « Tintin et l’Etoile mystérieuse » !

Le niveau de connaissance géopolitiques des deux hommes ne va guère plus loin que l’horizon de cette houppette célèbre.

Les évènements

Rambaud revient entre autres sur :

  • La guerre en Géorgie : « Notre Leader Survolté avait décidé que ses actes seraient désormais historiques, et il le serinait, et il se vantait, et il le prouvait en racontant que, seul, avec ses petits bras, il avait empêché l’armée russe d’envahir la Géorgie ». Mais « Notre Naïf Satrape » ne sauva rien puisque le « tzar Vladimir » annexa deux provinces géorgiennes…le fichier Edwige
  • L’élection d’Obama à la tête de « l’Empire américain »
  • M. de Jégo en Martinique quand « on en fût arrivé à ce degré d’ébullition », quand « Notre Brûlant Souverain se souvint qu’il avait nommé un secrétaire à l’Outre-mer, non point pour sa connaissance des palmiers, des plages et du rhum, mais parce qu’il ne savait où le caser ailleurs »
  • Les changements opérés par la comtesse Carla sur son physiques (Nicolas perd ses bourrelets, paraît-il) et ses fréquentations culturelles. Nicolas ne parle plus des « Bronzés » ni de Marc Lévy, mais lit Kafka et dîne avec Martin Karmitz.
  • Le tout prend sa fin temporaire ce 26 juillet 2009, quand Nicolas 1er pense, déjà, au procès avec M. de Villepin…

Les nouveaux personnages

« Que voudra Sa Majesté pour le déjeuner ? – Un steak – Et pour les légumes, Sire ? – Des steaks aussi. »

C’est surtout par la description satirique des rapports au sein de la cour que vaut le travail de Rambaud.

Vous retrouverez ici le chevalier de Gaino, le baron (sans particule) Bertrand, le cardinal de Guéant, la très rebelle mais si indispensable princesse Rama, le duc d’Orsay, Copé, duc de Meaux, le comte Estrosi, Mr de La Noé, Mr de Charon et Mr de Louvrier.

Ceux qui font leur entrée sont : le chevalier Le Febvre, M. de Jégo, Mme d’Alliot-Marie, duchesse de Saint-Jean-de-Luz, le chevalier Dray et ses ennuis, le marquis de Karmitz, Mme d’Aubry la bourgmestre de Lille.

Trop gentil, Rambaud ?

Seule une facette manque au portrait que dresse Rambaud de cette cour : son image dans les médias. Sarkozy a toujours déclaré qu’il connaissait mieux la vie des rédactions que les journalistes eux-mêmes.

Sarkozy, selon Philippe Val, est « l’actionnaire » de France Inter. Ce n’est pas parce qu’on est journalistes, mais lire quelques piques du Souverain, au sujet des médias, sous la plume de Rambaud, ce serait bien. Que Rambaud pique plus fort encore. Qu’il soit un peu Guillon.

Pour autant, ses « Chroniques » tiennent leur rôle : celui d’une piqûre de rappel

Troisième chronique du règne de Nicolas 1er de Patrick Rambaud (éd. Grasset, 110pp, 14 €)

Photo : Patrick Rambaud à Paris en janvier 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • 13 réactions
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  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 14h03 le 14/01/2010
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    Patrick Rambaud est un grand écrivain et, ce nouveau tome du « Règne » est, comme les précédents, un régal de lecture.

    (Bien que l’Auteur n’ait pas envoyé son livre à qui l’on sait, notre petit doigt nous dit qu’il est bien parvenu au Palais).

    • ALLAIN JULES C@MMUNICATION
      • Posté à 14h13 le 14/01/2010
      • Internaute 18202

      Oui, je suis en accord avec vous. Rambaud c’est le nec plus ultra.

      Comme vous, je vais dévorer ce tome3, en attendant le 4, puis le 5, fin de règne je l’espère.

      Lien

      • Daniel Zéro-
        Daniel Zéro- répond à ALLAIN JULES C@MMUNICATION
        Re - traité
        • Posté à 14h18 le 14/01/2010
        • Internaute 96621
          Re - traité

        Il serait salutaire pour tous ceux qui souffrent que le règne soit stoppé avant la fin de la série.

  • theshadedcucumber
    theshadedcucumber
    justicier potager
    • Posté à 14h56 le 14/01/2010
    • Internaute 93575
      justicier potager

    Ces bouquins sont amusants, mais ne rentrent pas suffisamment dans l’analyse du pouvoir sous la Ve République. La Ve Rép est par essence de nature très « présidentialiste », qui peut laisser penser un peu à une Monarchie (du moins une Monarchie élective, ce qui réduit quelque peu la symbolique).

    Sous Mitterrand, on entendait déjà un peu parler de régime quasi monarchique, mais sans aller très loin (on en parlait de façon moins permanente).

    Sous Chirac, on n’en parlait quasiment pas. Pourtant, Chirac était un modèle de monarque à la britannique. Effacé, distant du pouvoir réel, surtout là pour profiter des subsides de la nation et laissant son Premier Ministre agir. Matignon ressemblait au 10, Downing Street et l’Elysée à Buckingham.

    Sarkozy est évidemment beaucoup plus présent, mais cela est aussi du à la nouvelle façon de faire de la politique, qui est devenu un « métier des médias » (cf. Obama par exemple).

    Ce qui est surprenant surtout chez Rambaud, c’est d’essayer de comparer un Président de la Ve Rép avec, au hasard, Louis XIV. Les relations dites de Cour n’ont rien à voir avec ce qui se passait à l’époque. Et n’oublions pas non plus que les Présidents de la Ve ont, de par notre Constitution, bien plus de pouvoirs que n’en avait un Louis XIV. Bref, tout ça pour dire que j’ai toujours trouvé cette comparaison étrange, même si les bouquins sont amusants à lire...

  • batila-
    • Posté à 15h58 le 14/01/2010
    • Internaute 34191

    Je suis en train de lire le tome 1, c’est un vrai régal !
    Les pages sur l’affaire clearstream sont très intéressantes...

  • Lozardèche
    Lozardèche
    Musicien
    • Posté à 16h14 le 14/01/2010
    • Internaute 100487
      Musicien

    Qu’il est moche, ce Rambaud et qu’elle a l’air méchante, cette teigne au visage constipé !

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 14h54 le 15/01/2010
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Il faut rendre à César ... Le concept de « démocratie totalitaire “ a été inventé par Zinoviev, puis repris par Matthieu Baumier : La démocratie totalitaire : penser la modernité post-démocratique. Presses de la cité. 2007

    ‘Notre époque n’est pas que post-communiste, elle est aussi post-démocratique. Nous assistons aujourd’hui à l’instauration du totalitarisme démocratique ou, si vous préférez, de la démocratie totalitaire. ’
    La Grande rupture par Alexandre Zinoviev aux éditions de l’Age d’Homme 1999.
    Sinon, la lecture de Rambaud est plutôt champagne.

  • zénon denon 84
    • Posté à 19h46 le 17/01/2010
    • Internaute 30028
      Bonne

    « Que Rambaud pique plus fort encore
    qu’il soit un peu Guillon“__________

    Vous plaisantez ,Rambaud est un artiste ,superbe
    qui restera dans nos mémoires ,
    Guillon un type rigolo ,certainement
    piquant ,mais ne comparons
    pas ce qui n’est pas comparable _Tout de même _

    Rambaud c’est l’écrit qui ne s’efface pas .Plus.
    au contraire de Guillon qui s’envole chaque jour . !

    Rambaud me fait penser au grand Daumier (XIX ème )

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