Guerre dans le polar : l'éditeur du Poulpe publie un auteur fasciste
Cette semaine, les éditions Baleine (éditeur du Poulpe) rééditent un roman de François Brigneau, milicien pendant la Seconde Guerre mondiale, et co-fondateur du Front National en 1972. Des auteurs de la maison sont furieux. Parmi eux Didier Daeninckx, un des premiers auteurs du Poulpe. Il tire le premier.
Ex-milicien, journaliste d’extrême-droite
Publié pour la première fois en 1949, sous le titre « Paul Monopol », « Faut toutes les buter » est le troisième roman d’un auteur qui en écrira huit, plus quelques livres contre les Juifs, ou en faveur Mgr Lefebvre et de Robert Brasillach.
Brigneau, né en 1919, de son vrai nom Emmanuel Allot, a aussi écrit pour des journaux comme Indépendance française, La Fronde, Rivarol, Minute, National hebdo, où il n’a pas eu que de petits rôles.
Adorateur de Robert Brasillach, il fût milicien pendant la guerre. Treize ans après avoir co-fondé le Front National avec Le Pen, il fondait le quotidien Présent en 1985. Pour finir le portrait, Brigneau, toujours vivant, a déjà été condamné pour antisémitisme.
L’homme a aussi un titre au catalogue de Gallimard, mais lorqu’on appelle un libraire, le titre n’est plus disponible. Et chez Gallimard, il n’est pas question de le réimprimer...
« Je publie le livre, je ne défends pas sa carrière ! »
C’est Jean-François Platet, patron des Editions Baleine, qui a décidé de rééditer « Faut toutes les buter ! ».
« J’avais repéré le livre, d’occasion, en 2007 », explique-t-il. « C’est génial, un OVNI, un exercice de style sur les voyous ».
Platet se renseigne sur l’auteur, le rencontre (« je ne suis d’accord sur rien avec lui ») hésite un peu, mais décide de publier. Le livre est paru cette semaine. « Je publie le livre, pas l’homme, je ne défend pas sa carrière ! »
Mais Platet est tout sauf un ravi : il sait que, faute de pouvoir se payer de la pub pour ses bons livres (Scotto, Joolz enby, etc), il se fait du buzz avec celui-là.
Un polar de Milieu
Commençant par un chapelet de « crouïas », « arbis », « biques » et « bicots », le livre est un honnête polar de gouailleur voyou. Pour aimer ce genre, il faut aimer Le Breton, Simonin et Malet. Des auteurs qui eux aussi, furent suspectés d’angélisme pour les pensées racistes, antisémites.
Car le polar de l’époque est un polar de milieu. Et durant la guerre, il est dans sa majorité collaborateur. Mais s’il est des auteurs (Amila, Malet, Simonin) chez qui on peut lire le racisme comme un reflet d’époque, il en est d’autres (Brigneau) chez qui on voit l’auteur. Il ne fallait pas rééditer.
« Une décharge »
Dès dimanche dernier, Didier Daeninckx, un des premiers auteurs de Poulpe en 1996, publiait une lettre ouverte où il demandait son propre retrait du catalogue :
« J’ai publié à Baleine, maison qui s’est construite sur une prise de parole antifasciste. [...] Ce n’est pas pour accepter de figurer dans une décharge ».
Il initiait ensuite une demande collective où plusieurs auteurs (Raynal, Slocombe, Mizio entre autres) ayant publié chez Baleine demandaient aussi leur retrait du catalogue.
Francis Mizio (que les riverains de Rue89 connaissent bien) assure :
« J’étais au courant qu’il [Platet, ndlr] voulait éditer Brigneau, et maintes fois j’ai tenté comme d’autres dès cette époque, de l’en dissuader. Il a foutu le feu partout. »
De son côté, Daeninckx ne décolère pas :
« C’est comme si les éditions de Minuit publiaient Rassinier, ou pour faire mode, les élucubrations de Soral ».
Depuis cette semaine, certains libraires (comme L’Ecailler, à Marseille) renvoient tout le fond aux éditions Baleine.
Le feu, comme en 1995.
Il y a quinze ans, à l’époque où Raynal, Quadrupani, Pouy et Daeninckx, alors camarades, lancent Le Poulpe, Serge Quadrupani, clairement de gauche, amène dans la collection Gilles Dauvé, un des initiateurs du négationnisme d’ultra-gauche.
C’est le début de la guerre : Daeninckx va devenir procureur, et fouiller dans le passé de certains ex-camarades, et de ses propres amis. Il voit du rouge-brun partout. Du milieu polardeux, la guerre s’étend à toute la militance de gauche à Paris. Le mouvement Ras l’Front se fissure.
Pour certains, Daeninckx est un justicier. Pour d’autres, un procureur stalinien. Ces derniers ont parfois été bien plus staliniens que le premier. Certains ne se remettront jamais d’une opprobre non fondée. Les « anti-Daeninckx », le romancier Gérard Delteil en tête, ont déjà repris la plume contre lui.
Provoc
« Les vieux trucs merdiques ressortent » en dit Francis Mizzio, qui fulmine contre la décision des Editions Baleine, « On se prend la tête entre nous et on finit par s’envenimer pour des histoires de position à adopter ».
Rageur, Jean-Bernard Pouy, créateur du héros du Poulpe, Gabriel Lecouvreur, conclut :
« C’est la deuxième fois que le Poulpe est attaqué, de l’extérieur. Une fois de chaque côté des extrêmes. Bien évidemment que l’on se désolidarise de la provoc. Bien évidemment que ce ne sera pas au Brigneau de merde de tuer Gabriel Lecouvreur ».
Photo : une arme à feu (~Steve Z~/Flickr)
- Sur wikipedia.orgLa fiche Wikipedia de François Brigneau
- Sur blogspot.comUne réaction de Francis Mizio sur son site
- Sur rue89.comLe blog du Poulpe
- Sur #httpLe Poulpe face à Sarkozy : camembert, Président !
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Fils du vent
Fils du vent
Ne rien apprendre de l’Histoire de la part d’un editeur je trouve ca deplorable. Editer un fasciste notoire pour faire mousser, je trouve ca tres pueril.
Ils reviennent, ils etaient toujours la, grace a notre systeme, grace a De Gaulle, grace a la droite qui finalement les aime bien, grace aussi a tonton, qui avait des relations sulfureuses avec ces ordures fascistes, grace aux medias qui ont fait un pont d’or au Front national, grace notemment a TF1.
Et puis grace a 36 ou 37% de francais qui se disent racistes.
je vois moins de gens se plaindre des fascistes, je ne vois plus cette diabolisation, je les percois comme des pauvres types que l’on prend pour des paumes, pour des types sauvages d’une autre epoque que l’on tente d’apprivoiser au sein de notre societe, un parti que l’on a banalise.
Grave erreur, ce sont les memes ordures, les memes fous, les memes sanguinaires haineux.
Un jour ils seront au pouvoir et ce jour la, il sera deja trop tard...




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