Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

« Parlons Net » dans un Salon du livre de plus en plus numérique

Publié le 28/03/2010 à 16h29

« J’avais oublié à quel point je détestais le Salon du livre. Au moins au Salon de l’agriculture, on peut caresser des croupes... » L’éditeur-omnichroniqueur Eric Naulleau ne cache pas son plaisir à participer à l’enregistrement, en plein Salon, de l’émission « Parlons Net » de France Info, dont Rue89 est partenaire.

Une émission spéciale avec, autour de David Abiker, Tatiana de Rosnay (première auteure française à avoir sa propre appli iPhone), William Réjault (auteur et blogueur), Patrick Gambache (directeur de J’ai Lu/Librio et en charge du développement numérique du groupe Flammarion), Naulleau et moi.

L’émission commence par un « I can’t get no satisfaction » de Rolling Stones qui plaît bien à Eric Naulleau, et se finit sur un constat : les tablettes numériques ne vont pas tuer le livre. Elles vont peut-être tuer la librairie, révolutionner chacun des maillons de la chaîne du livre, mais elles vont de toute façon multiplier les lecteurs.

Le constat paraît entendu mais le débat reste récent dans un milieu (l’édition française) qui ne s’est mis à penser numérique que lorsqu’il y a été contraint.

Révolutionner le travail des libraires

Si chacun des invités admet utiliser les réseaux sociaux pour s’informer plus que pour s’inspirer (y compris Tatiana de Rosnay, hyperactive sur Twitter et Facebook), les nouveaux supports ouvrent de nouvelles portes narratives.

William Réjault est actuellement en train d’écrire un feuilleton exclusivement sur iPhone (un outil déjà utilisé en 2009 par Didier Van Cauwelaert) : « Le Chemin qui menait vers toi » devrait être publié en 2011 chez Robert Laffont, dans une version « conventionnelle ».

L’édition sans éditeurs ? La question effraie évidemment la profession. Pour Patrick Gambache, patron de J’ai Lu et Librio, le numérique va d’abord bouleverser l’activité des libraires. Pour Tatiana de Rosnay, il révolutionne surtout la relation au lecteur.

Une appli iPhone personnelle pour les écrivains

Tatiana de Rosnay est la première romancière française (depuis qu’elle est sortie de ses déboires, elle aime à rappeler ironiquement sa nationalité) à avoir sa propre application iPhone. Une appli que les non-possesseurs de cet appareil peuvent visualiser un peu ici.

On y trouve des infos attendues (bio, biblio, liens, vidéos) mais aussi la possibilité de trouver le libraire le plus proche qui ait un livre que l’on cherche en rayon. L’appli gratuite a été conçue et lancée ce 26 février par la société Hibook, créée récemment par la journaliste Karine Papillaud et par Jérôme Bouteiller, rédacteur en chef adjoint de 01net. Hibook est en discussion avec plusieurs éditeurs, agents et surtout avec des auteurs, car la société parie que leur potentiel de marque est plus fort et plus identifiable que la « marque » de leur éditeur. (Voir la vidéo de l’émission)


Une bonne cuvée

Vendredi, la première journée du Salon fut assez morne, comme souvent le vendredi. Mais samedi, la grande foule revenait. S’il restait de nombreuses langues sceptiques dans les allées eu égard au contexte spécial, elles devaient appartenir à des aveugles, car le lieu était bondé. Il paraît de plus en plus acquis que, dès 2011, le Salon du Livre se scindera en deux, essais et fiction retrouvant le Grand Palais (vielle volonté de « la profession »). A suivre.


Rencontre Rue89 au Salon du livre - Espace « La
Place des Livres » - Mardi 30 mars 17 heures-18 heures.

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  • Anonyme

    le Salon du Livre se ceindra en deux

    quelle merveille !
    la recherche de perles comme celle-là constitue ma seule raison de lire encore vos textes !

    • Hubert Artus
      Hubert Artus
      Rue89
      • Posté à 17h52 le 28/03/2010
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      J’avais écrit « scindra », et effectivement un « e » a sauté. Corrigé à 17h50.
      Mine de rien, derrière une ironie acide -feinte j’en suis sûr-, vous faites du participatif ! !

  • Edouard Chastagnier
    Edouard Chastagnier
    Bogue la galère
    • Posté à 03h30 le 29/03/2010
    • Internaute 101113
      Bogue la galère

    L’édition sans éditeur : je retiens bien.

    Après tout le public dans la salle est un excellent éditeur ; en tout cas il en vaut bien d’autres.

    Je comprends qu’ils flippent : le bon pigeon qu’est l’auteur leur échappera. C’est pas plus mal, en fin de compte ; je dirai même qu’il était grand temps que ça secoue.

    La littérature y gagnera.

  • k-i
    k-i
    endimanché
    • Posté à 10h15 le 29/03/2010
    • Internaute 55073
      endimanché

    @ Hubert Artus

    Sur la première question au sujet de l’influence d’internet sur la littérature, il est urgent de sortir de l’idée utilitariste que vous en avez. Un exemple tout bête : le sens du mot « ami » a déjà changé avec Facebook...

    Plus de réflexion sur internet et ses « effets d’écriture » sur le blog de Lien

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 10h49 le 29/03/2010
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    Les tablettes numériques ne vont rien tuer du tout. Lorsque j’ai lancé ma propre maison d’édition au début des années 2000, le Salon du livre glosait déjà sur l’E-book. En pure perte.

    Le Kindle lancé en Europe en 2009 est un échec économique. Les seuls chiffres de vente connus pour ce produit sont ceux fournis par l’éditeur Amazon. Aussi crédibles que certains chiffres de vente lancés par les éditeurs français pour faire croire à leurs best-sellers papiers [rires].

    Si vous avez un moment à perdre, faites l’expérience suivante : vous vous mettez dans la peau d’un propriétaire de Kindle et vous tapez sur Google les mots-clés suivants : « telecharger livre numérique pour kindle ».
    Rien ou des peccadilles ! Sauf en anglais... et la plupart en téléchargement gratuit !

    Circulez, y a rien à voir (ni à lire)...

    • cabral amilcar
      cabral amilcar répond à Le Yéti
      peureux célèbre
      • Posté à 12h05 le 29/03/2010
      • Internaute 29973
        peureux célèbre

      mon cher yéti, ne vois-tu pas que ta voyance est bidon ? nous aurons tous une tablette a4 que nous grattouillerons, caresserons, pour faire défiler les pages, les menus en marges, il y aura un plugin pour simuler le geste de cracher sur son doigt avant de tourner la page, et la page roulera vers la gauche avant d’afficher la suivante

      ce qui vous chagrine, aigris que vous êtes, c’est que format a4 tactile permette de tout regarder, il remplace aussi bien le laptop que la télévision mais aussi le livre, ça vous chagrine d’être intégré dans le grille pain universel

      note encore mon cher yéti que si les fabricants voulaient bien rendre le a4 tactile adaptable sur un manche télescopique, on pourra avantageusement s’en servir comme pancarte, voire pour les plus doués en tant qu’ enseigne lumineuse ou clignotante.

      reste à savoir l’influence de tout cela sur le prix du livre papier, parce qu’il y a fort à parier que l’on ne nous interdira pas de sitôt de nous allonger sur le dos sur notre lit avec un vieux Livre de Poche

      et, mon cher yéti l’interdiction du papier ne serait-elle pas la mesure écologique la plus efficace ?

      • Le Yéti
        Le Yéti répond à cabral amilcar
        yetiblog.org
        • Posté à 12h56 le 29/03/2010
        • Internaute 6095
          yetiblog.org

        Mon cher amilcar, figure-toi que je bosse depuis trente ans dans le monde de la « Grande Edition ».

        Et que pour l’instant, quoiqu’ils en laissent paraître en public (dans le cadre d’un Salon du Livre de plus en plus naufragé par ailleurs), ma « voyance » tient lieu de constat pour bien des « responsables » hauts placés (je veux dire plus haut que ma modeste personne).

        Si la numérisation de l’édition les touchent quelque part, ce ne sera pas au niveau (médiatique) de la LLLittérature (une danseuse, pour eux), mais au niveau des dictionnaires/encyclopédies (déjà fait), du domaine scolaire et des guides pratiques ou touristiques (en cours).

        Ça va barder dans les années qui viennent, je te dis que ça !

         
        • cabral amilcar
          cabral amilcar répond à Le Yéti
          peureux célèbre
          • Posté à 13h18 le 29/03/2010
          • Internaute 29973
            peureux célèbre

          et le livre scolaire qui va mourir de sa belle mort

        1 autres commentaires
  • k-i
    k-i
    endimanché
    • Posté à 11h29 le 29/03/2010
    • Internaute 55073
      endimanché

    Eric N. vers 27’ d’émission est à internet ce qu’Eric Z. est à la politique : le mâle polémiste angoissé du non sens médiatique.

    1 - « les gens de ma génération achetaient Pif Gadget, et avec un gadget avaient de la littérature, aujourd’hui, il faut acheter un gadget pour avoir de la littérature avec, on a inversé le rapport. »

    Il semble déplorer que l’époque où l’on coupait des arbres et produisaient des bouts de plastiques colorés et inutiles soit révolue au profit d’une époque où un outil pérenne nous permet d’accéder à un « monde commun », en même temps qu’il avoue sa propre contribution à ce changement par son « on » a inversé le rapport.

    2 - Illustration de cette « inversion » par l’utilisation d’une scène des Producteurs de Mel Brooks (décidément ce film...) pour dire que les internautes ne sont qu’un tas de pseudo-Hitler qui braillent dans leur coin (on appréciera). Puis il conclut qu’il faut revenir à la bonne vieille verticalité de la hiérarchie médiatique à Papa : un qui sait, les autres qui l’aiment parce qu’il sait (Michel Drucker, si tu m’entends).

    En fait, la grande contribution de la génération d’Eric N., c’est cette capacité à tout pervertir, tout salir, tout renverser, d’abord pour exister médiatiquement et aujourd’hui pour faire survivre le média dans la forme qui leur a permis de le conquérir : dominant et unilatéral.

    De loin, ça ressemble aux écrits du Marquis de Sade qui avec leur « puissance d’inversion » de la pensée auraient stimulé les idées révolutionnaires. De plus près, ça pue la mort parce que le divin marquis était en taule ou à l’asile, lui, pas « au pouvoir », comme Messieurs N. et Z., enfin... tant que la télé reste allumée ; -)

  • DUCK3849
    DUCK3849
    consultant formateur
    • Posté à 11h40 le 29/03/2010
    • Internaute 68582
      consultant formateur

    BONJOUR
    ne faisant partie ni de l’intelligentia, ni du microcosme Parisien, les commentaires m’amusent toujours un peu.
    C’est la première fois que je visitais le salon du livre...je suis bien éloigné des querelles éditeurs/libraires, papier/numérique, Grand Palais/Porte de versailles....mais je suis un lecteur basique qui regrette amèrement le prix du livre ( antienne connue), le blabla stipendié des commentateurs de tout poil, l’ambiance générale très bcgb mondain mondaine, mais qu’i s’intéresse malgré tout, en dehors des modes au livre numérique, aux auteurs inconnus à faire connaître, aux échanges avec des non pro,....
    21 personnes ( dont je faisais partie) ont longuement discuté de ces sujets ( c’est fou le nombre de lecteurs qui achètent - oh horreur - d’occasion...) et d’autres encore.
    Ils ont choisi un petit livre de 138 grammes ( coup de poing qu’on prend dans la figure) dont vous n’avez même pas parlé ( peut être le délai des mises à jour..). Il était très symptomatique de ne voir aucun autre auteur - nominé aux noms « éventés » peut être pour éviter d’approcher une agricultrice, un boulanger, un étudiant ou votre serviteur qui aurait bien voulu échanger , en toute modestie, avec Mme JORDIS ( « l’Aventure du désert »).. aie ! je sens que je deviens politiquement incorrect.
    Et pourtant j’ai vécu un grand moment. Vous aurez peut être compris qu’il s’agit du prix FRANCE TELEVISIONS essais 2010 et que je vous recommande chaudement la lecture de « Dans ma peau » de Guillaume de Fonclare.....

  • LOUP-GAROU
    • Posté à 13h49 le 30/03/2010
    • Internaute 103277

    Ont va me prendre pour un vieux con,mais tant pis,le livre numérique ne m’attire pas beaucoup, je trouve cela froid,sans âmes, un peu comme un ordi d’ailleurs.IL ne remplacera jamais le livre papier,du moins au touché,le plaisir de caresser la couverture,la sensualité d’un livre, l’aspect humain au final,non aucune tablette numérique ne remplacera cela.

  • BleuT.
    BleuT.
    Humain
    • Posté à 17h27 le 30/03/2010
    • Internaute 109530
      Humain

    Il y a aussi le phénomène Nabe qui publie tout seul. Trop cher (son dernier livre auto publié coûte 28 euros). Je ne l’ai jamais lu mais le phénomène est intéressant. Me souviens de Joseph Joffo qui se publiait aussi tout seul, en a-t-on parlé ?
    Feront-ils des petits ?

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