Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Hillary, Monica, Maison Blanche : le confident de Clinton se confie

Publié le 05/04/2010 à 11h53


Alors que Bill Clinton planche encore sur son prochain livre, l’historien Taylor Branch publie sa version de huit ans d’entretiens avec l’ancien président américain, alors à la Maison Blanche. Interview.

Taylor Branch et Bill Clinton sont deux hommes du Sud des Etats-Unis. Ils ont aussi en commun d’avoir collaboré à la campagne de George McGovern au Texas en 1972 :

  • l’un deviendra gouverneur de l’Arkansas et président des Etats-Unis, parcours jalonné d’histoires de femmes, de Gennifer Flowers à Monica Lewinsky.

Un dictaphone à la Maison Blanche

C’est Bill Clinton qui, dès le début de son mandat, demande à Taylor Branch d’être celui à qui il se confierait. Autour de conversations régulières, et enregistrées.

L’exercice est périlleux : depuis 1973 et les enregistrements secrets (connus de beaucoup, imaginés par Ellroy, mais révélés l’an dernier) qui coûtèrent son poste à Nixon, tout dictaphone est devenu à la Maison Blanche un objet aussi suspect qu’un cutter dans un aéroport. Il arrivait même à Clinton de planquer dans ses chaussettes les cassettes enregistrées avec Branch.

Entre 1993 et 2000, Taylor Branch vient régulièrement à la Maison Blanche. Le plus souvent la nuit, quand Clinton essaie de faire le tri entre préoccupations, dossiers et urgences. Et entre deux micro-sommeils, se confie. Résultat : soixante-dix neuf cassettes. Que l’ancien président conserve toujours.

Pas de bombe, pas de scandale sexuel

Publié à l’automne dernier aux Etats-Unis, dans une version plus longue que la version publiée à l’étranger (qui contient des discussions de pure politique intérieure, moins opportune pour le public non américain), « Bill Clinton, les enregistrements secrets » n’est pas la retranscription de ces bandes, mais de celles que Branch enregistrait, seul dans sa voiture ou chez lui, en débriefing de leurs échanges.

Hillary Clinton étant toujours au pouvoir, Branch n’a pas pu trop en dire. Ni sur le scandale Whitewater, qui colle aux époux Clinton, ni sur le couple présidentiel, ni sur la diplomatie. Mais il a tenu à publier ce qu’il pouvait. Le geste n’a pas entièrement apprécié par l’ancien confident.

Ni bombe ni révélation, mais un témoignage d’Histoire sans piédestal : les récriminations mutuelles entre Gore et Clinton suite à la défaite de 2000. Les larmes sur Yitzhak Rabin, le bourbier bosniaque, les homosexuels dans l’armée.

Et quelques cocasseries fumantes : Boris Eltsine bourré, en caleçon devant la résidence des hôtes officiels, hélant un taxi pour aller… s’acheter une pizza, le tout devant des gardes qui ne le reconnaissent pas.

Interview

Quelle a été la réaction du couple Clinton à la parution du livre ?

Je n’en ai pas parlé à Hillary Clinton, car elle est trop occupée comme secrétaire d’Etat.. Bill, lui, m’a dit que c’était quand même inapproprié de faire parler sa femme comme je la fais parler dans le livre [elle parle parfois avec des gros mots, ndlr]. Il est très protecteur avec sa femme et avec sa fille, donc cela ne lui a pas plu.

Que vous disait-il d’inédit, par rapport à ce qu’il disait dans la presse ?

Quand j’arrivais à la Maison Blanche, je ne savais jamais ce qui allait se passer. Il était souvent 22 ou 23 heures. Je ne savais pas dans quel état d’esprit j’allais trouver le Président. Par exemple, un soir où j’arrivais et où j’avais lu dans la presse que son principal dossier du moment était les impôts, il était en fait surtout préoccupé par Boris Eltsine, par la Bosnie, par le Moyen-Orient.

Les enregistrements duraient souvent deux heures. Durant lesquelles son humeur changeait. Il pouvait s’emporter, se fâcher, sur un dossier, puis sur un autre, laisser son esprit voyager. C’est alors qu’il s’autorisait à lâcher des paroles inédites.

Un soir, il m’a parlé longuement d’un sommet économique où se trouvait tout le G7 ainsi que le président vietnamien. On lui avait conseillé de ne pas parler à ce dernier. Mais pour la photo officielle, ils se sont trouvés côté à côté, car dans l’ordre alphabétique, « USA » et « Vietnam » se succédaient…

Du coup, ils ont eu une grande discussion où ils ont parlé de la responsabilité américaine dans la guerre du Vietnam. Clinton n’avait pas dit à la presse le contenu de la discussion, mais il a tenu à m’en parler pour que cela passe à la postérité.

Un des drames de la présidence Clinton, c’est de ne pas avoir eu sa loi sur la réforme du système de santé. Comment pensez-vous qu’il l’ait vécu ?

Clinton prenait les échecs avec philosophie, même s’il passait son temps à se demander pourquoi il avait échoué. Sur la question de la réforme du système de santé, il disait que tous les présidents américains avaient essayé de faire aboutir cette réforme. Il y a six mois, il m’a dit qu’il pensait qu’Obama, lui, y parviendrait…

Ce livre ne contient pas de bombe sur l’affaire Lewinsky, évoquée en trois chapitres seulement. Ne vous en a-t-il vraiment pas parlé ?

Ça a eu lieu vers la fin de sa présidence, en 1998, une période politiquement chargée pour lui. Nous ne nous sommes alors pas beaucoup vus. Et lorsque c’est arrivé, il n’avait pas le droit d’en parler, ses avocats le refusaient.

Et moi, ça me gêne de parler de la vie sexuelle : je n’amenais pas le sujet. Clinton, qui a une tendance naturelle à l’auto-apitoiement, disait cependant qu’il avait mérité ça. Et que ça allait ruiner sa présidence.

Que pensez-vous du couple Clinton ?

Tout le monde voit ce couple comme une perpétuelle guerre des ego, où l’un profite de l’autre pour arriver au pouvoir. J’ai connu la période où, humiliée, Hillary faisait dormir Bill sur le canapé. Mais j’ai aussi vu cette tendresse entre eux, cette chaleur. Je ne sais s’il y a passion sexuelle, mais pour moi ils restent un vrai couple.

Le plus étonnant, c’est qu’Hillary était convaincue que le procès en destitution n’avait aucune base. Pour elle, qui avait travaillé sur celui de Nixon en tant qu’avocate, il était anticonstitutionnel. Alors que Bill se disait que si, ça devait arriver… Pour sa femme, c’était une affaire strictement privée, et non un abus de pouvoir. Il devait donc rester président. En cela aussi, leur relation est très complexe, avant tout basée sur la politique, le pouvoir.

Aller plus loin
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  • Nislheim
    • Posté à 12h02 le 05/04/2010
    • Internaute 91774

    La tradition protestante américaine permet ce genre d’ouvrage et de rapport. L’entretien est une forme permettant à la fois digression et liberté... Il est dommage que le livre soit plus court à l’étranger, je ne vois pas en quoi la politique intérieur américaine ne nous serait pas passionnante...

    • Saloth Sar-
      Saloth Sar- répond à Nislheim
      Guerrier Rouge Brun
      • Posté à 13h39 le 05/04/2010
      • Internaute 58750
        Guerrier Rouge Brun
    • Désinscrit le 19 avril
      • Posté à 12h39 le 05/04/2010
      • Internaute 39070

      « l’un deviendra gouverneur de l’Arkansas et président des Etats-Unis, parcours jalonné d’histoires de femmes, de Gennifer Flowers à Monica Lewinsky. » On voit bien à qui ça peu inspirer en France...
      Lien

  • ThePhysicist
    ThePhysicist
    Critique avisé
    • Posté à 12h16 le 05/04/2010
    • Internaute 40931
      Critique avisé

    Sauf erreur de ma part, la procédure d’impeachment était pour parjure (mensonge délibéré sous serment devant le grand jury) et obstruction de la justice, et non pour l’affaire sexuelle en soi, donc les bases juridiques existaient.

    • DBL8
      DBL8 répond à ThePhysicist
      Retraité
      • Posté à 14h28 le 05/04/2010
      • Internaute 19562
        Retraité

      Tout à fait, il aurait pu se faire tring... mais pas mentir.

  • thierry reboud
    • Posté à 12h30 le 05/04/2010
    • Internaute 20923

    Pour faire bref, il apparaît donc que les grands de ce monde sont en réalité d’une taille tout à fait normale. On s’en doutait un peu.

    • LienRag
      LienRag répond à thierry reboud
      • Posté à 15h06 le 05/04/2010
      • Internaute 34767

      Les confidences des grands (en fait surtout des ex-grands, les grands se lâchant nettement moins) peuvent être très intéressantes, surtout dans la culture anglo-saxonne où ceux qui sont au pouvoir se prennent beaucoup moins pour le centre du monde que les successeurs du Roi-Soleil.
      Mais ce à condition d’abord de ne pas être édulcorées, et ensuite d’être décryptées par des gens connaissant bien le dossier, capables de mettre en perspective les décisions prises au plus haut niveau et celles qui découlaient de décisions antérieures ou de l’environnement au sens large.
      C’est généralement ce qui manque à beaucoup de « verbatims » publiés, et en tous cas ce qui manque à cet article.

      • thierry reboud
        thierry reboud répond à LienRag
        • Posté à 15h17 le 05/04/2010
        • Internaute 20923

        C’est peut-être aussi ce qui manque au livre, vous ne croyez pas ?

         
        • LienRag
          LienRag répond à thierry reboud
          • Posté à 16h20 le 05/04/2010
          • Internaute 34767

          C’est fort possible, mais si le livre n’a pas été entièrement édulcoré c’est bien la tâche du journaliste que de faire ce travail pour lequel il a la matière première nécessaire...

        1 autres commentaires
  • mah
    mah
    • Posté à 12h56 le 05/04/2010
    • Internaute 64660

    A la RUE
    Vous n’avez pas d’autres occupations ?
    On s’en fiche de ces sujets bidons qui poluent votre site.

    • Laurent.D
      Laurent.D répond à mah
      Informaticien - Presta
      • Posté à 13h04 le 05/04/2010
      • Internaute 42721
        Informaticien - Presta

      D’habitude, je suis plus du genre à répondre « rhoo mais c’est dimanche, faut se détendre » ; mais là je dois bien avouer qu’un sujet pareil, nous ressortir Clinton, Monica.. je ne vois pas où est l’intérêt.

      • Zamper
        Zamper répond à Laurent.D
        artiste du quotidien et PMS (...)
        • Posté à 14h43 le 05/04/2010
        • Internaute 73677
          artiste du quotidien et PMS (...)

        Tout ça c’est du racolage...

        Du moment qu’ils n’utilisent pas les fonds publics pour payer l’hôtel et les sex toys...pour ma part ils en font ce qu’ils veulent comme tout à chacun.

        Chacun son cul et Dieu pour tous ! (enfin presque...)

        Gros bisous.

        Panz

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 13h12 le 05/04/2010
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    D’après Morandini, Rachida Dati serait en train d’écrire , aux feux rouges , dans sa voiture sans permis, un livre sur la vie sexuelle de N.S, et ses liens contractuels avec C.B, et ce ,en langage texto.

  • kebra
    kebra
    Bisounours killa
    • Posté à 13h25 le 05/04/2010
    • Internaute 8550
      Bisounours killa

    On a retrouvé une autre K7 Méry, c’est Clinton qui l’a planqué dans ses chaussettes.

    • rrrobotom
      rrrobotom répond à kebra
      Sea lover
      • Posté à 15h06 le 05/04/2010
      • Internaute 70782
        Sea lover

      Pour sarko, les K7 il en fait des talonnettes.

  • antonh
    antonh
    curieux
    • Posté à 13h31 le 05/04/2010
    • Internaute 50096
      curieux

    pas lu, rien à en faire.
    la pipe qui changea le monde, on s’en tape au moins autant que la vie sexuelle du nabot ! ! !
    on ne demande pas à nos gouvernants d’être des modèles moraux, mais de gouverner pour le bien de leur peuple ! !
    pour la morale, laissons faire la religion. oups ! ! ! j’en connais un qui va devoir se faire trois verres et deux patés ! !
    bonne fête des cloches...

    • DBL8
      DBL8 répond à antonh
      Retraité
      • Posté à 14h32 le 05/04/2010
      • Internaute 19562
        Retraité

      « on ne demande pas à nos gouvernants d’être des modèles moraux »

      Et personne ne le leur a demandé.
      Nous en savons quelques choses en France, ne pas s’occuper des « affaires » des hommes (et femmes) politiques.
      En dessous de la ceinture, c’est leurs affaires, et c’est bien le mot. Bon, c’est vrai qu’en cas de petite pipe la ceinture est dépassée.

  • rrrobotom
    rrrobotom
    Sea lover
    • Posté à 15h04 le 05/04/2010
    • Internaute 70782
      Sea lover

    Quelque soit la grandeur de l’homme, il obéira toujours à ses instincts naturels. Seules la façon de les satisfaire change ; il y en a qui le font discrètement sans qu’aucun ne le sache et il y en a qui se découvrent. Qui suspectait Mitterrand d’avoir une fille d’une autre femme avant son élection ? ou Giscard de fantasmer sur lady Di ? En Fin de compte que l’on soit Président des États Unis, un clochard ou n’importe qui on est avant tout des hommes avec un petit « h ». Rare sont les hommes qui courent derrière le pouvoir pour le bien des autres. Ceci dit je ne vois pas pourquoi on a besoin d’un confident qui, on le sait d’avance, va tout divulguer un jour ?

    • Otreman
      Otreman répond à rrrobotom
      • Posté à 07h28 le 06/04/2010
      • Internaute 45643

      « Qui suspectait Mitterrand d’avoir une fille d’une autre femme avant son élection ? »

      (Quelle élection 81 ou 88 ?)
      C’te question, ben, Jean-Edern pardi. Il avait foutu une fichue trouille à la « Mitte » qui le faisait surveiller comme le lait sur le feu. Lors d’un reportage TV on a même vu et entendu un de ses 2 éditeurs faire état de menaces téléphoniques anonymes à l’adresse de sa femme et de ses enfants sur le parcours de l’école etc...

      Quant à Giclard, il ne « tirait » pas que le quadrupède quand il se rendait au Gabon ou en Côte d’Ivoire chez tel ou tel cousin...

  • Laffreux Jojo
    Laffreux Jojo
    penseur libre
    • Posté à 16h58 le 05/04/2010
    • Internaute 60376
      penseur libre

    Encore une contribution qui se fiche de la littérature comme d’une guigne... cabinet de lecture... de torchons pipole ! Quelle misère !

  • Otreman
    • Posté à 23h11 le 05/04/2010
    • Internaute 45643

    Au delà des commentaires des uns et des autres sur la Levinski, il reste que cette femme n’a pas conservé pendant UN AN une robe maculée de sperme sans arrière pensée... Ceci parait être le comportement tout indiqué d’une « lampiste » en service commandé.
    Je m’étonne qu’aucun medium, à ma connaissance, n’ait soulevé cet aspect de la question. Il est vrai que la tendance est à la chasse aux conspirationnistes, pour combien de temps encore...
    PS : en principe ces dames se ruent rapidement vers le premier lavabo car le sperme se nettoie parfaitement quand il est frais... Peut-être, n’y a-t-il pas de lavabo attenant au bureau Ovule ?

  • unouveaucompte
    • Posté à 22h00 le 05/04/2010
    • Internaute 39715

    bill clinton est fade.. le livre doit l’être

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