Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Annulation de la visite de Saviano : buzz, panique et désaccords

Publié le 27/04/2010 à 19h37

Cela aura été la rumeur du jour : Berlusconi aurait interdit à Roberto Saviano de venir en France. L’auteur de « Gomorra » devait venir en France, début mai, pour la promotion de son nouveau livre, « La Beauté et l’Enfer » (Robert Laffont). Or, on apprenait ce mardi matin l’annulation de la visite.

Motif immédiatement évoqué dans le monde de l’édition (et par le site Bibliobs) : le gouvernement italien aurait refusé d’accorder un visa de sortie du territoire à l’écrivain. Effectivement, Saviano ne viendra pas. Mais la rumeur de l’interdiction ne semble pas fondée.

L’assistante italienne de Saviano m’a indiqué mardi une toute autre raison à l’annulation de son voyage :

« Roberto Saviano traverse en ce moment des problèmes personnels, et a préféré annuler sa visite à Paris. »

Saviano lui-même a adressé un message similaire aux Editions Robert Laffont, en fin d’après-midi.

Saviano-Berlusconi : le torchon brûle

Si la rumeur a si bien fonctionné, c’est parce que le torchon brûle entre le président du Conseil italien et Roberto Saviano. Il y a deux semaines, lors d’une conférence de presse tenue à Palazzo Chigi, le siège de la présidence du conseil, Silvio Berlusconi avait accusé Roberto Saviano :

« [“ Gomorra ”] est un support promotionnel pour les clans mafieux. »

Ce n’était pas la première fois que Berlusconi, lui-même suspecté à plusieurs reprises de liens avec la mafia italienne, servait ce couplet contre Saviano. Lequel n’a jamais caché sa profonde antipathie pour Berlusconi, pointant la menace qu’il représente pour la liberté de la presse. Berlusconi est le propriétaire de plusieurs médias et d’une maison d’édition, Mondadori… Qui a publié « Gomorra ».

Le 22 avril, lors d’une conférence sur le journalisme d’investigation qui se tenait à Genève, Saviano a rétorqué :

« Silvio Berlusconi n’a pas été correct avec moi. Il affirme que je fais du tort à mon pays. Moi, je crois que seule la vérité sert à donner à un pays sa dignité. Le pouvoir mafieux n’est pas déterminé par celui qui raconte le crime mais par celui qui commet le crime. »

Saviano, qui se refuse à être vu uniquement comme un symbole anti-mafia (il le disait à Rue89 l’an passé), ne résume pas le problème de l’Italie avec la mafia à la seule personne de Berlusconi. Le même jour, le journaliste-romancier publiait une tribune dans Le Monde.

Thèse crédible

On pouvait donc facilement penser que les autorités italiennes l’empêcheraient de venir en France prêcher l’anti-berlusconisme. Avec, comme prétexte, qu’organiser une venue de Saviano mobilise des services secrets et des gardes du corps, et même souvent une voiture blindée. Difficile à organiser du côté italien comme du côté français. Mais le berlusconisme n’a, et c’est heureux, pas encore ce pouvoir-là.

Comment d’ailleurs pourrait-on empêcher un citoyen italien, qui n’est sous aucun joug judiciaire, de se déplacer au sein de l’espace Schengen ? Saviano est protégé par la police italienne lorsqu’il est en Italie, et par la police du pays d’accueil lorsqu’il est à l’étranger.

Lors de ma rencontre avec lui, en 2009, je m’étais aperçu à quel point les services de sécurité étaient présents. Ces mesures de sécurité sont prises à l’initiative de la France, pas forcément à la demande de l’Italie : les Editions Robert Laffont peuvent aussi formuler cette requête, ce qu’elles n’ont pas fait.

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  • sniper666
    sniper666
    roadrunneuse
    • Posté à 23h33 le 27/04/2010
    • Internaute 110274
      roadrunneuse

    Si la rumeur est avérée, il est fort dommage qu’un pays européen, qui a connu la dictature, interdise à un de ces ressortissants de sortir de son pays pour promouvoir un livre et que le dit auteur n’est pas aimé du pouvoir en place.
    Eh bien, ce pays n’a rien à faire dans l’Europe.

    Je force, certes, le trait, mais je me dis que nous vivons dans une drôle d’époque où on règresse plutôt qu’on avance sur des sujets comme celui-ci.

  • batila-
    • Posté à 03h11 le 28/04/2010
    • Internaute 34191

    Il y a besoin d’un visa pour sortir d’Italie, maintenant ? Je croyais que ce pays était en Europe, et que dans l’Europe il n’y avait plus de frontière.
    Bizarre.
    En attendant mieux vaut s’en tenir à sa version des faits.

  • daniele s.
    daniele s.
    blogger
    • Posté à 04h49 le 28/04/2010
    • Internaute 64982
      blogger

    Je suis le blogger qui a lancé le « buzz » en Italie.

    Meme s’il s’agit d’un libre citoyen qui vit dans l’espace Schengen, Roberto Saviano, malheureusement ne peut pas se deplacer librement, pour raisons de sécurité, et pour sortir de l’Italie il a besoin de l’autorisation nécessaire.

    Le « buzz » est cependant devenu, aujourd’hui, une question parlementaire (et les membres de notre assemblé nationale savent bien qu’on n’a pas besoin de visa, en Europe....)
    Lien

    Cordiales salutations

    Daniele Sensi,

    Lien

    • batila-
      batila- répond à daniele s.
      • Posté à 11h37 le 28/04/2010
      • Internaute 34191

      « Roberto Saviano, malheureusement ne peut pas se deplacer librement, pour raisons de sécurité »
      Donc il est peut-être bloqué en Italie pour raison de sécurité ?

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 11h22 le 28/04/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    L’être humain est un animal étrange en ce qu’il aime donner des explications aux choses. Il déteste même avouer qu’il ne sait pas.

    Alors quand une explication lui échappe (une explication d’ordre privée par exemple), il est prêt à échafauder une théorie avec ce qu’il sait. Saviano est en froid avec Berlusconi ? alors c’est la faute à Berlusconi ! Quant à avoir quelques preuves, cela lui échappe.

    Ce qui est drôle (façon de parler) c’est que ce buzz, cette théorie a d’autant plus de chance de fonctionner qu’elle met en cause des personnes qu’on n’aime pas. On veut alors y croire plus qu’on a les moyens raisonnables d’y croire.

    Si ce buzz ne nous apprend donc pas vraiment grand chose sur Saviano, il nous rappelle que Berlusconi est une personne fort controversée : adulée ou détestée. Et quand on déteste, on est prêt à croire coupable sans preuve, par habitude ou par volonté.

  • Désinscrit le 15-6
    • Posté à 13h40 le 28/04/2010
    • Internaute 83404
      nc

    Buzz oui, ça le fait, j’uploaderai juste le no-comment Buzz suivant :

    J’avais vu le Tag Buzz de la news-letter de ce Buzz sur 89 street, ce refus de talk avec ce mafia-man m’avait totally-surprise.
    Du coup, Buzz, sur mon twitt, je chat un Buzz ici en coup de vent.
    Faudrait retunner les pendules du buzz à l’heure qui a le vent en poupe et la cerise sur le gateau.

    tics-de-langage-des-journalistes-francais

  • Laffreux Jojo
    Laffreux Jojo
    penseur libre
    • Posté à 20h04 le 28/04/2010
    • Internaute 60376
      penseur libre

    Superbe article encore :
    Le scoop, c’est qu’il n’y en a pas, mais il aurait pu !
    Quel espace perdu !

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 17h29 le 29/04/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Qu’est-ce que qui ne va pas avec Roberto Saviano  ?

    Oui. Pourquoi cela fait-il problème qu’il vienne à Paris ou pas  ?

    On ne pourra pas démêler les réalités des rumeurs.
    Et il se trouvera toujours un quelconque responsable de communication de tel ou tel pour ramener toute interprétation à des fausses nouvelles, la vérité étant bien plus prosaïque, c’est pour des raisons personnelles que le journaliste et romancier italien ne se déplacera pas.

    La Campanie avec au cœur la zone portuaire de Naples est la plaque tournante de l’économie informelle de l’Union Européenne.

    Roberto Saviano est le continuateur d’un Albert Londres.
    C’est la même veine, le reportage in situ et les romans avec quoi Saviano a décrit un véritable système économique souterrain. Et qui s’étend.

    Le chef du gouvernement Silvio Berlusconi est le représentant, entre autres, du patronat italien, petit comme grand.

    Le modèle idéologique des conservateurs italiens emmenés par le magnat de la télévision italienne avec sa société Médiaset est basé très clairement sur le modèle entrepreneurial.

    C’est très exactement le modèle de la Camorra qui fonctionne comme un syndicat patronal aux méthodes totalement illégales et prêt à toutes les dérives criminelles pour assurer le développement de ses entreprises.

    Car la Camorra, outre des bandes de nervis dangereux, de maitres-chanteurs, de corrupteurs de fonctionnaires, se sont des myriades d’entreprises, des sociétés légales à double ou triple comptabilités et qui s’arrogent des oligopoles absolues sur l’économie dont le port de Naples est la la plaque tournante.

    Personne en Italie n’apprécie ce que Roberto Saviano décrit inlassablement depuis des années, ce système très anormal et pourtant devenu si commun.

    La Camorra, c’est le fascisme en acte, sans la dictature d’un Mussolini.

    Il suffit d’une sorte de satrape qui respecte formellement les règles d’une démocratie représentative. Et favorise les affaires, petites ou grandes, pourvu que ça rapporte.

    C’est ce rôle que joue fort bien Silvio Berlusconi depuis des décennies avec l’assentiment d’une majorité d’italiens.

    L’économie de la contrefaçon dont on nous détourne avec les pitreries anti-piratages sur Internet a gangrené toute l’économie de l’Union Européenne.

    Toutes les distributeurs sont concernés de tous les biens culturels et non-culturels.

    À vrai dire la contrefaçon, c’est comme un original sauf que c’est produit livré et distribué en dehors de tout circuit légal, à l’abri de tout contrôle, du fisc, des taxes, sans rendre compte, sans nécessité de respecter des normes ou des contraintes de qualité des donneurs d’ordre ni assumer aucune responsabilité.

    C’est indétectable parce que ce sont les mêmes usines chinoises qui ont honoré des commandes légales et qui produisent sous le manteau des surplus contrefaits, souvent avec des matières plus piètres et fait à la va-vite, pour les biens matériels, pareil à l’original pour les biens immatériels (copie de CDD et DVD par exemple), qu’ils revendent pour leur propre compte à des sociétés bienveillantes comme celles de la Camorra.

    C’est aussi simple que cela, c’est ce qu’a décrit Robert Saviano comme Albert Londres, avant lui, avait décrit en son temps les horreurs de l’économie coloniale.

    Les sites officiels de l’U.E. proposent très discrètement des études sur l’emprise de la contrefaçon et de l’économie informelle.

    Aucun gouvernement de l’U.E., ni le gouvernement italien, ni le gouvernement français n’en ont fait des causes nationales.

    Le business parallèle continue as usual.
    Les marges sont gigantesques.

    Est-ce bien littéraire tout ça  ?

    La Campanie est une très belle province pourvu qu’on ne visite pas les décharges.

    Virgile adorait y cultiver son jardin loin des turpitudes de Rome et de la politique.

    Frédéric II l’antéchrist avait cette jolie région dans son royaume des Romains, c’est ainsi qu’on appelait le roi de Sicile au XIIIe siècle, futur empereur du Saint Empire Romain Germanique.

    Les princes et les monarques allemands aimaient beaucoup que l’empereur soit loin de l’Allemagne et de l’Italie du Nord, contenu par les armées de l’état pontifical dont le monarque, pontife et pape de l’église catholique, vouait une haine sans borne à cet empereur qui lui disputait la légitimité du pouvoir sur l’Europe.

    Pourquoi Roberto Saviano n’a pas continué à s’occuper de la Campanie médiévale.
    Le tourisme culturel, c’est bien aussi pour la région.

    Vous dites que j’exagère  ?
    Que ce n’est pas comme Saviano l’a décrit  ?

    Oui. On disait aussi cela d’Albert Londres.

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