Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

« Apocalypse bébé » de Virginie Despentes prix Renaudot 2010

Publié le 08/11/2010 à 01h04

Virgine Despentes, auteure et cinéaste de « Baise-moi », a reçu ce lundi le prix Renaudot pour son roman d'enquête « Apocalypse bébé » (Grasset), coup de cœur de notre rentrée littéraire. Mi-septembre, à l'occasion de la sortie de ce roman-enquête où « tout y passe », Rue89 s'était entretenu avec la romancière assagie. (De nos archives)


« Apocalypse bébé » de Virgine Despentes (éd. Grasset).

Quatre ans après le féministe -et rafraîchissant ! - « King Kong théorie », Virginie Despentes revient avec « Apocalypse bébé » édité chez Grasset. Ce roman coup de cœur de la rentrée littéraire de Rue89 reprend « Baise-moi », la maturation en plus.

Ceux qui apprécient le style Despentes se cognent du prix Goncourt -tant mieux, Despentes, même en tête de liste, n'est pas favorite.

Quand même, ça en aurait de la gueule si elle en était la lauréate. Son dernier roman -à l'instar de « La Carte et le territoire » pour Michel Houellebecq- est celui d'une écrivaine assagie.

« Le viol est fondateur »

Publié en 2006, « King Kong théorie » fait l'effet d'une bombe. Despentes est jusqu'alors connue pour les très bons « Baise-moi » et « Les Chiennes savantes », romans d'une époque. Aussi, pour les plus dispensables « Les Jolies Choses » ou « Bye Bye Blondie » -en cours d'adaptation par Virginie Despentes elle-même, avec Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart-.

Dans « King kong théorie », Despentes parle du viol qu'elle a subi à 17 ans :

« Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu'écrivain, en tant que femme qui n'en est plus tout à fait une. C'est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue. [...]

Le viol est un programme politique précis : squelette du capitalisme, il est la représentation crue et directe de l'exercice du pouvoir. »

Pour la féministe Despentes, l'« idéal de la femme blanche », mariée, soignée, « séduisante mais pas pute, travaillant sans trop réussir » n'existe pas. Elle évoque ses homologues américaines « pro-sexe » -qu'elle cite encore dans notre entretien-, parle de cette société où les femmes n'ont jamais été aussi soumises aux diktats esthétiques et où, paradoxalement, n'ont jamais été aussi libres de leur circulation corporelle et intellectuelle.

Elle pointe du doigt le fait, qu'en trente ans, aucun homme n'a produit de texte sur la masculinité. Elle décrit un féminisme actif « pour les femmes, pour les hommes, pour les autres ». « King Kong théorie » est un succès -43 580 exemplaires vendus rien que pour son édition poche, selon Edistat. (Voir la vidéo)

« King Kong théorie », remarquable de rage et de lyrisme, est écrit en pleine mutation. Virginie Despentes, jusqu'ici hétérosexuelle, tombe amoureuse d'une femme -avec qui elle est toujours-, et découvre l'amour homosexuel.

L'aimée, Beatriz Preciado, adepte de la pensée transgenre, s'administre de la testostérone pour déconstruire l'identité sexuelle « que lui assigne la société ». Une expérience quelle raconte dans « Testo Junkie ». Une vie faite des mutations qui symbolisent le siècle, de ce en quoi Virginie Despentes a placé sa propre vie, acceptant et assumant les virages.

Son travail reste concentré sur :

  • les racines « pro-sexe » de sa pensée ;
  • ses réflexions autour du porno féminin ;
  • le cloisonnement entre féminité et masculinité ;
  • le manque de réflexion politique dans les sociétés occidentales.

Aujourd'hui, Despentes pense qu'« il est plus facile d'être écrivain femme en étant lesbienne ». (Voir la vidéo)

Dans le faussement léger « Apocalypse bébé », Virgine Despentes creuse encore -mais mieux- la question de l'identité et de la revendication sexuelle.

« Apocalypse Bébé » est un roman d'enquête. Lucie Toledo est une détective volontaire -mais jeune :

« Aucun gamin ne peut fumer un joint tranquille sans que je lui colle personnellement au cul. On me remarque si peu que je me fonds avec les arbres dans les parcs, les piliers d'abris bus en ville, les machines à bière dans les bars. »

Toledo se fait semer par celle qu'elle doit surveiller, une jeune ado bourgeoise accro à la cocaïne, fille de romancier à la ramasse. Elle s'adjoint alors les services de « La Hyène », une homosexuelle à poigne, pour mener son enquête. La road-moavie s'engage, des cités parisiennes aux quartiers de Barcelone, des milieux lettrés parisiens consanguins aux boîtes chaudes.

Chaque personnage campe et valide une hypothèse Despentes

Chaque personnage a voix au chapitre, raison pour laquelle le style ne tient pas toujours la route -l'oralité despentienne ne s'accommode pas –encore- de toutes ses envies.

Tout y passe dans « Apocalypse bébé » : les élites bobos qui aiment voir la misère hors leurs murs - « Les Français ont besoin de voir des pauvres qui ne les insultent pas » -, dépensent du fric pour faire du tourisme en Russie ou Roumanie ; l'islam néolibéral et les mecs de banlieues à qui l'on apprend une culture qui n'est pas pour eux. La plume est radicale sur le déterminisme sexuel, la religion, la bien-pensance de gauche et de droite.

Chacun des personnages de Despentes campe -et valide- l'une de ses propres préoccupations. S'il y a une mutation littéraire à identifier dans le dernier Despentes, c'est cet équilibre qu'on ne lui connaissait pas. Assagie, on vous dit. (Voir la vidéo)

► Mis à jour le 19/09 à 18h45. La riveraine Jaipasdenom nous signale que c'est « Bye bye Blondie » qui est adapté au cinéma par Virginie Despentes en 2010 - « Teen Spirit » ayant fait l'objet d'une adaptation en 2007.

► Article initialement publié 19 septembre à 15h30 et titré « Avec “ Apocalypse bébé ”, Virginie Despentes s'assagit ».

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  • We want a shrubbery
    We want a shrubbery
    fonctionnaire. Ni !
    • Posté à 19h05 le 19/09/2010
    • Internaute
      fonctionnaire. Ni !

    Pas très tentant. Et je n'ai jamais aimé ce qu'a écrit Despentes romancière. Cela ne correspond pas à ce que j'aime en littérature. Rien que ces titres en anglais de cuisine...

    En revanche, King Kong Théorie a été une vraie claque, revigorante et jouissive. Est-ce parce qu'elle a tout traversé dans ses relations avec les hommes que Virginie à quarante ans choisit de changer d'orientation sexuelle ?

    Tout de même, l'expérience de se faire injecter de la testostérone fait songer à une moderne version de ces amazones du début de l'autre siècle qui telle Missy se faisaient amputer les seins et enlever l'utérus...

  • steed1
    • Posté à 20h33 le 19/09/2010

    Je ne pourrais jamais être objectif avec Despentes, avec sa littérature rock et ses réflexions sur le féminisme. c'est sans doute ce que les années 80 ont enfanté de plus positif avec son double dépréssif Ann Scott (en route pour le prix de flore).
    Le meilleur que je leur souhaite c'est de ne décrocher aucun prix, c'est bon pour les baltringues en manque de reconnaissance.
    Pour en revenir à Apocalypse Bébé, j'ai adoré ! Comment ne pas la reconnaitre dans le personnage de Lucie ?

  • gropl
    • Posté à 08h52 le 20/09/2010

    C'est triste a dire mais Zemmour a écrit sur la masculinité.

  • Meinhof
    • Posté à 09h42 le 20/09/2010

    Cet article n'est pas mauvais mais je trouve le terme « assagit » un peu simpliste.
    Il est beaucoup trop utilisé lorsqu'il s'agit d'un articte qui modifie légèrement son style (que ce soit dans la littérature, le cinéma ou la musique).

    Virginie Despentes est surtout plus agée donc exprime ses émotions ou ses colères de façon plus posée, elle est moins dans une dynamique de jeune adulte ex-punk.
    J'ai toujours aimé ses livres (cela me rend moin objectif c'est certain) et l'évolution du style va aussi avec le temps qui passe.

    Virginie Despentes ne s'assagit pas, elle utilise une approche différente. Le fond reste particulièrement violent et décrit toujours aussi froidement les travers de nos sociétés modernes.
    D'une certaine façon, je trouve ce style plus subversif (dans le bon sens du terme) car le lecteur ne se prend pas une claque dans la gueule comme cela était le cas pour nombre de ses romans précédents. Les idées filtrent à travers cette histoire sans que l'on soit heurté par leur violence.

    Je l'ai trouvé très fort pour ça, nettement mieux maitrisé que les romans précédents que j'ai pourtant adoré.
    Petit à petit, en murissant son style Virginie Despentes commence à être reconnue comme romancière incontournable, loin du cliché de « punkette féministe auteur de Baise moi » que les divers media lui ont collé sur le front pendant tant d'années.

  • agnello
    agnello answers to steed1
    • Posté à 11h47 le 20/09/2010

    C est juste que sa vision de l homme n est pas rentable commercialement.

     » baltraingue » que vous employez est un mot de gros con poillu.

    Et le cliche c vous qui le creer, a la difference de Zemmour vous parler de livre que vous avez peut etre pas lu.

    La masculinite c est peut etre ca, reflechir avant de l ouvrir.( et non se piquer a la testosterone).Ce qui eviteraient a nos chair grenouille de benitier moderne de croire n importe quoi, y a la religion pour croire,ah ! c est vrai la religion c etait contraignant, et en plus y avait des valeurs a respecter.

    Quand a Despente, c est juste une caricature bien voyante, un autre produit ; juste un produit, pour urbaine( ce qui est un pleonasme) hetero avec iphone et Louboutin, qui veut s encannailler et qui croit lire des trucs pertinents, de la frime, encore et toujours.(Et oui quant on a une vie de merde)

    Zemmour lui il a les couilles de parler de chose dont il est politiquement incorrecte de parler et dont personne ne parle dans les medias, des tabous, ce qui n est absolument pas le cas de Despente qui est dans le concept commercial totale, la depravation, le cul. Malgres ce qu on nous raconte depuis l enfance le cul n est pas un tabou,(les tabous il y a meme des lois pour pas qu on en parlent ) il est partout pour faire vendre, c un os que les medias vous donnent a ronger pour vous faire croire que vous etes ouvertes d esprit, et pendant cela on ne parle pas d autre chose, qui vous ferez avoir des cauchemars.

    Tous se que vous croyez n est qu illusions, cree par des agences de pub. Comme les torches de la liberte que Despente fume toute la journee.( Comme par hasard celle-ci on les memes origines que le feminisme)

    Etre dans le courant ou a contre courant c est etre influence par la meme chose.

    ps : Je ne suis pas toujours d accord avec
    'le premier sexe », mais c est juste des details, dans le fond si, au moins il en parle.

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